Bienvenue sur le site
"Toi qui viens d'Ethiopie..."

Ce site est avant tout destiné à faire mieux connaître l'Ethiopie aux enfants qui y ont été adoptés ainsi qu'à leurs familles.

Il regroupe des informations et photos sur l'Ethiopie, ses régions, son histoire, ses peuples, sa culture... A ce titre, il intéressera également tous les amoureux de ce pays aux mille facettes.

Pour visualiser correctement tous les éléments de ce site, nous vous conseillons de télécharger la police amharique et de l'installer dans le dossier "Fonts" de votre ordinateur.

Le site "Toi qui viens d'Ethiopie" est conçu pour un usage pédagogique et non lucratif. Il est alimenté par des documents provenant de sources diverses. Si vous êtes le propriétaire d'un texte ou d'une photo et que vous ne souhaitez pas qu'il apparaisse sur ce site, merci de nous le signaler en envoyant un message à contact@toiquiviensdethiopie.com

Pour rester au courant des dernières nouveautés du site, abonnez-vous à la newsletter "Toi qui viens d'Ethiopie" !

Vous pouvez également nous retrouver sur Facebook !

ATT00067

Post to Twitter En parler sur Twitter...

Megemeria : Des jeunes éthiopiens créent une start up dans la joaillerie

En langue amharique, Megemeria c’est le commencement. Nom d’une expérience très particulière, Megemeria est devenu pour quelques dizaines d’Israéliens immigrés d’Ethiopie, le lieu d’un début et d’un espoir.

Joailleire, Israël, Ethiopie, Ethiopia

Fondateurs de Yvel, une chaîne israélienne qui exporte ses bijoux dans toutes les grandes capitales du monde, Orna et Isaac Levy se sont rappelés les difficultés de l’immigration, les affres de l’intégration, du chômage, des fins de mois douloureuses. A la tête d’une des marques les plus en vue de la bijouterie israélienne, ils ont décidé de conférer à leur succès une dimension universelle et humaine. C’est ainsi qu’est né Megemeria.

Les fondateurs n’ont pas voulu faire du charity business ni de la philanthropie. L’idée est née d’un win-win. D’un côté le besoin réel d’une main d’œuvre de qualité de la joaillerie de luxe en pleine expansion en Israël. De l’autre le désarroi d’une population de migrants éthiopiens sans formation aucune, vouée à un avenir sans espoir et à des emplois mal payés dans le gardiennage et dans le nettoyage.

Aujourd’hui l’école intègre chaque année, gratuitement, une vingtaine de femmes et d’hommes de la communauté éthiopienne, souvent rejetés par les cadres classiques d’intégration, en raison de leur âge, de leur condition familiale et surtout de leur manque de formation de base.

Et pourtant, où d’autres ont échoué, l’expérience Megemeria a réussi. Cette année, les élèves diplômés ont été employés dans l’industrie israélienne de la joaillerie. Un d’entre eux a même voulu aller plus loin et créé une ligne de bijoux inspirée par l’art éthiopien et l’art juif traditionnel. Des étoiles de David entrelacées avec des lettres amhariques, des iconiques finitions brossées sur or et argent, gravée de messages en langue des contrées éthiopiennes ou encore des formes créées à partir d’un mélange de l’art juif ancestral et des souvenirs de l’Ethiopie. Une sorte de social business dont le capital est contrôlé par ces jeunes éthiopiens qui élaborent d’une manière indépendante leur stratégie sur le long terme, tout en pouvant jouir de la réputation du joaillier.

« En Israël, les Start up ne sont pas seulement dans le domaine de la haute-technologie », dit un de ses élèves. Réussir à créer une identité artistique commune entre la culture juive, éthiopienne et israélienne, et convaincre le monde très exigeant de la joaillerie de luxe, n’est-ce pas aussi une forme de start up ?

L’école située à l’intérieur du centre de visiteurs de Yvel à Motza peut être visitée sur rendez-vous.

