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Conditions De Vie | Toi qui viens d'Ethiopie... - Part 2

Archives de la catégorie 'Conditions de vie'

Crise alimentaire et surpopulation


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par Gaëlle Laleix

Ecouter le reportage

L’Ethiopie affronte en ce moment une grave crise alimentaire, comme le reste de la Corne de l’Afrique. Près de 4,5 millions de personnes auraient besoin d’assistance selon le gouvernement. Les autorités locales et les ONG s’organisent pour distribuer de la nourriture dans le sud et l’est du pays, notamment en dans les régions Somali et Oromia, qui sont les plus touchées. Mais cela soigne les symptômes sans soigner la maladie, dont l’une des causes est notamment la surpopulation. Le taux de natalité éthiopien est d’environ six enfants par femme, c’est trop.

Source : RFI, 29 août 2011

Le sud de l’Ethiopie touché par la “sécheresse verte”


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par Gaëlle Laleix

Ecouter le reportage

« Les pluies existent, mais sont capricieuses. C’est la sécheresse verte. »

En Ethiopie, la crise alimentaire se poursuit. Près de 4,5 millions de personnes ont désormais besoin d’assistance. Dans une région du sud éthiopien, l’une des neuf du pays, la saisons des pluies, irrégulière ou décalée dans le temps a perturbé les récoltes ou fortement endommagé les cultures. Les lieux, très peuplés, font face à une paradoxale “sécheresse verte” : alors que le paysage y est vert et luxuriant, il n’y a quasiment pas de récolte. Une répétition de la crise de 2008 dans cette partie de l’Ethiopie.

Source : RFI, 14 août 2011

Voir aussi :

Dans le sud de l’Ethiopie, la malédiction de la “sécheresse verte”

Dans le sud de l’Ethiopie, la malédiction de la “sécheresse verte”


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par Jenny Vaughan

Enfants, Children, Malnutrition, Shebedino, Ethiopie, EthiopiaShundure Tekamo est confrontée à un insupportable dilemme : rester avec son nourrisson souffrant de malnutrition dans ce centre de santé du sud de l’Ethiopie ou retourner chez elle pour trouver de quoi nourrir ces cinq autres enfants.

« Je n’arrive pas à réfléchir ; tout ce que je veux c’est sauver mon enfant », explique cette jeune mère, debout aux côtés de son fils Berhanu, alité. « Mais en même temps, je m’inquiète parce que j’ai laissé mes autres enfants » chez moi, ajoute-t-elle désemparée.

C’est la seconde fois depuis décembre que Berhanu est admis dans ce centre de santé de Shebedino, à 225 km au sud de la capitale Addis Abeba, son état se détériorant en raison du manque chronique de nourriture.

Dans la région Peuples du Sud, une des neuf régions administratives du pays, une succession de saisons des pluies irrégulières ou décalées a entraîné de très faibles récoltes ou endommagé les cultures, provoquant de très graves pénuries alimentaires.

Cette région, densément peuplée, fait face à une “sécheresse verte” : tandis que le paysage y apparaît vert et luxuriant, les récoltes sont quasi-inexistantes. Une répétition de 2008 dans cette partie du pays.

Plus de 250 000 personnes ont besoin d’une aide humanitaire d’urgence dans cette partie du sud de l’Ethiopie selon le gouvernement, un nombre sûrement trois fois supérieur selon les organisations humanitaires présentes sur place.

« Les principales causes d’insécurité alimentaire sont la sécheresse récurrente, la pression démographique et la dégradation des sols », explique à l’AFP le coordinateur de la région pour la sécurité alimentaire, Getachew Lemma.

Selon les Nations unies, quelque 4,5 millions d’Ethiopiens nécessitent une assistance humanitaire en raison de cette sécheresse qui affecte environ 12 millions de personnes en Afrique de l’Est. A Shebedino, leur nombre ne cesse de progresser.

