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En Éthiopie, les pèlerins de l’Aïd

Deux fois par an, des dizaines de milliers d’Oromos, une ethnie éthiopienne, se rendent sur la tombe de Cheikh Hussein. Un lieu saint à la croisée de l’islam et des croyances africaines.

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La canne de bois tournoie au-dessus des têtes. Entre deux moulinets de son bâton fourchu dénommé oule, le derviche cheikh Hassan tonne au milieu des fidèles sagement assis sur les six gradins de terre battue soutenus par des murets de pierre. Face à eux, un modeste parvis conduit au mausolée de Cheikh Hussein. Subjugués, ils sont plusieurs centaines à écouter les harangues de ce prédicateur au visage cuivré, éclairé par des yeux vifs qui encadrent un nez aquilin en surplomb d’une bouche à la dentition hasardeuse. La foule des pèlerins applaudit, reprend les incantations, répète les slogans au signal de cet homme sec comme un coup de trique, étrangement coiffé de perles de couleur enchevêtrées dans sa tignasse. Ici et là, des mains se tendent avec un billet de quelques birrs, la monnaie éthiopienne. Le derviche saisit l’argent et postillonne dans le visage de chaque donateur en signe de bénédiction. Sur ces hauts plateaux désertiques, ni la chaleur de plomb ni les orages soudains de la saison des pluies ne dissuadent le pèlerin. Rôtir sous un soleil brûlant ou patauger dans la boue sont le prix à payer pour s’attirer les faveurs du saint inhumé à quelques dizaines de mètres, sous un dôme couvert d’une chaux tellement immaculée qu’elle éblouit le regard.

Figure musulmane du 13ème siècle, Cheikh Hussein fut le premier missionnaire à quitter les côtes pour islamiser les populations dans les profondeurs de l’Ethiopie. Les Oromos, ethnie la plus nombreuse d’Ethiopie – 26 millions, soit environ un tiers de la population totale -, lui prêtent non seulement une grande sagesse mais ils lui attribuent également toutes sortes de miracles qui ont donné naissance au culte. Les incantations, les suppliques et les vœux que les pèlerins lui adressent trahissent des origines préislamiques. Par une sorte de syncrétisme, les Oromos prient le saint pour écarter les esprits et se gagner les faveurs de Waq, la divinité que leurs ancêtres adoraient avant de se convertir, à parts égales, à l’islam ou au christianisme. Dans Le Dragon de Cheik Hussen, Henry de Monfreid évoque une légende toute africaine : l’histoire d’un prince tyrannique transformé en serpent avant d’être pétrifié dans une grotte. Les pèlerins les plus courageux descendent effectivement dans une sorte de canyon, à une bonne demi-heure de marche du village, par un sentier escarpé. Là, ils font halte devant deux grottes. Dans la première, d’où jaillit une source, se trouve un pilier rocheux que les dévots appellent “serpent”. Plus bas, une cavité plus vaste aurait abrité Cheikh Hussein lorsqu’il méditait.

Deux fois par an, le village de Cheikh Hussein accueille des dizaines de milliers d’Oromos venus vénérer le saint. Un premier pèlerinage a lieu en début d’année – autour de janvier-février – pour célébrer sa naissance. L’autre se tient au moment de l’Aïd el-Kébir, la fête du sacrifice. Cette année, elle tombait le 15 octobre. Pendant trois jours, cette petite bourgade démunie (elle n’est pas raccordée au réseau électrique) se mue en un gigantesque bivouac. Selon le chef de la sécurité de la région, plus de 700 cars bondés ont convoyé des pèlerins venus de toute l’Ethiopie, voire de Djibouti, d’Erythrée, d’Ouganda et de Somalie. Au bas mot, 35 000 âmes. S’y ajoutent les milliers de courageux, de dévots attachés à la tradition, ou de désargentés venus à pied, à cheval, à dos d’âne. Ceux qui ont pris le car d’Addis Abeba ont mis trois jours pour arriver. Ceux qui ne sont pas motorisés ont parfois dû marcher un mois avant d’apercevoir le dôme blanc… C’est que la route qui conduit aux sanctuaires n’est pas de tout repos. Pour la plupart des pèlerins, il a fallu franchir l’imposant massif des monts Balé, qui dépassent les 4000 mètres, avant de redescendre à travers des plateaux volcaniques plantés de céréales à perte de vue. Cols pentus, pistes boueuses criblées d’ornières, routes défoncées par les rivières en crue n’ont pas facilité le voyage. Pas plus que les moteurs essoufflés des autocars cacochymes qu’il faut réparer en rase campagne.

