Archives de la catégorie 'Droits de l’Homme'

Endalkachew Molla, responsable de Human Rights Council (HRC) en Ethiopie

par Grégoire Pourtier

Endalkachew Molla

Ecouter le reportage

Ethiopie : les organisations internationales ne sont plus autorisées depuis 2010 à avoir des activités considérées comme ayant trait à la politique. Les ONG locales travaillant dans les domaines de l’égalité des droits ou la défense des citoyens sont elles aussi très rares. Le Human Rights Council est l’une d’elles, qui enquête sur les violations faites aux droits de l’homme et assure une aide légale pour les victimes. HRC est actuellement dirigé par Endalkachew Molla, un ancien député d’opposition.

Source : RFI, 15 décembre 2012

Les journalistes suédois libérés d’Ethiopie vont militer pour la liberté d’expression

Les deux journalistes suédois libérés lundi après 14 mois d’emprisonnement en Ethiopie ont affirmé vendredi, à leur arrivée à Stockholm, qu’ils comptaient militer pour la liberté d’expression, pour défendre leurs confrères éthiopiens notamment.

Martin Schibbye, Johan Persson

Il faut que « toute cette merde se transforme en quelque chose de positif », a déclaré lors d’une conférence de presse Martin Schibbye, 31 ans.

« Nous portons une expérience unique et une histoire unique (…). Nous allons travailler pour les journalistes éthiopiens emprisonnés, en faveur de la liberté de la presse au niveau international », a-t-il poursuivi.

« Nous allons raconter, par tous les canaux et médias possibles, ce que nous avons vécu », a renchéri son collègue, le photographe Johan Persson, 30 ans.

« Quand nous sommes sortis lundi (…), un codétenu s’est approché de moi, m’a agrippé et a soufflé à mon oreille: “Martin et Johan, promettez-moi, racontez au monde ce que vous avez vu”. Ce travail commence aujourd’hui et va durer aussi longtemps que nous vivrons », a affirmé M. Schibbye.

Les deux hommes sont pendant une heure revenus sur leur séjour en Ethiopie, devant une centaine de journalistes, parents, amis et militants, qui les ont acclamés. Malgré une mise en scène bien rodée, leur émotion était palpable, notamment lorsqu’ils ont évoqué leur arrestation et les quatre jours qui l’ont suivie, jusqu’à leur rencontre avec l’ambassadeur de Suède Jens Odlander.

Pendant 438 jours, MM. Persson et Schibbye ont « vécu et été témoins de choses uniques » mais ont refusé d’entrer dans les détails, « par respect pour les personnes encore emprisonnées ».

Les journalistes ont dénoncé la justice éthiopienne. « Nous ne devons jamais oublier que c’est un scandale international d’avoir été condamnés à 11 ans de prison pour avoir fait notre travail et avoir interviewé une partie dans un conflit », a rappelé M. Schibbye.

Les deux hommes avaient été arrêtés le 30 juin 2011 après s’être introduits illégalement en territoire éthiopien depuis la Somalie voisine. Ils enquêtaient sur les activités d’Africa Oil, une filiale de la compagnie pétrolière suédoise Lundin Oil, et avaient dans ce cadre rencontré des rebelles du Front de libération nationale de l’Ogaden (ONLF). Condamnés en décembre pour “soutien au terrorisme”, ils ont été graciés.

Source : L’Express, 14 septembre 2012

L’Ethiopie gracie deux journalistes suédois emprisonnés

L’Ethiopie a gracié deux journalistes suédois emprisonnés pour avoir apporté de l’aide à un groupe rebelle interdit, a annoncé ce lundi une source interne au gouvernement.

« Environ 1 900 prisonniers ont été graciés et devraient être libérés dans les prochains jours », a précisé la source. « Les journalistes suédois font partie du groupe ». Une conférence de presse doit avoir lieu à 16h à Paris pour annoncer la libération, selon la source. La justice éthiopienne avait condamné en décembre le reporter Martin Schibbye et le photographe Johan Persson à onze ans de prison chacun, pour assistance à un groupe séparatiste et entrée illégale en Ethiopie.

Les deux hommes avaient été arrêtés début juillet au cours d’une opération de l’armée dans la province de l’Ogaden. Ils étaient entrés en provenance de la région autonome somalienne du Puntland avec un groupe de combattants du Front de libération nationale de l’Ogaden. La condamnation des deux journalistes avait aggravé la défiance entre Stockholm et Addis Abeba, qui reprochait déjà à la Suède d’avoir hébergé le chef de l’opposition Birtukan Mideska et de le soutenir.

