Archives de la catégorie 'Politique intérieure'

Journée de vote en Ethiopie boycottée par l’opposition

Les Éthiopiens étaient appelés aux urnes ce dimanche 14 avril pour des élections municipales à Addis Abeba et à Diré Dawa, à l’est, ainsi que des élections locales dans le reste du pays. Dans la capitale, la participation semblait importante, bien que l’enjeu soit minime en raison de l’omnipotence de l’EPRDF, le parti au pouvoir depuis 22 ans et du boycott de l’opposition qui estime que les conditions de transparence ne sont pas réunies.

Après avoir été sérieusement chahuté, en 2005, le Front populaire démocratique révolutionnaire éthiopien (EPRDF), au pouvoir depuis 1991 en Éthiopie, a repris les choses en main. Il y a trois ans, il a fait main basse avec ses alliés sur 545 sièges sur 547 au Parlement.

L’opposition dure a cette fois décidé de boycotter le scrutin, frustrée de constater qu’aucune de ses revendications pour davantage de transparence, une égalité des chances et moins de pression sur les citoyens, n’avaient été prises en compte.

Le gouvernement éthiopien n’a d’ailleurs pas fait appel à des observateurs internationaux pour valider la qualité du processus, alors que l’Union européenne, par exemple, avait émis des critiques en 2010.

Malgré les clips radiotélévisés et quelques minibus diffusant des slogans, la campagne n’a pas semblé passionner les habitants de la capitale qui, selon les premières observations, se sont toutefois déplacés en masse, ce dimanche.

Cependant, malgré un nombre d’inscrits au-delà des prévisions, beaucoup de citoyens de la classe moyenne disaient ne pas s’être enregistrés et se souciaient bien peu de résultats acquis par avance et concernant des élus au pouvoir très théorique face aux pontes du régime.

Source : RFI, 15 avril 2013

Hailemariam Desalegn élu à la tête de la coalition au pouvoir

Le Premier ministre éthiopien par intérim Hailemariam Desalegn a été élu samedi président de l’EPRDF, la coalition au pouvoir en Ethiopie, succédant à l’ex-Premier ministre Meles Zenawi, décédé en août, auquel il devrait également succéder à la tête de l’exécutif en octobre.

Hailemariam Desalegn

« Sur trois candidats, Hailemariam Desalegn a obtenu l’unanimité des voix », a annoncé Simon Bereket, ministre de l’Information et haut responsable de l’EPRDF (Front révolutionnaire et démocratique des peuples éthiopiens).

L’actuel ministre de l’Education, Demeke Mekonnen, a été élu vice-président, poste précédemment occupé par M. Hailemariam, a-t-il ajouté lors d’une conférence de presse à Addis Abeba.

Tous deux seront les candidats de la coalition aux postes respectivement de Premier ministre et vice-Premier ministre, qui seront élus par la Chambre des représentants du Peuple (chambre basse du Parlement) lors de sa prochaine session ordinaire en octobre, a également annoncé M. Bereket.

Le nouvel exécutif restera en fonction jusqu’aux prochaines législatives de 2015, a-t-il affirmé.

Sauf révolte des députés, M. Hailemariam semble donc devoir succéder à M. Meles à la tête de l’exécutif éthiopien, l’EPRDF détenant une écrasante majorité des sièges au Parlement après avoir officiellement recueilli 99,6% des voix lors des législatives de 2010.

Meles Zenawi, incarnation à lui seul du pouvoir en Ethiopie durant 21 ans, cumulait le poste de président de la coalition avec celui de Premier ministre – chef du pouvoir exécutif en Ethiopie – mais les observateurs se demandaient si cette pratique serait maintenue.

La Constitution est muette sur le sujet et les analystes n’excluaient pas de possibles tensions et divisions au sein de l’EPRDF, alors qu’aucun mécanisme institutionnel n’était prévu pour assurer la transition du pouvoir en Ethiopie.

L’élection de M. Hailemariam, 47 ans, sans passé militaire, semble marquer une rupture générationnelle au détriment de la “vieille garde” des dirigeants historiques de la coalition, arrivés par les armes au pouvoir au côté de M. Meles, en renversant le pouvoir du Derg de Mengistu Haïlé Mariam.

« L’EPRDF a décidé que la direction devait passer à la nouvelle génération qui n’a pas participé à la lutte armée » ayant porté la coalition au pouvoir en 1991, a déclaré M. Bereket.