Source : Israel Valley, 21 novembre 2013

Post to Twitter En parler sur Twitter...

En Éthiopie, les pèlerins de l’Aïd

Deux fois par an, des dizaines de milliers d’Oromos, une ethnie éthiopienne, se rendent sur la tombe de Cheikh Hussein. Un lieu saint à la croisée de l’islam et des croyances africaines.

Cheikh Hussein, Pèlerinage, Islam, Ethiopie, Ethiopia

La canne de bois tournoie au-dessus des têtes. Entre deux moulinets de son bâton fourchu dénommé oule, le derviche cheikh Hassan tonne au milieu des fidèles sagement assis sur les six gradins de terre battue soutenus par des murets de pierre. Face à eux, un modeste parvis conduit au mausolée de Cheikh Hussein. Subjugués, ils sont plusieurs centaines à écouter les harangues de ce prédicateur au visage cuivré, éclairé par des yeux vifs qui encadrent un nez aquilin en surplomb d’une bouche à la dentition hasardeuse. La foule des pèlerins applaudit, reprend les incantations, répète les slogans au signal de cet homme sec comme un coup de trique, étrangement coiffé de perles de couleur enchevêtrées dans sa tignasse. Ici et là, des mains se tendent avec un billet de quelques birrs, la monnaie éthiopienne. Le derviche saisit l’argent et postillonne dans le visage de chaque donateur en signe de bénédiction. Sur ces hauts plateaux désertiques, ni la chaleur de plomb ni les orages soudains de la saison des pluies ne dissuadent le pèlerin. Rôtir sous un soleil brûlant ou patauger dans la boue sont le prix à payer pour s’attirer les faveurs du saint inhumé à quelques dizaines de mètres, sous un dôme couvert d’une chaux tellement immaculée qu’elle éblouit le regard.

Figure musulmane du 13ème siècle, Cheikh Hussein fut le premier missionnaire à quitter les côtes pour islamiser les populations dans les profondeurs de l’Ethiopie. Les Oromos, ethnie la plus nombreuse d’Ethiopie – 26 millions, soit environ un tiers de la population totale -, lui prêtent non seulement une grande sagesse mais ils lui attribuent également toutes sortes de miracles qui ont donné naissance au culte. Les incantations, les suppliques et les vœux que les pèlerins lui adressent trahissent des origines préislamiques. Par une sorte de syncrétisme, les Oromos prient le saint pour écarter les esprits et se gagner les faveurs de Waq, la divinité que leurs ancêtres adoraient avant de se convertir, à parts égales, à l’islam ou au christianisme. Dans Le Dragon de Cheik Hussen, Henry de Monfreid évoque une légende toute africaine : l’histoire d’un prince tyrannique transformé en serpent avant d’être pétrifié dans une grotte. Les pèlerins les plus courageux descendent effectivement dans une sorte de canyon, à une bonne demi-heure de marche du village, par un sentier escarpé. Là, ils font halte devant deux grottes. Dans la première, d’où jaillit une source, se trouve un pilier rocheux que les dévots appellent “serpent”. Plus bas, une cavité plus vaste aurait abrité Cheikh Hussein lorsqu’il méditait.

