Archives de la catégorie 'L’Antiquité éthiopienne'

Quand l’Éthiopie dominait le golfe arabique

par Jean-Pierre Bat

Les travaux récents des historiens de l’Antiquité tardive et des archéologues invitent à redécouvrir une géopolitique africaine oubliée. L’Éthiopie est, en la matière, un terrain pionnier. Retour sur les guerres de la mer Rouge à la veille de l’Islam.

Himyar, Ethiopie, EthiopiaL’histoire ancienne, de l’âge de bronze à l’Antiquité tardive, est actuellement grandement revisitée par l’historiographie anglo-saxonne. À l’image du remarquable 1177 avant JC. Le jour où la civilisation s’est effondrée d’Eric H. Cline, ces travaux revisitent une histoire oubliée et particulièrement complexe à restaurer, entre Afrique, Proche-Orient et Occident. Nul doute que les bouleversements politiques, militaires et religieux des dernières décennies ne sont pas étrangers à ce regain d’intérêt de la recherche anglo-saxonne. Grâce à des éditeurs tels qu’Albin Michel pour Le trône d’Adoulis ou La Découverte pour 1177 avant JC. , le public francophone peut découvrir la vitalité de cette nouvelle recherche qui offre un autre regard de l’histoire sur le temps long de ces peuples.

À travers les traductions des inscriptions épigraphiques d’un trône découvert à Adoulis, dans l’ancien royaume d’Éthiopie, le décryptage des récits de voyageurs qui ont connu les événements (dont celui de Cosmas), et sur la base des travaux archéologiques de plusieurs décennies (depuis 1980), l’historien Glen W. Bowersock exhume une histoire afro-arabe du 6ème siècle après JC, bien loin des idées reçues. Pour bien comprendre son analyse, il convient de rappeler qu’une des principales nouvelles tendances historiographiques est “l’histoire connectée”.

Qu’entendre derrière cette expression ? Que l’histoire des peuples ne peut pas être considérée de manière isolée – souverainiste dirait-on par contamination du vocabulaire politique ultra-contemporain. Elle ne peut pas mieux être comprise par le seul regard de la puissance impériale – sinon impérialiste – du moment (quelle qu’en soit sa forme). Au contraire, les ressorts géopolitiques de l’histoire des peuples, qui intègrent des données migratoires, sociales, politiques et confessionnelles, ne prennent tout leur sens que dans les interconnexions établies à tous les niveaux : de la microstoria à l’histoire impériale. Que dévoile ce jeu d’échelle, cette manière de voir, dans le cas de l’Éthiopie du 6ème siècle de notre ère ?

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La plus ancienne Bible illustrée se trouve en Ethiopie

Le manuscrit d’Abba Gerima, conservé dans un monastère en Ethiopie, et jusque-là considéré comme un codex du 11ème siècle, a fait un bond en arrière dans le temps. Les examens au carbone 14 ont révélé une datation plus ancienne : entre 330 et 650 après Jésus Christ. L’Ethiopie abrite les Evangiles illustrés les plus anciens du monde.

Impossible de se douter que l’un des manuscrits conservés dans le monastère d’Abba Gerima, près d’Adwa, dans le nord de l’Ethiopie, était la plus ancienne Bible illustrée jamais découverte. Et pourtant, d’après un récent examen au carbone 14, le verdict est sans appel, le manuscrit d’Abba Gerima, du nom du moine à qui il est attribué, ne date pas du 11ème siècle après Jésus Christ comme les spécialistes s’évertuaient à le croire mais a été écrit entre le 4ème et le 6ème siècle de notre ère.

Cette nouvelle donne vient bouleverser toutes les théories échafaudées par les scientifiques. L’Ethiopie, qui se distingue par sa grande culture de moines copistes, ne possédait pas de manuscrits enluminés antérieurs au 11ème siècle, à tel point que les savants en avaient conclu que cet art s’y était développé tardivement. Or, cette récente découverte atteste du contraire. L’existence même de ce manuscrit relève également du miracle, il a en effet échappé aux troupes de Mohammed Gragn qui ont dévasté au 16ème siècle ces contrées. La situation difficile d’accès du monastère y est sans doute pour beaucoup.

Vieux de 1 600 ans, ces documents, qui n’ont jamais quitté le monastère, sont dans un état de conservation stupéfiant selon les experts. « Les Evangiles de Gerima ont été maintenus au sec et dans l’obscurité, ce qui a contribué à les préserver de toutes ces années. Les couleurs sont étonnamment fraîches », explique Blair Priday du Fond du patrimoine éthiopien, organisme de bienfaisance britannique qui collabore avec l’Eglise orthodoxe éthiopienne.

Selon la légende, ce manuscrit aurait été écrit en un jour par le moine Abba Gerima, arrivé de Constantinople en 494 après J-C, ce qui coïncide avec la récente datation du codex. Pour permettre cet exploit, Dieu aurait alors retardé le coucher du soleil. Les textes saints, retranscrits en langue guèze, une langue sud-sémitique attestée en Ethiopie dès le 3ème siècle et exclusivement littéraire, constituent deux volumes enluminés. Ces illustrations mettent en scène les quatres Evangélistes – Matthieu, Marc, Luc et Jean – et représentent pour la première fois le Temple des Juifs.

