Archives de la catégorie 'Aux origines de l’Ethiopie'

Lucy est de retour en Ethiopie

Lucy, le fameux squelette vieux de 3,2 millions d’années et complet à 40 %, est considéré comme le plus ancien ancêtre de l’humanité. Il a été découvert en Ethiopie en 1974. Depuis cinq ans, Lucy était exposée aux Etats-Unis. Elle est revenue, ce mercredi 1er mai, à Addis Abeba où elle sera montrée, pour la première fois, la semaine prochaine.

LucyLucy est le surnom du fossile de l’espèce australopithecus afarensis découvert sur le site d’Hadar, en Ethiopie. Longtemps considérée comme une espèce à l’origine de la lignée humaine, elle est aujourd’hui interprétée comme une espèce cousine du genre Homo. Elle a, par ailleurs, révolutionné notre perception des origines humaines en démontrant que l’acquisition de la marche bipède datait de trois à quatre millions d’années.

L’anthropologue américain Donald Johanson faisait partie de l’expédition scientifique qui a découvert Lucy. Il en parle encore avec émotion et, ce mercredi 1er mai, il a remercié l’ancien Premier ministre éthiopien, Meles Zenawi, de l’avoir fait découvrir au public américain. RFI a recueilli ses propos :

« Le Premier ministre a eu l’idée d’envoyer Lucy comme un ambassadeur d’Ethiopie aux Etats-Unis afin qu’elle soit exposée dans plusieurs musées pour montrer aux gens combien ce pays est intéressant, pas seulement pour ses célèbres fossiles comme Lucy, mais pour toute sa riche histoire », a-t-il déclaré.

Lucy a été montrée à New York, à Seattle, en Californie du Sud et à Houston. Des centaines de milliers de personnes sont venues la voir. « Je pense qu’elle fascine tellement les gens, à travers le monde, parce qu’ils la perçoivent comme une vraie personne. Ce n’est pas un fragment d’os ou un bout de mâchoire. C’est quelqu’un avec qui on peut réellement s’identifier », s’est enthousiasmé l’anthropologue américain avant de poursuivre : « Le message de Lucy à l’humanité est que nous avons tous la même origine, un démarrage et un ancêtre commun. Nous sommes unis par notre passé », a-t-il conclu. Ainsi, les sept milliards d’humains sont connectés grâce à Lucy.

Lucy, qui a voyagé aux Etats-Unis pendant cinq ans pour y être étudiée en profondeur, devrait rester désormais en Ethiopie où un nouveau bâtiment scientifique a été construit avec tous les standards modernes pour garantir sa sécurité.

Le succès de Lucy aux Etats-Unis a confirmé combien l’australopithecus afarensis continue de fasciner même si d’autres fossiles de primates plus anciens, mais beaucoup moins complets, ont été découverts depuis.

Source : RFI, 2 mai 2013

Le musée de l’origine de l’humanité dédié au monde entier

par Grégoire Pourtier

Musée, Museum, Addis Abeba, Ethiopie, Ethiopia

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L’Ethiopie est souvent considérée comme le berceau de l’humanité, des découvertes archéologiques fondamentales y ont été réalisées dont le fameux squelette de Lucie, notre ancêtre vieille de 3,2 millions d’années.

Au musée d’Addis Abeba, une section est évidemment consacrée à cet héritage fondamental de l’histoire de l’humanité. Mais le lieu est exigu et vieillissant, et depuis une dizaine d’année, une équipe de chercheurs éthiopiens et européens se bat pour la création d’un nouvelle espace, plus vaste et plus moderne.

Une étape décisive a justement été franchie ces derniers jours : la mairie de la capitale éthiopienne a accepté de céder un terrain pour que soit érigé un bâtiment dédié tout entier aux origines de l’humanité.