Deux fois par an, le village de Cheikh Hussein accueille des dizaines de milliers d’Oromos venus vénérer le saint. Un premier pèlerinage a lieu en début d’année – autour de janvier-février – pour célébrer sa naissance. L’autre se tient au moment de l’Aïd el-Kébir, la fête du sacrifice. Cette année, elle tombait le 15 octobre. Pendant trois jours, cette petite bourgade démunie (elle n’est pas raccordée au réseau électrique) se mue en un gigantesque bivouac. Selon le chef de la sécurité de la région, plus de 700 cars bondés ont convoyé des pèlerins venus de toute l’Ethiopie, voire de Djibouti, d’Erythrée, d’Ouganda et de Somalie. Au bas mot, 35 000 âmes. S’y ajoutent les milliers de courageux, de dévots attachés à la tradition, ou de désargentés venus à pied, à cheval, à dos d’âne. Ceux qui ont pris le car d’Addis Abeba ont mis trois jours pour arriver. Ceux qui ne sont pas motorisés ont parfois dû marcher un mois avant d’apercevoir le dôme blanc… C’est que la route qui conduit aux sanctuaires n’est pas de tout repos. Pour la plupart des pèlerins, il a fallu franchir l’imposant massif des monts Balé, qui dépassent les 4000 mètres, avant de redescendre à travers des plateaux volcaniques plantés de céréales à perte de vue. Cols pentus, pistes boueuses criblées d’ornières, routes défoncées par les rivières en crue n’ont pas facilité le voyage. Pas plus que les moteurs essoufflés des autocars cacochymes qu’il faut réparer en rase campagne.

Avant d’effectuer le circuit rituel, les pèlerins s’installent. Lestés de leurs ballots, de quelques branches de bois de chauffage et de pauvres couvertures, ils organisent leurs bivouacs en famille – la polygamie multiplie les enfants – et entre gens du même village. Selon la coutume, on doit offrir l’hospitalité aux porteurs du oule. Les locaux les accueillent donc sur un bout de leur terrain. Parfois, ils leur concèdent un semblant de toit.

Plongés dans l’obscurité, les fidèles prient des heures durant

Le “sacrifice” est indolore : chaque pèlerin, selon ses moyens, fait des offrandes à plusieurs reprises pendant son séjour. De l’argent mais aussi du bétail (moutons, chèvres, bœufs, chevaux, dromadaires…). Et cette abondance est redistribuée aux autochtones par le chef du village, Cheikh Kadir, réputé descendant en ligne directe de Cheikh Hussein.

A peine installés, les arrivants dévalent la rue principale qui conduit tout droit au mausolée. Quelques pas avant le porche, ils ôtent leurs chaussures. Des pèlerins s’allongent à plat ventre à même le sol et restent ainsi de longues minutes. D’autres se plaquent contre le mur d’enceinte en écartant les bras. D’autres encore posent leurs lèvres sur les piliers, collent une joue contre la chaux, caressent la grossière maçonnerie.

Pourtant, c’est à l’intérieur du dôme que le culte prend toute sa ferveur. Deux portes, des trappes d’un mètre de haut, conduisent à la tombe de Cheikh Hussein. Il y fait noir comme dans un four. En avançant à tâtons, on n’arrête pas de trébucher sur des gens couchés à même la terre battue contre le tombeau. Ils saisissent de la poussière à pleines poignées, se maculent le visage avec, puis avalent ce qu’il reste. Prostrés, ils peuvent demeurer là des heures durant à prier Cheikh Hussein afin qu’il leur accorde une bonne récolte, une terre à cultiver, la naissance d’un enfant, une guérison, etc.

Aveuglés par la lumière du jour, le visage blanchi, les pèlerins ressortent du tombeau avec une expression béate. Coiffée d’un châle bleu et vêtue d’une robe imprimée sur fond rouge, Baysa Hussein, 55 ans, sourit de toutes ses dents. Dans sa main, elle tient un sachet de plastique qu’elle a rempli de terre du tombeau. Son mari, Gabyo Abdou, 75 ans, porte un jerricane jaune. A la sortie du tombeau, ils se dirigent vers l’étang couvert d’une couche d’algues vert vif pour y puiser l’eau zamzam (sacrée). L’eau et la terre rapportées du lieu saint les mettront à l’abri du malheur. Ils viennent à Cheikh Hussein deux fois par an : trois jours aller, trois jours retour et six jours sur place. « Il a exaucé tout ce que nous lui avons demandé, dit Baysa Hussein. Il a même guéri la stérilité d’une de nos filles. »

