Archives de la catégorie 'Climat & Catastrophes naturelles'

Le début de la faim

Véritable plaie du pays dans les années 1970-1980, la famine menace à nouveau quelque 15 millions de personnes.

Dolo Odo, Camp, Ethiopie, Ethiopia

D’ici à 2030, on ne parlera plus de malnutrition en Éthiopie. En tout cas, c’est ce que promet Addis Abeba. Mi-juillet, le gouvernement a même consigné son engagement dans la Déclaration de Sekota, rendue publique dans cette ville du nord du pays, principal foyer de la famine dans les années 1980. « Nous avons pris les dispositions nécessaires pour améliorer la nutrition infantile et les conditions sanitaires dans les zones sensibles », jure un conseiller au ministère de l’Agriculture. Mais silence radio ou presque lorsqu’il s’agit de mesurer l’impact de la menace que fait peser aujourd’hui El Niño sur le pays.

Ce phénomène climatique, causé par le réchauffement de l’océan Pacifique, risque en effet d’accentuer la sécheresse et de provoquer de fortes pluies suivies d’inondations, selon les Nations unies. Mettant notamment en péril les récoltes. « On en est conscients et on y travaille », se contente de lâcher le conseiller. Le sujet dérange, à l’évidence. En 1974, l’empereur Haïlé Selassié était tombé après que la population ait protesté contre son incapacité à lutter contre la famine sévissant dans l’ancienne région de Wollo.

La menace d’une crise alimentaire plane toujours au-dessus du pays, telle une épée de Damoclès

Quatre décennies plus tard, malgré tous les efforts entrepris ces dernières années et un taux de croissance à deux chiffres, la menace d’une crise alimentaire plane toujours au-dessus du pays, telle une épée de Damoclès. À en croire le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), « plus de 3 millions d’enfants dans 198 woredas » sur les quelque 500 districts que compte l’Éthiopie sont déjà victimes d’El Niño.

Dans les régions concernées (Afar et Somali principalement), « les familles ne parviennent plus à subvenir aux besoins alimentaires, et encore moins à envoyer leurs enfants à l’école », rapporte l’Ocha. Des ONG sur place tirent la sonnette d’alarme : 15 millions d’Éthiopiens risquent d’être frappés de famine ! Selon elles, il faudrait au moins 411 millions de dollars pour répondre aux besoins urgents (alimentation, santé, éducation…) dans les six prochains mois.

Source : Jeune Afrique, 19 octobre 2015

Tous les problèmes ont de solutions, même le changement climatique

Il y a huit ans, Kenbesh Mengesha gagnait un revenu incertain en cherchant du bois de chauffage dans les forêts publiques locales et en le vendant aux autres habitants des bas-quartiers d’Addis Abeba, en Ethiopie.

Elle gagnait en moyenne environ 50 cents US par jour, si elle avait de la chance. Mais aujourd’hui, elle fait partie d’un projet agricole réussi de femmes, qui est un modèle pour former d’autres groupes urbains d’agriculteurs dans toute l’Afrique sur la façon de s’adapter aux changements climatiques.

Selon la Banque mondiale, l’Ethiopie est extrêmement vulnérable à la sécheresse et à d’autres catastrophes naturelles telles que les inondations, les fortes pluies, les vagues de gelée et de chaleur. Le réchauffement climatique mondial a aggravé cette situation, puisque les modèles de circulation générale prévoient une augmentation de 1,7 à 2,1 degrés centigrades de la température moyenne du pays d’ici à 2050.

Cela devrait avoir un impact important sur la sécurité alimentaire. Récemment en 2011, le pays et toute la Corne de l’Afrique ont été touchés par la pire sécheresse en 60 ans. Elle a entraîné une grave crise alimentaire, avec les Nations Unies qui ont déclaré la famine dans la région.

La Banque mondiale estime que l’insécurité alimentaire coûtera à l’Ethiopie 75 à 100 milliards de dollars chaque année pour s’adapter aux changements climatiques de 2010 jusqu’en 2050.

