Archives de la catégorie 'Littérature'

Maaza Mengiste raconte l’Ethiopie du Derg

par Théo Ananissoh

C’est un premier roman qui est à la hauteur de son sujet : La révolution qui mit fin, en 1974 en Éthiopie, à une monarchie vieille, dit-on, de trois mille ans ! Un changement de régime et d’époque advenu, soulignons-le, par la volonté des hommes certes mais en quelque sorte contre leur propre mentalité, leur propre état d’esprit du moment. Le premier tiers du roman, qui décrit la fin des quelque quarante années de règne de l’empereur Haïlé Selassié, traduit avec une belle sobriété l’effarement de tous et de chacun face à l’événement – effarement que relatait déjà l’écrivain polonais Ryszard Kapuscinski dans son admirable Le Négus. Les officiers révolutionnaires font prisonnier le “Roi des Rois” dans son palais sans oser se dire à eux-mêmes ce qu’ils sont en train de commettre.

Maaza Mengiste

« Il n’avait pas pensé au fait que quelqu’un devrait surveiller l’empereur Haïlé Selassié, marcher devant ces yeux capables de renverser un homme d’un simple battement de cils ».

D’un côté, de « simples mortels », de l’autre, « l’élu de Dieu », le monarque « dont on pouvait remonter la lignée jusqu’au sage roi Salomon de la Bible ».

« Un officier de police tremblant vêtu d’un pantalon râpé trébucha dans sa hâte à se mettre au garde à vous. De la sueur coulait abondamment de ses tempes dans le col de sa chemise mal ajustée. Le plus grand des cinq hommes lui colla un document contre la poitrine et lui ordonna de lire. L’officier prit le papier, l’agrippant si fort que la feuille se replia en formant de vilains plis dans ses mains tremblantes. Un autre soldat lui tint les poignets pour les immobiliser afin que le policier effrayé puisse lire ».

Quoi ? L’annonce que l’empereur Haïlé Selassié Ier est déposé. A qui ? A l’empereur lui-même avant tout qui assiste, impassible, à la scène.

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Les Mille et une histoires de Dinaw Mengestu

par Tirthankar Chanda

Avec son deuxième roman Ce qu’on peut lire dans l’air, l’Ethiopien-Américain Dinaw Mengestu confirme son talent de conteur. A travers deux récits habilement superposés de couples d’émigrés africains dérivant dans une Amérique moderne où le racisme et la xénophobie n’ont pas dit leur dernier mot, il raconte une fable identitaire moderne et complexe.

Dinaw Mengestu

Dinaw Mengestu est un romancier américain d’origine éthiopienne. Il s’est fait connaître en 2007 en publiant son premier roman au titre poétique emprunté à Dante : Les belles choses que porte le ciel. Ce récit des heurs et malheurs de la diaspora africaine aux Etats-Unis a valu à son jeune auteur, né à Addis Abeba en 1978, d’être sélectionné par le New Yorker comme l’un des auteurs américains de moins de 40 ans les plus prometteurs.

Ce qui a tant plu dans ce roman inaugural, c’était la voix originale, à mi-chemin entre l’élégiaque et le parodique, la désespérance et la distanciation lucide. Une tonalité que l’on retrouve dans le second roman de Mengestu que les éditions Albin Michel viennent de traduire en français. Ce qu’on peut lire dans l’air est l’un des ouvrages les plus attendus de cette rentrée.

Un récit autobiographique

Un roman en grande partie autobiographique. Son action se déroule à Peoria dans l’Illinois. Une ville que l’auteur connaît bien car c’est ici que les Mengestu se sont installés dans les années 1980. Dinaw avait 2 ans lorsqu’il est arrivé aux Etats-Unis pour rejoindre son père qui avait fui les exactions des communistes arrivés au pouvoir après la chute de l’empereur Haïlé Selassié. La famille a aussi vécu à Chicago et les enfants ont grandi comme n’importe quels enfants américains, tout en intériorisant leur identité éthiopienne.