Aucun détail n’a filtré sur la réunion des organes directeur de l’EPRDF, ouverte vendredi et tenue à huis clos.

Les deux nouvelles têtes de la coalition ont été choisies parmi les 36 membres du Comité exécutif – neuf pour chacun des quatre partis de la coalition – au fonctionnement très secret.

Aucun des deux nouveaux dirigeants n’appartient à la communauté tigréenne, dont était issu M. Meles et alors que le tout-puissant Front de libération du Peuple du Tigré (TPLF), parti de M. Meles, est considéré comme la colonne vertébrale de l’EPRDF.

Selon des observateurs, les autres partis de la coalition militaient pour que la direction de l’EPRDF soit attribuée à un non-Tigréen.

Outre le TPLF, l’EPRDF est composée de l’OPDO (Organisation démocratique du peuple Oromo, principale ethnie du pays), du Mouvement national démocratique Amhara (ANDM, dont M. Demeke est le président) et le Front démocratique des Peuples du sud éthiopien (SEPDM, présidé par M. Hailemariam).

M. Meles, décédé le 20 août dans un hôpital bruxellois après avoir gouverné l’Ethiopie sans partage durant 21 ans, avait fait de M. Hailemariam son dauphin depuis 2010 en le nommant vice-Premier ministre et en le faisant élire vice-président de l’EPRDF.

Sudiste, protestant, n’ayant pas combattu au sein de l’EPRDF du temps où elle était une rébellion, Hailemariam Desalegn semblait néanmoins cumuler les handicaps dans un pays où le pouvoir réel est aux mains des ex-rebelles de la minorité tigréenne issue du nord du pays, et dans une société majoritairement orthodoxe très marquée par la religion.

Source : Le Point, 16 septembre 2012

Ce qu’il faudra retenir de Meles Zenawi

par Mohamed Keita

Les Ethiopiens gardent de leur dirigeant défunt l’image d’un homme de secrets et de mystères.

Meles Zenawi

Ce mardi matin-là (21 août), c’est finalement par les médias d’Etat que par les Ethiopiens ont appris le décès de leur Premier ministre, Meles Zenawi, 57 ans et au pouvoir depuis 21 ans, dans un hôpital à l’étranger.

En quelques secondes, la nouvelle s’est ensuite répandue sur les réseaux sociaux ; et en quelques minutes les médias internationaux publiaient les premières dépêches.

Après des semaines de silence et de faux-fuyants du gouvernement au sujet de la santé de Meles, les Ethiopiens ont fini par avoir des nouvelles de leur dirigeant.

Et pourtant, ce sont d’autres sources qui ont révélé les détails : Meles est mort dans un hôpital à Bruxelles, d’un cancer du foie dont il souffrait depuis plusieurs mois, ont déclaré ces sources aux médias internationaux.

Une omerta sur la maladie

Mais tout cela avait soigneusement été tenu secret par les autorités du pays. Même si le porte-parole du gouvernement, Bereket Simon, avait dû reconnaître que le Premier ministre était malade, après l’absence remarquée de ce dernier au sommet de l’Union africaine qui se tenait en juillet dans sa propre capitale, Addis Abeba. Il avait cependant assuré que Meles se remettrait bientôt au travail.

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Meles Zenawi, le libéral à géométrie variable

par Antony Drugeon

Après 21 années à diriger l’Éthiopie, le Premier ministre laisse un héritage économique considérable. Mais son dirigisme imprègne en profondeur les rouages de l’économie.

Meles Zenawi

Il avait l’image d’un « lecteur assidu de The Economist et des rapports de la Banque mondiale » et « avait acquis toutes les astuces des grands donateurs », relate l’AFP, qui rappelle également que Meles Zenawi, arrivé au pouvoir en 1991, avait su gagner la confiance du président américain Bill Clinton, qui avait vu en lui l’un des possibles « dirigeants de la renaissance » africaine.

Elève modèle

Cette posture de leader moderne a beaucoup servi Meles Zenawi : l’Éthiopie a régulièrement su obtenir l’aide des institutions financières internationales, au point d’être considéré dès les années 1990 comme un “bon élève” de Bretton Woods.

Meles Zenawi a su tirer profit du mouvement de reflux de l’économie socialisante dans la foulée du démantèlement de l’union soviétique.

