Archives de la catégorie 'Les Femmes'

Portrait de la seule femme pilote d’Ethiopian Airlines

par Grégoire Pourtier

Amsale Gualu

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A 35 ans, elle est l’une des très rares femmes à être pilote d’avion en Afrique, qu’elle parcourt dans tous les sens car la compagnie éthiopienne dessert 43 aéroports sur tout le continent. Mais Amsale ne veut être ni une exception ni un modèle : elle vit simplement sa passion, est fière d’avoir atteint le summum de son métier et pense que les passagers sont de moins en moins gênés d’avoir une femme aux commandes dans le cockpit.

Source : RFI, 16 mars 2013

Lancement de la première banque initiée par les femmes

Enat Bank, la première banque des femmes en Ethiopie, a été lancée mardi à Addis Abeba, la capitale du pays.

Initiée par onze femmes éthiopiennes et avec environ 7 400 actionnaires, la banque a été mise au service de tous en mettant l’accent sur les femmes. Meaza Ashenafi, la présidente du conseil d’administration de la Banque, a déclaré à Xinhua que 64 % des actionnaires sont des femmes.

Mme Meaza a révélé que la Banque a été lancée avec un capital initial de 120 millions de birrs éthiopiens, qui sera porté à 500 millions de birrs éthiopiens dans deux ans. La présidente a déclaré qu’ils vont étendre les services de la banque en ouvrant d’autres branches dans les différentes parties du pays et aussi à travers la banque mobile.

S’exprimant lors de la cérémonie de lancement, Mekonnen Manyazewal, le ministre éthiopien du Commerce, a indiqué que la banque qui a été lancée par les Ethiopiennes apportera sa contribution aux activités de développement dans le pays.

Source : Afreeknews, 6 mars 2013

La femme est l’avenir de l’homme éthiopien

par Annette Lévy-Willard

Comment ça va, les Ethiopiennes ? Un peu mieux. L’ONU et le Programme alimentaire mondial s’appuient maintenant sur elles pour lutter contre la famine et la pauvreté. Rencontres avec Sahra, Hamdi, Lete, Fretsumbirhan…

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Pas drôle d’être un paysan en Ethiopie ou un réfugié somalien, mais on sait qu’il y a plus terrible : être leur femme. Encore qu’il vaille mieux être une femme qu’un âne – l’Ethiopie détient le record du nombre d’ânes au monde après la Chine – qu’on frappe sans cesse à coups de bâton et de pied pour qu’il avance en traînant une charrette surchargée. D’ailleurs, comme partout, c’est l’homme qui conduit la bagnole (la charrette).

Reçu ce matin un mail de Paris : « C’est comment le 8 mars en Afrique ? » Bien sûr, la Journée internationale de la femme, comment avais-je pu oublier ? Nous sommes dans le campement fortifié de l’ONU et du Programme alimentaire mondial (PAM) à Dolo Ado, dans le sud du pays, à la frontière avec la Somalie. Impossible de téléphoner dans ce lieu hérissé de barbelés et de murs de protection contre les attentats terroristes des shebab, les islamistes somaliens associés à Al-Qaeda. Mais le wi-fi a été installé, on peut surfer sur Internet, tout en regardant le soir Al-Jezira avec les travailleurs de l’humanitaire.

C’est ici qu’est installé le QG de l’aide internationale qui, avec le gouvernement éthiopien, fait fonctionner les camps de Dolo Ado où vivent 150 000 réfugiés somaliens. L’été dernier, fuyant la sécheresse exceptionnelle, et la guerre, ils étaient 2 000 à franchir chaque jour le pont minuscule au-dessus de la rivière polluée qui sépare, sans aucun signe ou barrière, Dolo Ado Somalie de Dolo Ado Ethiopie. Nous en voyons encore quelques centaines passer sur ce pont sous le regard indifférent d’un soldat qui les fouille vaguement pour vérifier qu’ils ne cachent pas d’armes. Fouille facile : à part le précieux bidon jaune, vital pour avoir un peu d’eau, ils n’ont rien. Le traditionnel bout de bois pour marcher, parfois un sac en plastique.

