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"Toi qui viens d'Ethiopie..."

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« Le métro d’Addis est le plus confortable
que j’ai jamais vu »

Addis Abeba a inauguré le 20 septembre sa première ligne de métro urbain, 17 km du nord au sud qui seront très bientôt doublés par un trajet est-ouest. 60 000 passagers par jour sont attendus. Reportage dans des wagons bondés.

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Ce lundi 21 septembre au matin, Addis Abeba ressemblait à un gigantesque parc d’attraction dans lequel on inaugure un nouveau manège : du nord au sud de la ville, d’immenses files d’attente pour acheter son ticket, une attente fébrile, et enfin, le grand frisson. La capitale éthiopienne vient de lancer sa première ligne de métro urbain (un équivalent du tramway), et c’est forcément un évènement après trois ans de travaux (menés par China Railway Engineering Corporation) et de désagréments pour la circulation en ville.

« Je suis là juste pour le fun », sourit Getachew, la vingtaine, qui n’est jamais monté dans un quelconque wagon. Comme lui, tous les passagers du jour semblent là pour la découverte. Et heureusement, car ce « light train », comme on dit ici, doit encore trouver son rythme de croisière. Alors qu’une fréquence de six minutes est annoncé, il faut patienter presque une demi-heure entre chaque rame. Et pour rallier le terminus de Menelik II Square, au nord, jusqu’au Stadium, en plein centre-ville, c’est une demi-heure aussi – en spectaculaire surplomb de la ville sur cette portion.

Mais le trajet devrait bientôt être plus court. Car pour ce démarrage, les wagons sont bondés, et chaque station est l’occasion d’une foire d’empoigne entre ceux qui veulent monter et ceux qui veulent descendre. Des policiers tentent de mettre un peu d’ordre, mais ils sont débordés par l’enthousiasme des passagers. « Ecartez-vous ! Un autre train va arriver », crie désespérément le conducteur chinois (aucun Ethiopien n’était visible aux commandes le 21 septembre) pour pouvoir refermer les portes.

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Le début de la faim

Véritable plaie du pays dans les années 1970-1980, la famine menace à nouveau quelque 15 millions de personnes.

Dolo Odo, Camp, Ethiopie, Ethiopia

D’ici à 2030, on ne parlera plus de malnutrition en Éthiopie. En tout cas, c’est ce que promet Addis Abeba. Mi-juillet, le gouvernement a même consigné son engagement dans la Déclaration de Sekota, rendue publique dans cette ville du nord du pays, principal foyer de la famine dans les années 1980. « Nous avons pris les dispositions nécessaires pour améliorer la nutrition infantile et les conditions sanitaires dans les zones sensibles », jure un conseiller au ministère de l’Agriculture. Mais silence radio ou presque lorsqu’il s’agit de mesurer l’impact de la menace que fait peser aujourd’hui El Niño sur le pays.

Ce phénomène climatique, causé par le réchauffement de l’océan Pacifique, risque en effet d’accentuer la sécheresse et de provoquer de fortes pluies suivies d’inondations, selon les Nations unies. Mettant notamment en péril les récoltes. « On en est conscients et on y travaille », se contente de lâcher le conseiller. Le sujet dérange, à l’évidence. En 1974, l’empereur Haïlé Selassié était tombé après que la population ait protesté contre son incapacité à lutter contre la famine sévissant dans l’ancienne région de Wollo.

La menace d’une crise alimentaire plane toujours au-dessus du pays, telle une épée de Damoclès

Quatre décennies plus tard, malgré tous les efforts entrepris ces dernières années et un taux de croissance à deux chiffres, la menace d’une crise alimentaire plane toujours au-dessus du pays, telle une épée de Damoclès. À en croire le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), « plus de 3 millions d’enfants dans 198 woredas » sur les quelque 500 districts que compte l’Éthiopie sont déjà victimes d’El Niño.