Alors, quand Mengesha et 29 autres femmes qui avaient aussi l’habitude de gagner leur vie en cherchant du bois de chauffage ont formé une organisation communautaire locale, celle-ci est devenue le début d’un moyen de vie plus sûr et plus durable.

« La collecte de bois de chauffage était et est toujours un travail risqué. Je connais plusieurs femmes qui ont été violées par des hommes qui ont profité d’elles pendant qu’elles étaient dans la brousse en train de chercher du bois de chauffage », déclare-t-elle.

Mais la vie d’aujourd’hui est moins incertaine pour Mengesha. Et elle n’abat plus les ressources naturelles du pays pour s’en sortir.

Dénommé “Association des femmes de Gourara”, qui compte aujourd’hui 200 membres, le groupe loue et exploite près de deux hectares de domaines publics inoccupés à proximité des bas-quartiers de Gourara, à Addis Abeba, en pratiquant ce qu’il appelle un système de bio-économie intégrée.

Les groupes d’entraide communautaires ici sont autorisés à demander des domaines publics à travers le gouvernement local et l’administration du district si le projet doit être mis en œuvre dans les environs de la ville. Ce groupe de femmes a un bail de cinq ans renouvelable.

Ce groupe de femmes a découvert des façons novatrices pour maîtriser les conditions climatiques toujours changeantes et lutter contre l’insécurité alimentaire.

Elles ont été formées par Bioeconomy Africa, une organisation non gouvernementale qui dirige l’Institut de développement des capacités en bio-économie en Afrique (ABCD Institute). Les femmes ont suivi deux semaines de formation sur différentes techniques intégrées dans l’agriculture à petite échelle.

Et cette initiative s’est révélée un succès puisqu’elle a permis aux membres de cette association de gagner assez d’argent pour nourrir leur famille, payer les frais de scolarité de leurs enfants et même de créer des opportunités d’emploi pour d’autres.

C’est en soi une grande prouesse dans cette nation d’Afrique de l’est, qui a une population de 82 millions d’habitants et est le deuxième pays le plus pauvre au monde. Selon l’Indice de pauvreté multidimensionnelle, élaboré par l’Université d’Oxford, 90 % des Ethiopiens vivent dans une pauvreté absolue, avec 39 % qui survivent avec 1,25 dollar par jour.

« Nous avons appris à utiliser le moindre espace fertile ou non, pour la production agricole maximale », a affirmé Fantanesh Atnafic, l’un des membres fondateurs de l’organisation.

« Dans un passé récent, nous avons vu des conditions environnementales changer radicalement. Les précipitations ne sont plus fiables comme elles l’étaient il y a 20 ans. Pourtant, lorsque la sécheresse arrive, elle est généralement plus longue que la normale, ce qui a un effet négatif sur l’agriculture en général », a-t-elle expliqué.

Mais un climat qui change ne signifie pas la défaite pour les petits fermiers, selon Dr Getachew Tikubet, le directeur des opérations de Bioeconomy Africa.

« Il est vrai que les conditions climatiques changent, ce qui est un énorme revers pour beaucoup de fermiers africains. Mais la vérité est que tous les problèmes ont de solutions. Et c’est ce que nous essayons d’aborder avec les petits agriculteurs africains », a-t-il déclaré.

L’association des femmes utilise différentes méthodes d’agriculture intensive qui créent un environnement idéal pour leurs cultures.

« Nous mélangeons généralement les connaissances agricoles indigènes, telles que l’utilisation de fumier, avec les techniques scientifiques apprises auprès de différentes organisations et des individus, qui comprennent l’extraction du biogaz et du gaz méthane à partir de la bouse de vache avant d’utiliser le résidu comme fumier », a indiqué Atnafic, une mère de six enfants dont le mari a été tué dans l’armée il y a 20 ans.