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La reine du khat, “femme d’affaires de l’année”
en Ethiopie

par Philipp Hedemann

Suhura IsmailAu Somaliland, rares sont les choses qui fonctionnent. Cette république située au nord de la Somalie, qui s’est déclarée souveraine, est toujours en attente d’une reconnaissance internationale. Mais dans ce chaos, on peut compter sur une chose : les camions de Suhura Ismail, chargés de khat, une herbe à mâcher aux effets euphorisants. Chaque nuit, ces véhicules débarquent leur cargaison de khat avec la régularité d’une horloge suisse, après avoir avalé des kilomètres de routes de terre à une vitesse vertigineuse.

Au Somaliland, le business du khat – une drogue le plus souvent illicite en Europe (en France, l’usage en est interdit et passible d’une peine d’un an de prison et de 3 750 euros d’amende) – est légal et surtout il est en plein essor. Près de 80 % des hommes du pays sont accros à cette drogue.

Si Suhura Ismail avoue n’avoir jamais mâché de ces feuilles amères, elle en fait sa richesse, et dans son pays natal, l’Ethiopie, elle est une entrepreneure respectée. Elle explique : « Je viens tout juste d’être élue femme d’affaires de l’année. Mais juste après, le gouvernement n’a pas hésité à m’envoyer une facture pour des arriérés d’impôts s’élevant à 48 millions de birr (1,8 million d’euros). Mais nous allons trouver une solution. J’ai de bonnes relations avec le Premier ministre. »

A 49 ans, cette mère de dix enfants est devenue la plus grande vendeuse de khat au monde. Mais, à part une dent en or clinquante, elle ne possède pas les attributs habituels des gros bonnets de la drogue : aucun garde du corps, pas de fausses identités, aucune menace des autres dealers de drogue ou de la police – mise à part le fisc en embuscade. Et de toute manière, elle ne se considère pas comme une trafiquante de stupéfiants. La fervente musulmane venue d’Ethiopie se voit simplement comme un entrepreneur à la tête d’une société familiale qui vend entre 30 000 et 40 000 kilos de khat chaque jour.

Dans les années 90, quand le prix du café a chuté, de nombreux agriculteurs en Ethiopie se sont tournés vers la culture de ces feuilles aux effets euphorisants et psychotropes. Depuis lors, cette drogue est devenue l’un des produits d’exportation les plus importants du Somaliland. Et le gouvernement du 12ème pays le plus pauvre au monde veut sa part du gâteau. Avec son commerce, Suhura Ismail fait rentrer des devises étrangères, du moins quand elle paye ce qu’elle doit à l’Etat, soit environ 30 % de ses bénéfices.

Success story

C’est avec ses parents qu’elle a appris les ficelles du métier. Petite, elle travaillait avec eux sur leur petit stand de rue à Jijiga – à environ une heure de la frontière éthiopienne avec la Somalie. Mais à l’époque, le commerce du khat n’était pas particulièrement rentable, personne ne devenait riche. C’est seulement une fois qu’elle a atteint ses 18 ans et qu’elle a épousé son mari somalien, Mohammed Ismail Tarabi, que la situation s’est débloquée.

Khat, Ethiopie, EthiopiaEnsemble, ils ont commencé à exporter cette drogue vers la Somalie où la demande était grande et continue à l’être. La plupart des hommes pris dans la guerre civile qui déchire la Somalie depuis des décennies sont dépendants aux feuilles de cet arbrisseau de la famille des célastracées qui peut atteindre trois mètres de haut. Or, il se cultive extrêmement mal dans ce pays trop sec. 

Le meilleur khat pousse dans les régions montagneuses de l’est de l’Ethiopie, près d’Aweday, la capitale du khat.

A “khat city”, c’est durant les premières heures de la matinée que les affaires se font. Le khat se mastique frais, le temps presse. Les femmes vendent les feuilles coupées pendant la nuit et les hommes les chargent par gros paquets dans des pick-up qui trépignent, le moteur allumé. La plupart de ces véhicules appartiennent à Suhura Ismail – elle en détient une quarantaine. Une fois l’arrière de ces pick-up plein à ras bord, les conducteurs, tout en mâchant une masse épaisses de khat – démarrent en trombe dans un nuage de poussière.