Avant d’effectuer le circuit rituel, les pèlerins s’installent. Lestés de leurs ballots, de quelques branches de bois de chauffage et de pauvres couvertures, ils organisent leurs bivouacs en famille – la polygamie multiplie les enfants – et entre gens du même village. Selon la coutume, on doit offrir l’hospitalité aux porteurs du oule. Les locaux les accueillent donc sur un bout de leur terrain. Parfois, ils leur concèdent un semblant de toit.

Plongés dans l’obscurité, les fidèles prient des heures durant

Le “sacrifice” est indolore : chaque pèlerin, selon ses moyens, fait des offrandes à plusieurs reprises pendant son séjour. De l’argent mais aussi du bétail (moutons, chèvres, bœufs, chevaux, dromadaires…). Et cette abondance est redistribuée aux autochtones par le chef du village, Cheikh Kadir, réputé descendant en ligne directe de Cheikh Hussein.

A peine installés, les arrivants dévalent la rue principale qui conduit tout droit au mausolée. Quelques pas avant le porche, ils ôtent leurs chaussures. Des pèlerins s’allongent à plat ventre à même le sol et restent ainsi de longues minutes. D’autres se plaquent contre le mur d’enceinte en écartant les bras. D’autres encore posent leurs lèvres sur les piliers, collent une joue contre la chaux, caressent la grossière maçonnerie.

Pourtant, c’est à l’intérieur du dôme que le culte prend toute sa ferveur. Deux portes, des trappes d’un mètre de haut, conduisent à la tombe de Cheikh Hussein. Il y fait noir comme dans un four. En avançant à tâtons, on n’arrête pas de trébucher sur des gens couchés à même la terre battue contre le tombeau. Ils saisissent de la poussière à pleines poignées, se maculent le visage avec, puis avalent ce qu’il reste. Prostrés, ils peuvent demeurer là des heures durant à prier Cheikh Hussein afin qu’il leur accorde une bonne récolte, une terre à cultiver, la naissance d’un enfant, une guérison, etc.

Aveuglés par la lumière du jour, le visage blanchi, les pèlerins ressortent du tombeau avec une expression béate. Coiffée d’un châle bleu et vêtue d’une robe imprimée sur fond rouge, Baysa Hussein, 55 ans, sourit de toutes ses dents. Dans sa main, elle tient un sachet de plastique qu’elle a rempli de terre du tombeau. Son mari, Gabyo Abdou, 75 ans, porte un jerricane jaune. A la sortie du tombeau, ils se dirigent vers l’étang couvert d’une couche d’algues vert vif pour y puiser l’eau zamzam (sacrée). L’eau et la terre rapportées du lieu saint les mettront à l’abri du malheur. Ils viennent à Cheikh Hussein deux fois par an : trois jours aller, trois jours retour et six jours sur place. « Il a exaucé tout ce que nous lui avons demandé, dit Baysa Hussein. Il a même guéri la stérilité d’une de nos filles. »

Une fois prières collectives et dévotions accomplies, les pèlerins regagnent leurs bivouacs en longeant les étals des marchands accourus pour l’événement. Un véritable souk s’organise autour de la rue principale. On y vend nourriture, vêtements, encens, bric-à-brac de cuisine. Mais le produit numéro un n’est pas un bien de première nécessité. C’est du khat. Toute la journée, une noria de motocyclettes, de chevaux et de dromadaires livrent des centaines de kilos de bottes de couleur verte. Partout, assis en groupes, hommes ou femmes, les pèlerins dépouillent ces branches pour en mâcher les feuilles les plus tendres. Drogue de la Corne de l’Afrique à laquelle on prête des vertus stimulantes, le khat a pris une place considérable en Ethiopie, au point de supplanter la culture du caféier dans certaines régions. A Cheikh Hussein, sa rumination occupe les longues soirées du pèlerinage.