Dans les régions concernées (Afar et Somali principalement), « les familles ne parviennent plus à subvenir aux besoins alimentaires, et encore moins à envoyer leurs enfants à l’école », rapporte l’Ocha. Des ONG sur place tirent la sonnette d’alarme : 15 millions d’Éthiopiens risquent d’être frappés de famine ! Selon elles, il faudrait au moins 411 millions de dollars pour répondre aux besoins urgents (alimentation, santé, éducation…) dans les six prochains mois.

Source : Jeune Afrique, 19 octobre 2015

Banque : L’embellie éthiopienne profitera-t-elle à tous ?

par Jacey Fortin

Un développement économique radieux et l’absence de concurrence internationale… Le secteur bancaire bénéficie d’un paysage plus que favorable. Mais les acteurs du privé peinent à trouver leur place.

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L’Éthiopie affiche, depuis quelques années, une croissance économique parmi les plus fortes du continent. D’après la Banque mondiale, le pays enregistrera jusqu’en 2017 le taux de progression de PIB le plus élevé au monde, avec une moyenne annuelle de 9,6 %. Le visage d’Addis Abeba, la capitale du pays, change sans cesse avec de nombreuses constructions et l’inauguration, mi-septembre, de la première ligne de tramway d’Afrique subsaharienne.

Parmi les grands gagnants de cette embellie économique, les banques. Les dépôts sont en hausse permanente, les marges bénéficiaires dépassent la moyenne continentale, et « le rendement des actifs et le retour sur capitaux propres ont respectivement montré une performance confortable, à 3,1 % et 44,6 % », selon un rapport du FMI datant de l’année dernière.

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Une équipe cycliste d’Ethiopie souhaite s’installer en France

Une équipe de jeunes coureurs éthiopiens, qui a fait ses débuts en Europe cet été en Espagne, envisage de disputer des épreuves amateur en France en 2016. Elle pourrait même établir son quartier général en Franche-Comté, « l’endroit idéal pour notre projet », indique un représentant de l’équipe.

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Les coureurs, une vingtaine au maximum, seront regroupés au sein de l’Ethiopia Academy-Ner Group, qui propose un programme éducatif en parallèle des compétitions sportives (cours de langues et d’informatique).

En 2015, les cinq coureurs ont fait leur baptême du feu en Europe sur des épreuves au Pays-Basque, au mois de juin. « En dix jours, ils ont fait d’énormes progrès », soulignent les responsables espagnols du projet. Tesmegen Buru se classe ainsi 10ème à Irun, le 29 juin. Ils ont aussi participé à des courses dans le sud-ouest de la France dont le Tour du Piémont Pyrénéen.

« La France présente des atouts sportifs et éthiques »

La saison prochaine, l’Académie entend « se renforcer », avec un calendrier plus long (de mars à septembre), un effectif d’environ 18 coureurs (issus du Guna Cycling Team, l’un des clubs majeurs en Ethiopie) et quatre encadrants (contre un seul en 2015).

L’encadrement pourrait comprendre quelques Espagnols, déjà très engagés dans le projet, à l’image d’Urtzi Murgia, 25 ans, ex-coureur de Bidelan-Kirolgi.

« Malgré les difficultés, nous allons continuer avec enthousiasme, explique l’un des représentants. Nous cherchons un endroit pour que nos jeunes puissent vivre et nous pensons que la France présente des atouts sportifs et éthiques très intéressants. Ce qui est indispensable pour un projet avant tout éducatif comme le nôtre ».

L’Ethiopie est l’une des nations émergentes du cyclisme, dont le meilleur représentant, Tsgabu Grmay, est actuellement professionnel chez Lampre-Merida.

Source : DirectVelo, 15 octobre 2015

Quand l’Éthiopie dominait le golfe arabique

par Jean-Pierre Bat

Les travaux récents des historiens de l’Antiquité tardive et des archéologues invitent à redécouvrir une géopolitique africaine oubliée. L’Éthiopie est, en la matière, un terrain pionnier. Retour sur les guerres de la mer Rouge à la veille de l’Islam.