Source : RFI, 26 octobre 2012

Découverte d’un pied d’hominidé dans la région Afar

par Gaëlle Laleix

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Pied, Hominidé, Ethiopie, Afar, DécouverteUne équipe de paléontologues éthio-américaine a découvert les fossiles d’un pied, vieux de plus de 3,4 millions d’années. La découverte remonte à 2009, dans la région Afar, au nord-est de l’Ethiopie, mais les scientifiques ne l’ont dévoilé que le mois dernier. Ce pied, appartenant à une espèce d’hominidé, c’est-à-dire préhumaine, serait une révolution dans le monde de la paléontologie. L’espèce de Lucie, la mère des hommes, n’aurait pas été seule à cette période.

Source : RFI, 14 avril 2012

Découverte de l’ancêtre de Lucy en Ethiopie

par Caroline Lachowsky

Les chercheurs du muséum national de Cleveland qui ont reconstitué les fragments d’un squelette exhumés en 2005 par un archéologue éthiopien, viennent de démontrer que le nouvel Hominidé découvert dans la vallée du rift est un ancêtre de Lucy.

Kadamounou signifie Grand homme en langue Afar : tel est le nom de baptême qui désigne ce nouvel hominidé bipède, qui mesurait près d’1,68 mètres et qui vivait il y a 3,6 millions d’années dans la vallée du Rift en Ethiopie.

Un premier fragment de son squelette a été été découvert en 2005 en territoire Afar. Depuis, les chercheurs ont exhumé une clavicule, une omoplate, un morceau de bassin et de tibia. L’étude de ses fragments par une équipe internationale, publiée en juin 2010 sur le site de la revue en ligne Proceedings of the national academy of science, révèle qu’il s’agit d’un australpithèque afarensis.

Ce nouvel hominidé est donc l’ancêtre de la célèbre Lucy, un de ses arrières grand père en quelque sorte. Ce qui a surpris les chercheurs c’est d’abord sa taille, plus élevée que celle de Lucy, laquelle ne mesurait qu’un mètre, et le fait surtout qu’il soit déjà parfaitement bipède 400 000 ans avant l’apparition de cette dernière… « ce qui démontre, souligne le professeur Haïlé Selassié du Muséum d’Histoire naturelle de Cleveland qui a mené l’étude, que ces hominidés marchaient déjà presque comme les hommes modernes il y a de celà 3,6 millions d’années. » La bipédie et l’allongement des jambes serait donc survenue bien plus tôt dans l’évolution que ne le pensait les scientifiques jusqu’à la découverte de Kadamounou, le grand père de Lucy.

Source : RFI, 24 juin 2010

Voir aussi :

Découverte du plus ancien bipède du monde
Yves Coppens – Paléo-anthropologue
Site du Muséum d’Histoire naturelle de Cleveland
Site de la revue Proceedings of the national academy of science

Une faune africaine sans précédent piégée dans l’ambre

Des insectes vieux de 95 millions d’années, fossilisés dans la résine, ont été mis au jour en Ethiopie : une découverte inédite en Afrique.

Insectes, araignées, champignons, nématodes et plantes qui vivaient il y a 95 millions d’années dans une forêt tropicale africaine ont été fossilisés dans la résine. Découvert en Ethiopie, cet ambre livre aux scientifiques de précieuses informations sur la diversité des espèces à l’époque du Crétacé (il y a entre 145 et 65 millions d’années).

Cette découverte est exceptionnelle pour le continent africain, soulignent Alexander Schmidt (Université de Göttingen, Allemagne), Vincent Perrichot (Université de Rennes/CNRS) et leurs collègues dans les PNAS. Relativement communs dans l’hémisphère nord, les dépôts d’ambres datant du Crétacé sont quasi inexistants pour l’ancien supercontinent du Sud, le Gondwana. « Les seuls gisements d’ambres de l’hémisphère sud connus sont au Brésil et en Afrique du Sud, précise Vincent Perrichot, mais on n’avait que de la résine fossile, sans insecte à l’intérieur ».

Pas moins de 30 arthropodes ont été piégés dans la résine devenue ambre jaune retrouvée par un géologue éthiopien et envoyé au laboratoire d’Alexander Schmidt. Coléoptères, lépidoptères, diptères, hyménoptères, collemboles… la collection est variée. Elle contient l’une des plus vieilles fourmis fossilisées connues et le second plus vieux spécimen d’araignée de la famille des Linyphiidae (une petite araignée qui vit sous sa toile tissée en nappe).