En prenant le pouvoir en 1991 en menant la guérilla contre le président du régime socialisant alors en place, Meles Zenawi a abandonné le modèle centralisé d’économie étatisée et planifiée pour convertir l’Éthiopie à l’économie de marché.

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Les acteurs possibles de l’après-Meles en Ethiopie

Le décès du Premier ministre Meles Zenawi, incarnation à lui seul du pouvoir éthiopien depuis plus de 20 ans, suscite des questions sur sa succession à la tête du deuxième pays le plus peuplé d’Afrique. Voici certains des acteurs susceptibles de jouer un rôle dans l’après-Meles :

Hailemariam DesalegnHAILEMARIAM DESALEGN

A 47 ans, il occupe les postes de vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères depuis 2010. En tant que vice-Premier ministre, il a été chargé d’assurer l’intérim. La Constitution, muette sur les cas d’empêchement ou de vacance, le charge d’agir au nom du Premier ministre en son absence, ce qui était le cas alors que ce dernier était hospitalisé à Bruxelles.

Ancien conseiller de Meles Zenawi sur les Affaires sociales, il est l’un des rares membres du premier cercle du pouvoir éthiopien à ne pas être issu du nord du pays. Il est originaire de la région Peuples du Sud, une entité administrative du sud, ce qui représente un handicap certain, voire insurmontable, dans la course à la succession.

Berhane Gebre-ChristosBERHANE GEBRE-CHRISTOS

Âgé de 59 ans, c’est un proche de longue date de Meles Zenawi, originaire comme lui de la région septentrionale du Tigré. Les deux hommes se sont rencontrés au sein de la guérilla, que M. Berhane a rejoint dès 1976. Il est considéré comme un candidat sérieux pour la succession au poste de Premier ministre, avec pour autre atout une forte expérience internationale.

Actuel ministre délégué aux Affaires étrangères, ce diplomate de carrière a étudié en Europe et fut ambassadeur d’Ethiopie pour les pays du Benelux, auprès de l’Union européenne, mais surtout aux Etats-Unis, l’un des plus proches alliés d’Addis Abeba.

Azeb MesfinAZEB MESFIN

Épouse de Meles Zenawi qu’elle a rencontré dans le maquis. Son parcours et ses activités au sein de la guérilla restent peu connus et elle-même demeure plutôt discrète à ce sujet. Actuellement députée et femme d’affaires active en Ethiopie, elle est accusée par l’opposition d’avoir profité de sa position auprès de Meles pour s’enrichir. Elle a présidé l’organisation onusienne des premières dames contre le sida, dont elle est toujours membre.

Même si elle ne part pas favorite, certains observateurs voient en elle un successeur possible, quand d’autres estiment qu’elle pourrait faire les frais des luttes au sein du parti au pouvoir.

Tedros Adhanom GebreyesusTEDROS ADHANOM GEBREYESUS

Actuel ministre de la Santé, il a occupé divers postes au sein de ce ministère, et a été chef du bureau régional de la Santé de la région Tigré, dont était originaire Meles.

Diplômé de médecine au Royaume-Uni, ses recherches sur le paludisme lui ont attiré une reconnaissance internationale. Bien qu’il soit une figure importante du gouvernement, les analystes estiment que son expérience politique, limitée au secteur de la santé, pourrait l’handicaper.

Girma WoldegiorgisGIRMA WOLDEGIORGIS

88 ans, président d’Ethiopie, son rôle est essentiellement protocolaire et son pouvoir extrêmement limité. Il a été élu chef de l’Etat par la Chambre des représentants en 2001. Peu d’analystes le voient comme un successeur potentiel, en raison de son influence politique limitée, de son âge et de sa santé incertaine. En mars 2012, des rumeurs le donnaient décédé, alors que selon des responsables éthiopiens, il était soigné à l’étranger.

Ancien parlementaire, il a également dirigé l’aviation civile, et été directeur général du ministère du Commerce, de l’Industrie et de la Planification.

MedrekL’OPPOSITION

La coalition d’opposition Medrek, créé en 2009 par huit partis d’opposition – dont il ne reste que six aujourd’hui – n’a obtenu qu’un siège au législatives de 2010, remportées par la coalition au pouvoir avec 99 % des suffrages. Sa faible assise électorale et son caractère extrêmement fragmenté devrait l’empêcher de jouer tout rôle dans un éventuel processus de succession, selon les analystes.