Malnutrition, Shebedino, Ethiopie, Ethiopia« Le taux de malnutrition augmente », assure Daniel Legisso, qui travaille pour le gouvernement sur la sécurité alimentaire dans le sud de l’Ethiopie. Selon lui, le taux de malnutrition des enfants a progressé de 5 % depuis mai. « La situation actuelle est très tendue par rapport aux années précédentes », ajoute-t-il.

Melcamu Tilahun, modeste agriculteur, ne saurait le contredire : son maïs a séché sur pied en raison de faibles précipitations et trois de ses quatre enfants souffrent de malnutrition. « Cette année, je n’ai même pas de quoi nourrir ma famille pour trois semaines », déplore-t-il.

Ce père de famille envisage même d’abandonner l’agriculture pour ouvrir un petit commerce. « Si je peux obtenir un prêt et changer de boulot, je pourrai nourrir ma famille », espère-t-il.

Le gouvernement a lancé un programme pour apprendre aux mères de famille à reconnaître les symptômes de la malnutrition.

De son côté, le Programme alimentaire mondial (PAM) est engagé dans une opération de plus longue haleine (cinq ans), où les bénéficiaires reçoivent de l’argent et de la nourriture en échange de leur labeur dans les champs. Un des responsables de ce programme du PAM, Yohannes Desta, met toutefois en avant la nécessité d’investir dans des projets d’irrigation et dans un meilleur accès aux engrais pour aider durablement les fermiers locaux.

Mais pour ceux dont la survie est en jeu actuellement, à l’image de Shundure et de son bébé, l’aide humanitaire d’urgence demeure la priorité. « Je n’ai pas de nourriture pour mes enfants chez moi. Je n’ai même pas de lait à leur offrir », se désole-t-elle.

Source : AFP, 10 août 2011

Voir aussi :

Le sud de l’Ethiopie touché par la “sécheresse verte”

Les agences de l’ONU mettent en garde contre l’aggravation de la malnutrition


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Les agences humanitaires internationales ont averti que la malnutrition aiguë pourrait s’aggraver dans les régions de l’Ethiopie à cause du manque de fonds pour nourrir quelque 2,5 millions de personnes dont les rations alimentaires ont été réduites de moitié.

Le déficit d’approvisionnement alimentaire a affecté la distribution d’aide alimentaire dans diverses parties de l’Ethiopie et devrait toucher les allocations futures de la moitié de tous les bénéficiaires.

La ration alimentaire complète de 4,5 kg de mélange maïs-soja, qui a été attribuée à 2,3 millions de personnes, a été réduite à 2,5 kg. Ceux qui sont couverts par le Programme alimentaire mondial (PAM), soit 1,2 million de personnes, recevront 3 kg de mélange maïs-soja.

« Comme la filière alimentaire continue d’être sous-financée, la prochaine série d’aide alimentaire risque d’être distribuée sous forme de rations réduites, ce qui peut entraîner une aggravation de la malnutrition dans les zones touchées par la sécheresse », a indiqué le Bureau des Nations unies pour les affaires humanitaires (OCHA) .

Dans son bulletin hebdomadaire, cet organisme des Nations unies a appelé à plus d’engagements de la part des donateurs pour rétablir l’approvisionnement alimentaire.

L’Ethiopie fait face à une grave sécheresse, avec 4,5 millions de personnes qui ont besoin d’une aide alimentaire.

Les agences d’aide ont également dénoncé le manque de fonds pour mener à bien des études sur les flambées de maladies et les soins ambulatoires.

Source : Afrique en ligne, 3 août 2011

Des pistes pour éliminer la famine dans la Corne de l’Afrique


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par Audrey Garric

Des enfants décharnés, des files de réfugiés en quête de vivres sur des terres désespérément arides : ce sont les stigmates de la situation humanitaire dramatique que traverse la Corne de l’Afrique, en proie à une sécheresse sans précédent. Une crise pire aujourd’hui qu’il y a quelques années, et qui pourrait encore s’aggraver dans les mois à venir, alors que la prochaine saison des pluies n’est attendue qu’en octobre. D’ici-là, près de 12 millions de personnes risquent une malnutrition aiguë.