Source : All Africa, 29 août 2012

Les faibles précipitations nécessitent une nouvelle aide alimentaire rapide

Les organisations humanitaires demandent de l’aide alimentaire supplémentaire dans les régions du sud et du nord-est de l’Ethiopie où la récolte de mi-février à mai a beaucoup souffert des précipitations irrégulières pendant le Belg (saison des pluies courtes).

« Nous avons une grave pénurie de nourriture dans la plupart des régions qui dépendent de la saison belg, notamment la région Peuples du Sud » a déclaré Mike McDonagh, directeur du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) en Ethiopie.

D’autres zones du nord-est du pays sont concernées, dans les régions Amhara, Oromia et Tigré.

La récolte belg, qui représente jusqu’à 40 % de la production alimentaire annuelle dans certaines régions, devrait diminuer en 2012. Ceci est dû au retard des précipitations entre mi-février et mai. Ces pluies sont tombées avec deux à huit semaines de retard et sont restées en dessous des prévisions.

« La situation est préoccupante et surveillée de près » a indiqué Judith Schuler, porte-parole du Programme alimentaire mondial (PAM) en Ethiopie, ajoutant que le nombre de personnes touchées par l’insécurité alimentaire pourrait augmenter.

Actuellement, il y aurait 3,2 millions de personnes touchées par l’insécurité alimentaire en Ethiopie, soit moins que le pic de 4,5 millions atteint lors de la sécheresse de la Corne de l’Afrique en 2011. Ces chiffres doivent être actualisés à la mi-juillet.

Le PAM a besoin de 183 millions de dollars d’ici à la fin 2012 pour secourir 2,5 millions des 3,2 millions de personnes nécessitant une aide alimentaire d’urgence.

La situation dans la région Peuples du Sud, frontalière du Kenya et du Soudan du Sud, est particulièrement préoccupante.

La récolte belg représente dans cette région 35 à 40 % de la production. Les cultures racines, principalement des patates douces, représentent à elles seules 50 % de la récolte dans certains secteurs. Or, selon les dernières analyses (en mai) d’alerte précoce et de réponse du gouvernement, cette longue période de sécheresse a eu des conséquences désastreuses sur les récoltes et a également touché d’autres cultures comme les haricots, les pommes de terre et le maïs qui devaient combler le déficit alimentaire entre mars et juin.

Les organisations humanitaires ont déclaré qu’une période de récupération insuffisante après la sécheresse de 2011 pourrait aggraver la situation des ménages vulnérables dont les avoirs et autres stratégies de survie se révèlent insuffisants.

Augmentation de la malnutrition

« Le nombre de personnes atteintes de malnutrition est déjà en train d’augmenter », a indiqué M. McDonagh (OCHA).

Selon OCHA, pour la seule région Peuples du Sud, près de 90 000 enfants, femmes enceintes ou allaitant leur enfant sont relativement malnutris à présent, et ce chiffre augmente.

« Le mois de mars a été pire que février, avril a été pire que mars et nous prévoyons que mai sera pire qu’avril », a déclaré M. McDonagh. « Cela empire pendant un certain temps et ensuite, peut-être vers juillet août… cela pourrait diminuer de nouveau ».

« Nous avons besoin de rations alimentaires générales, ce que nous appelons des secours alimentaires. Nous avons besoin de plus de compléments alimentaires, ainsi que de nourriture thérapeutique. Nous avons également besoin d’autres éléments tels que des semences. »

Selon l’Unité de coordination de nutrition d’urgence du ministère de l’agriculture, il y a une augmentation du nombre d’enfants atteints de malnutrition sévère au sein des programmes d’alimentation thérapeutique, cette augmentation étant plus forte et plus avancée qu’en 2011.

Ainsi, les admissions à ces programmes ont augmenté de 15,3 % de janvier à février, et de 27 % de plus de février à mars. Les chiffres de mars à avril ne sont pas disponibles.

Selon Mitiku Kassa, ministre d’état de l’Agriculture, les ministères de l’agriculture et de la santé suivent la situation de près en matière d’insécurité alimentaire.