Himyar, Ethiopie, EthiopiaL’histoire ancienne, de l’âge de bronze à l’Antiquité tardive, est actuellement grandement revisitée par l’historiographie anglo-saxonne. À l’image du remarquable 1177 avant JC. Le jour où la civilisation s’est effondrée d’Eric H. Cline, ces travaux revisitent une histoire oubliée et particulièrement complexe à restaurer, entre Afrique, Proche-Orient et Occident. Nul doute que les bouleversements politiques, militaires et religieux des dernières décennies ne sont pas étrangers à ce regain d’intérêt de la recherche anglo-saxonne. Grâce à des éditeurs tels qu’Albin Michel pour Le trône d’Adoulis ou La Découverte pour 1177 avant JC. , le public francophone peut découvrir la vitalité de cette nouvelle recherche qui offre un autre regard de l’histoire sur le temps long de ces peuples.

À travers les traductions des inscriptions épigraphiques d’un trône découvert à Adoulis, dans l’ancien royaume d’Éthiopie, le décryptage des récits de voyageurs qui ont connu les événements (dont celui de Cosmas), et sur la base des travaux archéologiques de plusieurs décennies (depuis 1980), l’historien Glen W. Bowersock exhume une histoire afro-arabe du 6ème siècle après JC, bien loin des idées reçues. Pour bien comprendre son analyse, il convient de rappeler qu’une des principales nouvelles tendances historiographiques est “l’histoire connectée”.

Qu’entendre derrière cette expression ? Que l’histoire des peuples ne peut pas être considérée de manière isolée – souverainiste dirait-on par contamination du vocabulaire politique ultra-contemporain. Elle ne peut pas mieux être comprise par le seul regard de la puissance impériale – sinon impérialiste – du moment (quelle qu’en soit sa forme). Au contraire, les ressorts géopolitiques de l’histoire des peuples, qui intègrent des données migratoires, sociales, politiques et confessionnelles, ne prennent tout leur sens que dans les interconnexions établies à tous les niveaux : de la microstoria à l’histoire impériale. Que dévoile ce jeu d’échelle, cette manière de voir, dans le cas de l’Éthiopie du 6ème siècle de notre ère ?

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Le barrage de Gilgel Gibe III a débuté sa production d’électricité

La centrale hydroélectrique de Gilgel Gibe III en Ethiopie a démarré sa production d’électricité. D’une capacité de 1870 MW et d’un coût de 1,8 milliard $, elle a été construite sur la rivière Omo située en amont du lac Turkana.

Energie hydroélectrique, Barrage, Gilgel Gibe III, Ethiopie, EthiopiaDotée d’un réservoir pouvant contenir 14 700 millions de mètres cubes d’eau, Gibe III est la troisième centrale d’une série de cinq que l’Ethiopie prévoit d’installer sur le fleuve. Gibe I et Gibe II, de capacités respectives 184 MW et 420 MW, ont été installées, et Gibe IV et Gibe V devraient bientôt suivre.

La moitié de l’énergie produite par cette centrale sera utilisée pour la satisfaction des besoins de l’Ethiopie tandis que l’autre moitié sera exportée. Le Kenya recevra 500 MW d’énergie provenant de la centrale, le Soudan 200 MW et Djibouti, les 200 MW restant.

Une ligne de transmission de haute tension reliant l’Ethiopie au Kenya et devant permettre cette exportation est d’ailleurs en construction. Elle sera achevée en 2018.

Source : Ecofin, 14 octobre 2015

Des start-up éthiopiennes tentent de percer malgré les obstacles

Créer une start-up en Ethiopie, où le réseau internet est erratique et les paiements électroniques impossibles, semble une gageure. Mais dans ce pays, ce ne sont que quelques-uns des obstacles auxquels font face les “jeunes pousses”, dont les créateurs affichent l’enthousiasme des défricheurs.

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Avec ses employés penchés sur leurs ordinateurs face aux baies vitrées de vastes locaux en open-space, Deliver Addis, premier service en ligne de livraison de repas à domicile, lancé en mars, ressemble à n’importe quelle jeune entreprise des nouvelles technologies.