Source : Romandie News, 22 août 2012

“L’Ethiopie entre dans une ère d’imprévisibilité”

Interview de René Lefort, journaliste et chercheur, spécialiste de la Corne de l’Afrique

Guerre de succession, conflit ethnique, émeutes de la faim… Pour René Lefort, spécialiste de la Corne de l’Afrique, après la mort de Meles Zenawi, tous les scénarios sont possibles.

Meles Zenawi

L’annonce de la mort du Premier ministre éthiopien Meles Zenawi a donné lieu à un concert de commentaires élogieux de la part de la communauté internationale. Sont-ils justifiés ?

Il a replacé l’Ethiopie au premier plan de la scène internationale en jouant un rôle clé à la fois dans la Corne de l’Afrique (vis-à-vis de la poussée islamiste en Somalie ou du conflit entre le Nord et le Sud Soudan) – et à l’échelle du continent (dans les négociations sur le climat et à l’Union africaine). De ce point de vue, les éloges sont justifiés. Mais Meles Zenawi, c’était Dr Jekyll et M. Hyde. Et cette autre face du personnage est passée sous silence. D’une intelligence inouïe, il était d’une habileté diabolique : il savait charmer ses interlocuteurs, faire croire aux Occidentaux qu’il était sur la même longueur d’onde qu’eux, alors qu’il s’était en réalité coulé dans les habits des empereurs traditionnels de l’Ethiopie. Sa conception et son exercice du pouvoir étaient absolument autoritaires.

On lui tresse aussi des lauriers pour son rôle dans le redressement économique de son pays. Le mérite-il vraiment ?

Depuis qu’il est arrivé au pouvoir, l’Ethiopie a incontestablement enregistré des progrès économiques considérables, qui sont largement dus à l’action de la puissance publique. Mais la croissance de ces dernières années n’a pas été de 11 %, comme le régime le prétend, mais autour de 7 ou 8 % au grand maximum, et elle a été très inégalitaire : l’Ethiopie souffre toujours de l’extrême pauvreté et de la malnutrition.

L’Ethiopie qu’il a façonnée peut-elle lui survivre ?

Le gouvernement éthiopien l’a dit : il compte conduire la même politique sur le plan intérieur comme extérieur. Mais il y a une accumulation de facteurs de crise qui font que l’Ethiopie entre dans une ère d’imprévisibilité la plus totale.

D’une part, étant donné l’emprise que Meles Zenawi exerçait sur tous les domaines de la vie éthiopienne, sa disparition crée un vide immense. Il avait bâti un édifice politique, économique, militaire, sécuritaire, dont il était le seul et unique chef. Sa succession risque donc de poser un réel problème. L’un de ses anciens compagnons d’armes, aujourd’hui dans l’opposition, a eu cette phrase très juste pour résumer la situation : « Il chaussait des bottes trop grandes pour que quelqu’un puisse les chausser à son tour ». Il est donc fort probable que dans un premier temps, ce soit une direction collégiale qui se mette en place.

D’autre part, ce régime autoritaire reposait sur un socle en réalité extrêmement instable sur le moyen ou long terme, puisqu’il avait concentré tous les pouvoirs entre les mains d’une petite minorité ethnique, les Tigréens, qui représentent 6 % de la population. La succession de Meles Zenawi va-t-elle donner lieu à un meilleur partage du pouvoir sur le plan ethnique, avec les deux ethnies majoritaires du pays, les Oromos et les Amharas ? La direction qui va se mettre en place va-t-elle avoir le courage et la possibilité de corriger ce déséquilibre ethnique ? C’est là l’enjeu réel de la succession de Meles. La question du partage du pouvoir est d’autant plus complexe que si elle se pose, ce sera forcément non seulement en termes politiques mais aussi économiques. Car l’élite au pouvoir détient non seulement les pouvoirs politiques et sécuritaires mais aussi économiques.