Insécurité alimentaire, Famine, Camp de réfugiés, Somalie

Mercredi 27 juillet, le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) devait réunir les ambassadeurs des pays donateurs pour faire le point sur la situation en Somalie, pays qui subit de plein fouet la sécheresse et où deux régions ont été déclarées par l’ONU en situation de famine. L’objectif : mettre sur pied des plans d’urgence, mais aussi dessiner des solutions à long terme pour résorber la crise.

S’ADAPTER AU CHANGEMENT CLIMATIQUE

Si les remèdes tardent à voir le jour, les causes du mal, elles, sont connues depuis un moment : la sécheresse extrême donc, la pire depuis un demi-siècle, liée aux faibles précipitations qui ont caractérisé les deux dernières saisons des pluies ; la flambée des cours des principales denrées alimentaires ; et les conflits et guerres civiles qui émaillent le quotidien de ces pays.

Sur le plan climatique, il n’y a pas grand chose que les populations et organisations humanitaires puissent faire. S’il n’est pas encore avéré que les sécheresses des étés 2010 et 2011 soient directement imputables au réchauffement de la planète, ce dernier va, selon les scientifiques, multiplier l’occurrence de phénomènes climatiques extrêmes. La Corne de l’Afrique, touchée tous les cinq ou six ans par le phénomène de la Niña, va ainsi subir des sécheresses plus régulières, espacées d’un ou deux ans.

A défaut d’influer sur le changement climatique, s’y adapter est donc essentiel. « La principale solution passe par le soutien aux petits exploitants agricoles, car ce sont eux qui nourrissent la majorité des populations dans les pays du Sud. Ils développent à leur niveau des techniques agricoles résilientes au changement climatique », assure Isabelle Brachet, chargée de mission pour l’ONG Peuples solidaires-ActionAid.

AUGMENTER LA QUANTITÉ ET LA QUALITÉ DE LA PRODUCTION

Comment permettre concrètement de maintenir voire d’augmenter la production ? En assurant l’accès à la terre, à l’eau, aux semences et à la formation des agriculteurs, et en particulier des femmes, ce qui est loin d’être une réalité actuellement, répondent les ONG. Quant aux éleveurs, plus durement touchés par la sécheresse mais aussi davantage laissés pour compte par les gouvernements, il s’agit de leur fournir du fourrage, de l’eau et des médicaments pour éviter que des épidémies ne déciment leurs troupeaux. « Dans les zones critiques, on devrait par exemple négocier l’accès du bétail aux pâturages des parcs nationaux et des ranches privés », avance Isabelle Brachet.

Au-delà de l’aspect quantitatif, l’augmentation de la valeur ajoutée est également nécessaire. « Il s’agit de réorienter la recherche vers les pratiques des paysans pour les améliorer, ainsi que d’investir dans des infrastructures de stockage et de transport afin de leur permettre d’écouler leur marchandise facilement », explique Jean-Cyril Dagorn, chargé des questions alimentaires et agricoles à Oxfam. Aujourd’hui, entre 30 et 60 % de la production agricole est perdue entre la ferme et le marché, selon la FAO.

Enfin, la question des réserves alimentaires d’urgence, mais aussi sur le long terme, s’avère cruciale pour stopper la volatilité des prix des denrées alimentaires. « Il ne faut plus attendre que la crise survienne pour faire des stocks, estime Isabelle Brachet. Lorsque les quantités sont suffisantes, ce qui a par exemple été le cas au Kenya il y a quelques années, les gouvernements doivent constituer des réserves, tant au niveau national que régional, qui permettront de juguler la flambée des prix agricoles en cas de faibles récoltes. » Car, selon l’ONU, la raréfaction de l’offre a provoqué une flambée des prix de 30 à 80 % dans les zones touchées par la sécheresse au Kenya, et de 270 % en Somalie.