La jeune fille qui à l’époque colportait au bord de la route pour vendre du khat est maintenant une chef d’entreprise à la tête de plus de 1 000 employés, et qui possède sa propre compagnie aérienne, Suhura Airways. Ephrem Tesema, qui a écrit une thèse à l’Université de Bâle sur la production, la distribution et l’utilisation du khat, analyse : « Dans le commerce mondial du khat, elle est incontestablement la numéro un. Et en Ethiopie, on pense qu’elle contrôle plus de 50 % du marché. »

Mousse verdâtre

La dépendance au khat a un coût : de nombreux hommes ont dilapidé tous leurs biens familiaux pour cette accoutumance. En Ethiopie, une botte de khat coûte entre un et huit euros. Alors que ces travailleurs gagnent souvent moins d’un euro par jour.

Hussein, les joues pleines, confie : « Chaque jour je travaille dur, c’est pourquoi j’ai besoin de khat. Il me donne de la force. » Le jeune homme est agriculteur à Aweday. Il possède environ un millier d’arbustes de khat. « Mon père cultive des céréales, des fruits et des légumes. Je ne fait pousser que du khat, ça rapporte plus d’argent. »

A long terme, des problèmes d’anxiété, de dépression et d’insomnie peuvent se manifester. Sans compter des troubles sexuels, une conséquence que peu osent avouer en Ethiopie. Mais pas Hussein. « Le khat rend léthargique. Il freine votre libido. » Il a interdit à ses 4 enfants d’en mâcher, car sinon « ils risquent de ne pas travailler aussi dur que je l’ai fait » .

Marché européen

Khat, Vendeuses, Ethiopie, EthiopiaLe nombre de trafiquants de khat arrêtés en Europe va croissant. Un expert qui souhaite rester anonyme confie : « C’est rare qu’un avion de ligne ou de fret ne quitte Addis Abeba sans un peu de khat à bord. » En partance d’Amsterdam, où la drogue est légale, les livreurs acheminent le khat dans des camions surchargés à destination de la Scandinavie ou d’autres pays européens ou les migrants d’Afrique de l’Est sont nombreux. Au début du mois de septembre, des gardes-frontière suisses ont arrêté dans la banlieue bâloise, un ressortissant français transportant près 330 kilogrammes de cette feuille verte, une saisie record.

Mais Suhura Ismail se défend d’avoir tout lien avec cet aspect du business. « Est-ce ma faute si le khat est illégal en Suisse ou en Allemagne ? Vous n’appelez pas vos brasseurs de bières des trafiquants de drogue, non ? » La femme d’affaires affirme n’avoir jamais touché une goutte d’alcool dans sa vie.

Reste que la chef d’entreprise souhaite développer son commerce en Europe, et espère bien que le plus grand marché du continent, l’Allemagne, va bientôt légaliser cette drogue. Un pays qu’elle connaît bien. Lorsque son mari a commencé à avoir des ennuis avec ses dents, ils se sont envolés pour Francfort afin de consulter un dentiste. Rentré depuis en Ethiopie, Mohammed Ismail Tarabi peut à nouveau mastiquer en toute quiétude des kilos de feuilles vertes.

Source : Rue89, 1er janvier 2012

En Ethiopie, l’éducation discrimine les filles

par Gaëlle Laleix

Malgré les efforts du gouvernement éthiopien, les filles n’ont toujours pas le même accès à l’éducation que les garçons. Le poids de la religion et leur faible accès à l’information expliquent cette discrimination.

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Samedi matin, dans la grande banlieue d’Addis Abeba, la capitale éthiopienne. Normalement, les écoles sont fermées, mais dans la cour du collège d’Akaki Beska deux classes de collégiennes attendent patiemment. Elles n’ont pas revêtu leur traditionnel uniforme vert – pas de cours aujourd’hui. La plupart d’entre elles vont simplement recevoir leur première serviette hygiénique lavable et réutilisable, distribuée par l’association Rotaract.

Elles ont entre 13 et 15 ans, et connaissent depuis peu l’inconfort des premières règles : maux de ventre, de dos, fatigue. Mais chez elle, motus et bouche cousue. De ces impuretés, on ne parle pas :

« Avant j’habitais avec mes parents et nous n’en discutions absolument jamais. Même avec ma mère. J’ai déménagé il y a peu chez ma grande sœur et c’est elle qui m’a tout expliqué », confesse Itbrahanun Balet, élève de 4ème.