Dinaw Mengestu a souvent évoqué la difficulté de revendiquer ses origines éthiopiennes dans une Amérique blanche et conservatrice, sans être réduit à des stéréotypes. Il faudra attendre son premier voyage au pays natal pour qu’il puisse assumer au plein jour cette double identité. C’est à l’âge de 28 ans qu’il mit les pieds pour la première fois dans son pays natal. Depuis, il retourne régulièrement en Afrique pour revoir sa famille, mais aussi pour réaliser des reportages publiés dans des magazines et des journaux anglophones.

Ces retours au bercail se passent plus ou moins bien. Ainsi, il y a deux ans, lorsque Mengestu s’est retrouvé au Congo oriental pour les besoins d’un reportage, il a failli se faire lyncher par des exilés rwandais. « J’avais beau leur parler couramment en anglais, à leurs yeux ma physionomie trahissait mon appartenance tutsie. Cette perception faisait peser de graves menaces sur ma sécurité », a-t-il expliqué lors d’une interview au New York Times. « Chaque fois que mes interlocuteurs me regardaient, mon traducteur devait leur rappeler que j’étais Américain. A moi, il n’avait de cesse de répéter : “Attention, tu vas les embrouiller en leur répétant que tu es éthiopien. Dis leur simplement que tu es américain. Ajouter une couche identitaire supplémentaire ne fait que compliquer les choses…”. »

Exilés, réfugiés et émigrés

Ces “couches identitaires supplémentaires” qui n’étaient guère du goût de l’interprète congolais de Mengestu, sont justement le thème des romans qui ont fait la réputation de ce jeune et magistral romancier. Ses récits sont peuplés d’exilés, de réfugiés, d’émigrés de fraîche date ou installés depuis belle lurette, s’interrogeant sur leurs identités plurielles sources de tant d’angoisses et de confusions.

Ce sont surtout de formidables résistants qui refusent de jouer le rôle qui leur est imposé par leur société d’accueil. C’est le cas de l’épicier Sépha Stéphanos, protagoniste du premier roman de Dinaw Mengestu. Mais la société majoritaire finit par étouffer sa résistance. Chemin faisant, on voit le personnage se marginaliser progressivement, au fur et à mesure que l’espace alentour s’embourgeoise et se réhabilite. Enfermé dans son épicerie délabrée où la vie stagne, l’émigré est réduit à son « inquiétante étrangeté ».

Les Mille et une histoires

Un destin que le protagoniste de Ce qu’on peut lire dans l’air souhaiterait éviter à tout prix. Plus audacieux, ce second roman va plus loin dans son exploration de la résistance de la victime. Son héros Jonas Woldemariam est un émigré de seconde génération. Il est né aux Etats-Unis et a grandi sur le sol américain. La discrimination dont il est victime est subtile, mais n’en est pas moins destructrice. Pour se préserver, le jeune homme déploie une panoplie de stratégies dont la plus impressionnante est sa capacité à inventer des histoires. Employé dans un centre de réfugiés, ce Shéhérazade au masculin réécrit les dossiers des demandeurs d’asile pour rendre leurs récits plus crédibles. Il va jusqu’à réinventer l’histoire du départ d’Ethiopie de son père, mêlant réalité et fiction, inquiétudes et mythologies. Cela donne quelques-unes des plus belles pages de ce roman original et particulièrement abouti.

Le meilleur exemple de cet aboutissement est sans doute la construction gémellaire du récit, alternant passé et présent. Le roman s’ouvre sur un trajet en voiture que le narrateur-protagoniste a entrepris, roulant dans les pas de ses parents qui avaient emprunté il y a une trentaine d’années la même route, qui relie Peoria à Nashville. Pour Yosef et Maria, les parents du narrateur, le voyage s’était révélé calamiteux et avait débouché sur la fin de leurs espérances américaines. Séparé lui aussi de son épouse, Jonas tente de reconstituer le parcours de ses parents pour se préserver de la dérive qui le guette.