« Cette fourmi, âgée de 93 à 95 millions d’années, est la plus ancienne pour le Gondwana, explique le paléo-entomologiste. Les plus anciennes fourmis ont été découvertes en France (Charente-Maritime) et en Birmanie et elles ont 100 millions d’années ». La fourmi éthiopienne montre que ces insectes ne sont pas apparus seulement au Nord, comme on le pensait jusqu’à présent. Pour mieux décrire la fourmi, Vincent Perrichot travaille avec une équipe de synchrotron de Grenoble. « Elle est enroulée sur elle-même et certaines parties importantes pour l’identification sont cachées. Nous allons donc réaliser un scan haute résolution et la reconstituer en 3D. Je pourrai ensuite pratiquer une coupe virtuelle ».

L’ambre lui-même –la résine fossile- est d’un très grand intérêt. « Il est très dur et très translucide, alors que les ambres du Crétacé sont souvent fragiles et opaques », relève le spécialiste français. L’analyse physico-chimique a de plus révélé qu’il est unique, différente des autres résines fossiles étudiées jusqu’à présent. Cette résine pourrait provenir d’un conifère encore inconnu ou d’un angiosperme –une plante à fleurs- ce qui serait vraiment atypique. Toutes les résines fossiles connues du Crétacé sont issues de gymnospermes, autrement dit de conifères ou de fougères. Le Crétacé correspond au début de la diversification des espèces de plantes à fleurs.

Cette découverte relance l’intérêt des recherches d’ambre en Afrique et plus généralement dans l’hémisphère sud. « Il est vrai que dans certains pays les terrains ne sont pas facilement accessible, par exemple avec la forêt tropicale, précise Vincent Perrichot, mais c’est surtout le manque de prospection qui explique que nous ayons moins de gisements d’ambres au sud ».

Source : Sciences & Avenir, 6 avril 2010

Yves Coppens – Paléo-anthropologue

par Florence Morice

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« C’est très important de trouver des restes nouveaux et une bipédie incontestable »

Une équipe de chercheurs américaine vient de découvrir un squelette âgé d’au moins 3,8 millions d’années au Nord-est de l’Ethiopie. Plus ancien encore que celui de la fameuse Lucie, il s’agirait selon eux du plus ancien bipède jamais retrouvé. Pourtant les avis des scientifiques divergent… Le paléo-anthropologue Yves Coppens, nous donne son avis sur la question.

Source : RFI actualité, 7 mars 2005

Voir aussi :

Découverte du plus ancien bipède du monde
Découverte de l’ancêtre de Lucy en Ethiopie

Découverte du plus ancien bipède du monde

par Dominique Raizon

Des scientifiques américains et éthiopiens viennent de découvrir un squelette vieux de 3,8 à 4 millions d’années dans la région Afar, au nord-est de l’Ethiopie, dont les caractéristiques permettent d’établir qu’il appartenait à un hominidé. Cette découverte pourrait donner de nouveaux indices sur l’évolution de l’humanité, et sur le passage à la bipédie.

Fait « assez rare », « une chaîne complète [d’os] de la ceinture au pied », comprenant « un tibia complet, des parties d’un fémur, de côtes, des vertèbres, la clavicule, le bassin et l’omoplate complet d’un [hominidé] adulte », vient d’être découverte à soixante kilomètres du site où Lucy, la célèbre australopithèque âgée de 3,2 millions d’années, est sortie de l’ombre en 1974 grâce à un paléontologue français, Yves Coppens. S’ils n’ont pas encore déterminé à quel sexe et à quelle espèce précise appartenait ce squelette, les chercheurs ont déjà assuré que l’os de la cheville de l’individu appartenait à un bipède.

« Normalement, on trouve un os ou deux d’un individu, et on est satisfait. Là, nous avons trouvé un squelette partiel (…). Un squelette n’est pas juste un amas d’os, cela permet de dire beaucoup plus de choses sur l’individu que les os isolés », souligne Bruce Latimer, directeur du musée d’histoire naturelle de Cleveland (Ohio, Etats-Unis) ayant participé aux fouilles. L’équipe de chercheurs américains et éthiopiens, conduite par Yohannes Haïlé-Selassié, s’enthousiasme déjà car la découverte « va révolutionner la manière dont nous regardons l’évolution de l’humanité », et « compléter très sérieusement le tableau de nos origines ».