A la fois grand ordonnateur de l’événement et chef du village, Cheikh Kadir, 62 ans, supervise campements, prières et offrandes. Haute stature, silhouette élancée, élégamment vêtu, il déambule autour du sanctuaire avec une canne de bois. Les passants lui baisent les mains pour témoigner le respect dû au descendant du saint. « Cheikh Hussein est là pour tous, explique son lointain rejeton. Pas seulement pour les musulmans : des chrétiens, des animistes viennent ici lui demander son aide. C’était un sage et un grand savant. Il a appris aux Oromos ce qui est haram (péché) et halal (licite).» Le khat est-il halal? « Il fait partie du culte, répond Cheikh Kadir. Là où Cheikh Hussein faisait sa prière, se trouvait un arbuste de khat. Et il a dit à chacun que ses feuilles étaient bonnes parce qu’elles calment. »

C’est à Cheikh Kadir qu’il revient d’animer le point d’orgue du pèlerinage: il conduit la grande prière de l’Aïd. Les dizaines de milliers de pèlerins se réunissent dans un champ à l’entrée du village, face à l’école primaire. Là, en rangs serrés, hommes devant, habillés en blanc, femmes derrière, vêtues de tenues colorées, ils prient tous Allah et son prophète Mahomet. L’espace de quelques heures, ce Cheikh Hussein aux pouvoirs miraculeux passe au second plan. Les Oromos retrouvent l’islam de tous les musulmans du monde. Pourtant, une fois retournés dans les campements, quand ils se regroupent autour du mouton grillé, de lentes mélopées s’élèvent du feu de camp. Les pèlerins chantent les louanges de… Cheikh Hussein.

Source : Le Figaro, 15 novembre 2013

Scission chez les luthériens

L’Eglise évangélique éthiopienne Makane Yesus (EEEMY) a annoncé officiellement sa rupture avec l’Eglise évangélique luthérienne en Amérique et avec l’Eglise de Suède.

Considérée comme l’Eglise luthérienne ayant la plus forte croissance actuellement dans le monde, l’EEEMY, forte de près de six millions de membres, est désormais en rupture de communion avec ses alter ego américain et suédois. Motif de la rupture: la bénédiction de couples homosexuels et l’accession de personnes gays au pastorat, que l’Eglise éthiopienne considère comme anti-bibliques.

L’EEEMY a par ailleurs entamé un processus de communion avec la rivale de l’Eglise Evangélique Luthérienne en Amérique, l’Eglise Luthérienne Nord-Américaine, moins libérale.

Source : La Vie, 18 février 2013

Vidéos : Noël en Ethiopie

Noël en Ethiopie (1)

Célébration de la Noël décalée en Ethiopie

par Grégoire Pourtier

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Ecouter le reportage

Comme en Russie ou en Arménie, l’Ethiopie célèbre aujourd’hui… Noël ! Le pays utilise en effet un calendrier copte, mais particularité supplémentaire, il a choisi comme origine “l’ère de l’Incarnation”, en l’an 9 de notre ère, avec en plus un décalage de sept mois d’avance. Tout cela n’est pas simple, mais il faut juste savoir qu’à Addis Abeba, il y a donc un écart de sept ou huit ans avec la date utilisée en Occident. Nous sommes donc actuellement en 2005, le jour de Noël, et cette nuit, les églises étaient donc pleines.

Source : RFI, 7 janvier 2013

La communauté musulmane manifeste contre la répression policière

En Ethiopie, des musulmans se sont rassemblés hier dimanche 15 juillet, autour de la grande mosquée du quartier de Mercato, au cœur d’Addis Abeba. Ils protestaient contre les violences policières intervenues vendredi, lors d’un rassemblement pacifique. Les forces de police éthiopiennes avaient forcé l’entrée de la mosquée d’Awalia pour empêcher la préparation d’une réunion, puis des heurts s’en étaient suivis dans cinq quartiers différents. Au total 72 personnes ont été arrêtées, six policiers et une dizaine de manifestants blessés. Au cœur de ces protestations, la demande par la communauté musulmane de mettre un terme à l’ingérence du gouvernement éthiopien dans l’élection des dirigeants religieux musulmans.