A ces questions cruciales viennent se greffer plusieurs facteurs d’instabilité, qui ne sont pas directement liés à la disparition de Meles Zenawi. Les musulmans, qui, officiellement, représentent un tiers de la population mais sont probablement plus nombreux, sont entrés en dissidence. Ils manifestent, semaine après semaine, contre le régime qui refuse de les laisser gérer leurs affaires religieuses comme ils l’entendent. Simultanément, on apprend que le chef d’état-major de l’armée est parti se faire soigner à l’étranger et que le chef de l’Eglise chrétienne orthodoxe est mort ! La succession de ce dernier va aussi ouvrir une crise à l’intérieur de cette institution religieuse d’autant qu’il était contesté en raison de sa proximité jugée excessive avec Meles Zenawi.

Dernier facteur aggravant, l’inflation qui monte en flèche. Les paysans éthiopiens y sont très exposés : ne produisant pas assez pour subvenir à leurs propres besoins alimentaires, la moitié d’entre eux sont acheteurs net de nourriture. L’Ethiopie n’est pas à l’abri de nouvelles émeutes de la faim.

L’opposition peut-elle mettre à profit cette période de transition ?

Qu’elle le tente, c’est plus que probable. Qu’elle réussisse, c’est plus qu’improbable. Car elle a été totalement muselée, laminée par le régime. Il y a, certes, une diaspora enragée contre Meles Zenawi, mais sur le plan intérieur, l’opposition n’a qu’un seul député sur 537 parlementaires. Il existe par ailleurs deux grands mouvements d’opposition armée – une guérilla chronique dans l’Ogaden, au sud-est du pays, et le Front de libération de l’Oromo, qui piétine sur le plan militaire depuis des années. Bref, il est difficile d’imaginer une opposition qui puisse aujourd’hui peser dans le processus de succession. D’autant que je ne vois pas de figure charismatique qui pourrait rallier derrière elle les opposants au régime.

Ceci dit, mieux vaut se méfier des apparences. En 2005, le pouvoir l’a appris à ses dépens. Il s’était cru suffisamment fort pour lever le couvercle du chaudron en préparant des élections de façon relativement démocratique. Résultat, l’opposition et une grande partie de la population s’y sont engouffrées. Le régime a pris une telle gifle sur le plan électoral qu’il a répondu par la fraude et la répression. A l’époque, le feu couvait sous la cendre ; est-ce le cas aujourd’hui, après 7 ans supplémentaires d’autoritarisme ? Difficile à dire.

Peut-on imaginer que le régime choisisse la voie de l’ouverture démocratique ?

Je pense qu’au contraire il va se raidir encore un peu plus, paniqué par toutes ces difficultés qui se présentent à lui.

Parmi ces difficultés, l’Ethiopie doit-elle craindre une menace extérieure ?

S’il devait y avoir une telle menace, elle viendrait soit des shebabs de Somalie, soit de l’Erythrée, avec laquelle l’Ethiopie est en situation de ni guerre ni paix depuis 12 ans. Mais je ne crois pas qu’ils se risqueraient à défier l’armée éthiopienne. En revanche, la Corne de l’Afrique va, elle, probablement pâtir de l’absence de Meles. Il avait une telle personnalité, un tel poids personnel que sa disparition risque de rendre plus difficile la résolution des différents conflits qui traversent la région.

Source : Le Nouvel Obs, 22 août 2012

Hailemariam Desalegn, vice-premier ministre, assure l’intérim

Le vice-premier ministre éthiopien, Hailemariam Desalegn, va assurer l’intérim du pouvoir en Ethiopie après la mort du premier ministre Meles Zenawi, a annoncé aujourd’hui le gouvernement éthiopien.

Hailemariam Desalegn

« Conformément à la Constitution éthiopienne, le vice-premier ministre devra aller devant le Parlement et prêter serment », a affirmé devant la presse le porte-parole du gouvernement Bereket Simon, ajoutant que le gouvernement faisait en sorte que le Parlement soit convoqué « le plus vite possible ».

« Je vous garantis que tout est stable », a poursuivi le porte-parole qui avait auparavant annoncé la mort dans un hôpital à l’étranger du premier ministre à l’age de 57 ans. Selon M. Bereket, M. Meles se débattait avec ses problèmes de santé « depuis un an ». Mais « l’une des meilleures choses avec lui, c’est qu’il ne s’est jamais considéré comme malade et qu’il était prêt pour le travail tout le temps, tous les jours, tous les soirs », a-t-il ajouté.