Toutes ces mesures, il n’y a pas de miracle, demandent des fonds. L’ONU a estimé à 1,8 milliard de dollars le montant de l’aide humanitaire nécessaire en Afrique de l’Est en 2011. « On est loin du compte : il manque encore 800 millions et les besoins vont augmenter d’ici la fin de l’été, prévient Jean-Cyril Dagorn. En France, en particulier, l’effort est largement insuffisant : depuis juillet, l’Hexagone s’est seulement engagé sur 5 millions de dollars, contre 29 millions en Allemagne ou 66 en Australie. » Surtout, pour Oxfam, il y a urgence à augmenter la part de l’aide publique au développement consacrée à l’agriculture, qui ne dépassait pas, de 2005 à 2009, 7 % au Kenya et en Ethiopie, et 1 % en Somalie.

RÉSORBER LES CONFLITS

Surtout, aucune de ces mesures n’est réalisable sans une amélioration de la situation géopolitique de la région. « La question alimentaire constitue un enjeu stratégique de pouvoir pour certains groupes ou pays. La résolution de la crise alimentaire passe donc par la résolution des conflits », assure Philippe Hugon, directeur de recherches, spécialiste de l’Afrique à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).

A Mogadiscio, la crise alimentaire est « absolument liée aux destructions causées par la crise somalienne », déclarait mardi dernier Donald Kaberuka, le président de la Banque africaine de développement. En cause : les vingt années de chaos politique qui ont suivi l’effondrement de l’Etat somalien, empêchant régulièrement, du fait de l’insécurité, les paysans de cultiver leurs terres et d’acheminer leur production. La prise de contrôle d’une partie du territoire par les shebab a par ailleurs aggravé la situation : ces groupes islamistes radicaux ont interdit la distribution de l’aide par le Programme alimentaire mondial, considérant les ONG comme “anti-islamistes”. Devant l’aggravement de la crise, les shebab ont cependant changé d’avis la semaine dernière et autorisé les agences humanitaires à revenir.

« Il faut maintenant permettre à l’aide alimentaire d’être délivrée de manière pérenne. C’est tout un travail de terrain qui consiste à sécuriser les routes en négociant avec les shebab », explique Philippe Hugon. Mais certains pays, comme les Etats-Unis, ne cachent pas leur opposition à un dialogue, par peur de voir se renforcer, sur le long terme, l’influence des groupes islamistes liés à Al-Qaida. « Les puissances occidentales cherchent autant à aider les populations locales qu’à éviter que la Somalie ne devienne le terreau du djihadisme islamique. Elle veulent également sécuriser les routes maritimes qui font l’objet d’actes de piraterie fréquents », ajoute-t-il.

Pour le chercheur, une solution pourrait être trouvée en se tournant vers les factions les plus modérées des shebab : « La communauté internationale doit négocier, par le biais d’interlocuteurs comme l’Union africaine, la Ligue arabe ou l’Organisation de la confédération islamique, avec des franges modérées des shebab, qui pourraient accepter d’assurer la sécurité alimentaire des populations pour gagner une certaine légitimité et asseoir leur pouvoir. »

Des actions diplomatiques seraient aussi nécessaires dans d’autres pays de la Corne de l’Afrique. Les Etats-Unis, par exemple, qui aident militairement l’Ethiopie ou le Kenya, pourraient aussi, selon Philippe Hugon, intervenir et faire pression sur les gouvernements locaux pour qu’ils aident davantage les zones déshéritées qu’ils ont délaissées, afin d’affaiblir les revendications autonomistes de certains groupes rebelles.

Source : Le Monde, 27 juillet 2011

« En Éthiopie, même les chameaux meurent de soif »


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« Une aide internationale d’urgence » a été demandée lundi par la FAO pour la Corne de l’Afrique en proie à la famine. Sur place, Audrey Montpetit, conseillère qualité Care en Éthiopie estime que « la situation est sans précédent ».

Troupeau, Vaches, Borena, Ethiopie, EthiopiaLors d’une réunion ministérielle d’urgence organisée lundi, la FAO chiffre à 1,1 milliards d’euros le montant de l’aide à apporter à la Corne de l’Afrique. Qu’en pensez-vous ?