Rater les cours et se cacher

Faute de protection adéquate, de médicaments contre la douleur ou tout simplement d’informations, la plupart des adolescentes manquent les cours pendant toute la durée de leurs menstruations.

« En général, je reste chez moi et je dors pendant trois jours. Je n’ai pas de médicaments contre le mal de ventre et aller à l’école m’indispose. En plus, si j’y vais, je ne peux pas vraiment dire pourquoi je ne suis pas attentive », ajoute Itbrahanun.

En moyenne, les jeunes filles ratent donc entre 30 et 70 journées de cours par an. Le retard accumulé n’est pas négligeable, surtout dans un pays où l’éducation accuse déjà une sérieuse discrimination sexuelle.

« L’éducation est une priorité, nous devons donc tout faire pour que les étudiants travaillent de la manière la plus confortable qui soit. Or, les filles sont dans une situation très délicate à cause de toutes ces questions sexuelles. Si nous voulons qu’elles étudient, il faut en faire une priorité », déclare Rediet Nuri, président de l’association Rotaract.

En Ethiopie, seules 55 % des filles vont à l’école primaire et ce chiffre diminue à chaque niveau supérieur d’éducation, jusqu’à l’université où elles ne représentent que 24 % des diplômés.

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Manque d’information

Avant de recevoir leur première protection, les jeunes filles doivent assister à une leçon sur leur appareil reproductif et sur les cycles menstruels. Ricanements, regards fuyants, silences gênants accompagnent les premières minutes de cours.

Puis c’est l’heure des questions : « Est-ce qu’on aura moins mal quand on aura perdu notre virginité ? Est-ce que les serviettes peuvent nous donner des infections ? Est-ce que les règles sont une infection ? »

« Clairement, certains points avaient besoin d’être éclaircis. Souvent ces jeunes filles, et notamment celles qui proviennent des familles les plus pauvres, n’ont pas accès aux informations. Elles ont de bonnes connaissances de base sur leur corps grâce à leurs classes de biologie, mais elles ne savent rien de son fonctionnement. Elles ne savent rien de ce qui touche au sexe et ont tendance à tout mélanger », explique Tigisi Urgessa, infirmière.

L’Ethiopie reste un pays extrêmement religieux. Le culte orthodoxe y est très majoritaire et l’islam tend aussi à gagner du terrain. Le poids de certains usages religieux freine le progrès des jeunes filles. L’Ethiopie est également le pays le moins urbanisé d’Afrique : seulement 17 % de taux d’urbanisation. La plupart des familles vivent donc en milieu rural où certaines pratiques traditionnelles persistent.

Beaucoup empêchent les jeunes filles de poursuivre leurs études en les forçant à un mariage précoce. Dans les familles pauvres, elles arrêtent souvent d’aller en cours après le primaire afin d’assumer des responsabilités domestiques ou d’aider leurs parents dans leur travail.

Malgré le Plan national pour l’égalité des genres mis en place par le gouvernement de 2005 à 2010, les disparités entre les garçons et les filles en terme d’éducation restent importantes. 64 % des jeunes Ethiopiens sont analphabètes, dont 77 % sont des filles.

« Quand on parle de développement, les gens se concentrent surtout sur la nourriture, la santé. L’éducation est moins au cœur des préoccupations, surtout celle des filles car quand elles restent à la maison personne ne le remarque. Leur situation est ingrate car invisible », conclut Meron Nekonnen, une volontaire de l’association.

Source : Slate Afrique, 27 avril 2011

Les pastoralistes luttent contre les MGF/E

Dans deux woredas du nord-est de l’Ethiopie, les communautés pastorales ont banni les mutilations génitales féminines et l’excision (MGF/E), disant qu’elles étaient à l’origine de graves problèmes de santé pour les femmes et qu’elles étaient contraires à leur culture, selon un responsable local.

Femmes, Enfants, Afar, Ethiopie, EthiopiaLes deux woredas sont Amibara et Awash Fentalé dans la région Afar. « Nous sommes très heureuses de déclarer l’abandon de cet acte horrible sur les femmes », a dit Fatuma Ali, responsable des affaires féminines dans le woreda Amibara. « Nous voudrions remercier les anciens, notre communauté et tous nos partenaires. C’est comme une renaissance des femmes dans les communautés pastorales d’Afar ».