Cela fait huit mois que le vendredi, des centaines de musulmans se réunissent pour exprimer leur mécontentement. Ils veulent un nouveau “majlis”, le Conseil des musulmans, car ils estiment que l’actuel a été imposé par le pouvoir.

La constitution éthiopienne garantit la liberté de culte. Mais tout le monde ne serait pas logé à la même enseigne. Les manifestants reprochent notamment au gouvernement de soutenir l’idéologie Ahbash. Il s’agit d’une organisation religieuse musulmane fondée au Liban, parfois controversée pour ses positions anti-salafistes et son pluralisme religieux. Le gouvernement éthiopien, de son côté, nie toute ingérence et reproche aux communautés musulmanes éthiopiennes de protéger des extrémistes.

L’Ethiopie est un pays majoritairement chrétien orthodoxe dans une Corne de l’Afrique majoritairement musulmane. 34 % des 85 millions d’habitants sont pourtant musulmans, alors que l’orthodoxie perd du terrain. Une tendance que le gouvernement ne souhaiterait pas voir perdurer. En avril déjà, quatre personnes ont été tuées à Asasa, dans la région Oromia, lors d’une manifestation contre l’emprisonnement d’un prêcheur musulman.

Source : RFI, 16 juillet 2012

L’Eglise d’Ethiopie, doyenne des communautés chrétiennes en Afrique noire

Entretien avec Christine Chaillot

La plus ancienne communauté chrétienne en Afrique noire est originaire d’Ethiopie. En effet, l’Eglise copte orthodoxe d’Alexandrie, en Egypte, était liée à celle d’Ethiopie avant que cette union ne soit rompue en 1959. Christine Chaillot, auteure de Vie et spiritualité des Eglises orthodoxes orientales des traditions syriaque, arménienne, copte et éthiopienne, publié aux éditions Le Cerf, revient sur cette histoire méconnue.

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Quelles sont les origines de la communauté chrétienne orthodoxe d’Ethiopie ?

La plus ancienne Eglise d’Afrique est en fait l’Eglise copte d’Egypte fondée au 1er siècle de notre ère par l’évangéliste Marc, premier évêque d’Alexandrie. L’Eglise éthiopienne orthodoxe est ainsi la plus ancienne Eglise d’Afrique noire. Sa fondation officielle, qui remonte probablement au début du 4ème siècle n’est pas le fait des Africains. Deux frères chrétiens provenant de Tyr (actuel Liban) firent naufrage sur les bords de la Mer Rouge et furent amenés à la cour du roi Ezana. Ces chrétiens lui parlèrent de leur religion qui plut au roi. Ce dernier décida de se convertir, lui et son peuple. L’un des frères, Frumence, se rendit alors à Alexandrie pour se faire consacrer par le patriarche du lieu, Saint Athanase (mort en 373), puis il revint dans le royaume d’Ethiopie en tant que premier évêque du pays. Avant cette installation officielle, il y avait déjà eu des chrétiens en Ethiopie. Le témoignage le plus ancien se trouve dans les Actes des Apôtres, avec le baptême de l’eunuque éthiopien par Philippe à son retour de son pèlerinage à Jérusalem (Actes 8 : 26-40). On a aussi retrouvé de très anciennes pièces de monnaie à Axoum, témoignages des liens commerciaux avec le monde méditerranéen au début du christianisme, et peut-être y avait-il des chrétiens parmi ces commerçants.

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Les séropositifs n’ont plus la foi en l’eau bénite

L’Éthiopie est l’un des pays au monde le plus touché par la pandémie de sida. Sur une population de 90 millions d’habitants, 1,2 millions de personnes sont séropositives.

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Dans cet État de la Corne de l’Afrique, les superstitions sont encore bien présentes. Comme l’explique The Wall Street Journal, les communautés chrétiennes orthodoxes éthiopiennes (la religion dominante dans le pays) tentent souvent de combattre le virus par des pratiques religieuses.