Source : 20 minutes, 10 septembre 2012

La peine de Reyot Alemu réduite de quatorze à cinq ans de prison

Le 3 août 2012, la cour suprême fédérale d’Ethiopie a réduit la peine de l’éditorialiste Reyot Alemu à cinq ans de prison. Les deux premières charges retenues contre elle en janvier dernier (« réception d’argent de la part de sources illégales » et « conspiration et possession de matériel pour un acte terroriste ») ont été abandonnées, mais la troisième (« participation à la promotion ou à la communication d’un acte terroriste ») a été maintenue. La journaliste est écrouée dans la prison de Kality, en périphérie d’Addis Abeba.

Reyot Alemu« Depuis le début de cette affaire, nous répétons que le fait d’être en contact avec des opposants politiques ne fait pas d’un journaliste un terroriste. La loi anti-terroriste de juillet 2009, sur la base de laquelle Reyot Alemu est poursuivie, est utilisée à mauvais escient et de façon liberticide. Cela avait culminé avec la décision d’une haute cour fédérale de condamner la journaliste à quatorze ans de prison et à une amende de 1 850 dollars américains. Comme son confrère Woubeshet Taye, Reyot Alemu n’aurait jamais dû être jetée en prison. Nous attendons que ces deux journalistes soient acquittés et libérés », a déclaré Reporters sans frontières.

La cour suprême a estimé que, malgré les éléments prouvant que Reyot Alemu avait été payée pour ses reportages par Elias Kifle, fondateur d’Ethiopian Review, un site d’information d’opposition basé aux Etats-Unis, l’accusation n’avait pas réussi à prouver combien d’argent avait circulé ni que son obtention était illégale et provenait d’une organisation terroriste.

La cour a aussi jugé que les accusations de « conspiration et de possession de matériel pour un acte terroriste » ne reposaient pas sur des preuves suffisantes, mais a confirmé la décision de la haute cour estimant que les actions de Reyot Alemu constituaient un soutien à une entité liée à des organisations reconnues comme terroristes par le Parlement.

La cour suprême maintient la condamnation de Reyot Alemu en vertu de l’article 652/7 de la loi anti-terroriste parce que son travail constituerait « une collaboration à la violence » et qu’elle aurait rapporté des informations sur des individus recrutés par Elias Kifle dans le but de nuire à l’ordre constitutionnel et de causer des destructions.

Les cinq ans de prison imposés à Reyot Alemu par la cour suprême correspondent à la peine minimum prévue par l’article 652/7 de la loi anti-terroriste. La cour suprême n’a pas commenté l’amende infligée par la haute cour.

Reyot Alemu, éditorialiste pour l’hebdomadaire Fitih, et Woubeshet Taye, directeur adjoint de l’hebdomadaire Awramba Times – lequel a cessé de paraître – avaient été condamnés en janvier dernier à 14 ans de prison pour « participation à une organisation terroriste et préparation d’une attaque terroriste ».

Source : Reporters Sans Frontières, 8 août 2012

La prison à vie pour le journaliste et blogueur
Eskinder Nega

Deux mois mois après avoir reçu, le 1er mai à New York, de manière symbolique – alors qu’il était en prison à Addis Abbeba depuis plus de six mois -, le prix “Freedom to write” de l’organisme américain PEN, le journaliste et blogueur éthiopien Eskinder Nega a été condamné dans la capitale éthiopienne, pour « activités terroristes ».

Eskinder NegaAvec lui, 23 autres personnes ont été condamnées le 27 juin pour avoir eu des liens avec le groupe d’opposition Ginbot Seven.

Cet organisme qui prône l’indépendance de la justice et la démocratie basé aux Etats-Unis est considéré comme une organisation terroriste par les autorités éthiopiennes, rapporte la BBC.

L’ironie du sort c’est que le jugement s’appuie sur des lois anti-terroristes très étendues que le journaliste lui-même avait dénoncé dans une tribune. Il démontrait ainsi que ces lois servaient avant tout à museler toute opposition au pouvoir en place et à faire taire les journalistes.

« En utilisant la liberté d’expression reconnue par notre constitution, ces criminels ont tenté de déstabiliser le pays », a déclaré le procureur.