Une fois prières collectives et dévotions accomplies, les pèlerins regagnent leurs bivouacs en longeant les étals des marchands accourus pour l’événement. Un véritable souk s’organise autour de la rue principale. On y vend nourriture, vêtements, encens, bric-à-brac de cuisine. Mais le produit numéro un n’est pas un bien de première nécessité. C’est du khat. Toute la journée, une noria de motocyclettes, de chevaux et de dromadaires livrent des centaines de kilos de bottes de couleur verte. Partout, assis en groupes, hommes ou femmes, les pèlerins dépouillent ces branches pour en mâcher les feuilles les plus tendres. Drogue de la Corne de l’Afrique à laquelle on prête des vertus stimulantes, le khat a pris une place considérable en Ethiopie, au point de supplanter la culture du caféier dans certaines régions. A Cheikh Hussein, sa rumination occupe les longues soirées du pèlerinage.

A la fois grand ordonnateur de l’événement et chef du village, Cheikh Kadir, 62 ans, supervise campements, prières et offrandes. Haute stature, silhouette élancée, élégamment vêtu, il déambule autour du sanctuaire avec une canne de bois. Les passants lui baisent les mains pour témoigner le respect dû au descendant du saint. « Cheikh Hussein est là pour tous, explique son lointain rejeton. Pas seulement pour les musulmans : des chrétiens, des animistes viennent ici lui demander son aide. C’était un sage et un grand savant. Il a appris aux Oromos ce qui est haram (péché) et halal (licite).» Le khat est-il halal? « Il fait partie du culte, répond Cheikh Kadir. Là où Cheikh Hussein faisait sa prière, se trouvait un arbuste de khat. Et il a dit à chacun que ses feuilles étaient bonnes parce qu’elles calment. »

C’est à Cheikh Kadir qu’il revient d’animer le point d’orgue du pèlerinage: il conduit la grande prière de l’Aïd. Les dizaines de milliers de pèlerins se réunissent dans un champ à l’entrée du village, face à l’école primaire. Là, en rangs serrés, hommes devant, habillés en blanc, femmes derrière, vêtues de tenues colorées, ils prient tous Allah et son prophète Mahomet. L’espace de quelques heures, ce Cheikh Hussein aux pouvoirs miraculeux passe au second plan. Les Oromos retrouvent l’islam de tous les musulmans du monde. Pourtant, une fois retournés dans les campements, quand ils se regroupent autour du mouton grillé, de lentes mélopées s’élèvent du feu de camp. Les pèlerins chantent les louanges de… Cheikh Hussein.

Source : Le Figaro, 15 novembre 2013

Post to Twitter En parler sur Twitter...

La politique foncière revue et corrigée

Après avoir facilité l’accaparement de vastes étendues de terres par des firmes étrangères, le gouvernement est en train de revoir sa politique foncière.

Terres, Ethiopie, Ethiopia

En privé, les officiels éthiopiens reconnaissent l’échec de leur politique d’agriculture commerciale basée sur la location à bas prix d’immenses portions de terres à des firmes étrangères. Celles-ci les ont accaparées dans un but de spéculation foncière et n’en ont mis en culture qu’une toute petite partie. Outre les 300 000 hectares attribués à la société indienne Karuturi Global LTD (loi n°1324) avant l’adoption du Growth and Transformation Plan (GTP) en 2010, 470 000 hectares l’ont ensuite été à d’autres firmes au nom de ce programme.

