Archives de la catégorie 'L'Antiquité éthiopienne'

Un archéologue sur la piste de la reine de Saba

par Pierre Bocev

Helmut Ziegert, chercheur allemand, se déclare certain d’avoir localisé en Éthiopie l’endroit qui abritait, selon la Bible, les Tables de la Loi données à Moïse sur le mont Sinaï.

Un chercheur allemand, l’archéologue Helmut Ziegert, est persuadé d’avoir découvert les vestiges du palais construit il y a trois millénaires pour la reine de Saba.

Personnage mythique s’il en est. L’amie, ou alors l’épouse, à moins que ce ne soit la concubine, du roi Salomon. La femme qui selon la Bible est venue le voir à Jérusalem avec des « chameaux chargés d’aromates, d’or en grande quantité et de pierres précieuses ». Qui en a eu un fils, Menelik, dont 225 générations plus tard, Haïlé Selassié, le dernier empereur d’Éthiopie emporté en 1974 par la révolution afro-marxiste, s’est toujours réclamé.

Autant dire que les fouilles du professeur Ziegert, alerte septuagénaire à la culture encyclopédique, ne laissent pas indifférent. C’est à Axoum, en Éthiopie, qu’il s’achar­ne de­puis bientôt quinze ans à coups de pinceau et de spatule.

C’est là, selon un communiqué de l’Université de Hambourg, qu’il a « découvert le palais de la reine de Saba, datant du 10ème siècle avant Jésus-Christ» . L’en­droit où « pourrait aussi avoir été gardée un temps » la non moins emblématique Ar­che d’alliance, mythe fondateur s’il en est du monothéisme judéo-chrétien. Ce serait le coffre en bois d’acacia, recouvert d’or, contenant les dix commandements tels que révélés à Moïse. L’objet de la quête d’Indiana Jones dans les Aventuriers de l’arche perdue en 1981.

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Le roi Ezana

Ezana (né en 325 et mort en 390) fut roi d’Axoum. C’était le fils d’Ella-Amida.

Pièces représentant le roi Ezana d’Axoum

Mineur à son avènement, Ezana règne d’abord sous la régence de sa mère, Sofya. Son père lui laisse comme conseillers les deux jeunes chrétiens d’origine syrienne, Frumentius et Aedesius, amenés naguère dans le pays par un naufrage. Ceux-ci fondent à Axoum une communauté chrétienne gréco-syrienne.

Les campagnes militaires d’Ezana sont connues par les stèles qu’il a érigées à Axoum. Elles ont pour but la défense du territoire, l’unification de l’Ethiopie et la protection des voies de communication. Bien que sa titulature mentionne sa suzeraineté sur Himyar, Saba et Raïdân, il n’intervient pas au Yémen. Il rétablit l’ordre dans le Tigré en punissant les Aguézat, les Agabo et des peuples moins importants dont il assure sans doute l’assimilation. Il intervient aussi contre les Bédja, et marche en Nubie jusqu’au confluent du Nil et de l’Atbara où il érige une stèle de victoire.

Entre 341 et 346, Frumentius convertit au christianisme le roi Ezana qui est baptisé sous le nom d’Abraha, son frère Saizanas prend celui d’Atsabaha.

La plus tardive des inscriptions qui rapportent les succès du roi Ezana n’est plus dédiée à Mahrem, dieu de la guerre, mais au Seigneur du Ciel et de la Terre, ce qui annonce le christianisme. Les dernières stèles ne sont plus rédigées en grec ou en sabéen, mais en guèze archaïque, qui pour la première fois depuis les monnaies du roi Ouazeb Ier, est attesté dans l’usage officiel.

À la mort de Ezana en 390, Axoum est à l’apogée de sa puissance : selon les auteurs byzantins, elle est en rapport avec Constantinople, la Perse, l’Inde et Ceylan. Ses ambassades lui permettent de faire libérer en Perse un évêque emprisonné. Elle commerce par la mer Rouge, par les routes de caravanes remontant d’Égypte ou partant du Yémen vers la Mésopotamie. Elle exporte des émeraudes venues des cataractes du Nil (pays des Blemmyes), des épices, de l’encens et la casse à cinquante journées d’Adoulis, des bœufs, du fer et du sel de chez les Agao du pays de Sasou, au-delà du lac Tana.

Les successeurs d’Ezana sont connus par leurs monnaies : Ouazeb II, Eôn, Alalmisyisis, Ousas, Caleb, conquérant légendaire, son fils Israël, Mahwys, Yoël, Armah (dont les portraits montrent une décadence rapide), Ghersem et Hataz (qui imitent sommairement les monnaies byzantines du 7ème siècle).