Alors que sa famille et ses supporters redoutait la peine de mort, le célèbre journaliste a écopé d’une peine de prison à vie.

La correspondante de la BBC sur place a indiqué que 8 des accusés, dont Eskinder Nega, étaient présents dans le tribunal.

Puisque Eskinder Nega a été érigé en symbole de la liberté de la presse sur le continent, une cascade de réactions de la part d’ONG et d’associations de défense des droits de l’homme ont suivi l’annonce du verdict.

« C’est une journée sombre pour la justice en Ethiopie », a déclaré Claire Beston de l’organisme Amnesty International.

Le président du centre Pen America, Peter Godwin, a qualifié de « honteux » le jugement et la réaction des autorités dans le pays.

Pour Leslie Lefkox, responsable de Human Rights Watch, l’affaire montre « que le gouvernement éthiopien ne tolèrera même pas la plus insignifiante des critiques à son encontre ».

Source : Slate Afrique, 28 juin 2012

Voir aussi :

Signez la pétition pour la libération d’Eskinder Nega !
Le journaliste Eskinder Nega, symbole de la répression des médias en Afrique

La “police spéciale” a exécuté 10 personnes dans la région Somali

Une force paramilitaire éthiopienne soutenue par le gouvernement a exécuté sommairement 10 hommes lors d’une opération en mars 2012 dans la région Somali, située dans l’est de l’Éthiopie, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Des informations détaillées sur les meurtres et autres exactions commis par la force connue sous le nom de “police Liyu” ne sont apparues qu’à la suite d’une mission d’enquête menée en avril par Human Rights Watch dans le Somaliland, qui jouxte l’Éthiopie.

Le 16 mars, un membre de la police Liyu a abattu un résident du village de Raqda, dans le district de Gashamo de la région Somali, qui tentait de protéger un autre villageois. Ce jour-là, des hommes de Raqda ont riposté en tuant sept membres de la police Liyu, provoquant une opération de représailles lancée les 16 et 17 mars dans quatre villages par des dizaines de membres de la police Liyu. Au cours de cette opération, les membres de la police Liyu ont exécuté sommairement au moins 10 hommes qui étaient sous leur garde, ont tué au moins 9 résidents dans des fusillades qui ont suivi, ont enlevé au moins 24 hommes et pillé des dizaines de boutiques et de maisons.

« L’assassinat de plusieurs membres de la police Liyu ne justifie pas les représailles brutales de cette force de police contre la population locale », a déclaré Leslie Lefkow, directrice adjointe de la division Afrique à Human Rights Watch. « Les exactions de la police Liyu dans la région Somali mettent en évidence la nécessité urgente pour le gouvernement éthiopien de contrôler cette police hors-la-loi. » Le gouvernement éthiopien devrait obliger les responsables des massacres et d’autres exactions à rendre des comptes et prévenir de futures violations par la police, a ajouté Human Rights Watch.

Les autorités éthiopiennes ont créé la police Liyu (“spéciale” en amharique) dans la région somalienne en 2007 quand un conflit armé entre les insurgés du Front de libération nationale de l’Ogaden (ONLF) et le gouvernement a dégénéré. En 2008, la police Liyu est devenue une force contre-insurrectionnelle de premier plan recrutée et dirigée par le chef de la sécurité régionale de l’époque, Abdi Mohammed Omar (connu sous le nom de “Abdi Illey”), qui est maintenant le président de l’État régional Somali.

La police Liyu a été impliquée dans de nombreuses exactions graves contre des civils dans toute la région Somali dans le cadre d’opérations anti-insurrectionnelles, selon Human Rights Watch. Le statut juridique de cette police n’est pas clair, mais des sources crédibles ont informé Human Rights Watch que les membres ont reçu une formation, des uniformes, des armes et des salaires du gouvernement éthiopien par le biais des autorités régionales.

Lire la suite…

Le journaliste Eskinder Nega, symbole de la répression des médias en Afrique

Le journaliste et blogueur éthiopien Eskinder Nega vient de recevoir le prix “Freedom to write” de l’organisation internationale des écrivains, le centre Pen America, rapporte la BBC.

Eskinder Nega

Depuis plus de 6 mois, il est emprisonné à Addis Abeba, la capitale du pays et est devenu un symbole de la répression des médias en Afrique.

En septembre 2011, Eskinder Nega est arrêté sous le coup d’une loi anti-terroriste en vigueur en Ethiopie.