Les fidèles de cette Eglise croient notamment dans le pouvoir de l’eau bénite. Selon eux, une source de la montagne d’Entoto, située au-dessus de la capitale Addis Abeba, permet de guérir la maladie.

Une journaliste du quotidien américain est allée à la rencontre de certains de ces pratiquants. Elle a recueilli le témoignage de Melaku, un séropositif, âgé de 30 ans. Il y a cinq ans, il est venu lui aussi à Entoto à la recherche d’un miracle.

« A l’aube chaque jour, il descendait un ravin escarpé et s’étendait nu dans une piscine naturelle. Les prêtres tenant des croix, versaient à six reprises de l’eau sur les gens », peut-on lire dans l’article.

Malgré le décès de nombreux malades, Melaku est resté sur place: « J’essayais d’avoir la foi dans l’eau bénite ».

Il a ensuite fait la rencontre d’une autre séropositive, Tigist. Elle aussi a rejoint le groupe de croyants, mais le remède n’a pas été efficace : « Elle est devenue plus malade, elle vomissait l’eau bénite ».

Melaku a alors décidé de transporter sa compagne à l’hôpital. Tout en continuant à prendre de l’eau bénite, Tigist a finalement accepté la thérapie antirétrovirale, un traitement qui permet de réduire la mortalité chez les personnes infectées par le VIH.

Comme le constate The Wall Street Journal, de plus en plus d’Ethiopiens ont accès aux médicaments. Même s’ils continuent à croire en Dieu, ils ne sont plus réfractaires à la médecine.

« J’encourage les gens à se faire baptiser et à prendre leurs médicaments chaque jour », explique ainsi un prêtre d’Entoto.

Selon les dernières données disponibles, en février 2010, 250 000 Ethiopiens avaient débuté une thérapie antirétrovirale, alors qu’ils n’étaient que 72 000 en 2007.

Le nombre de morts liés au sida a ainsi baissé de 71 900 en 2007, à 28 100 trois ans plus tard.

Melaku et sa compagne ne sont plus retournés à la source miraculeuse depuis deux ans. Tout en tenant dans sa main deux flacons de rétroviraux, Tigist conclut le reportage : «Je crois toujours dans le pouvoir de l’eau, mais comme les médicaments m’aident, je pense qu’ils sont plus puissants ».

Source : Slate Afrique, 7 mars 2012

Timkat

La fête de Timkat, qui correspond à l’Epiphanie, a généralement lieu aux alentours du 19 janvier. Bien que cette fête religieuse commémorant le baptême du Christ soit célébrée par les Chrétiens du monde entier, elle a une signification particulière en Ethiopie, où elle constitue l’évènement le plus important et le plus pittoresque de l’année.

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La fête commence la veille de Timkat, 11 jours après le Noël orthodoxe. En début d’après-midi, les tabots sont sorties des églises. Ce sont des répliques de l’Arche d’Alliance qui, selon la légende, fut déplacée de Jérusalem jusqu’en Ethiopie durant le premier millénaire avant J.-C. Ils constituent la relique la plus sacrée et le symbole le plus important de l’Eglise orthodoxe éthiopienne. Le reste de l’année, ils sont conservés dans le Saint des Saints des églises et ne peuvent pas être touchés par un profane.

Ces tabots, couverts d’étoffes précieuses pour l’occasion, sont conduites solennellement par les prêtres depuis chaque église jusqu’au point d’eau le plus proche. Prêtres et diacres, aux habits chatoyants et parasols brodés, forment avec les fidèles, de longues procession hautes en couleurs, dans une ambiance de prières, de chants et de danses.

Timkat, Timket, Addis Abeba, Tabots, Prêtres, Ethiopie, EthiopiaArrivé au point d’eau, une tente est érigée pour déposer les tabots et les prêtres continuent leurs prières et leurs psalmodies en préparation du lendemain. Quand la nuit tombe, tout le monde participe à la veillée qui dure jusqu’à l’aube et lors de laquelle les fidèles jeûnent, chantent et dansent.