Source : Wikipedia

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La civilisation axoumite

par Jean-François Breton, directeur de recherche au CNRS

La tradition associe l’origine de l’Éthiopie à Salomon et à la reine de Saba. Même s’il ne s’agit que d’une légende, l’archéologie a révélé que les royaumes d’Arabie du Sud ont marqué profondément ce pays. Mais c’est avec la civilisation axoumite qu’elle entre véritablement dans l’histoire, et les vestiges de la capitale attestent encore aujourd’hui ce que fut la grandeur de ce royaume qui serait apparu au cours du 2ème siècle avant notre ère. Pour mieux en comprendre la genèse et les richesses, nous nous sommes adressés à Jean-François Breton.

Les grandes stèles d’Axoum

Dès novembre 2000, une trentaine d’ouvriers s’affairaient à fouiller, sous la direction de Bertrand Poissonnier, archéologue au Centre français d’études éthiopiennes, les fondations de l’une des grandes stèles d’Axoum. Ces travaux visaient à préparer le terrain pour le prochain retour de la stèle enlevée par les Italiens en 1937 puis érigée près de l’immeuble de la F.A.O. à Rome. À cette occasion, le gouvernement éthiopien avait prévu d’importantes réjouissances, tant civiles que religieuses, car le puissant clergé considère ces stèles comme l’un des principaux symboles chrétiens de la ville au même titre que l’imposante cathédrale Notre-Dame-de-Sion qui s’élève en face.

Monuments les plus célèbres d’Axoum, ces stèles dressées sans doute au 2ème ou au 3ème siècle de notre ère, c’est-à-dire avant la christianisation de la région, appartiennent à un ambitieux programme architectural visant à affirmer la puissance du royaume. À cette époque, il dominait déjà un vaste territoire qui s’étendait des rives de la mer Rouge aux frontières de l’actuel Soudan. Ériger des monolithes, de près de 200 tonnes et de 33 mètres de haut pour le plus monumental d’entre eux, témoignait alors de la puissance de ses souverains dont le plus célèbre, Ezana, régna de 325 à 356 environ.

On pourrait toutefois formuler quelques doutes sur la nature de ces monuments. Traditionnellement, si ces stèles commémoratives sont liées à des sépultures, comme c’est le cas dans une grande partie de la corne de l’Afrique et du Proche-Orient, aucun de ces mégalithes n’est toutefois associé explicitement à une tombe. Il est vrai qu’aucune de leurs fondations n’avait été jusque-là minutieusement fouillée. Il est exact aussi que des dizaines de sépultures ont été creusées par la suite dans cette terrasse monumentale qui domine la vallée. Mais si certaines tombes, manifestement des caveaux reliés par d’étroits boyaux, ont bien livré du matériel funéraire, d’autres, comme le Mausoleum adjacent à la stèle n°1, ressemblent plutôt à des magasins, et il faudra encore de sérieuses investigations sur le terrain pour conclure.

Une longue histoire

La ville d’Axoum, située à 2 100 mètres d’altitude, se trouve au cœur d’un territoire abondamment arrosé par les pluies des moussons de printemps et d’été, et pourvu de sols volcaniques très riches. Au moins dès le début du premier millénaire, mais probablement même dès l’âge du bronze selon des recherches récentes, de petites communautés villageoises entreprennent de mettre ces terres en valeur. Plus tard, vers le 7ème siècle avant J.-C., des immigrants venus du Yémen, de Mârib en particulier, colonisent ces régions, bâtissent de grands monuments de pierre comme le temple de Yeha, au nord-est d’Axoum, introduisent leur alphabet et leur panthéon, et forment la principauté de Damat. Ces mêmes communautés poursuivent leur expansion et sans nul doute leur organisation politique jusqu’au début de notre ère. Des rois d’Axoum apparaissent enfin à cette époque, assez puissants pour être mentionnés dans les sources classiques, par Ptolémée par exemple. Ces monarques étendent leur territoire jusqu’au Yémen, et leur conversion au christianisme vers l’an 333 ne freine ni leur expansion ni les relations commerciales avec leurs voisins. Ce n’est qu’au 6ème siècle que des difficultés apparaissent, dues sans doute au coût excessif de ces conquêtes. D’autres signes se manifestent également : déclin de la production agricole, déforestation, ralentissement des programmes de construction…

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