Son crime ? La publication en ligne d’une tribune mettant en cause les arrestations répétées de journalistes par le gouvernement et notamment celle de l’acteur et fervent opposant au régime en place, Debebe Eshetu. En janvier, un juge le déclare coupable. Il risque désormais la peine de mort.

Le prix “Freedom to write” du centre Pen America est destiné à défendre les écrivains persécutés ou emprisonnés pour avoir défendu la liberté d’expression. Il est décerné chaque année depuis 1987. Sur les 37 personnes honorées et qui étaient emprisonnées lors de la remise du prix, 33 ont été relâchées.

« Eskinder Nega est l’un des écrivains éthiopiens les plus courageux et les plus admirables. De ceux qui n’hésitent pas à prendre leur plume pour écrire des choses qui les mettront en danger », a déclaré Peter Godwin, le président du centre Pen America lors de la remise du prix.

« Mais il l’a fait tout de même. De fait, il a été victime des mesures qu’il dénonçait, à savoir ces lois anti-terroristes draconiennes. »

Le journaliste a été arrêté au moins sept fois au cours de sa carrière. En 2005, sa carte de presse lui avait été enlevé mais il avait tout de même continué à écrire pour le journal en ligne EthioMedia, basé aux Etats-Unis.

C’est sa femme, Serkalem Fasil, qui a reçu le prix en son nom lors de la cérémonie à New York, le 1er mai. Journaliste elle aussi, elle a été incarcérée pendant 17 mois en 2005 pour avoir publié plusieurs articles dénonçant les violences lors des élections législatives.

Depuis l’arrestation d’Eskinder Nega, un groupe de journalistes, d’auteurs et d’activistes pour les droits de l’homme a mis en ligne une pétition pour sa libération et celle des autres journalistes éthiopiens détenus par le gouvernement.

D’après le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), l’Ethiopie a poussé à l’exil plus de journalistes que n’importe quel autre pays au monde au cours de la dernière décennie.

Et même si elle ne fait pas partie du tout récent classement des 10 premiers pays où la presse est la plus censurée du CPJ, l’Ethiopie est tout de même pointée du doigt dans le rapport qui dénonce la censure du gouvernement de Meles Zenawi et l’utilisation des lois anti-terroristes pour museler la presse.

Au moins 200 personnes sont tombées sous le coup de ces lois, écrit le Huffington Post américain.

Source : Slate Afrique, 3 mai 2012

Reportage sur Eskinder Nega (en anglais) :

Voir aussi :

Signez la pétition pour la libération d’Eskinder Nega !

Un leader d’opposition déclare avoir été sévèrement frappé en prison

Un dirigeant de l’opposition éthiopienne accusé de terrorisme a déclaré lors d’une comparution lundi qu’il avait été sévèrement frappé par un autre détenu en prison, parlant de « tentative d’assassinat ».

« Il y a eu une tentative d’assassinat contre moi et je veux porter plainte contre la prison parce que je n’ai pas reçu les soins médicaux nécessaires », a déclaré Andualemn Arage du parti d’opposition l’Unité pour la démocratie et la justice (UDJ).

« Je demande à être retiré de prison », a-t-il ajouté, précisant que l’agression datait du 16 février.

M. Andualem, incarcéré depuis septembre 2011, est arrivé devant le tribunal en boitant et en se plaignant de maux de tête. Il fait partie des 24 personnes, dont l’éminent journaliste éthiopien Eskinder Nega, tombées sous le coup de la loi antiterroriste éthiopienne, jugée liberticide par des membres de l’opposition et des groupes de défense des droits de l’Homme. Leur procès doit se tenir le 26 mars.

Source : Afreeknews, 5 mars 2012

Des experts de l’ONU dénoncent l’usage abusif de la législation anti-terroriste

Un groupe d’experts de l’ONU sur les droits de l’homme a condamné jeudi l’usage abusif en Ethiopie de la législation anti-terroriste qui est utilisée pour restreindre la liberté d’expression dans le pays.

Frank La RueIl y a une semaine, trois journalistes et deux responsables politiques ont été condamnés à de lourdes peines de prison allant de 14 ans à la perpétuité en vertu de cette législation.

Cela intervient après la condamnation à 11 ans d’emprisonnement de deux journalistes suédois le 27 décembre 2011. 24 autres prévenus devraient comparaître devant le tribunal le 5 mars prochain, pour des accusations d’infraction à la loi anti-terroriste. Plusieurs d’entre eux risquent la peine de mort s’ils sont condamnés.