« L’irrégularité des saisons des pluies résultant [de] problèmes de [ce] type n’est pas quelque chose de nouveau pour nous », a ajouté Mitiku. « Nous avons connu la même situation l’année dernière et l’année d’avant et, jusqu’à présent, nous arrivons à gérer le problème… Le pays dispose de suffisamment de ressources et de mécanismes sur place pour faire face cette fois, cependant. »

Source : IRIN, 31 mai 2012

Le sud de l’Ethiopie touché par la “sécheresse verte”

par Gaëlle Laleix

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« Les pluies existent, mais sont capricieuses. C’est la sécheresse verte. »

En Ethiopie, la crise alimentaire se poursuit. Près de 4,5 millions de personnes ont désormais besoin d’assistance. Dans une région du sud éthiopien, l’une des neuf du pays, la saisons des pluies, irrégulière ou décalée dans le temps a perturbé les récoltes ou fortement endommagé les cultures. Les lieux, très peuplés, font face à une paradoxale “sécheresse verte” : alors que le paysage y est vert et luxuriant, il n’y a quasiment pas de récolte. Une répétition de la crise de 2008 dans cette partie de l’Ethiopie.

Source : RFI, 14 août 2011

Voir aussi :

Dans le sud de l’Ethiopie, la malédiction de la “sécheresse verte”

Dans le sud de l’Ethiopie, la malédiction de la “sécheresse verte”

par Jenny Vaughan

Enfants, Children, Malnutrition, Shebedino, Ethiopie, EthiopiaShundure Tekamo est confrontée à un insupportable dilemme : rester avec son nourrisson souffrant de malnutrition dans ce centre de santé du sud de l’Ethiopie ou retourner chez elle pour trouver de quoi nourrir ces cinq autres enfants.

« Je n’arrive pas à réfléchir ; tout ce que je veux c’est sauver mon enfant », explique cette jeune mère, debout aux côtés de son fils Berhanu, alité. « Mais en même temps, je m’inquiète parce que j’ai laissé mes autres enfants » chez moi, ajoute-t-elle désemparée.

C’est la seconde fois depuis décembre que Berhanu est admis dans ce centre de santé de Shebedino, à 225 km au sud de la capitale Addis Abeba, son état se détériorant en raison du manque chronique de nourriture.

Dans la région Peuples du Sud, une des neuf régions administratives du pays, une succession de saisons des pluies irrégulières ou décalées a entraîné de très faibles récoltes ou endommagé les cultures, provoquant de très graves pénuries alimentaires.

Cette région, densément peuplée, fait face à une “sécheresse verte” : tandis que le paysage y apparaît vert et luxuriant, les récoltes sont quasi-inexistantes. Une répétition de 2008 dans cette partie du pays.

Plus de 250 000 personnes ont besoin d’une aide humanitaire d’urgence dans cette partie du sud de l’Ethiopie selon le gouvernement, un nombre sûrement trois fois supérieur selon les organisations humanitaires présentes sur place.

« Les principales causes d’insécurité alimentaire sont la sécheresse récurrente, la pression démographique et la dégradation des sols », explique à l’AFP le coordinateur de la région pour la sécurité alimentaire, Getachew Lemma.

Selon les Nations unies, quelque 4,5 millions d’Ethiopiens nécessitent une assistance humanitaire en raison de cette sécheresse qui affecte environ 12 millions de personnes en Afrique de l’Est. A Shebedino, leur nombre ne cesse de progresser.

Malnutrition, Shebedino, Ethiopie, Ethiopia« Le taux de malnutrition augmente », assure Daniel Legisso, qui travaille pour le gouvernement sur la sécurité alimentaire dans le sud de l’Ethiopie. Selon lui, le taux de malnutrition des enfants a progressé de 5 % depuis mai. « La situation actuelle est très tendue par rapport aux années précédentes », ajoute-t-il.

Melcamu Tilahun, modeste agriculteur, ne saurait le contredire : son maïs a séché sur pied en raison de faibles précipitations et trois de ses quatre enfants souffrent de malnutrition. « Cette année, je n’ai même pas de quoi nourrir ma famille pour trois semaines », déplore-t-il.