Empreint d’une mélancolie mêlée d’un sentiment d’apaisement, ce beau second roman de Dinaw Mengestu témoigne de la maturité de ce jeune auteur qui semble avoir trouvé le secret des « espaces où nous prenons souffle » dont parlent les vers des Elégies de Duino cités en exergue. L’installation du romancier à Paris où il a trouvé l’amour et écrit l’essentiel de son nouvel opus, n’est peut-être pas étrangère à sa vision aujourd’hui apaisée du monde d’où il vient.

Source : RFI, 7 septembre 2011

Voir aussi :

“Ce qu’on peut lire dans l’air” de Dinaw Mengestu
“Les belles choses que porte le ciel” de Dinaw Mengestu
“Tous nos noms” de Dinaw Mengestu

Corinne Desarzens : Ethiopie, son amour

par Isabelle Falconnier

La romancière de Nyon publie Un roi chez Grasset. Une ode superbe et intimiste à l’Ethiopie et à la liberté via l’amour et la mort.

Corinne DesarzensEn 2004, un de ses deux frères jumeaux se suicide sous un train. En 2005, sa mère se laisse mourir, puis son père, le jour de son anniversaire. En 2010, son deuxième frère se tue à son tour. Le policier qui trouve son corps lui conseille d’aller parler à un professionnel. A la place, Corinne Desarzens s’envole pour l’Ethiopie.

Dans Le gris du Gabon, paru en 2009 aux Editions de l’Aire, elle racontait ces « rescapés magnifiques, traités comme si les officiers de l’aéronautique giflaient les astronautes de retour de la Lune », que sont les requérants d’asile entassés dans les abris antiatomiques de nos villes à attendre Dieu sait quel destin.

Un roi raconte comment, « à court de consolation », elle s’en va voir d’où viennent ces hommes aux allures de princes. L’Ethiopie la sauve, la guérit et lui ouvre les portes de cette sorte d’amour qui change la vie.

Un roi est le premier livre de Corinne Desarzens à paraître chez Grasset après une carrière de vingt ans principalement à l’Aire ou chez Bernard Campiche. C’est son plus beau livre. Si Aubeterre croquait à dents pointues sa belle famille, si Poisson-Tambour tentait de comprendre le premier frère mort et Tabac de Havane évoluant vers le chrysanthème le père égoïste et complexe, Un roi est le récit de sa croisade personnelle pour la survie, un guide de fuite parfait, abouti, qui mêle son impatience naturelle à son appétit démesuré pour le mot juste autant qu’à un souffle existentiel grave et haletant.

Il raconte cette blessure béante, des parents et deux frères morts en six ans, que les hauts plateaux et les vallées africaines, vastes, mystérieux et foisonnant d’histoires terribles ou magiques, vont panser jour après jour. Corinne Desarzens fait sauter les verrous de tout ce qui avait été chez elle cadenassé jusque-là avec « l’impression de libérer les animaux des zoos avant le déclenchement de la guerre ». Elle s’échappe de sa vie, et nous prend à témoin avec folie et délicatesse.

L’amour à Gondar. Un roi est le roman de l’amour : celui qui meurt en Suisse, discrètement, domestiquement, et celui qui surgit. Pour Alex, guide à Gondar, « l’air liturgique et sensuel, lèvres pleines, regard lointain », elle dit les mots de l’amour fou : « Est-ce que j’existais, quand il n’était pas là ? Comment pouvais-je bien exister ? » Il lui apprend à « se tenir droite », pour lui elle se met en danger, danse, rit, peint son corps comme les femmes du sud de l’Ethiopie, largue les amarres.