« Les journalistes jouent un rôle crucial pour tenir responsables les fonctionnaires de l’Etat, grâce à leurs enquêtes et parce qu’ils informent le public sur les violations des droits de l’homme », a déclaré le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la liberté d’expression, Frank La Rue.

« Ils (les journalistes) ne devraient ni faire l’objet d’accusations criminelles ni être punis pour avoir fait leur travail légitime. L’Ethiopie a l’obligation de garantir pleinement le droit de tous les individus à la liberté de conscience et d’expression en vertu du droit international des droits de l’homme », a-t-il ajouté.

Le Rapporteur spécial de l’ONU sur la lutte contre le terrorisme et les droits de l’homme, Ben Emmerson, a rappelé que « les dispositions anti-terroristes ne devraient pas être utilisées de manière abusive et elles doivent être clairement définies dans le code pénal éthiopien pour garantir qu’elles n’aillent pas à l’encontre des droits de l’homme garantis au niveau international ».

La Rapporteuse spéciale de l’ONU sur les défenseurs des droits de l’homme, Margaret Sekaggya, a de son côté souligné que « les journalistes, les blogueurs et tous ceux qui réclament le respect des droits humains ne devraient pas faire l’objet de pressions parce que leurs opinions diffèrent de celles du gouvernement ».

Mme Sekaggya a notamment fait part de son inquiétude concernant le cas d’Eskinder Nega, un blogueur et défenseur des droits humains qui risque la peine de mort s’il est condamné. M. Nega avait publiquement demandé des réformes pour permettre l’exercice du droit de rassemblement pacifique en public.

Le Rapporteur spécial sur les droits à la liberté de réunion pacifique et d’association, Maina Kiai, a quant à lui mis en garde les autorités contre la campagne actuelle de harcèlement contre les associations qui expriment des opinions dissidentes.

« Les gens devraient pouvoir se rassembler et s’associer librement et paisiblement. Ces droits sont complémentaires au plein exercice de leur liberté de conscience et d’expression. Le recours à la législation anti-terroriste est l’un des obstacles auquel font face les associations en Ethiopie aujourd’hui », a indiqué M. Kiai.

Les accusés n’ont pas droit non plus à un procès équitable, a déploré la Rapporteuse spéciale sur l’indépendance des juges et des avocats, Gabriela Knaul. Elle a dénoncé le fait que des hauts fonctionnaires ont fait des déclarations en public, notamment à la télévision, qui sapent la présomption d’innocence des accusés qui n’ont pas non plus eu accès à un avocat lors de la préparation des procès.

« Les accusés doivent être considérés comme innocents lors d’un procès pénal jusqu’à ce que leur culpabilité éventuelle soit prouvée, conformément à la constitution de l’Ethiopie. Il est primordial que les accusés aient accès à un avocat durant la phase préliminaire du procès pour garantir leur droit à préparer leur défense légale », a rappelé Mme Knaul.

Les experts ont appelé le gouvernement éthiopien à respecter les droits fondamentaux des individus concernés, et particulièrement leur droit à un procès équitable. Ils ont réitéré la nécessité de revoir la législation anti-terroriste pour garantir qu’elle soit conforme aux obligations en matière de droits de l’homme de l’Ethiopie.

Source : ONU, 2 février 2012

De récentes condamnations pour terrorisme constituent un “affront” à la liberté d’expression

Les autorités éthiopiennes doivent immédiatement libérer quatre personnes ayant critiqué le gouvernement et une ancienne sympathisante de l’opposition, déclarés coupables de terrorisme jeudi 19 janvier, a déclaré Amnesty International le jour-même.

Reyot Alemu, Woubishet Taye, Journalistes, Ethiopie, Ethiopia

Reyot Alemu et Woubshet Taye, journalistes, Zerihun Gebre-Egziabher, dirigeant d’un parti d’opposition, et Hirut Kifle, sympathisante de l’opposition, ont été reconnus coupables d’infractions en relation avec le terrorisme et de blanchiment d’argent. Condamné lui aussi, Elias Kifle, journaliste désormais installé aux États-Unis, a été jugé par contumace.