Ce père de famille envisage même d’abandonner l’agriculture pour ouvrir un petit commerce. « Si je peux obtenir un prêt et changer de boulot, je pourrai nourrir ma famille », espère-t-il.

Le gouvernement a lancé un programme pour apprendre aux mères de famille à reconnaître les symptômes de la malnutrition.

De son côté, le Programme alimentaire mondial (PAM) est engagé dans une opération de plus longue haleine (cinq ans), où les bénéficiaires reçoivent de l’argent et de la nourriture en échange de leur labeur dans les champs. Un des responsables de ce programme du PAM, Yohannes Desta, met toutefois en avant la nécessité d’investir dans des projets d’irrigation et dans un meilleur accès aux engrais pour aider durablement les fermiers locaux.

Mais pour ceux dont la survie est en jeu actuellement, à l’image de Shundure et de son bébé, l’aide humanitaire d’urgence demeure la priorité. « Je n’ai pas de nourriture pour mes enfants chez moi. Je n’ai même pas de lait à leur offrir », se désole-t-elle.

Source : AFP, 10 août 2011

Voir aussi :

Le sud de l’Ethiopie touché par la “sécheresse verte”

Pourquoi la sécheresse sévit sur la Corne de l’Afrique

Réchauffement climatique et conséquence d’un courant marin sont les deux principales raisons avancées par les scientifiques pour expliquer le phénomène.

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Une sécheresse frappe 12 millions de personnes dans la Corne de l’Afrique, la pire depuis 60 ans selon les Nations unies. En Somalie deux régions du sud ont été déclarées en état de famine. Les scientifiques ne savent pas encore exactement quelles sont les causes exactes de cette sécheresse, mais avancent deux éléments d’explication.

El Niño assèche la corne de l’Afrique depuis 10 ans

La Corne de l’Afrique est une zone aride et sèche naturellement. La température ne descend pas en dessous de 23 degrés la nuit et peut monter au delà de 40 degrés. D’avril à août, les terres sont habituellement irriguées par la saison des pluies. « Depuis 10 ans, explique Pascal Scaviner, responsable de la prospective à Météo Consult, ces pluies sont de moins en moins importantes, le sol retient donc moins l’humidité et les nappes phréatiques se remplissent moins chaque année ».

Pascal Scaviner estime que cet assèchement est en partie du à El Niño, un courant chaud venu de l’océan Indien. El Niño possède une double influence sur la Corne de l’Afrique. Dans un premier temps, il réchauffe l’océan Indien, et « plus l’océan est chaud, moins il y a d’évaporation, poursuit le météorologue. Moins d’évaporation signifie moins de pluie. »

Dans un second temps, El Niño réchauffe anormalement l’océan Pacifique d’avril à juin. « Le climat est un jeu de pousse-pousse, explique Hervé le Treut, climatologue au CNRS. Ce courant d’air chaud bouleverse le mouvement naturel des masses d’air. Tout bouleversement des masses d’air est un risque de dérèglement pour les zones sensibles comme la Corne de l’Afrique ». Ici, ce dérèglement se traduit par une absence de précipitation.

Le réchauffement climatique se fait sentir

Pour Hervé le Treut, le réchauffement climatique peut contribuer a modifier le climat dans cette région. « Depuis 20 ans, la température des océans augmente, et les océans ont une forte influence sur les climats tropicaux », explique le chercheur. « Nous savons que, de manière générale, si nous produisons des gaz à effet de serre les risques de sécheresse augmentent dans les zones semi-arides comme la corne de l’Afrique », poursuit-il. Pour les scientifiques, la Corne de l’Afrique est un terrain d’observation complexe : très peu de données sont collectées par des laboratoires locaux. Une chose est sûre cependant : « Si nous ne pouvons pas savoir à 100 % si la sécheresse est due au réchauffement climatique, nous savons que ce type de sécheresse est un exemple de situations qui deviendront plus fréquentes si le réchauffement se poursuit. »

La pluie va-t-elle revenir ?