Les compagnies bénéficiaires ont été autorisées à raser les forêts pour entreprendre leurs projets agricoles et ont obtenu divers allègements fiscaux. Mais, malgré tous ces avantages, « aucune compagnie n’a répondu aux attentes du gouvernement » selon Bizualem Bekele, un directeur du ministère de l’agriculture. D’après lui, « même Karuturi, n’a pas pu développer plus de 5 000 hectares ». L’équipe de Bizualem a évalué ce programme foncier en juillet et fait des découvertes alarmantes : nombre d’investisseurs n’avaient pas d’idée précise sur le type de terres qu’ils souhaitaient, certains ne savaient même pas à quoi ressemblait un hectare de terre. Sur les quarante-trois compagnies ayant obtenu des terres agricoles, plusieurs ont ensuite abandonné ce secteur après avoir tiré partie des mesures de détaxation et seize sont dans une période d’essai. Elles ont six mois pour démarrer leurs projets, sinon l’Etat peut leur reprendre la terre.

Les résultats de l’enquête menée par l’équipe de Bizualem ont été transmis, en août, au National Agriculture Investment Committee présidé par le premier ministre Hailemariam Desalegn. Après délibération, ce comité a pris deux décisions importantes : récupérer les terres attribuées à ces compagnies et qui n’ont pas été utilisées ; limiter la quantité de terres concédées aux investisseurs de ce secteur. Suite à ces instructions, le ministère de l’agriculture va limiter à 5 000 hectares les terres allouées à un investisseur étranger et donnera la priorité aux investisseurs locaux, avec dans ce cas une limitation des terres attribuées à un maximum de 3 000 hectares.

Source : Africa Intelligence, 27 septembre 2013

Post to Twitter En parler sur Twitter...

Les hyènes de Harar que l’on peut nourrir à la tombée de la nuit

par Grégoire Pourtier

Les hyènes de Harar que l’on peut nourrir à la tombée de la nuit

Ecouter le reportage

A l’extrême ouest de l’Ethiopie, Harar est l’une des plus belles villes du pays, qui avait notamment séduit le poète Arthur Rimbaud. Mais après s’être promené dans le labyrinthe de ruelles colorées, à la tombée de la nuit, les touristes actuels se rendent bien souvent à l’extérieur de la vieille-ville fortifiée. Car là, se déroule une attraction unique au monde : une demi-douzaine de hyènes viennent se faire nourrir, et les visiteurs peuvent même s’approcher et leur donner directement à manger. Alors que ces carnivores effrayants font bien des ravages dans le reste du pays et sont impossibles à dresser, ils font partie de la tradition religieuse d’Harar, qui en a fait un symbole lucratif.

Source : RFI, 26 septembre 2013

Post to Twitter En parler sur Twitter...

L’Ethiopie rêve d’être l’atelier du monde

par Vincent Defait

Le pays de la Corne de l’Afrique espère supplanter l’Asie dans le secteur du textile. Ses arguments : une main-d’œuvre bon marché et un soutien sans faille du gouvernement. Certains grands groupes se laissent séduire.

La boulette de coton file sur le sol immaculé et disparaît, aspirée à travers une fente large comme deux doigts. « Impressionnant, non ? Ce système de ventilation a coûté cher mais ça nous permet de garder les lieux aussi propres que possible », commente Ercan Turkoglu, la mine réjouie. Le patron poursuit la visite au pas de charge, sert la main de ses cadres à l’entrée de chaque atelier, puis invite à admirer l’automatisme de longues rangées de machines.

Ercan Turkoglu dirige depuis plus d’un an la plus grosse usine de textile d’Ethiopie, à trois quarts d’heure de route au sud-ouest de la capitale Addis Abeba. Ayka Addis Group, filiale éthiopienne de la société turque Ayka Textile, emploie 7 000 personnes rétribuées en moyenne 1 400 birrs, produit 40 000 pièces par jour et espère bientôt faire sortir quotidiennement de ses usines 40 tonnes de tissus. Le tout pour l’exportation. L’affaire a déjà englouti 230 millions de dollars. « Pour le textile, l’Asie, c’est mort. En revanche, l’Afrique est encore vierge et présente les meilleures projections en termes de rentabilité », tranche Ercan Turkoglu.