Les experts souhaitent vivement que le manuscrit d’Abba Gerima reste dans le monastère d’autant plus que les moines ont toujours considéré que ce livre sacré avait des pouvoirs magiques : « Si quelqu’un tombait malade, les moines lisaient des passages de l’ouvrage pour le soigner et lui redonner de la force », explique Mark Winstanley, qui a contribué à assurer la conservation. Reste à convaincre les autorités éthiopiennes. Le manuscrit d’Abba Gerima n’est pas à un miracle près.

Source : Afrik, 9 juillet 2010

Pour aller plus loin :

# LEROY Jules : L’évangéliaire éthiopien du couvent d’Abba Garima et ses attaches avec l’ancien art chrétien de Syrie. In : Comptes-rendus des séances de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, Vol. 104, n°1, pp. 200-204, 1960. Lire le document

Un archéologue sur la piste de la reine de Saba

par Pierre Bocev

Helmut Ziegert, chercheur allemand, se déclare certain d’avoir localisé en Éthiopie l’endroit qui abritait, selon la Bible, les Tables de la Loi données à Moïse sur le mont Sinaï.

Un chercheur allemand, l’archéologue Helmut Ziegert, est persuadé d’avoir découvert les vestiges du palais construit il y a trois millénaires pour la reine de Saba.

Personnage mythique s’il en est. L’amie, ou alors l’épouse, à moins que ce ne soit la concubine, du roi Salomon. La femme qui selon la Bible est venue le voir à Jérusalem avec des « chameaux chargés d’aromates, d’or en grande quantité et de pierres précieuses ». Qui en a eu un fils, Menelik, dont 225 générations plus tard, Haïlé Selassié, le dernier empereur d’Éthiopie emporté en 1974 par la révolution afro-marxiste, s’est toujours réclamé.

Autant dire que les fouilles du professeur Ziegert, alerte septuagénaire à la culture encyclopédique, ne laissent pas indifférent. C’est à Axoum, en Éthiopie, qu’il s’achar­ne de­puis bientôt quinze ans à coups de pinceau et de spatule.

C’est là, selon un communiqué de l’Université de Hambourg, qu’il a « découvert le palais de la reine de Saba, datant du 10ème siècle avant Jésus-Christ» . L’en­droit où « pourrait aussi avoir été gardée un temps » la non moins emblématique Ar­che d’alliance, mythe fondateur s’il en est du monothéisme judéo-chrétien. Ce serait le coffre en bois d’acacia, recouvert d’or, contenant les dix commandements tels que révélés à Moïse. L’objet de la quête d’Indiana Jones dans les Aventuriers de l’arche perdue en 1981.

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Le roi Ezana

Ezana (né en 325 et mort en 390) fut roi d’Axoum. C’était le fils d’Ella-Amida.

Pièces représentant le roi Ezana d’Axoum

Mineur à son avènement, Ezana règne d’abord sous la régence de sa mère, Sofya. Son père lui laisse comme conseillers les deux jeunes chrétiens d’origine syrienne, Frumentius et Aedesius, amenés naguère dans le pays par un naufrage. Ceux-ci fondent à Axoum une communauté chrétienne gréco-syrienne.

Les campagnes militaires d’Ezana sont connues par les stèles qu’il a érigées à Axoum. Elles ont pour but la défense du territoire, l’unification de l’Ethiopie et la protection des voies de communication. Bien que sa titulature mentionne sa suzeraineté sur Himyar, Saba et Raïdân, il n’intervient pas au Yémen. Il rétablit l’ordre dans le Tigré en punissant les Aguézat, les Agabo et des peuples moins importants dont il assure sans doute l’assimilation. Il intervient aussi contre les Bédja, et marche en Nubie jusqu’au confluent du Nil et de l’Atbara où il érige une stèle de victoire.

Entre 341 et 346, Frumentius convertit au christianisme le roi Ezana qui est baptisé sous le nom d’Abraha, son frère Saizanas prend celui d’Atsabaha.

La plus tardive des inscriptions qui rapportent les succès du roi Ezana n’est plus dédiée à Mahrem, dieu de la guerre, mais au Seigneur du Ciel et de la Terre, ce qui annonce le christianisme. Les dernières stèles ne sont plus rédigées en grec ou en sabéen, mais en guèze archaïque, qui pour la première fois depuis les monnaies du roi Ouazeb Ier, est attesté dans l’usage officiel.

À la mort de Ezana en 390, Axoum est à l’apogée de sa puissance : selon les auteurs byzantins, elle est en rapport avec Constantinople, la Perse, l’Inde et Ceylan. Ses ambassades lui permettent de faire libérer en Perse un évêque emprisonné. Elle commerce par la mer Rouge, par les routes de caravanes remontant d’Égypte ou partant du Yémen vers la Mésopotamie. Elle exporte des émeraudes venues des cataractes du Nil (pays des Blemmyes), des épices, de l’encens et la casse à cinquante journées d’Adoulis, des bœufs, du fer et du sel de chez les Agao du pays de Sasou, au-delà du lac Tana.