« La tendance est favorable à l’arrivée des pluies, note le prévisionniste de Meteo Consult. C’est normalement la saison ». Ces pluies, orageuses pour la plupart , devraient surtout concerner l’Éthiopie et le Kenya. En Somalie, de très faibles pluies sont attendues au sud du pays.

Source : Le Figaro, 29 juillet 2011

La zone Borena se prépare à nouveau au manque de pluies

En octobre dernier, les anciens de la zone Borena, située dans la région Oromia, au sud de l’Éthiopie, ont prédit que les grandes pluies ne seraient pas suffisantes, mais certaines personnes ne les ont pas pris au sérieux. La même chose s’est produite en février.

« Certains les croyaient et ont vendu leur bétail, acheté des chèvres et mis de l’argent de côté », a indiqué Uka Dida, le chef du kebele de Dembi. « Je ne les ai pas crus et j’ai perdu la totalité de mon bétail – cette leçon m’a coûté cher ».

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Aujourd’hui, les anciens annoncent que les secondes pluies seront également insuffisantes en octobre. Leurs calculs sont basés sur les phases de la lune et la position des étoiles. Cette fois, les responsables locaux accordent du crédit à ces prévisions.

« Nous ne disposons pas de services météorologiques efficaces ici – les anciens font leurs propres calculs et leurs résultats ne sont pas encourageants », a dit Ephrem Ombosho, le directeur de l’un des bureaux de l’Agence de préparation et de prévention des catastrophes de Borena. Lui et son équipe procèdent à une évaluation des besoins locaux.

Comme d’autres éleveurs de la région, ceux de Borena disposent d’un éventail de techniques qui leur permettent d’anticiper et même de prévoir la sécheresse ; certaines de ces techniques sont basées sur l’observation de phénomènes naturels, comme la croissance des pousses de certaines plantes à des périodes précises de l’année. Leur système de calendrier, qui est fondé sur l’observation de la lune et des étoiles, et dont l’utilisation remonterait à 200 ans avant J.C. selon les chercheurs, inclut une forme d’astrologie et des prévisions météorologiques.

A la recherche de pâturages

Selon les Nations Unies, la zone Borena, située au sud du pays, tout comme d’autres régions de la Corne de l’Afrique, se trouve dans une situation proche de la famine, sur une échelle de cinq points.

« Nous réfléchissons à la possibilité de créer des coopératives afin de mettre notre argent en commun et de pouvoir faire face aux situations difficiles comme celle que nous traversons actuellement », a dit M. Uka. « Nous conseillons également aux populations d’acheter des chèvres, qui sont plus résistantes en cas de sécheresse, et peut-être de se séparer de leur bétail maintenant ».

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« Impossible de pomper l’eau, faute de matériel »

Interview de Jean Ziegler, des Nations unies. Il dénonce la spéculation et le manque d’infrastructures.

Jean ZieglerJean Ziegler a été rapporteur spécial de la Commission des droits de l’homme de l’ONU pour le droit à l’alimentation. Il est aujourd’hui vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme des Nations unies.

En quoi cette situation de crise alimentaire est-elle différente des autres ?

Nous sommes dans une région où les périodes de sécheresse sont de plus en plus rapprochées. Autrefois, c’était tous les dix ou quinze ans. Depuis peu, c’est tous les deux, trois ans. Cela dit, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Ces pays souffrent du manque d’infrastructures.

La sécheresse n’est qu’une partie de la cause ?

C’est le dernier coup qui anéantit les populations. Il y a de l’eau dans les nappes phréatiques, mais ces nappes sont à 50 mètres, ou plus, de profondeur. Impossible à pomper, faute de matériel. En Ethiopie, par exemple, le manque d’infrastructures s’illustre de façon navrante. Ainsi, il est arrivé plus d’une fois, y compris pendant les périodes de famine, que le teff, la céréale de base, pourrisse dans des dépôts de Gondar, dans l’ouest du pays, alors que des dizaines de milliers de personnes mourraient de faim dans l’est, à 600 km de là…

Pourquoi ?