« Nous avons Lucy, qui marchait comme nous. Ensuite, nous avons l’Ardipithecus ramidus [découvert en Ethiopie en 1994] vieux de 4,4 millions d’années. Ce squelette [découvert dans la région Afar] va nous permettre de comprendre ce qui s’est passé entre les deux, comment la marche debout est apparue, ce que nous n’avons jamais eu auparavant », a déclaré Bruce Latimer. Actuellement, la communauté scientifique, qui a unanimement reconnu que Lucy était bipède, reste divisée en ce qui concerne l’Ardipithecus ramidus : d’aucuns pensent qu’il s’agit d’un ancêtre de l’homme, d’autres considèrent qu’il s’agit d’un grand singe. Les chercheurs ont matière à s’interroger avec ce nouvel hominidé, dont la datation est intermédiaire, car « cet individu était plus grand que Lucy, ses jambes sont plus longues (…) et pourtant il est plus vieux, ce qui est étrange », a admis Bruce Latimer.

VERS DE NOUVELLES SPÉCULATIONS SUR LA BIOMÉCANIQUE

Cette découverte n’a pas fini de faire couler de l’encre sur l’origine de la bipédie. Au début du siècle dernier, la chose était entendue : ce qui différencie l’homme de l’animal est le fait qu’il marche sur deux jambes, une différenciation simple, rapide et rassurante : je marche donc je suis un homme et donc je ne suis pas un animal. Mais l’hypothèse, depuis, a été abandonnée. De la même façon a été abandonnée l’idée que la nécessité faisait force de loi et que c’est l’environnement qui aurait provoqué, au cours d’une longue évolution, la bipédie. Une autre hypothèse, en vigueur encore aujourd’hui, consiste à dire que la bipédie est ancestrale c’est-à-dire qu’elle n’est pas une évolution mais une aptitude commune à tous les hominidés et qui se serait amplifiée au fur et à mesure du temps pour devenir chez les hommes modernes l’unique moyen de locomotion (à la différence des grands singes devenus arboricoles). Enfin, à contre courant de la pensée générale, plusieurs scientifiques s’appuyant sur des études anatomiques spécialisées dans l’analyse des membres inférieurs des hominidés, avancent aujourd’hui une autre théorie : les hommes modernes auraient au contraire en commun un ancêtre dont la bipédie était le principal moyen de locomotion. Cette bipédie serait originelle et distinguerait les grands singes actuels et la lignée humaine.

L’individu découvert, plus homme que gorille, vivait dans la savane de la Corne de l’Afrique. « Cette découverte nous en dira beaucoup sur la façon dont nos ancêtres marchaient il y a quatre millions d’années, quelle taille ils faisaient, et quels aspects ils avaient », a souligné Yohannes Haïlé-Selassié ; à quoi pouvait-il ressembler ? Yves Coppens résume : « Il devait être essentiellement végétarien, s’alimentant de fruits et de racines. En même temps, il ne crachait sûrement pas sur la viande quand les petits gibiers étaient à sa portée. Il vivait en société (…) il avait tout simplement intérêt à s’associer avec d’autres êtres. Il communiquait par sons et par gestes ».

L’autopsie du squelette devrait donc d’une part permettre de nouvelles spéculations concernant la biomécanique, et donner d’autre part un éclairage sur l’environnement de l’époque car, « si cette espèce ne grimpe pas aux arbres, c’est peut-être parce qu’il n’y avait plus d’arbres sur lesquels grimper, et que la savane n’était plus boisée. C’est [aussi] un indice important pour comprendre l’évolution des climats », explique Yves Coppens.