Les successeurs d’Ezana sont connus par leurs monnaies : Ouazeb II, Eôn, Alalmisyisis, Ousas, Caleb, conquérant légendaire, son fils Israël, Mahwys, Yoël, Armah (dont les portraits montrent une décadence rapide), Ghersem et Hataz (qui imitent sommairement les monnaies byzantines du 7ème siècle).

Source : Wikipedia

La civilisation axoumite

par Jean-François Breton, directeur de recherche au CNRS

La tradition associe l’origine de l’Éthiopie à Salomon et à la reine de Saba. Même s’il ne s’agit que d’une légende, l’archéologie a révélé que les royaumes d’Arabie du Sud ont marqué profondément ce pays. Mais c’est avec la civilisation axoumite qu’elle entre véritablement dans l’histoire, et les vestiges de la capitale attestent encore aujourd’hui ce que fut la grandeur de ce royaume qui serait apparu au cours du 2ème siècle avant notre ère. Pour mieux en comprendre la genèse et les richesses, nous nous sommes adressés à Jean-François Breton.

Les grandes stèles d’Axoum

Dès novembre 2000, une trentaine d’ouvriers s’affairaient à fouiller, sous la direction de Bertrand Poissonnier, archéologue au Centre français d’études éthiopiennes, les fondations de l’une des grandes stèles d’Axoum. Ces travaux visaient à préparer le terrain pour le prochain retour de la stèle enlevée par les Italiens en 1937 puis érigée près de l’immeuble de la F.A.O. à Rome. À cette occasion, le gouvernement éthiopien avait prévu d’importantes réjouissances, tant civiles que religieuses, car le puissant clergé considère ces stèles comme l’un des principaux symboles chrétiens de la ville au même titre que l’imposante cathédrale Notre-Dame-de-Sion qui s’élève en face.

Monuments les plus célèbres d’Axoum, ces stèles dressées sans doute au 2ème ou au 3ème siècle de notre ère, c’est-à-dire avant la christianisation de la région, appartiennent à un ambitieux programme architectural visant à affirmer la puissance du royaume. À cette époque, il dominait déjà un vaste territoire qui s’étendait des rives de la mer Rouge aux frontières de l’actuel Soudan. Ériger des monolithes, de près de 200 tonnes et de 33 mètres de haut pour le plus monumental d’entre eux, témoignait alors de la puissance de ses souverains dont le plus célèbre, Ezana, régna de 325 à 356 environ.

On pourrait toutefois formuler quelques doutes sur la nature de ces monuments. Traditionnellement, si ces stèles commémoratives sont liées à des sépultures, comme c’est le cas dans une grande partie de la corne de l’Afrique et du Proche-Orient, aucun de ces mégalithes n’est toutefois associé explicitement à une tombe. Il est vrai qu’aucune de leurs fondations n’avait été jusque-là minutieusement fouillée. Il est exact aussi que des dizaines de sépultures ont été creusées par la suite dans cette terrasse monumentale qui domine la vallée. Mais si certaines tombes, manifestement des caveaux reliés par d’étroits boyaux, ont bien livré du matériel funéraire, d’autres, comme le Mausoleum adjacent à la stèle n°1, ressemblent plutôt à des magasins, et il faudra encore de sérieuses investigations sur le terrain pour conclure.

Une longue histoire

La ville d’Axoum, située à 2 100 mètres d’altitude, se trouve au cœur d’un territoire abondamment arrosé par les pluies des moussons de printemps et d’été, et pourvu de sols volcaniques très riches. Au moins dès le début du premier millénaire, mais probablement même dès l’âge du bronze selon des recherches récentes, de petites communautés villageoises entreprennent de mettre ces terres en valeur. Plus tard, vers le 7ème siècle avant J.-C., des immigrants venus du Yémen, de Mârib en particulier, colonisent ces régions, bâtissent de grands monuments de pierre comme le temple de Yeha, au nord-est d’Axoum, introduisent leur alphabet et leur panthéon, et forment la principauté de Damat. Ces mêmes communautés poursuivent leur expansion et sans nul doute leur organisation politique jusqu’au début de notre ère. Des rois d’Axoum apparaissent enfin à cette époque, assez puissants pour être mentionnés dans les sources classiques, par Ptolémée par exemple. Ces monarques étendent leur territoire jusqu’au Yémen, et leur conversion au christianisme vers l’an 333 ne freine ni leur expansion ni les relations commerciales avec leurs voisins. Ce n’est qu’au 6ème siècle que des difficultés apparaissent, dues sans doute au coût excessif de ces conquêtes. D’autres signes se manifestent également : déclin de la production agricole, déforestation, ralentissement des programmes de construction…

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