Le jour de Timkat, au petit matin, les prêtres bénissent le bassin. Une bougie flottante est posée sur l’eau pendant la cérémonie. Quand les prêtres font signe qu’ils ont fini la bénédiction, le chef des prêtres envoie un peu d’eau dans toutes les directions sur les fidèles qui se trouvent autour du bassin. Pour finir, certains sautent dans cette eau bénite afin de renouveler leur baptême, les autres cherchent à se faire éclabousser. D’autres encore remplissent des bouteilles d’eau bénite pour les apporter aux personnes âgées et aux malades qui n’ont pas pu se rendre à la cérémonie.

A l’issue de la cérémonie, certains tabots repartent avec leurs cortèges jusqu’à leurs églises d’origine. Dans certaines régions, des cavaliers participent alors au goux, un jeu consistant à lancer des baguettes sur ses ennemis pour les atteindre à la tête ou au dos. La fête ne se termine que le troisième jour, dédié à l’Archange Mikaël. Avec des processions tout aussi fantastiques que les deux jours précédents, le reste des tabots sont ramenées dans leurs églises respectives.

Timkat est aussi le moment où les enfants collectent leurs cadeaux de Noël en échange des vœux qu’ils ont présentés aux portes des maisons deux semaines plus tôt. Généralement, ils s’organisent en plusieurs petits groupes afin de couvrir les différentes parties du village. Ils choisissent une maison comme quartier général afin de s’y retrouver et d’y passer la veille de Timkat. Ils y font la fête avant de rejoindre les adultes qui sont rassemblés autour du bassin le plus proche.

Timkat, Timket, Dessié, Enfants, Children, Ethiopie, EthiopiaLes femmes enceintes ou celles dont un enfant n’est pas encore baptisé distribuent, l’hambasha, le pain traditionnel. Parfois, un conflit peut survenir entre les enfants et une femme enceinte depuis peu qui refuse de donner de l’hambasha. Les enfants ont leur propre méthode pour prouver qu’une femme est enceinte : ils lui demandent d’enjamber leur wurreita car la croyance veut que que passer au dessus de ce bâton de Noël soit mauvais pour la grossesse. Et si une femme refuse d’enjamber le bâton et de donner de l’hambesha, les enfants agissent en conséquence.

Si le conflit n’est pas résolu par la communauté en faveur des enfants, il arrive qu’ils se chargent de faire eux-même la loi en diffamant la personne qui a refusé de leur donner leurs cadeaux. L’action habituelle est d’improviser de fausses funérailles pour faire croire à sa mort. Si la personne en question est originaire d’un autre village éloigné, les enfants s’amusent à aller dans son village pour annoncer sa mort. Il arrive parfois que certaines personnes, trompées par l’annonce des enfants, viennent au village pour assister aux fausses funérailles. Quand ce rare acte de vengeance des enfants a lieu, le nom de la personne est diffamé pour plusieurs années. Il n’y a aucun recours possible devant le tribunal du village contre ces enfants car la personne a violé un importante tradition de Noël. De plus, dans la loi traditionnelle éthiopienne, un berger ou un jeune garçon ne peut pas être puni pour un discours, même s’il insulte le roi.

Voir aussi :

Album photo de Timkat
Vidéos de Timkat
Gondar : La danse des arches

Gondar : La danse des arches

par Alain Arsac

Située à 400 km au nord d’Addis Abeba, Gondar fut la capitale de l’Ethiopie entre 1632 et 1855. Haut lieu de culture, la cité a gardé de nombreux vestiges de son passé impérial : les bains de Fasilades, lieu de baptême des croyants, l’église Debré Birhan Sélassié et ses superbes fresques, les ruines de châteaux et de palais, à l’architecture étonnante, mélange d’influences européennes et locales.

Aujourd’hui, l’église éthiopienne orthodoxe fête le Timkat. Pour cette branche très singulière du christianisme, qui possède sa propre bible et son écriture sacrée si particulière (le guèze), c’est la plus importante célébration religieuse de l’année. La plus folle aussi, la plus intense, la plus suivie, la plus sonore et la plus colorée. La fête a lieu les 19 janvier (le 20 les années bissextiles) et constitue à la fois la célébration du baptême de Jésus dans le Jourdain et celle de l’Épiphanie (visite des mages à l’enfant Jésus).