Mais ici, “l’internet coupe une ou deux fois par semaine. Quand cela arrive, on ne peut pas faire grand chose, si ce n’est compter sur le téléphone pour prendre les commandes”, explique Feleg Tsegaye, son fondateur de 27 ans.

Pour cet Ethiopien, né et éduqué aux Etats-Unis, arrivé il y a trois ans en Ethiopie, l’important est de se positionner sur un marché encore en friche, dont il est convaincu qu’il est l’un des plus prometteurs du continent africain.

“Le secteur des nouvelles technologies est encore balbutiant”, explique-t-il, et les paiements en ligne “n’existent pas encore tout à fait”. Mais “dès qu’il y aura un moyen pour les entrepreneurs de gagner de l’argent grâce à la technologie, les choses vont changer très rapidement”, assure-t-il, sans vouloir donner de détails sur la situation commerciale et financière de Deliver Addis.

Avec environ 10 % de croissance par an ces dix dernières années, selon la Banque mondiale, l’Ethiopie attire les investisseurs, de plus en plus nombreux à tenter de prendre pied sur ce marché de plus de 90 millions de consommateurs, le plus important d’Afrique après le Nigeria.

Et les nouvelles technologies font figure d’eldorado encore inexploité. La capitale éthiopienne compte déjà trois incubateurs de start-up – souvent soutenus par des investisseurs étrangers – qui aident les entrepreneurs éthiopiens à lancer leur société.

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Tramway : Addis Abeba roulera chinois

par Olivier Caslin

Addis Abeba, la capitale éthiopienne, a signé avec le fabricant chinois CNR Corporation pour la fourniture de 41 tramways. Prévu pour entrer en service début 2015, le futur réseau urbain comprendra deux lignes de 17 km chacune.

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C’est une première sur le continent : les tramways qui équiperont Addis Abeba seront d’origine chinoise. Le fabricant CNR Corporation a annoncé le 17 mars dernier avoir signé un contrat avec la municipalité de la capitale éthiopienne pour fournir 41 tramways à partir de la fin 2014. Constitués de trois rames et pouvant rouler à une vitesse de 70 km/h maximum, les véhicules seront adaptés aux conditions locales, notamment concernant la résistance des matériaux aux rayons ultraviolets, parmi les plus forts de la planète. Ils seront équipés de vitres teintées pendant que le toit sera dessiné pour faire face aux pluies torrentielles qui arrosent l’Ethiopie durant la saison humide.

Démarrage du service en 2015

CNR Corporation n’a pas indiqué le montant du contrat, mais la fourniture de ces véhicules rentre dans l’enveloppe de 475 millions de dollars annoncée par le gouvernement éthiopien lors du lancement des travaux en juin 2012. Prévu pour démarrer ses services début 2015, le futur réseau urbain sera constitué de deux lignes de 17 km chacune capables de transporter un maximum de 60 000 passagers par jour.

Les travaux ont été confié à la China Railway Engineering Corporation (CREC) et le projet est financé à hauteur de 87 % par l’EximBank of China, le solde étant à la charge du gouvernement local.

Source : Jeune Afrique, 25 mars 2014

Megemeria : Des jeunes éthiopiens créent une start up dans la joaillerie

En langue amharique, Megemeria c’est le commencement. Nom d’une expérience très particulière, Megemeria est devenu pour quelques dizaines d’Israéliens immigrés d’Ethiopie, le lieu d’un début et d’un espoir.

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Fondateurs de Yvel, une chaîne israélienne qui exporte ses bijoux dans toutes les grandes capitales du monde, Orna et Isaac Levy se sont rappelés les difficultés de l’immigration, les affres de l’intégration, du chômage, des fins de mois douloureuses. A la tête d’une des marques les plus en vue de la bijouterie israélienne, ils ont décidé de conférer à leur succès une dimension universelle et humaine. C’est ainsi qu’est né Megemeria.