La date des funérailles de ce poids lourd parmi les dirigeants africains, au pouvoir depuis plus de 20 ans et allié clé des États-Unis dans la lutte contre l’extrémisme islamiste dans la Corne de l’Afrique, n’a pas été annoncée. « Le processus des funérailles se déroulera selon un plan préparé par un comité qui travaille là-dessus », a indiqué le porte-parole. Il a seulement précisé que le pays serait en « deuil national » jusqu’à ces funérailles, « en souvenir du premier ministre ».

Source : Le Figaro, 21 août 2012

Mort du premier ministre éthiopien Meles Zenawi

Le premier ministre éthiopien, Meles Zenawi, est décédé dans la nuit du lundi 20 au mardi 21 août, a annoncé le porte-parole du gouvernement éthiopien, Bereket Simon. Poids lourd parmi les dirigeants africains, M. Zenawi, 57 ans, dirigeait l’Ethiopie d’une poigne de fer depuis 1991 et incarnait à lui seul le pouvoir dans son pays.

Meles Zenawi

Meles Zenawi n’avait plus été vu en public depuis juin et son état de santé faisait l’objet de nombreuses rumeurs. « Il récupérait bien, mais, tout à coup, il s’est passé quelque chose et il a dû être emmené d’urgence en unité de soins intensifs, où [les médecins] n’ont pas pu le maintenir en vie », a ajouté M. Bereket.

Le porte-parole n’a pas donné plus de détails sur la maladie dont souffrait M. Meles, dans ce pays qui cultive le secret autour de son dirigeant et contrôle soigneusement l’information. Il a seulement précisé que le premier ministre éthiopien se trouvait « à l’étranger » au moment de son décès. En juillet, M. Zenawi était, selon des sources diplomatiques, hospitalisé à Bruxelles et se trouvait dans un état critique.

Le gouvernement a indiqué que le vice-premier ministre éthiopien, Hailemariam Desalegn, assurera l’intérim du pouvoir en Ethiopie. « Conformément à la Constitution éthiopienne, le vice-premier ministre devra aller devant le Parlement et prêter serment », a affirmé le porte-parole du gouvernement. L’article 75 de la Constitution éthiopienne prévoit que le vice-premier ministre « agit au nom du premier ministre en son absence », sans autre précision, notamment de durée.

Autocrate ou visionnaire

Considéré comme un autocrate par ses adversaires, comme un visionnaire par ses partisans, M. Meles était maître à bord de son pays depuis vingt et un ans. Cet homme austère était entré dans le club fermé des dirigeants africains en poste depuis plus de deux décennies, après une victoire écrasante aux élections de 2010 – il avait alors raflé 99 % des voix.

Il avait pris le pouvoir en Ethiopie en 1991, à la tête d’une guérilla qui venait de faire tomber le régime du dictateur Mengistu Haïlé Mariam. Il n’a pas 25 ans quand il est porté par ses compagnons d’armes en haut de la hiérarchie du FLTP (Front de libération du peuple du Tigré), cinq ans seulement après avoir abandonné ses études de médecine pour rallier la rébellion du nord du pays.

Né le 8 mai 1955 à Adwa, Meles Zenawi faisait partie de cette génération de dirigeants africains arrivés au pouvoir à la fin des années 1980 et au début des années 1990, en qui le président américain de l’époque Bill Clinton voyait les possibles « dirigeants de la renaissance » africaine. M. Meles avait, au fil des ans, fait de son pays un allié-clé des Etats-Unis dans la lutte contre l’extrémisme islamiste dans la Corne de l’Afrique.

“Cette aura du pouvoir”

Un analyste s’exprimant sous couvert d’anonymat estimait récemment que M. Meles, « lecteur assidu de The Economist et des rapports de la Banque mondiale », avait « acquis toutes les astuces des grands donateurs », parlait comme eux, ce qui lui donnait « une crédibilité très forte ». « C’est le dernier empereur d’Ethiopie, a aussi dit de lui un ancien diplomate éthiopien. Pour Meles Zenawi, le pouvoir continue d’être une sorte de mythe, avec une réelle dimension mystique même, parce qu’il est dans le même cas de figure que ces empereurs du passé, arrivés au pouvoir par les armes, et parce qu’il dégage cette aura du pouvoir ».