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Tout commence vers midi lorsque, surplombant la place principale tout en dégustant une délicieuse injira, sorte de grande crêpe à base de teff blanc, rouge ou noir, garnie de viande, de légumes ou de lentilles, je vois arriver les premiers groupes d’adolescents, bras tendus munis de longs bâtons qui sautent, chantent, dansent, usent et abusent de trompettes, klaxons et sifflets dans une incroyable ferveur. En un clin d’oeil, et sous un soleil écrasant de chaleur, ce sont des milliers de fidèles qui se regroupent par familles, affinités, églises ou quartiers et convergent dans un vacarme ahurissant vers le centre de Gondar. Des fanfares se joignent au public, il devient difficile de s’entendre parler, et surtout de se faire comprendre et expliquer cet étrange ballet.

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La ville se transforme en un mélange de sons et de couleurs aussi assourdissants qu’étourdissants. Les arches arrivent enfin. Pour l’occasion, toutes les églises orthodoxes du pays sortent en effet leur réplique de l’arche d’alliance, enfermée le reste de l’année dans une pièce spéciale, rectangulaire, au centre des églises. Pendant la cérémonie, ces arches (tabots en amharique) sont protégées du soleil et des intempéries par une multitude de parapluies multicolores brodés d’or, tenus à bout de bras par les moines et prêtres.

Le signal est donné. Noyées au milieu de fidèles qui forment une colonne infinie à quatre rangs et chantent, prient, dansent et se balancent de gauche à droite, les arches partent vers les bains de Fasilades, accompagnées de dizaines de milliers de personnes. Là-bas, elles en rejoindront de nouvelles, descendues d’autres quartiers de la ville. L’ambiance est très festive et je peux sentir, au milieu de la foule, cette ferveur si intense indescriptible. Il y a énormément de fumée, des centaines d’encens allumés. Odeur particulière qui stimule encore davantage les sens. Musique et chants ne cessent de retentir, partout et en permanence. Les balancements des milliers de fidèles sont très impressionnants. A droite, à gauche, et maintenant de haut en bas !

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Impossible de décrire l’incroyable bruit, les sons et cris puissants qui jaillissent de Gondar lorsque les arches se rejoignent enfin, après plus de quatre heures de procession. L’émeute n’est pas loin, les mouvements de foule sont effrayants, chacun veut approcher et toucher une arche. Pour entrer aux bains, là où les tabots vont passer la nuit, même l’armée n’arrive pas à contenir la population ! Je sauve un bébé de l’étouffement en l’arrachant de la foule, sa mère ne pouvant plus tenir. Par tradition, beaucoup d’Ethiopiens vont dormir dehors ce soir, car les arches d’alliance sont de sortie. Toute la nuit, les jeunes vont boire, danser et festoyer.

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A l’aube, je me lève et me rends aux bains. C’est ici que la cérémonie des baptêmes va avoir lieu. Je m’installe sur de fragiles gradins construits en bois (et à la hâte !) quand l’armée m’oblige à changer de lieu, pour me retrouver à côté du Président de la République d’Ethiopie ! Les gens sont pendus aux arbres, écrasés contre les murs entourant ce lieu mythique. C’est alors qu’après une très longue attente, de longues prières et des chants, le grand prêtre donne enfin le signal. Tout le monde se jette à l’eau pour se purifier ! Les gens se bousculent, se piétinent et plongent dans l’eau. Le reste de la foule se disperse, la fête du Timkat est terminée.

Source : Mondomix, 5 novembre 2011

Voir aussi :

Timkat
Album photo de Timkat à Gondar

Préparatifs de la Pâques orthodoxe

par Gaëlle Laleix

Ecouter le reportage

Après deux mois de jeûne, les familles s’apprêtent à organiser le festin de l’année à l’occasion de la Pâques orthodoxe. Au programme viande à tous les étages. Mais dans un contexte de très forte hausse des prix des denrées alimentaires, les Éthiopiens ont du mal à joindre les deux bouts.

Source : RFI, 22 avril 2011

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