Les fondateurs n’ont pas voulu faire du charity business ni de la philanthropie. L’idée est née d’un win-win. D’un côté le besoin réel d’une main d’œuvre de qualité de la joaillerie de luxe en pleine expansion en Israël. De l’autre le désarroi d’une population de migrants éthiopiens sans formation aucune, vouée à un avenir sans espoir et à des emplois mal payés dans le gardiennage et dans le nettoyage.

Aujourd’hui l’école intègre chaque année, gratuitement, une vingtaine de femmes et d’hommes de la communauté éthiopienne, souvent rejetés par les cadres classiques d’intégration, en raison de leur âge, de leur condition familiale et surtout de leur manque de formation de base.

Et pourtant, où d’autres ont échoué, l’expérience Megemeria a réussi. Cette année, les élèves diplômés ont été employés dans l’industrie israélienne de la joaillerie. Un d’entre eux a même voulu aller plus loin et créé une ligne de bijoux inspirée par l’art éthiopien et l’art juif traditionnel. Des étoiles de David entrelacées avec des lettres amhariques, des iconiques finitions brossées sur or et argent, gravée de messages en langue des contrées éthiopiennes ou encore des formes créées à partir d’un mélange de l’art juif ancestral et des souvenirs de l’Ethiopie. Une sorte de social business dont le capital est contrôlé par ces jeunes éthiopiens qui élaborent d’une manière indépendante leur stratégie sur le long terme, tout en pouvant jouir de la réputation du joaillier.

« En Israël, les Start up ne sont pas seulement dans le domaine de la haute-technologie », dit un de ses élèves. Réussir à créer une identité artistique commune entre la culture juive, éthiopienne et israélienne, et convaincre le monde très exigeant de la joaillerie de luxe, n’est-ce pas aussi une forme de start up ?

L’école située à l’intérieur du centre de visiteurs de Yvel à Motza peut être visitée sur rendez-vous.

Source : Israel Valley, 21 novembre 2013

En Éthiopie, les pèlerins de l’Aïd

Deux fois par an, des dizaines de milliers d’Oromos, une ethnie éthiopienne, se rendent sur la tombe de Cheikh Hussein. Un lieu saint à la croisée de l’islam et des croyances africaines.

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La canne de bois tournoie au-dessus des têtes. Entre deux moulinets de son bâton fourchu dénommé oule, le derviche cheikh Hassan tonne au milieu des fidèles sagement assis sur les six gradins de terre battue soutenus par des murets de pierre. Face à eux, un modeste parvis conduit au mausolée de Cheikh Hussein. Subjugués, ils sont plusieurs centaines à écouter les harangues de ce prédicateur au visage cuivré, éclairé par des yeux vifs qui encadrent un nez aquilin en surplomb d’une bouche à la dentition hasardeuse. La foule des pèlerins applaudit, reprend les incantations, répète les slogans au signal de cet homme sec comme un coup de trique, étrangement coiffé de perles de couleur enchevêtrées dans sa tignasse. Ici et là, des mains se tendent avec un billet de quelques birrs, la monnaie éthiopienne. Le derviche saisit l’argent et postillonne dans le visage de chaque donateur en signe de bénédiction. Sur ces hauts plateaux désertiques, ni la chaleur de plomb ni les orages soudains de la saison des pluies ne dissuadent le pèlerin. Rôtir sous un soleil brûlant ou patauger dans la boue sont le prix à payer pour s’attirer les faveurs du saint inhumé à quelques dizaines de mètres, sous un dôme couvert d’une chaux tellement immaculée qu’elle éblouit le regard.