Ce chiffre peut paraître énorme mais il ne me surprend pas. L’aide alimentaire est l’une des actions humanitaires qui coûtent le plus cher. Tout d’abord parce que la prise en charge médicale de personnes en malnutrition sévère demande des moyens spécifiques et aussi parce que la famine apporte un lot important de réfugiés qu’il faut prendre en charge dans de bonnes conditions d’hygiène. Nous, Care, nous avons chiffré nos besoins spécifiques pour répondre à la crise dans la Corne de l’Afrique. Ils s’élèvent déjà à prêt de 30 millions d’euros.

Comment aidez-vous les populations ? L’Éthiopie est-elle touchée aussi sévèrement par la sécheresse ?

Le sud du pays est très sévèrement touché. J’étais par exemple vendredi dernier dans la zone Borena, pour réfléchir avec mes équipes à quelle réponse adopter. L’action humanitaire ne consiste pas à arriver les bras chargés de sacs de riz dans un village et repartir. Nous réfléchissons avec les populations locales à leurs besoins. Par exemple, au village de Dambi, nous achetons les vaches mourantes 50 dollars pièce et nous fournissons de la nourriture pour le reste du troupeau.

Nous menons aussi des actions plus “classiques”, comme la distribution de tablettes de purification de l’eau, de denrée alimentaires, etc. Nous prenons en charge les enfants en malnutrition sévère.

Comment percevez-vous que la situation est grave ?

J’entends des choses que je n’ai jamais entendu avant. Un villageois de Dambi m’a expliqué vendredi que même les chameaux mouraient de soif, alors que lors de la grande sécheresse de 1991 les chameaux avaient tenu le coup. Toujours dans la zone Borena, il faut marcher six heures aller-retour pour avoir accès à un point d’eau. C’est du jamais vu. Il n’y a ni eau, ni herbe, les vaches tombent comme des mouches. 220 000 animaux nourriciers sont morts dans le sud de l’Éthiopie sur un total de 700 000 bêtes environ. Un autre villageois de Dambi m’a alpagué, et m’a dit, sa voix affaiblie par la faim : « Moi j’ai 55 ans, je sais que je vais mourir. Mais si vous le pouvez, essayez de sauver les jeunes. » C’est très rare qu’on vous dise ce genre de chose sur le terrain. Dans la plupart des cas, les populations veulent vous montrer leur courage. Je n’ai jamais vu ça.

Source : Le Figaro, 26 juillet 2011

« Ne parler que du climat est une hypocrisie totale »


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Interview de Jean Ziegler, vice-président du Comité consultatif du conseil des droits de l’homme des Nations unies.

Jean ZieglerDe 2000 à 2008, Jean Ziegler a occupé la fonction de rapporteur spécial pour le droit à l’alimentation des populations du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Il est l’auteur de la Haine de l’Occident.

La réunion de la FAO tire la sonnette 
d’alarme sur la famine qui sévit dans la Corne de l’Afrique en raison de la sécheresse. 
Le facteur climatique explique-t-il à lui seul 
la situation catastrophique ?