« Nous nous battrons jusqu’à ce que nous puissions assurer un abandon à 100 % de la pratique dans notre région ». a-t-elle ajouté.

La décision arrive 10 ans après que différentes agences des Nations Unies, des ONGs et le gouvernement régional aient intensifié leurs efforts pour décourager cette pratique largement répandue parmi les communautés d’Afar.

« C’est ce que nous recherchions depuis longtemps », a dit Fatuma à IRIN. « Nous avons consacré toutes nos ressources et notre pouvoir humain à mettre un terme à cette violation des droits des femmes dans notre région. Nous sommes heureux que nos anciens et la communauté aient accepté d’arrêter cette mauvaise pratique ».

Bidar Ali, administrateur du district, s’exprimant lors d’une récente cérémonie à Amibara, où la déclaration a été faite, a affirmé que la circoncision féminine ne serait plus pratiquée dans le district. De nombreuses anciennes exciseuses ont promis qu’elles n’exerceraient plus leur ancienne profession.

« Cela a été dans notre culture depuis des générations », a dit à IRIN une ancienne exciseuse. « Nos anciens et le gouvernement nous ont dit que cela causait de graves dommages aux femmes. Alors on l’a abandonné. Nous ne tolérerons plus de tels actes ».

Selon le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), plus de 91 % des femmes dans la région Afar subissent une des formes les plus graves de MGF/E. Ce chiffre est néanmoins inférieur à celui de la région Somali où, selon l’étude de 2005 sur la démographie et la santé en Ethiopie, 97,3 % des femmes subissent des MGF/E, contre 73,3 % au niveau national.

Cette pratique a perduré bien qu’elle soit illégale selon le droit pénal éthiopien et passible d’une peine de prison allant de 5 à 20 ans, selon le type d’excision.

La région Afar a également adopté cette loi et a annoncé une nouvelle proclamation pour protéger davantage les femmes contre les MGF/E.

Selon l’UNICEF, la baisse des MGF/E dans les deux districts résulte aussi de l’influence des responsables religieux et des chefs de clan, des représentants du gouvernement local et des anciennes exciseuses. Une étude conduite par l’Organisation Rodi Weddu de développement des femmes pastoralistes en 2010 a confirmé que les MGF/E avaient nettement diminué dans les communautés locales durant la dernière décennie.

Cette pratique, dans la région Afar, comprenait auparavant l’infibulation (ou MGF/E de type III), le retrait des organes sexuels externes, avant la suture laissant une petite ouverture pour le sang des règles. En plus des risques immédiats d’hémorragie sévère, de choc et d’infection, des problèmes à long terme associés aux MGF/E comprennent des infections des voies urinaires et de l’appareil reproducteur, la stérilité et de nombreuses complications obstétricales, telles que l’hémorragie post-partum et la mort du bébé.

Source : IRIN, 27 janvier 2011

L’Ethiopie déterminée à réduire drastiquement le taux de mortalité maternelle et infantile

L’Ethiopie est déterminée à réduire drastiquement le taux de mortalité maternelle et infantile au cours des cinq prochaines années, a annoncé le ministère de la Santé.

Ethiopie, Ethiopia, Femme, EnfantLe pays prévoit de réduire le taux de mortalité maternelle de 590 à 276 pour 100 000 en 2014, précise le département de la santé, rappelant que l’Ethiopie a réussi à baisser le taux de mortalité maternelle de 870 pour 100 000 en 2005 à 590 pour 100 000 actuellement.

L’Ethiopie se trouve dans une meilleure phase de la santé maternelle par rapport aux pays subsahariens où la mortalité maternelle est de 620 pour 100 000.

Quant au taux de mortalité infantile, il sera réduit de 101 à 68 ‰ durant les cinq prochaines années, estime le ministère.

Pour parvenir à cet objectif, le ministère de la santé va assurer la formation de 3 000 professionnels de la santé au cours des cinq prochaines années et plusieurs médecins.