Addis, les palais de Gondar la médiévale, les vieilles églises humides de Lalibela ou Adigrat, Axoum et les ruines de son royaume, Harar, le Sud, la vallée de l’Omo où les Hamer, le corps recouvert d’argile du fleuve, pensent que le silence est la meilleure technique de filtrage pour éviter la fatigue et la pollution de l’esprit humain – en une dizaine de séjours en Ethiopie, Corinne Desarzens a appris, vécu, digéré l’Ethiopie.

Elle nous la redonne mot après mot, juteuse, mystique, cruelle, elliptique. Chavirée, elle fait l’amour avec un pays autant qu’avec un homme, s’y noyant volontairement sans jamais couler. « Notre vie se déroule en miroir, les faits d’un côté, ce qui a été et, de l’autre, ce qui aurait pu être, et qui pèse autant sur l’autre plateau de la balance. Qui est invisible et tellement plus volumineux. (…) Une certitude : il y a toujours un moment juste, propice, pour découvrir ce qui compte. »

Source : L’Hebdo, 11 mai 2011

Voir aussi :

“Un roi” de Corinne Desarzens

Interview de Stéphane Gompertz, auteur de
“Le Sourire en chemin : Chroniques éthiopiennes”

par Christophe Boisbouvier

Ecouter l’interview

L’Ethiopie des paysans qui luttent pour leur survie, et des femmes qui refusent l’excision. Ce pays, Stéphane Gompertz le connait bien. Comme ambassadeur de France, il l’a sillonné en tous sens, de 2004 à 2008. Aujourd’hui, il publie Le sourire en chemin, aux éditions L’archange minotaure. L’écrivain-diplomate dirige actuellement le département Afrique et océan Indien au quai d’Orsay. Il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

Source : RFI, 6 mai 2011

Voir aussi :

“Le Sourire en chemin : Chroniques éthiopiennes” de Stéphane Gompertz

“Du fond des temps” de Bernard Mathieu

Par Nicolas Michel

Avec un roman ethnologique très documenté, l’écrivain français Bernard Mathieu explore l’univers complexe des Surmas d’Éthiopie.

Les Surmas vivent dans le sud-ouest de l’Éthiopie, sur les rives de la rivière Kibish, près de la frontière avec le Soudan et fort loin de la capitale, Addis Abeba. Leurs peintures corporelles et scarifications, les labrets que les femmes insèrent dans leur lèvre inférieure, les colliers colorés qu’ils portent sont connus, sans doute parce que nombre de photographes ont rapporté de cette région minérale de beaux clichés, prompts à satisfaire l’insatiable besoin d’exotisme occidental… Point d’exotisme pourtant dans le nouveau livre du français Bernard Mathieu, Du fond des temps. Et l’on ne s’en plaindra pas.

Les quelque quatre cents pages de ce “roman noir” très documenté représentent une somme passionnante sur l’environnement, le quotidien et le mode de vie des Surmas. Mieux qu’une thèse d’ethnologie ? Bernard Mathieu, qui s’est inspiré des travaux de Serge Tornay, défend la complémentarité des regards : « Il y a toujours plusieurs manières de raconter le réel. Il y a l’approche scientifique et l’approche magique, celle de la fiction. Pour autant, le romancier ne peut pas se permettre d’être désinvolte quand il traite du réel. » Sa démarche, en tout cas, n’a rien eu de désinvolte.

Parcours initiatique

Pour bâtir son roman, Mathieu a passé environ six mois sur le terrain, au cours de séjours de cinq à six semaines, dans des conditions « très pénibles ». Le premier a eu lieu en 2004, lorsque le cinéaste Jean Queyrat l’a entraîné en Éthiopie pour participer au repérage du film Les Samouraïs noirs, sur le donga, un duel rituel au bâton qui a pour but d’unifier le clan en période difficile. Mais Mathieu ne s’est pas contenté de ce qu’il voyait : de nombreuses lectures lui ont permis d’approfondir son savoir sur les Surmas et les Nyangatoms.