Main-d’œuvre bon marché

Un discours qui ravit les autorités d’Addis Abeba qui s’escriment depuis quelques années à attirer les investisseurs étrangers. Leur offre : une main-d’œuvre bon marché et en nombre, de l’électricité pas chère, des exemptions de taxes et des terrains en leasing pour une bouchée de pain. Leur objectif, inscrit dans le marbre du Plan de croissance et de transformation (GTP) quinquennal : 1 milliard de dollars de profit généré par l’exportation d’ici à fin 2015. L’an dernier, les résultats plafonnaient à 84,6 millions de dollars.

« Grand potentiel »

Dans son bureau garni de drapeaux nationaux, au deuxième étage d’un bâtiment à moitié fini dans la capitale, Seleshi Lemma affiche la confiance de rigueur. « Nous sommes compétitifs, assure le directeur de l’Institut de développement de l’industrie textile. Les pays asiatiques deviennent trop chers et passent d’une industrie à forte main-d’œuvre à une économie de services. » Enfoncé dans un fauteuil en cuir, l’homme évoque son dernier voyage à Hong­kong, où le groupe H&M aurait tenté de convaincre ses fournisseurs de s’installer en Ethiopie. Contacté, le géant suédois, convaincu du « grand potentiel » de l’Ethiopie, affirme n’en être qu’aux premiers stades d’une étude de faisabilité avec des usines locales.

H&M n’est pas le seul à lorgner sur l’Ethiopie. La semaine dernière, le patron du groupe britannique Tesco a fait le déplacement jusqu’aux installations d’Ayka Addis Group. « Nous avons de la visite tous les jours. Nous sommes le premier et le plus gros investisseur textile en Afrique », se vante Ercan Turkoglu. A terme, l’usine devrait employer 20 000 personnes. « On va faire de l’argent ici, sans aucun doute. » De sa fenêtre, les hauts plateaux éthiopiens s’étirent à perte de vue. L’horizon est dégagé.

Elias Meshesha, lui, affiche un enthousiasme débonnaire dans son bureau surplombant des ateliers aux deux tiers vides. L’usine qu’il dirige, propriété du richissime Ethio-Saoudien Cheikh Al Amoudi, est sur le point d’accueillir l’un des principaux intermédiaires du secteur, l’israélien Bagir, qui s’enorgueillit d’habiller un « Anglais sur six » avec ses costumes. Les exportations de l’usine d’Elias Meshesha s’élèvent à 7 milliards de dollars. Ici, les ouvriers sont payés 1 000 birrs. « On y arrivera, assure ce pur produit de la diaspora, rentré au pays pour y investir ses dollars. Mais si le pays veut développer une vraie industrie, il y a encore du chemin. Ici, la qualité du tissu est médiocre, les accessoires doivent tous être importés, la main-d’œuvre doit être formée et les coupures d’électricité sont quotidiennes. Sans parler des fournisseurs : pour acheter une petite pièce défectueuse, je dois me rendre à Dubaï. Sinon, toute la ligne de montage est à l’arrêt. »

Désillusion

Un autre patron, qui préfère taire son nom, est encore plus pessimiste. A la tête d’une usine rachetée au milieu des années 2000 à l’aube des promesses gouvernementales, il n’a pas le soutien politique et financier des deux précédents. Faute de commandes, ses 300 employés sont au chômage technique. Quid du marché local ? « Avec les taxes, pour 1 dollar d’investissement, je dois en sortir 1,7. Impossible », assure-t-il la calculette à la main. Une façon pour Addis Abeba d’obliger ses producteurs à se hisser au niveau des standards internationaux en se concentrant sur l’exportation. « Franchement, si c’était à refaire, je ne me lancerais pas dans ce business. Ma porte de sortie, c’est le marché régional, mais je n’ai plus les fonds. »

Avant d’habiller le monde, l’Ethiopie a bien des problèmes à régler.

Source : Le Temps, 25 septembre 2013

Post to Twitter En parler sur Twitter...