Par manque de routes, de chemins de fer. Et, là, l’aide internationale devient absurde. Ainsi, le blé américain et les autres céréales arrivent par le canal de Suez, puis sont déchargés à Djibouti. De là, ils sont mis sur un train en direction d’Addis Abeba, avant de repartir sur camions vers le nord de l’Ethiopie. Tout ceci, alors qu’il y a du teff dans le pays. C’est une folie ! Au fil des années, ces pays connaissent un allongement des temps de soudure. En clair, entre la dernière denrée produite et consommée sur place et la prochaine récolte, la soudure peut atteindre quatre mois. Quatre mois pendant lesquels il faut importer du riz ou du blé.

Quelles sont les responsabilités ?

Il y en a plusieurs. Celle des Etats locaux, comme celui de l’Ethiopie. Il consacre 40 % de son budget à l’armée. Il y a aussi les hedge funds qui, ayant perdu des sommes astronomiques au moment de la crise de 2007, se sont littéralement jetés sur la spéculation des matières premières agricoles. Avec à la clé des hausses de cours tellement importantes qu’elles empêchent les Etats les plus faibles d’importer ces matières premières. Sans parler des coupes dans le budget du Programme alimentaire mondial (PAM) : il est passé de 6 milliards de dollars en 2008 à 3,2 milliards [2,27 milliards d’euros, ndlr] aujourd’hui. Par contre, ce sont 1 700 milliards d’euros qui ont été trouvés pour sauver les banques. Cherchez l’erreur.

Source : Libération, 19 juillet 2011

Sécheresse dans la Corne de l’Afrique :
Des ONG françaises appellent aux dons

Selon le Secours catholique et le Secours populaire, plus de dix millions de personnes ont besoin d’une aide d’urgence dans la région.

Le Secours catholique et le Secours populaire ont lancé mardi des appels aux dons pour venir en aide aux millions d’habitants d’Afrique de l’Est (Somalie, Ethiopie, Djibouti, Kenya) frappés par ce qui pourrait être, selon l’ONU, la pire sécheresse des dernières décennies.

« Plus de 10 millions de personnes ont besoin d’une aide d’urgence dans la région subissant une situation humanitaire catastrophique jamais atteinte depuis soixante ans », souligne dans un communiqué le Secours catholique.

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Le Secours catholique-Caritas France a débloqué une première aide de 300 000 euros « afin de soutenir des programmes d’urgence du réseau Caritas » sur place, écrit l’association.

De son côté, le Secours populaire français « appelle à la solidarité et aux dons financiers pour pouvoir faire parvenir l’aide aux enfants et aux personnes touchées par la crise nutritionnelle dans cette région ».

L’Organisation des Nations unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) va organiser une réunion ministérielle d’urgence le 25 juillet pour aider la Corne de l’Afrique, à laquelle sont invités les 191 pays membres, ainsi que d’autres agences onusiennes, comme le Programme alimentaire mondial (PAM) et des organisations non-gouvernementales.

Source : Libération, 19 juillet 2011

La corne de l’Afrique affamée par la sécheresse

« Catastrophe humanitaire », « sécheresse historique », « situation sans précédent »… Les qualificatifs ne manquent pas pour décrire l’horreur qui se déroule dans la Corne de l’Afrique, en proie à une sévère sécheresse depuis plusieurs mois. Au total, près de 12 millions de personnes manquent de nourriture et sont dans « une situation critique », selon l’ONG britannique Oxfam, qui a lancé la semaine dernière un appel à l’aide internationale.