Figure musulmane du 13ème siècle, Cheikh Hussein fut le premier missionnaire à quitter les côtes pour islamiser les populations dans les profondeurs de l’Ethiopie. Les Oromos, ethnie la plus nombreuse d’Ethiopie – 26 millions, soit environ un tiers de la population totale -, lui prêtent non seulement une grande sagesse mais ils lui attribuent également toutes sortes de miracles qui ont donné naissance au culte. Les incantations, les suppliques et les vœux que les pèlerins lui adressent trahissent des origines préislamiques. Par une sorte de syncrétisme, les Oromos prient le saint pour écarter les esprits et se gagner les faveurs de Waq, la divinité que leurs ancêtres adoraient avant de se convertir, à parts égales, à l’islam ou au christianisme. Dans Le Dragon de Cheik Hussen, Henry de Monfreid évoque une légende toute africaine : l’histoire d’un prince tyrannique transformé en serpent avant d’être pétrifié dans une grotte. Les pèlerins les plus courageux descendent effectivement dans une sorte de canyon, à une bonne demi-heure de marche du village, par un sentier escarpé. Là, ils font halte devant deux grottes. Dans la première, d’où jaillit une source, se trouve un pilier rocheux que les dévots appellent “serpent”. Plus bas, une cavité plus vaste aurait abrité Cheikh Hussein lorsqu’il méditait.

Deux fois par an, le village de Cheikh Hussein accueille des dizaines de milliers d’Oromos venus vénérer le saint. Un premier pèlerinage a lieu en début d’année – autour de janvier-février – pour célébrer sa naissance. L’autre se tient au moment de l’Aïd el-Kébir, la fête du sacrifice. Cette année, elle tombait le 15 octobre. Pendant trois jours, cette petite bourgade démunie (elle n’est pas raccordée au réseau électrique) se mue en un gigantesque bivouac. Selon le chef de la sécurité de la région, plus de 700 cars bondés ont convoyé des pèlerins venus de toute l’Ethiopie, voire de Djibouti, d’Erythrée, d’Ouganda et de Somalie. Au bas mot, 35 000 âmes. S’y ajoutent les milliers de courageux, de dévots attachés à la tradition, ou de désargentés venus à pied, à cheval, à dos d’âne. Ceux qui ont pris le car d’Addis Abeba ont mis trois jours pour arriver. Ceux qui ne sont pas motorisés ont parfois dû marcher un mois avant d’apercevoir le dôme blanc… C’est que la route qui conduit aux sanctuaires n’est pas de tout repos. Pour la plupart des pèlerins, il a fallu franchir l’imposant massif des monts Balé, qui dépassent les 4000 mètres, avant de redescendre à travers des plateaux volcaniques plantés de céréales à perte de vue. Cols pentus, pistes boueuses criblées d’ornières, routes défoncées par les rivières en crue n’ont pas facilité le voyage. Pas plus que les moteurs essoufflés des autocars cacochymes qu’il faut réparer en rase campagne.

Avant d’effectuer le circuit rituel, les pèlerins s’installent. Lestés de leurs ballots, de quelques branches de bois de chauffage et de pauvres couvertures, ils organisent leurs bivouacs en famille – la polygamie multiplie les enfants – et entre gens du même village. Selon la coutume, on doit offrir l’hospitalité aux porteurs du oule. Les locaux les accueillent donc sur un bout de leur terrain. Parfois, ils leur concèdent un semblant de toit.

Plongés dans l’obscurité, les fidèles prient des heures durant

Le “sacrifice” est indolore : chaque pèlerin, selon ses moyens, fait des offrandes à plusieurs reprises pendant son séjour. De l’argent mais aussi du bétail (moutons, chèvres, bœufs, chevaux, dromadaires…). Et cette abondance est redistribuée aux autochtones par le chef du village, Cheikh Kadir, réputé descendant en ligne directe de Cheikh Hussein.

A peine installés, les arrivants dévalent la rue principale qui conduit tout droit au mausolée. Quelques pas avant le porche, ils ôtent leurs chaussures. Des pèlerins s’allongent à plat ventre à même le sol et restent ainsi de longues minutes. D’autres se plaquent contre le mur d’enceinte en écartant les bras. D’autres encore posent leurs lèvres sur les piliers, collent une joue contre la chaux, caressent la grossière maçonnerie.