Du fond des temps raconte l’installation à Kibish d’une Française originaire d’Auvergne, Hélène, et de son mari éthiopien, Hailou, hanté par les années qu’il a passées en prison sous le règne du “Négus rouge”, Mengistu Haïlé Mariam. Disons-le tout net : en dépit des nombreux cadavres qui jonchent le cours du récit, ce n’est pas un roman policier avec intrigue, rebondissements et révélations fracassantes. Non, il s’agit plutôt du parcours initiatique d’une femme qui se découvre à travers le regard d’hommes et d’autres femmes qui, tout en ayant une histoire et des traditions très différentes des siennes, peuvent aussi se révéler très proches.

De l’autre côté de la barrière

« Je voulais raconter l’histoire à travers un regard européen qui ne soit ni exotique ni compassionnel. Hélène n’a rien à voir avec les touristes qu’elle croise : le fait qu’elle soit l’épouse d’un Éthiopien la place de l’autre côté de la barrière », explique Mathieu. Et pour elle, les choses sont d’autant plus complexes que son mari dépressif, qui vient d’Addis, a lui-même du mal à comprendre les Surmas et les Nyangatoms…

Dans l’ombre du mont Chologoé, le long de la Kibish et jusque dans la plaine de Nankua, l’errance d’Hélène la conduit vers une impasse où une seule solution s’offre à elle : embrasser la mort pour renaître, différente. Bernard Mathieu, qui a arpenté les mêmes chemins, résume ainsi son voyage : « Nous sommes allés à la rencontre de nous-mêmes. »

Ecouter l’interview de Bernard Mathieu à propos de son livre “Du fond des temps”

Source : Jeune Afrique, 25 janvier 2010
RFI, 21 novembre 2009

Voir aussi :

Livre de Bernard Mathieu “Du fond des temps” (2009)
Le peuple Surma

Contes & Légendes d’Ethiopie

Téléchargez les documents au format PDF :

La légende de la Reine de Saba

La légende d’Amlak

Les deux voleurs

Histoire de l’Ethiopie chrétienne

Le mari et la femme avisée

Le frère riche et le frère pauvre

Itenetch et la vache ensorcelée

Pourquoi il y a des hommes noirs, blancs et marrons…

L’écolier vantard et ses amis

La jeune fille et le lion

Un amour conclu aux enfers

Le calife et les quatre rois

Les Djinns

La jeune fille au cercueil

Guetachou le glouton

Le mariage d’Alam Sagad

La légende de Za Michael Aragaoui

Le Négus et le Sorcier

La pierre précieuse et le serpent

Le poète, le moine et le soldat

La légende du Prêtre Jean

Où il est encore question de Zar

Le singe et la hyène

La fabuleuse histoire de Théodoros

Shebat Guebre Egziabher : L’un des grands noms de la littérature éthiopienne

par Virginie Gomez

Ecouter le reportage

Auteur par excellence, impubliable dit-on, à cause de son audace, adoré pour la même raison. Né en 1936, Shebat Guebre Egziabher est aussi un témoin des temps bouleversés qui virent deux changements de régime par les armes en Ethiopie. Notre correspondante l’a rencontré chez lui, à Addis Abeba.

Source : RFI, 14 mars 2009

L’Ethiopie, le pays des écrivains

par Virginie Gomez

Ecouter le reportage

« Il est émouvant de se retrouver dans la ville où Rimbaud à vécu 8 ans et je n’ai pas échappé à cette émotion. »

La Semaine de la Francophonie, c’était du 17 au 23 mars. Et à cette occasion, l’Alliance Française d’Addis Abeba a fait venir en Ethiopie une pléiade d’écrivains français, pour une rencontre – ou des retrouvailles – avec un pays qui reste pour beaucoup une source d’inspiration.

Source : RFI, 29 mars 2008

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