L’Égypte menace de guerre l’Éthiopie

Le régime a diffusé lundi en direct une réunion au cours de laquelle des responsables islamistes imaginent avec le président Morsi comment détruire le barrage éthiopien sur le Nil Bleu, grand fleuve qui fournit les Égyptiens en eau.

Nil bleu, Ethiopie, Ethiopia

Plusieurs politiciens islamistes égyptiens, réunis par leur président, Mohammed Morsi, ont envisagé, lundi lors d’une émission en direct sur la télévision publique, tous les actes de guerre susceptibles de stopper la construction du barrage sur le Nil Bleu engagée par l’Éthiopie.

Le président Morsi, membre de la confrérie des Frères musulmans, s’est bien gardé de condamner les suggestions de sabotage ou d’attaques contre l’Éthiopie que ses invités formulaient devant lui. « Nous ne pouvons rien laisser passer qui puisse avoir un impact sur une goutte d’eau du Nil », a seulement déclaré le chef de l’État égyptien.

Que l’Éthiopie ait engagé, le 28 mai, une déviation sur le Nil Bleu, en vue de la construction d’un important barrage hydroélectrique dénommé “Grande Renaissance”, ne semble pas acceptable par l’Égypte. Le Nil Bleu rejoint le Nil Blanc au Soudan, avant de former ce Nil qui irrigue la terre et la culture égyptienne depuis les pharaons.

Le spectre de missiles longue portée

Parmi les responsables de partis islamistes, convoqués lundi par le président Morsi, Younis Makhyoun a proposé d’armer les rebelles en Éthiopie, en jouant sur les dissensions tribales et ethniques, avant, en dernier ressort, de détruire le barrage. L’Éthiopie, a-t-il analysé, est « fragilisée » par plusieurs mouvements de rébellion. « On peut entrer en contact avec eux et les utiliser comme une carte dans la négociation avec le gouvernement éthiopien. Si tout échoue, il n’y aura pas d’autre choix pour l’Égypte que d’utiliser ses services secrets pour détruire le barrage », affirme ce membre du parti Nour, qui a remporté environ 25 % de sièges au Parlement, lors des élections de la fin 2011 et début 2012.

Un autre homme politique, Ayman Nour, a proposé de distiller des rumeurs sur l’achat par l’Égypte d’avions de ravitaillement en vol, afin de suggérer qu’une attaque aérienne contre le barrage était en préparation.

Un intervenant, cité par RFI, a eu l’idée suivante : « Nous devons conclure des accords avec la Somalie, l’Érythrée et Djibouti, pour les utiliser comme bases contre l’Éthiopie, et, comme vous le savez, tout s’achète en Afrique ». « Il faut se doter de missiles de longue portée », a renchéri un autre responsable islamiste, devant le président égyptien, muet et souriant.

Source : Le Figaro, 4 juin 2013

Post to Twitter En parler sur Twitter...

Chirurgie réparatrice : Le salut des personnes sujettes aux becs de lièvres en Ethiopie

par Grégoire Pourtier

Ecouter le reportage

En Ethiopie, on déplore des milliers de personnes sujettes aux becs de lièvres ou aux nomas, une gangrène provoquant des trous sur le visage. La vie des victimes, défigurées, en est bouleversée, et les traitements sont très difficiles. Régulièrement, des missions de chirurgiens occidentaux bénévoles viennent donc pour opérer les cas les plus délicats. Ce fut le cas la semaine dernière en Ethiopie, où le projet Harar a pu soigner plusieurs centaines de becs de lièvres et une cinquantaine de nomas, redonnant à ses patients une apparence, et donc une existence, plus agréable et moins marginale socialement.

Source : RFI, 25 mai 2013

Post to Twitter En parler sur Twitter...