Source : RFI, 7 mars 2005

Voir aussi :

Découverte de l’ancêtre de Lucy en Ethiopie
Yves Coppens – Paléo-anthropologue

Sur la piste de l’Homo sapiens

par Valérie Gas

Trois crânes, qui semblent être les plus anciens fossiles d’Homo sapiens jamais trouvés jusqu’à présent, ont été déterrés dans un site de fouilles à proximité du village de Herto en Ethiopie. Les spécialistes estiment qu’ils ont entre 160 000 et 154 000 ans. Cette découverte est très importante car elle apporte de l’eau au moulin de la théorie selon laquelle l’homme moderne est né en Afrique.

C’est dans la région de l’Afar, à 230 kilomètres d’Addis Abeba, la capitale éthiopienne, que les fossiles de trois crânes, deux d’adultes et un d’enfant, ont été découverts. Ces restes appartiennent à la même espèce et ont été mis au jour sur un périmètre limité, à moins de 200 mètres les uns des autres. L’un des crânes d’adulte est presque complet. Pour extraire, reconstituer, dater et analyser ces ossements découverts en 1997, il a fallu près de six ans. Un véritable travail de fourmi et de précision. Le crâne de l’enfant était éparpillé et a nécessité de rassembler plus de 200 morceaux. Mais aujourd’hui, les chercheurs affirment qu’il s’agit bien de restes d’Homo sapiens, les premiers hommes modernes, qui remontent à environ 160 000 ans.

Cette découverte majeure, décrite dans le magazine scientifique Nature, a été réalisée par une équipe de chercheurs américains et éthiopiens dirigée par le professeur Tim White, paléoanthropologue de l’université de Berkeley en Californie. Elle permet de combler un trou car jusqu’à présent aucun fossile d’Homo sapiens antérieur à 100 000 ans n’avait été trouvé en Afrique. Les caractéristiques morphologiques des crânes de Herto ne laissent, selon les spécialistes, pas de place au doute. Il s’agit bien d’un ancêtre de l’homme moderne avec un petit visage aplati, un front encore proéminent mais une arcade sourcilière réduite. Pour Tim White, ces crânes « ne sont pas complètement modernes mais ils le sont suffisamment pour entrer dans la catégorie Homo sapiens ». Ils ont été classés dans une sous espèce appelée Homo sapiens idaltu, un terme qui signifie “ancien” en afar.

ILS AIMAIENT LA VIANDE D’HIPPOPOTAME

Les chercheurs ont pu recueillir un certain nombre d’informations très intéressantes sur l’environnement dans lequel évoluaient ces individus. De petites marques relevées sur les trois crânes témoignent, par exemple, de l’existence de pratiques mortuaires ou peut-être de cannibalisme. Des ossements de sept autres individus, de grands animaux (hippopotames, antilopes) et des fragments d’outils en pierre ont aussi été retrouvés à proximité. Ils permettent de penser que les hommes qui vivaient dans cette zone située à proximité d’un lac, utilisaient des armes pour la chasse et aimaient la viande d’hippopotame. Il s’agit donc d’un site particulièrement riche sur le plan archéologique et qui n’a peut-être pas livré tous ses secrets.

Mais surtout, la découverte de ces crânes d’Homo sapiens vient donner la preuve qu’attendaient les défenseurs de la thèse selon laquelle les hommes modernes sont nés en Afrique. « Ces spécimens sont importants parce qu’ils remplissent le fossé entre les premières formes [humaines] les plus archaïques en Afrique et l’homme moderne que nous avons vu il y a 100 000 ans », a expliqué Tim White. Ces Homo sapiens de 160 000 ans seraient donc nos plus vieux ancêtres directs. Ils auraient coexisté un temps et finalement supplanté les hommes de Néanderthal d’Europe, qui ne seraient en fait que des cousins éloignés des hommes modernes dont la descendance se serait finalement éteinte.