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Le Kenya, la Somalie, l’Erythrée, l’Ouganda, l’Ethiopie, Djibouti… Toute l’Afrique de l’Est est concernée. « C’est une situation sans précédent, signale John Agbor, responsable santé, qui coordonne l’aide à la Somalie pour l’Unicef. On sait bien que nous sommes dans une zone à risques, cycliquement touchée par la sécheresse, mais ce qui choque ici c’est la sévérité et l’ampleur du phénomène. » De tous les pays concernés, la Somalie apparaît comme la zone la plus durement atteinte, par la sécheresse actuelle mais aussi par des années de guerre civile. Le pays compte plus de 900 000 déplacés internes, dont 500 000 enfants de moins de cinq ans. Près de 400 000 personnes sont massées aux portes de la capitale, Mogadiscio. Des milliers d’autres rejoignent quotidiennement les camps frontaliers djiboutiens, éthiopiens ou kenyans.

Abris de fortune

Les plus robustes passent les frontières : rien qu’en juin, 54 000 Somaliens ont rejoint le Kenya, Djibouti ou l’Ethiopie, selon le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR). C’est le Kenya qui accueille l’essentiel des réfugiés, notamment dans les trois camps déjà saturés de Dadaab (nord-est). « Les camps continuent à recevoir un nombre important de nouveaux arrivants qui sont souvent très fatigués et épuisés, après avoir voyagé, parfois à pied, sur plus de 1 000 kilomètres, depuis Mogadiscio », a déclaré le porte-parole du HCR au Kenya, Emmanuel Nyabera. Mais cette traversée ne garantit pas une prise en charge correcte, prévient Médecins sans frontières. « Les nouveaux arrivants doivent s’installer dans des abris de fortune à la périphérie du camp surpeuplé », déplore l’ONG. « Nous savons déjà que les taux de malnutrition aiguë, ainsi que les taux de mortalité, seront très élevés », souligne John Agbor. Toutes les ONG sur place tentent d’augmenter leurs capacités d’accueil et d’endiguer la propagation des maladies dans ces camps saturés.

Comme souvent pour cette région du monde, ce sont d’abord les conditions climatiques qui sont en cause. « Les deux précédentes saisons des pluies ont été très mauvaises », explique Elise Ford, chargée de campagne chez Oxfam. Les familles n’ont donc pas pu constituer de stock alimentaire. « Il faudra attendre les prochaines pluies, en octobre dans le meilleur des cas ! Autant dire que les familles ne peuvent pas rester sur place. » Dans la région, seulement 3,8 % des terres arables sont irriguées. Et, sur ces quelques parcelles, les récoltes n’ont quasiment rien donné cette année. Même dans les zones les plus riches de Somalie, « la récolte est inférieure de 50 % à la moyenne », raconte Action contre la faim. De fait, l’accès à l’eau est de plus en plus difficile. Si le climat est à la source de cette famine, la situation de guerre civile qui sévit depuis des années n’a rien arrangé. En l’espace d’un an, le prix des denrées alimentaires a grimpé de 40 %, selon le dernier rapport de la FAO (Organisation pour l’agriculture et l’alimentation des Nations unies). En Somalie, les prix ont augmenté de 270 % en un an, rendant tout aliment de base « inabordable pour les Somaliens », selon John Agbor. Autour de Mogadiscio, un sac de maïs se monnaie 40 euros, contre 5 habituellement.

Urgence

Alertée par les ONG, la communauté internationale commence à réagir. En visite en Afrique du Sud, le Premier ministre britannique, David Cameron, a jugé hier la sécheresse comme étant « la plus catastrophique » depuis une génération. Londres a promis de débloquer 59 millions d’euros pour aider les populations. L’Allemagne rajoute 5 millions d’euros à son programme d’aide (environ 35 millions d’euros par an pour le Kenya et 20 millions pour l’Ethiopie), mais ce sera loin d’être suffisant : pour la seule Somalie, la FAO estime les besoins à 50 millions, et le Programme alimentaire mondial à 135 millions d’euros. Une réunion est prévue à Rome lundi pour débloquer les millions d’euros nécessaires aux ONG. Insuffisamment dotées face à l’urgence, elles regrettent de ne pas être « en mesure de fournir une aide suffisante à tout le monde », selon Jens Oppermann, le directeur d’Action contre la faim.

Source : Libération, 19 juillet 2011

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