Plus de 1 000 médecins devront décrocher leur diplôme chaque année à compter de cette année, ce qui permettra d’augmenter de 5 fois leur nombre. De même, un total de 600 centres de santé sera construit prochainement, ce qui portera leur nombre à 3 200. Ils seront équipés du matériel moderne pour leur permettre de contribuer à la réduction du taux de mortalité maternelle et infantile, souligne le ministère.

L’Ethiopie, un des pays les plus pauvres du monde, est classée au 27ème rang des taux de mortalité maternelle et infantile les plus élevés par l’UNICEF (119/1 000 décès des moins de cinq ans), même si elle a fait baisser ce taux de 40 % depuis 1990.

En 2007, 381 000 enfants de moins de cinq ans sont morts, dont 120 000 au cours du premier mois tandis que 26 000 femmes meurent annuellement suite à des grossesses, indique l’Unicef, précisant que plus de 300 nouveaux nés décèdent chaque jour en Ethiopie, la plupart de causes que l’on peut prévenir.

Selon l’Unicef, en Afrique environ un million de bébés meurent chaque année à la naissance, un demi-million décèdent au cours de leur première journée, et un million de plus meurent avant un mois.

Dans le monde, 500 000 femmes décèdent chaque année en donnant la vie, et la majorité d’entre elles sur le continent africain. Si aucune action n’est entreprise, dans les dix années à venir ce sont 2,5 millions de décès qui seront imputables à la mortalité maternelle et autant à la mortalité infantile. Sans solutions, 49 millions de femmes souffriront d’un handicap post-partum.

Source : Casafree, 24 janvier 2011

Ouverture de la première banque dédiée aux femmes

La première banque dédiée aux femmes éthiopiennes (Enat Bank) va démarrer ses services et prestations en décembre prochain, a annoncé sa présidente, Mme Meaza Ashenafi.

Lors d’une conférence de presse, tenue vendredi à Addis Abeba, Mme Ashenafi a souligné que cette banque est la première de son genre en Ethiopie dans la mesure où elle contribuera à accroître la capacité de génération de revenus des femmes éthiopiennes, à développer leurs compétences professionnelles et techniques et à promouvoir les associations féminines en général.

Enat Bank, qui va achever le processus de la vente de ses actions le 9 décembre prochain, envisage de mettre en œuvre une stratégie de sensibilisation qui engloberait les segments de la population qui ne sont pas actuellement atteint par le système d’exploitation bancaire en Ethiopie, a-t-elle fait savoir.

Elle a également souligné que cette structure contribuera à la mise en œuvre du Plan quinquennal de Croissance et de Transformation (GTP), lancé en septembre dernier par le gouvernement, et jouera un rôle crucial dans la promotion des investissements de la population féminine dans le pays.

Le Plan de croissance et de Transformation vise, entre autres, à promouvoir l’économie nationale et à hisser l’Ethiopie dans la catégorie des pays à revenu intermédiaire.

Le secteur bancaire en Ethiopie n’est pas encore ouvert à la concurrence internationale car le système bancaire du pays n’est pas encore assez solide pour faire face à la concurrence internationale.

Source : Tunisie Soir, 30 octobre 2010

Petites subventions, grands changements pour les femmes rurales

L’accès aux nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC) touche autant les hommes que les femmes qui vivent dans des régions éloignées. Pour les gouvernements et le secteur des télécommunications, les infrastructures dans les régions rurales ne sont pas prioritaires car la population y est généralement pauvre et dispersée. Le déploiement des infrastructures et la formation se limitent aux zones urbaines où la population est concentrée et où les profits sont immédiats et fiables. Mais pour les femmes qui vivent en milieu rural, l’accès aux TIC permet de surmonter les nombreux obstacles liés non seulement à l’endroit où elles habitent mais également à des facteurs sexospécifiques.

Les femmes jouent un rôle essentiel dans l’économie agricole, d’où de longues heures de travail qui laissent peu de temps pour se familiariser avec les nouvelles technologies. Les femmes ne peuvent pas migrer aussi facilement que les hommes vers les villes où la formation aux nouvelles technologies est plus facile à obtenir. Outre la production agricole, ce sont les femmes plutôt que les hommes qui doivent s’occuper des enfants et des personnes âgées. Dans de nombreuses communautés, les attitudes culturelles interdisent aux femmes de se rendre dans les points d’accès publics, souvent parce qu’ils sont fréquentés par des hommes ou parce que les femmes ne sont pas autorisées à sortir de la maison sans être accompagnées d’un homme.