« C’est un affront à la liberté d’expression. Ces condamnations sont un nouveau signe que les personnes ayant des opinions dissidentes, représentant des partis politiques différents ou tentant de fournir une analyse indépendante de la vie politique ne sont plus tolérées en Éthiopie », a déclaré Claire Beston, spécialiste de l’Éthiopie à Amnesty International.

« Il n’existe aucun élément prouvant que ces trois hommes et ces deux femmes soient coupables d’une quelconque infraction pénale. Nous estimons que ces cinq individus sont poursuivis en raison d’activités légitimes et pacifiques, et sont à ce titre des prisonniers d’opinion. Ils doivent être libérés immédiatement », a-t-elle ajouté.

Ils ont été déclarés coupables de trois infractions : « planification, préparation, complot, incitation et tentative en vue de commettre un acte terroriste », « participation à une organisation terroriste » et « blanchiment d’argent ».

Les journalistes Woubshet Taye, Reyot Alemu et Elias Kifle ont tous écrit des articles réprouvant la politique et le comportement du gouvernement, tandis que Zerihun Gebre-Egziabher, président du Parti démocratique national éthiopien, a rédigé des déclarations critiques à l’égard du gouvernement au nom de son parti.

Peu avant son arrestation, en juin 2011, ce dirigeant de l’opposition avait également demandé la permission d’organiser un rassemblement politique le 28 mai dans le centre d’Addis Abeba.

Accusée d’implication présumée au sein d’un groupe armé alors qu’elle soutenait la Coalition pour l’unité et la démocratie, un mouvement d’opposition, Hirut Kifle a été emprisonnée en 2007. Elle a finalement été libérée à la faveur d’une grâce présidentielle.

Une grande partie des éléments de preuve produits par l’accusation lors du procès relevaient de l’exercice par les accusés de leur droit à la liberté d’expression et d’association. Ils incluaient de nombreux articles écrits par les accusés, et même des articles que d’autres personnes leur avaient envoyés.

Un nombre considérable des éléments à charge étaient en lien avec le fait qu’ils aient rendu compte de l’apparition du slogan « Beka ! » [« Assez ! »] dans les environs d’Addis Abeba début 2011, et avec leur rôle présumé dans son émergence. Ce slogan était un appel en faveur de l’organisation de manifestations pacifiques contre le gouvernement, censées se dérouler le 28 mai.

« Le choix des éléments de preuve produits par l’accusation montre que la libre expression a été érigée en infraction dans le cadre de ce procès, et que critiquer le gouvernement est considéré comme un crime », a poursuivi Claire Beston.

Le procès lui-même et la période le précédant ont par ailleurs été marqués par de nombreux manquements aux normes d’équité en la matière. Woubshet Taye et Zerihun Gebre-Egziabher se sont tous deux plaints devant le tribunal d’avoir été roués de coups alors qu’ils étaient incarcérés au centre de détention de Maikelawi à Addis Abeba, tristement célèbre pour l’usage fréquent de la torture qui y est fait sur les détenus en attente de leur procès. Aucune enquête n’a été menée sur ces allégations.

Woubshet Taye et Reyot Alemu ont tous deux été forcés à révéler les mots de passe permettant d’accéder à leurs messageries électroniques respectives durant leur interrogatoire à Maikelawi. Des courriels tirés de leur messagerie ont été présentés comme éléments à charge devant le tribunal. Woubshet Taye s’est par ailleurs plaint du fait que des messages issus de son compte avaient été modifiés et que certains avaient été mal interprétés.

Reyot Alemu, Woubshet Taye et Zerihun Gebre-Egziabher n’ont pas été autorisés à contacter leurs proches pendant leur premier mois à Maikelawi, et ont été placés à l’isolement au début de leur incarcération. Hirut Kifle n’a pas pu s’entretenir avec sa famille les trois premiers mois de sa détention.

En octobre, Woubshet Taye et Zerihun Gebre-Egziabher ont appris que le régime des visites avait changé en ce qui les concernait. Ils ont désormais seulement droit à dix minutes par jour.

Depuis mars 2011, au moins 107 membres de partis d’opposition et journalistes ont été arrêtés et inculpés de diverses infractions en vertu de la Loi relative à la lutte contre le terrorisme et du Code pénal. Le mois dernier, deux journalistes suédois ont été déclarés coupables d’infractions liées au terrorisme et condamnés à une peine de 11 ans d’emprisonnement.

Source : Amnesty International, 19 janvier 2012

Suivant »

web development