L’homme a mené une série de réformes économiques dans son pays : l’Ethiopie s’enorgueillit de flirter, depuis la fin de la dernière décennie, avec une croissance économique à deux chiffres. Réputé maîtriser ses dossiers, Meles Zenawi a aussi joué, à la fin de la dernière décennie, le rôle de négociateur en chef du continent sur le changement climatique.

Malgré tout, l’Ethiopie demeure l’un des pays les plus pauvres du monde, et est régulièrement accusé de violations flagrantes des droits de l’homme, contre les groupes d’opposition ou les journalistes. Les mandats de M. Meles resteront aussi marqués par une guerre frontalière très meurtrière avec l’Erythrée entre 1998 et 2000, et deux interventions militaires en Somalie.

Source : Le Monde, 21 août 2012

Meles, l’homme fort d’Ethiopie absent,
qui gouverne à Addis ?

L’incertitude régnait vendredi à Addis Abeba sur l’état de santé réel du Premier ministre éthiopien Meles Zenawi, et sur qui est actuellement aux commandes de l’Etat, au lendemain de l’annonce par les autorités du « congé » de celui qui est l’homme fort de l’Ethiopie depuis plus de 20 ans.

Meles Zenawi

Le porte-parole du gouvernement éthiopien Simon Bereket s’est voulu rassurant jeudi sur l’état de santé du Premier ministre, 57 ans, source de toutes les rumeurs et spéculations ces derniers jours, assurant qu’il était « très bon et stable ».

Mais, fait inédit dans un pays qui cultive un certain secret autour de son dirigeant et contrôle soigneusement l’information, il a dû admettre que les médecins avaient recommandé à M. Meles un « congé ». Le porte-parole s’est abstenu toutefois d’en préciser la durée, évoquant simplement, sans réellement convaincre les observateurs, une question de « jours ».

Des sources diplomatiques ont néanmoins affirmé mercredi et jeudi à l’AFP que M. Meles était hospitalisé à Bruxelles dans un état critique. Le Premier ministre éthiopien n’est plus apparu en public depuis juin et son absence, inédite, a été remarquée lors du Sommet de l’Union africaine dont Addis était l’hôte les 15 et 16 juillet.

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Quelle est cette maladie bénigne qui a provoqué la disparition du premier ministre ?

Le premier ministre éthiopien, Meles Zenawi, est-il toujours en vie, est-il en train de se rétablir ou la situation est-elle plus grave ? Aux dernières nouvelles, données par Simon Bereket, porte-parole du gouvernement éthiopien, poids lourd du parti qui dirige en réalité le pays (le TPLF, Front de libération du peuple du Tigré) et vieux camarade de “Meles”, la santé du dirigeant est « bonne et stable ». Simplement, compte tenu de son état « d’épuisement », ses médecins (dans quel pays, dans quel hôpital, il ne le précise pas), ont exigé qu’il prenne un peu de repos, un « congé », a-t-il même précisé, comme s’il s’agissait d’une affaire de vacances en retard.

Meles Zenawi

Le pouvoir éthiopien n’a pas l’habitude de s’étendre sur les affaires d’Etat et la santé du premier ministre en est une de premier ordre. Il était donc inutile d’espérer obtenir beaucoup de détails précis lors de cette conférence de presse, jeudi, la première depuis la « disparition » de Meles Zenawi. Simon Bereket, qui est aussi ministre de la communication, a juste indiqué que le premier ministre ne souffre pas d’un « cancer du cerveau », que sa maladie – qu’il s’est refusé à nommer – est un « phénomène récent ». Il a dit s’attendre à un retour de Meles Zenawi dans ses fonctions et, par voie de conséquence, en Ethiopie, d’ici à quelques jours.

Autre détail au passage : le premier ministre demeure « aux commandes », et devrait faire sa réapparition dés qu’il aura surmonté « l’épuisement » qui accompagne cette maladie si bénigne qu’il est inutile de la nommer, bien qu’elle ait contraint le premier ministre à quitter son pays sans prévenir, et à un moment particulièrement mal venu. La semaine passée, les questions sur l’état de santé exact de Meles Zenawi s’étaient faites plus lourdes lorsqu’il s’était avéré qu’il serait absent lors de l’ouverture d’un sommet particulièrement important de l’Union africaine, tenu dans sa capitale, Addis Abeba, les 16 et 17 juillet. Dans un premier temps, une certaine forme de discrétion était supposée être respectée à ce sujet, notamment parmi les chefs d’Etat présents.

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