En Ethiopie, un loup et des hommes

par Grégoire Pourtier

Loup d'Abyssinie

Ecouter le reportage

Il y a une vingtaine d’années, on a découvert qu’il existait un loup en Afrique, plus précisément sur les hauts plateaux éthiopiens. Mais, on s’est aussi vite rendu compte que celui, que l’on prenait jusqu’alors pour un chacal, était en voie d’extinction. Canidé le plus rare du monde, carnivore le plus rare d’Afrique, il n’en reste que quelques centaines ; et en 2003, l’Union internationale pour la conservation de la nature a donc placé le loup d’Ethiopie sur la liste des animaux en grand danger. 10 ans plus tard, la population est restée stable, autour de 500 spécimens, mais malgré les efforts, une épidémie de rage peut toujours décimer plusieurs meutes d’un coup : encore en 2008, 70 loups sont morts en quelques semaines. Or, protéger le seul loup d’Afrique, c’est protéger tout un équilibre environnemental fragile, et donc les humains qui vivent aux alentours.

Source : RFI, 24 mai 2013

Post to Twitter En parler sur Twitter...

Les stars de l’athlétisme bâtissent leurs empires

Les stars éthiopiennes de l’athlétisme investissent massivement dans l’économie, en particulier dans l’immobilier. Au point que certains érigent de véritables petits empires.

Haïlé Gebreselassié, AwassaHaïlé Gebreselassié, double champion olympique du 10 000 m, possède trois immeubles à Addis Abeba. Deux de plus que Derartu Tulu, la première femme noire africaine à avoir remporté une médaille d’or olympique, en 1992. Quant à Gebregziabher Gebremariam, champion de cross-country, il est en train de faire construire le sien. Dans la capitale éthiopienne, les bâtiments poussent au fil des succès remportés par les enfants du pays qui, avec leurs rivaux kényans, dominent la course de fond mondiale depuis plus de vingt ans. Il est vrai qu’une seule victoire dans l’un des grands marathons mondiaux, avec des gains qui peuvent aller jusqu’à 200 000 dollars (environ 150 000 euros) à Dubaï, permet de se constituer une petite fortune à faire fructifier. Surtout dans un pays où 30 % des habitants vivent encore avec moins de 0,60 dollar par jour.

Pour ces sportifs souvent issus de milieux très modestes, le bâtiment reste le secteur le plus sûr pour placer des revenus aléatoires, et la vigueur du marché de l’immobilier dans la capitale leur promet de jolies plus-values. Leurs investissements ne sont cependant pas toujours guidés par la stricte rationalité économique. Ainsi la ville d’Asela, qui a vu naître nombre de grands athlètes, compte aujourd’hui presque autant d’hôtels que de champions – Derartu Tulu et Haïlé Gebreselassié en possèdent notamment un chacun. « Il y a très peu de touristes dans la région. Ces établissements servent plus à inviter leurs amis, faire plaisir à leur famille et contribuer au développement de la région qu’à être rentables », constate Sileshi Bisrat, directeur de la communication de la Fédération éthiopienne d’athlétisme. « Contrairement à ce qui se passe ailleurs, poursuit-il, nos athlètes placent leur argent au pays plutôt qu’à l’étranger. Même Maryam Yusuf Jamal, une coureuse bahreïnie d’origine éthiopienne, a choisi de faire construire à Addis Abeba. »

Secrets abyssins

La longévité de certaines carrières a en revanche donné naissance à des entreprises rentables. Ainsi le triple médaillé d’or olympique et recordman du 5 000 m et du 10 000 m Kenenisa Bekele fait construire un hôtel international à proximité de l’aéroport d’Addis Abeba. À Sululta, le lieu d’entraînement traditionnel des athlètes, sur les hauteurs de la capitale, il possède en outre un centre d’entraînement privé, avec piste d’athlétisme aux normes et chambres d’hôtel. Il cible une clientèle internationale intriguée par les secrets des coureurs abyssins.

Lire la suite…

Post to Twitter En parler sur Twitter...

Suivant »