Cette théorie rencontre encore, malgré l’indéniable avancée liée à la découverte des fossiles de Herto que personne ne conteste, quelques oppositions. Certains chercheurs ne renoncent toujours pas à défendre l’autre thèse dite “multirégionale”, qui soutient qu’il y aurait eu des ancêtres de l’homme moderne en Afrique mais aussi en Asie et en Europe. Ils affirment donc que la découverte des fossiles les plus anciens d’Homo sapiens en Ethiopie ne permet pas d’en conclure que l’ancêtre de l’homme moderne est forcément et uniquement Africain, car d’autres restes dont les âges et les caractéristiques morphologiques sont proches, ont été retrouvés en Europe, en Chine et en Indonésie. Le feuilleton sur les origines de l’homme est loin d’être fini…

Source : RFI, 12 juin 2003

Garhi, fils putatif de Lucy et possible premier artisan

Découverte en Ethiopie d’un australopithèque vieux de 2,5 millions d’années qui pourrait être l’ancêtre direct de l’homme.

Il se nomme Australopithecus garhi. Il vivait il y a 2,5 millions d’années en Ethiopie, dans la vallée de l’Awash, près du petit village de Bouri. Il pourrait bien être l’ancêtre direct du premier représentant de la lignée humaine – Homo abilis – et descend peut-être de la célèbre Lucy. Il a été découvert par une équipe de paléontologues américains, éthiopiens et japonais dirigée par Tim White (Université de Berkeley, Californie) et Berhane Asfaw (Service de recherche de la vallée du Rift, Ethiopie), qui le décrivent dans l’édition du 23 avril du magazine Science.

« Il se trouve au bon endroit et au bon moment pour être l’ancêtre du plus ancien Homo connu. Et rien dans sa morphologie ne l’empêche de tenir ce rôle », écrit Tim White dans cet article de présentation. Son crâne et ses dents témoignent, selon lui, d’une filiation directe avec l’Australopithecus afarensis, espèce dont fait partie Lucy, qui vivait dans la même région 700 000 ans avant lui. Un détail particulièrement intéressant pour les spécialistes qui, depuis plusieurs années, discutent chaudement pour savoir de quel australopithèque descend la lignée Homo.

LE SCEPTICISME D’YVES COPPENS

La bipédie faisant l’homme, ils estiment généralement que le meilleur candidat à ce rôle est le “plus bipède” du lot. Lucy l’afarensis, qui faisait figure de favorite dans les années 80, a été évincée au profit de l’Australopithecus anamensis. Mais de sérieux challengers subsistent. Parmi eux, un australopithèque vieux de plus de 3,2 millions d’années découvert en Afrique du Sud et surnommé “Little foot”, dont le pied et la cheville paraissent très “humains”, mais dont l’espèce n’a pas encore été bien définie. Si Lucy a eu un descendant plus bipède qu’elle, susceptible de faire la jonction avec Homo abilis, le classement de cette course à l’ancêtre pourrait être remis en cause. Yves Coppens, codécouvreur de Lucy, qui a vu les fossiles de Garhi, estime néanmoins qu’il descend plus probablement d’Anamensis…

OUTILS IMPORTÉS

Les australopithèques avaient – comme les singes – des bras longs par rapport à leurs jambes, alors qu’Homo erectus possédait les avant-bras plus courts et les fémurs longs des hommes modernes. Les ossements découverts non loin du crâne de Garhi dénotent une anatomie située entre les deux, qui aurait donc évolué vers une morphologie plus humaine. Mieux encore : ils gisaient au milieu de pierres taillées et d’os d’animaux qui avaient visiblement été décharnés et brisés à l’aide de ces outils. Le terrain environnant étant dépourvu de pierres adéquates pour les fabriquer sur place, ces outils ont probablement été apportés là. Sans doute, estiment Tim White et ses collègues, depuis le “gisement” proche de Gona, une carrière dont l’exploitation était jusqu’à présent attribuée – faute de fossiles trouvés sur place – à Homo abilis…

Les découvreurs de Garhi reconnaissent néanmoins que ces premières déductions doivent être confirmées par d’autres indices. En effet, bien qu’ils se trouvaient dans des terrains datant de la même période, rien ne permet, pour l’instant, d’affirmer de manière certaine que les fossiles gisant parmi les outils de pierre appartiennent à la même espèce que les fragments de crâne et les dents de Garhi. Il aurait fallu, pour cela pouvoir attribuer tous ces ossements au même individu, ce qui n’est pas le cas. Le débat reste ouvert…

Source : Le Monde, 24 avril 1999

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