Les filles et les femmes ont généralement un niveau d’instruction inférieur et ne sont pas encouragées à faire des études, en particulier dans les domaines techniques. Dans la plupart des communautés rurales, les femmes ont beaucoup moins de pouvoir politique et économique que les hommes. Les différents éléments des TIC – logiciels, claviers, information en ligne et ressources de formation – n’existent pas dans les langues locales. Et la plupart des aspects des nouvelles technologies ne sont pas culturellement intuitifs. Même la radio (et de plus en plus le téléphone mobile), sans doute un des moyens de communication les plus présents dans de nombreuses régions rurales, est souvent inaccessible aux femmes. Les hommes décident des émissions à écouter et possèdent généralement la radio et le téléphone mobile.

Tout cela finit par créer des obstacles nombreux et considérables qui limitent la capacité des femmes rurales à exploiter les nouvelles technologies dans leur vie quotidienne et à consulter des informations vitales diffusées par les TIC : des informations susceptibles d’influer sur la production agricole, la fluctuation des prix, les pensions et les allocations familiales, l’accès aux nouvelles sur les changements politiques pouvant les toucher directement, ainsi que les services de santé et de soutien. Le parti pris en faveur des zones urbaines et des hommes en matière de connectivité prive de nombreuses femmes rurales, plus que les hommes, du droit universel et fondamental de communiquer.

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Le Fistula Hospital rend leur dignité aux Ethiopiennes

par Nicolas Hénin

A vue d’œil, l’hôpital est d’une propreté impeccable. On se verrait presque en reflet dans le carrelage astiqué. Pas une tache non plus sur le linge, immaculé. C’est donc l’odorat qui est immédiatement gêné quand on pénètre dans les lieux. Une odeur tenace, rance, d’urine, que les seaux de javel ne parviennent pas à dissiper. Ici, au Fistula Hospital, on n’opère qu’une pathologie : la fistule obstétricale, et les patientes qui occupent les 130 lits souffrent toutes d’incontinence massive, à la suite d’un accouchement qui s’est mal passé.

Belatu Kebede est de celles-ci. « Je ne sais pas quel âge j’ai, commence la jeune femme, en robe de chambre, un plaid en patchwork offert par l’hôpital jeté sur les épaules. J’ai peut-être… » Elle s’interrompt, bouche ouverte, ne sachant que dire. « Oh, elle doit avoir 28 ans », répond pour elle une infirmière.

Ce dont Belatu se souviendra toujours, c’est de son mariage. Pour le meilleur, et surtout pour le pire. « Peu après, je suis tombée enceinte, se souvient-elle. Pour l’accouchement, je n’avais qu’un guérisseur traditionnel, quelqu’un de spécialisé dans les accouchements, mais qui n’a aucune connaissance scientifique. J’ai eu des contractions pendant trois jours, mais le bébé ne pouvait pas sortir. Quand on a pu le tirer de mon ventre, il était mort. »

9 000 nouveaux cas par an en Éthiopie

Quelques années plus tard, Belatu est à nouveau enceinte. Une nouvelle fois, le travail se transforme en calvaire. « Le bébé ne sortait pas. Au quatrième jour, on m’a amenée à l’hôpital. Ils n’ont pas réussi à sauver le bébé. Ils se sont rendu compte que j’avais une fistule. Pendant ma grossesse, mon mari était mort d’une morsure de serpent. J’étais seule. Je suis alors allée chez ma mère. Elle seule pouvait m’aider et comprendre ce qui m’arrivait. »

La fistule obstétricale, l’Organisation mondiale de la santé estime qu’il y en a près de 9 000 nouveaux cas par an en Éthiopie. « C’est un phénomène qui apparaît lorsque le travail dure plus d’un ou deux jours, explique le docteur Catherine Hamlin, fondatrice de l’hôpital. Le crâne du bébé comprime les tissus contre les os du bassin de la mère. Le sang ne circule plus. Les tissus se nécrosent, et un trou se forme entre l’utérus et la vessie, ou le rectum. La femme devient totalement incontinente. Son urine ou ses selles s’écoulent sans cesse par son vagin. »