Ne parler que de climat est une hypocrisie totale qui élude les vraies raisons de cette catastrophe effroyable. C’est le dernier coup porté aux 12 millions de personnes menacées de famine et aux dizaines de milliers de victimes. La première raison est l’absence de stocks de réserve. Cette sécheresse dure depuis cinq ans. Depuis, les récoltes sont déficitaires. Dans n’importe quel pays, il existe des réserves alimentaires. Les États se préparent en cas de catastrophe. En Somalie, Érythrée, Kenya, Éthiopie, Djibouti, les greniers sont vides. 
Ils le sont parce que les prix alimentaires (aliments de base c’est-à-dire riz, maïs, céréales qui couvrent 75 % de la consommation mondiale) ont explosé en raison de la spéculation des hedge funds et grandes banques. Les spéculateurs financiers ont perdu des milliers et des milliers de milliards de dollars lors de la crise financière de 2008 et de 2009. Ils ont quitté les Bourses de papier valeur et ont migré vers les Bourses des matières premières agricoles. Légalement, avec les instruments spéculatifs ordinaires, ils réalisent des profits astronomiques sur les aliments de base. Actuellement, la tonne de blé meunier est à 270 euros. Il y a an, elle était de moitié. La tonne de riz a plus que doublé en un an et le maïs a augmenté de 63 %. Les pays pauvres ne peuvent donc même plus acheter les aliments à même de constituer des réserves. Ils sont impuissants lorsque la catastrophe arrive. La deuxième cause profonde est le surendettement de ces pays. Le service (intérêt et amortissement) de la dette étrangère est tellement élevé qu’il absorbe pratiquement tous les revenus des États et les rend incapables d’investir dans les infrastructures notamment agricoles. Un exemple : seulement 3,8 % des terres arables éthiopiennes sont irriguées alors qu’en Europe, elles le sont à 60 %. L’Éthiopie n’a pas l’argent nécessaire pour puiser l’eau. Aujourd’hui, la nappe phréatique se trouve à 60, 70 mètres sous terre en raison de la sécheresse et, de ce fait, rend inopérantes les méthodes traditionnelles pour lever l’eau.

De nombreuses ONG tirent la sonnette d’alarme quant aux promesses non tenues des États en matière d’aide. 
Quelle est votre réaction ?

Les gens meurent par manque d’argent. Il est extrêmement simple de faire revenir à la vie un enfant gravement sous-alimenté avec de la nourriture thérapeutique intraveineuse. Mais, comme pour les biscuits vitaminés, l’argent fait défaut. Un seul chiffre : le Programme alimentaire mondial (PAM) avait un budget ordinaire planétaire de 6 milliards de dollars. Il a été réduit à 2,8 milliards, soit plus de la moitié parce que les pays riches ne payent plus leurs cotisations. Regardez l’absurdité : jeudi dernier, les États européens de l’euro ont mobilisé 162 milliards d’euros pour sauver les banques détentrices de la dette grecque. Dans le même temps, à Dadaab, au Kenya, le plus grand camp de réfugiés ne peut même plus accueillir des personnes au bord de l’effondrement.

Source : L’Humanité, 26 juillet 2011

En Ethiopie, la famine côtoie l’abondance


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par Philipp Hedemann

Alors que des millions de personnes sont gravement menacées de famine dans la Corne de l’Afrique, des investisseurs étrangers récoltent dans la même région des tonnes de céréales à destination de l’Asie ou des pays du Golfe.

Enfant, Champs, Agriculture, Travail, Ethiopie, EthiopiaIl fait un peu moins de 40°C. Accroupi, un jeune garçon arrache la mauvaise herbe qui a poussé au milieu d’un champ de canne à sucre. Un Indien passe dernière lui en l’observant du coin de l’œil.

Red a 8 ans et il gagne 80 centimes [suisses] par jour de travail dans ce champ de l’ouest de l’Ethiopie. C’est moins cher que les pesticides. Le fermier indien devrait gagner des millions dans les trois années à venir, en exportant ces récoltes loin de l’Ethiopie.

Dans l’un des pays les plus pauvres au monde, l’accaparement des terres agricoles ne fait que commencer, et au pire moment. L’Ethiopie a faim. La sécheresse dévastatrice qui frappe toute la Corne de l’Afrique depuis quelques mois menace plus de 10 millions de personnes.

« Ici c’est encore une région désertique, mais bientôt nous allons y construire de nouveaux champs de canne à sucre et d’huile de palme », confie Karmjeet Singh Sekhon, à bord de son pick-up Toyota.

A droite et à gauche de la piste, la brousse est déjà en feu. A 68 ans, l’investisseur indien est pressé. Son énorme ferme dans l’ouest de l’Ethiopie couvre une superficie de 300 000 hectares, une des plus grandes de la région.

Course aux biocarburants

En 2008, suite à la hausse drastique du prix des produits alimentaires, et aux famines qui en ont résulté, une course sans précédent a été lancée pour s’accaparer les surfaces agricoles en Afrique, en Amérique du Sud et en Asie.