Pourtant, c’est à l’intérieur du dôme que le culte prend toute sa ferveur. Deux portes, des trappes d’un mètre de haut, conduisent à la tombe de Cheikh Hussein. Il y fait noir comme dans un four. En avançant à tâtons, on n’arrête pas de trébucher sur des gens couchés à même la terre battue contre le tombeau. Ils saisissent de la poussière à pleines poignées, se maculent le visage avec, puis avalent ce qu’il reste. Prostrés, ils peuvent demeurer là des heures durant à prier Cheikh Hussein afin qu’il leur accorde une bonne récolte, une terre à cultiver, la naissance d’un enfant, une guérison, etc.

Aveuglés par la lumière du jour, le visage blanchi, les pèlerins ressortent du tombeau avec une expression béate. Coiffée d’un châle bleu et vêtue d’une robe imprimée sur fond rouge, Baysa Hussein, 55 ans, sourit de toutes ses dents. Dans sa main, elle tient un sachet de plastique qu’elle a rempli de terre du tombeau. Son mari, Gabyo Abdou, 75 ans, porte un jerricane jaune. A la sortie du tombeau, ils se dirigent vers l’étang couvert d’une couche d’algues vert vif pour y puiser l’eau zamzam (sacrée). L’eau et la terre rapportées du lieu saint les mettront à l’abri du malheur. Ils viennent à Cheikh Hussein deux fois par an : trois jours aller, trois jours retour et six jours sur place. « Il a exaucé tout ce que nous lui avons demandé, dit Baysa Hussein. Il a même guéri la stérilité d’une de nos filles. »

Une fois prières collectives et dévotions accomplies, les pèlerins regagnent leurs bivouacs en longeant les étals des marchands accourus pour l’événement. Un véritable souk s’organise autour de la rue principale. On y vend nourriture, vêtements, encens, bric-à-brac de cuisine. Mais le produit numéro un n’est pas un bien de première nécessité. C’est du khat. Toute la journée, une noria de motocyclettes, de chevaux et de dromadaires livrent des centaines de kilos de bottes de couleur verte. Partout, assis en groupes, hommes ou femmes, les pèlerins dépouillent ces branches pour en mâcher les feuilles les plus tendres. Drogue de la Corne de l’Afrique à laquelle on prête des vertus stimulantes, le khat a pris une place considérable en Ethiopie, au point de supplanter la culture du caféier dans certaines régions. A Cheikh Hussein, sa rumination occupe les longues soirées du pèlerinage.

A la fois grand ordonnateur de l’événement et chef du village, Cheikh Kadir, 62 ans, supervise campements, prières et offrandes. Haute stature, silhouette élancée, élégamment vêtu, il déambule autour du sanctuaire avec une canne de bois. Les passants lui baisent les mains pour témoigner le respect dû au descendant du saint. « Cheikh Hussein est là pour tous, explique son lointain rejeton. Pas seulement pour les musulmans : des chrétiens, des animistes viennent ici lui demander son aide. C’était un sage et un grand savant. Il a appris aux Oromos ce qui est haram (péché) et halal (licite).» Le khat est-il halal? « Il fait partie du culte, répond Cheikh Kadir. Là où Cheikh Hussein faisait sa prière, se trouvait un arbuste de khat. Et il a dit à chacun que ses feuilles étaient bonnes parce qu’elles calment. »

C’est à Cheikh Kadir qu’il revient d’animer le point d’orgue du pèlerinage: il conduit la grande prière de l’Aïd. Les dizaines de milliers de pèlerins se réunissent dans un champ à l’entrée du village, face à l’école primaire. Là, en rangs serrés, hommes devant, habillés en blanc, femmes derrière, vêtues de tenues colorées, ils prient tous Allah et son prophète Mahomet. L’espace de quelques heures, ce Cheikh Hussein aux pouvoirs miraculeux passe au second plan. Les Oromos retrouvent l’islam de tous les musulmans du monde. Pourtant, une fois retournés dans les campements, quand ils se regroupent autour du mouton grillé, de lentes mélopées s’élèvent du feu de camp. Les pèlerins chantent les louanges de… Cheikh Hussein.

Source : Le Figaro, 15 novembre 2013

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