Une pathologie qui a disparu en Occident à la fin du 19ème siècle

En Éthiopie, une femme atteinte de fistule est vite mise à l’écart de la communauté. Rejetée par son mari, elle revient en général dans sa famille, à la charge de ses parents, et renonce à travailler. La plupart des femmes que traite le Fistula Hospital ont à peine 20 ans. Parfois moins, telle cette fille de 16 ans, mariée à 13, prostrée sur un banc. Son corps était trop frêle pour supporter l’enfantement. Elle a eu la chance d’être orientée vers l’hôpital après sa fistule. D’autres femmes vivent vingt ans avec leur handicap avant d’y échouer.

C’est en 1959 que Catherine Hamlin est arrivée en Éthiopie avec son mari, Reginald. Jeune couple de gynécologues australiens, ils sont invités par le gouvernement à venir enseigner leur discipline à l’université d’Addis Abeba, alors que le pays manque de médecins.

« Rapidement, on nous a présenté un cas de fistule obstétricale. C’était la première fois qu’on en voyait une. C’est une pathologie qui a disparu en Occident à la fin du 19ème siècle. On l’a opérée. Et puis, une autre femme est venue. Et encore une autre. En 1974, on a fini par ouvrir un hôpital spécialisé, qui fonctionne grâce aux dons. »

Les femmes ont souvent des pathologies associées

Aujourd’hui veuve et âgée de 86 ans, Catherine opère toujours. Chaque jour. La plupart des femmes concernées vivent à la campagne, là où leur grossesse ne peut être bien suivie. Elle a donc créé cinq centres en province, qui opèrent au total 3 000 patientes par an, avec un taux de succès supérieur à 90 %.

« La réussite de l’opération dépend beaucoup de la taille de l’orifice formée par la nécrose, explique-t-elle. Parfois, il est de la taille d’une tête d’épingle. Parfois, bien plus grand, et là, l’opération est vraiment difficile. »

D’autant que les femmes qui se présentent à l’hôpital ont souvent des pathologies associées. Elles mangent peu et souffrent de malnutrition. Elles boivent le moins possible aussi, ce qui provoque des infections urinaires. Un nombre important est atteint de contractions musculaires graves : elles vivent prostrées, afin d’essayer de retenir leur urine.

Le défi reste grand

En Éthiopie, les Objectifs du millénaire de l’ONU sont-ils sur le point d’être atteints ? Pour la santé maternelle, le défi reste grand. « C’est une de nos priorités mais nous avons aussi le poids des traditions, explique Ahmed Emano Mustafa, responsable au ministère de la santé. Traditionnellement, à la campagne, une femme s’isole dans les bois pour aller accoucher. Elle revient seulement une semaine plus tard chez elle, portant le bébé dans les bras, pour le présenter au père. »

« Je ne trouve pas que le problème s’arrange, constate Catherine Hamlin. La seule solution serait d’avoir une sage-femme qualifiée dans chaque village, qui puisse alerter rapidement quand un accouchement tourne mal. Et aussi assez de médecins pour qu’il puisse toujours y avoir quelqu’un assez proche pour pratiquer une césarienne. Mais dans les campagnes, les conditions de vie sont dures. Aucun docteur n’accepte d’aller y vivre. Sans compter tous les médecins éthiopiens qui partent travailler à l’étranger pour trouver des conditions de travail décentes… »

« Nous avons maintenant un centre de santé pour 25 000 habitants, et nous avons ouvert au cours du dernier plan quinquennal un avant-poste de santé pour toute unité de 5 000 habitants », défend Ahmed Emano Mustafa.

Mais le haut fonctionnaire reconnaît les difficultés rencontrées pour doter ces centres de personnel qualifié. Si les interventions chirurgicales permettent de réparer les corps de nombre de femmes éthiopiennes, il reste encore bien du travail pour améliorer la santé maternelle.

Source : La Croix, 19 septembre 2010

Voir aussi :

En Ethiopie, un hôpital se consacre depuis 1974 à la réparation des fistules obstétricales
“Trampled rose”, une association qui aide les Ethiopiennes victime de la fistule obsétrique
Campagne des Nations unies pour éliminer les fistules
The Fistula Foundation

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