Selon un rapport de la Banque mondiale, 45 millions d’hectares de terres ont été loués en 2009. On estime que d’ici à 2030, dans les pays en développement, chaque année six millions d’hectares de terres agricoles seront louées en plus, dont les deux tiers en Afrique sub-saharienne et en Amérique du Sud.

Des hectares de terres utilisés non seulement pour nourrir des pays comme l’Inde ou les Etats du Golfe, mais aussi un moyen pour ces pays de jouer les premiers rôles dans la course à la production de biocarburants. « L’accaparement des terres pose un grand risque. Le voile du secret qui règne sur ce commerce doit être levé, afin que les personnes pauvres ne paient pas le prix fort et perdent leur terre », affirme Ngozi Okonjo-Iweala, directrice de la Banque mondiale.

Il y a 26 ans, la terrible famine qui a frappé l’Ethiopie avait tué plus d’un million de personnes, malgré l’aide internationale. Ce scénario pourrait se reproduire. Actuellement, la plupart de la nourriture est importée.

Bradage du pays

Champs, Agriculture, Indien, Agro-business, Ethiopie, EthiopiaEn Ethiopie, près de 85 % de la population vit de l’agriculture. Mais la plupart des maigres champs restent stériles et sont toujours travaillés avec des méthodes archaïques. Les terres donnent l’un des rendements les plus bas au monde. Le gouvernement éthiopien espère profiter de la location de ces surfaces agricoles aux investisseurs étrangers pour lancer une vague de modernisation.

Toutes les terres appartiennent au gouvernement d’Addis Abeba qui espère dans les années à venir en consacrer trois quarts à l’agriculture. Un objectif ambitieux, car pour l’instant seulement 3,6 millions d’hectares, principalement dans l’ouest du pays, ont été cédés aux investisseurs.

Mais la donne pourrait changer rapidement, avec un prix modique de location de 5 francs [suisses] par hectare et par année. L’Ethiopie est devenue une terre de prédilection pour les entreprises d’investissement dans l’agro-business. Au désespoir des agriculteurs locaux comme Ojwato.

Le paysan se dresse devant son champ d’à peine un hectare. Il ne lui faut que quelques minutes pour le traverser. Bien loin des heures de routes que doit effectuer Karmjeet Singh Sekhon à bord de sa jeep pour traverser ses champs de canne à sucre.

A l’idée que dans les champs voisins, les récoltes sont exportées à l’étranger, alors que le pays est au bord de la famine, il fulmine. « Les étrangers avaient promis d’apporter l’électricité, de l’eau et des hôpitaux en échange. Mais au final, seuls quelques-uns d’entre nous ont trimé dans leurs champs, pour être mal payés en plus ».

Source : Swiss Info, 21 juillet 2011

La zone Borena se prépare à nouveau au manque de pluies


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En octobre dernier, les anciens de la zone Borena, située dans la région Oromia, au sud de l’Éthiopie, ont prédit que les grandes pluies ne seraient pas suffisantes, mais certaines personnes ne les ont pas pris au sérieux. La même chose s’est produite en février.

« Certains les croyaient et ont vendu leur bétail, acheté des chèvres et mis de l’argent de côté », a indiqué Uka Dida, le chef du kebele de Dembi. « Je ne les ai pas crus et j’ai perdu la totalité de mon bétail – cette leçon m’a coûté cher ».

Sécheresse, Insécurité alimentaire, Famine, Borena, Ethiopie, Ethiopia

Aujourd’hui, les anciens annoncent que les secondes pluies seront également insuffisantes en octobre. Leurs calculs sont basés sur les phases de la lune et la position des étoiles. Cette fois, les responsables locaux accordent du crédit à ces prévisions.

« Nous ne disposons pas de services météorologiques efficaces ici – les anciens font leurs propres calculs et leurs résultats ne sont pas encourageants », a dit Ephrem Ombosho, le directeur de l’un des bureaux de l’Agence de préparation et de prévention des catastrophes de Borena. Lui et son équipe procèdent à une évaluation des besoins locaux.

Comme d’autres éleveurs de la région, ceux de Borena disposent d’un éventail de techniques qui leur permettent d’anticiper et même de prévoir la sécheresse ; certaines de ces techniques sont basées sur l’observation de phénomènes naturels, comme la croissance des pousses de certaines plantes à des périodes précises de l’année. Leur système de calendrier, qui est fondé sur l’observation de la lune et des étoiles, et dont l’utilisation remonterait à 200 ans avant J.C. selon les chercheurs, inclut une forme d’astrologie et des prévisions météorologiques.

A la recherche de pâturages

Selon les Nations Unies, la zone Borena, située au sud du pays, tout comme d’autres régions de la Corne de l’Afrique, se trouve dans une situation proche de la famine, sur une échelle de cinq points.

« Nous réfléchissons à la possibilité de créer des coopératives afin de mettre notre argent en commun et de pouvoir faire face aux situations difficiles comme celle que nous traversons actuellement », a dit M. Uka. « Nous conseillons également aux populations d’acheter des chèvres, qui sont plus résistantes en cas de sécheresse, et peut-être de se séparer de leur bétail maintenant ».

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« Impossible de pomper l’eau, faute de matériel »


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Interview de Jean Ziegler, des Nations unies. Il dénonce la spéculation et le manque d’infrastructures.

Jean ZieglerJean Ziegler a été rapporteur spécial de la Commission des droits de l’homme de l’ONU pour le droit à l’alimentation. Il est aujourd’hui vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme des Nations unies.

En quoi cette situation de crise alimentaire est-elle différente des autres ?

Nous sommes dans une région où les périodes de sécheresse sont de plus en plus rapprochées. Autrefois, c’était tous les dix ou quinze ans. Depuis peu, c’est tous les deux, trois ans. Cela dit, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Ces pays souffrent du manque d’infrastructures.

La sécheresse n’est qu’une partie de la cause ?

C’est le dernier coup qui anéantit les populations. Il y a de l’eau dans les nappes phréatiques, mais ces nappes sont à 50 mètres, ou plus, de profondeur. Impossible à pomper, faute de matériel. En Ethiopie, par exemple, le manque d’infrastructures s’illustre de façon navrante. Ainsi, il est arrivé plus d’une fois, y compris pendant les périodes de famine, que le teff, la céréale de base, pourrisse dans des dépôts de Gondar, dans l’ouest du pays, alors que des dizaines de milliers de personnes mourraient de faim dans l’est, à 600 km de là…

Pourquoi ?

Par manque de routes, de chemins de fer. Et, là, l’aide internationale devient absurde. Ainsi, le blé américain et les autres céréales arrivent par le canal de Suez, puis sont déchargés à Djibouti. De là, ils sont mis sur un train en direction d’Addis Abeba, avant de repartir sur camions vers le nord de l’Ethiopie. Tout ceci, alors qu’il y a du teff dans le pays. C’est une folie ! Au fil des années, ces pays connaissent un allongement des temps de soudure. En clair, entre la dernière denrée produite et consommée sur place et la prochaine récolte, la soudure peut atteindre quatre mois. Quatre mois pendant lesquels il faut importer du riz ou du blé.

Quelles sont les responsabilités ?

Il y en a plusieurs. Celle des Etats locaux, comme celui de l’Ethiopie. Il consacre 40 % de son budget à l’armée. Il y a aussi les hedge funds qui, ayant perdu des sommes astronomiques au moment de la crise de 2007, se sont littéralement jetés sur la spéculation des matières premières agricoles. Avec à la clé des hausses de cours tellement importantes qu’elles empêchent les Etats les plus faibles d’importer ces matières premières. Sans parler des coupes dans le budget du Programme alimentaire mondial (PAM) : il est passé de 6 milliards de dollars en 2008 à 3,2 milliards [2,27 milliards d’euros, ndlr] aujourd’hui. Par contre, ce sont 1 700 milliards d’euros qui ont été trouvés pour sauver les banques. Cherchez l’erreur.

Source : Libération, 19 juillet 2011

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