Archives de la catégorie 'Le règne d’Haïlé Selassié'

Haïlé Selassié Ier, messie malgré lui

Les rastas ont fait de l’empereur éthiopien un dieu vivant. Conciliant avec le mouvement, longtemps reconnu pour ses réformes, l’homme conserve une aura puissante en dépit d’une fin de règne en demi-teinte.

Haïlé SelassiéEn avril 1966, l’empereur d’Éthiopie Haïlé Selassié Ier débarque en Jamaïque. Le gouvernement d’alors espère que ce chrétien orthodoxe pratiquant désavouera les milliers de rastas qui le considèrent comme un dieu vivant et contestent l’ordre établi. Accueilli par une foule immense, guidé par le rasta Mortimer “Kumi” Planno, le “lion conquérant de la tribu de Juda” se contente de défendre la libération du peuple jamaïcain, alors plus importante que le retour vers l’Afrique. Même si, dès 1948, il avait accordé aux membres du mouvement quelque 2 km² de ses terres à Shashamene, non loin d’Awassa, dans le sud du pays. Quand, en 1976, la chanson “War” de Bob Marley, directement inspirée par un discours de l’empereur aux Nations unies sortira sur l’album “Rastaman Vibration”, Haïlé Selassié n’aura pas le loisir de l’écouter. Renversé lors du coup d’État mené par les militaires du Derg, il est mort le 27 août 1975.

Le fils du ras Makonnen – grand artisan de la victoire d’Adwa, en 1896, contre les troupes italiennes – était né en 1892 sous le nom de Tafari Makonnen à Ejersa Goro, dans la région d’Harar. Confié à l’âge de 14 ans, à la mort de son père, aux soins de l’empereur Menelik II, il est couronné en novembre 1930 sous le nom de Haïlé Selassié Ier. Poursuivant l’œuvre de modernisation de son pays, il est surtout connu en Occident pour son intervention à la Société des nations au moment de l’invasion italienne. Exilé au Royaume-Uni en 1936, il retrouve son trône en 1941. En 1963, Addis Abeba accueille le siège de l’Organisation de l’unité africaine (OUA). Les années passant, sa politique se fait de plus en plus conservatrice. Admiré à l’étranger, il est contesté dans son pays où la famine sévit entre 1972 et 1974. Le choc pétrolier aggrave la crise sociale et l’opposition se radicalise, notamment parmi les militaires qui finissent par le renverser.

Si nombre de rastas voient en Haïlé Selassié Ier la réincarnation de Jésus-Christ, lui-même ne s’est jamais élevé en faux contre cette idée. N’est-il pas un descendant du roi Salomon et de la reine de Saba ?

Source : Jeune Afrique, 11 mai 2011

Vidéo : La guerre italo-éthiopienne

Reportage sur le conflit qui opposa l’Italie à l’Ethiopie de 1935 à 1936.

L’Église orthodoxe d’Éthiopie à la veille d’une révolution (1971-1974) : Réforme et mainmise sur la gestion des paroisses

par Stéphane Ancel

L’Église éthiopienne possède depuis 1959 un patriarcat revendiquant une autorité ecclésiastique sur l’ensemble du territoire éthiopien. Toutefois, le patriarche de l’Église éthiopienne eut à cœur d’imposer véritablement cette autorité dans les régions. Effectivement, restées longtemps très indépendantes de toute ingérence épiscopale, les paroisses éthiopiennes découvraient depuis peu l’influence d’une autorité centrale sur leur gestion. Ainsi en 1972, le patriarche Téwofelos Ier (1971-1976) lança une grande réforme visant à installer des conseils administratifs dans l’ensemble des paroisses du pays. Cette réforme eut autant pour but d’améliorer le financement de l’Église elle-même que d’imposer l’influence du patriarcat sur le premier maillon de l’administration ecclésiastique.

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Source : Cahiers d’études africaines, n°196 (2009)

La chute d’Haïlé Selassié

Emission “La marche du monde” par Valérie Nivelon

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Figure mythique de l’histoire de l’Afrique et du monde, Haïlé Selassié est déposé le 12 Septembre 1974 par la junte militaire dont fait parti Mengistu. C’est la fin d’une époque pour l’Ethiopie, berceau de l’organisation de l’unité africaine, l’OUA, symbole de la lutte contre le fascisme, le colonialisme et l’apartheid. La chute d’Haïlé Selassié, est-ce la chute d’un despote démagogue ou d’un monarque éclairé ?

Avec le témoignage de Beide Mariam Mekonnem, petit-fils de l’empereur. Des sons d’archives d’Haïlé Selassié ainsi que l’analyse de Gérard Prunier, chercheur au CNRS, historien et politologue, qui a dirigé entre 2001 et 2006 le Centre français d’études éthiopiennes à Addis Abeba.

Source : RFI, 12 septembre 2008

L’obélisque d’Axoum, rendu par l’Italie, sur le point d’être de nouveau érigé

La dernière phase des travaux de réinstallation du célèbre obélisque d’Axoum, stèle géante datée du 3ème-4ème siècle après J.-C. et emmenée par les troupes de l’Italie mussolinienne en 1937, a débuté mercredi à son emplacement d’origine.

« Les ingénieurs sont arrivés aujourd’hui (mercredi) et ont terminé leurs travaux de vérification. Le premier bloc sera posé sur ses fondations demain à l’aide de grues et de câbles », a déclaré Nada Al Hassan, qui supervise l’opération pour l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO).

Après avoir été démonté en trois tronçons en janvier 2005 à Rome, l’obélisque, de plus de 150 tonnes et de 24 mètres de haut, a été ramené en Ethiopie en avril 2005, près de 70 ans après avoir été emporté en Italie en 1937, lors de la conquête de l’Ethiopie par les troupes mussoliniennes.

Il gisait alors au sol, brisé en trois morceaux durant une attaque des musulmans au 16ème siècle, près d’un obélisque quasiment identique, toujours intact sur le site.

« C’est un édifice très délicat et nous essayons d’éviter tout écueil. Le deuxième et le troisième bloc devraient être réinstallés au milieu et à la fin du mois de juillet mais l’inauguration se tiendra le 10 septembre de cette année », a ajouté Mme Al Hassan.

L’obélisque avait été emmené à Naples dans un premier temps puis installé à la demande de Benito Mussolini à Rome devant le ministère des Colonies.

Depuis son enlèvement par les Italiens, Addis Abeba n’avait cessé de réclamer la restitution de cet important vestige historique, témoignage de la grandeur passée de la civilisation d’Axoum qui, du 3ème siècle avant J.-C. au 8ème siècle, a rayonné dans toute la Corne de l’Afrique.

La ville d’Axoum, inscrite au Patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO en 1980, était la capitale de ce royaume connu pour son commerce de tissus, d’encens et de bijoux.

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Archives d’Afrique : Haïlé Selassié

par Alain Foka

Ecouter le reportage (1ère partie)

 

Ecouter le reportage (2ème partie)

 

Dernier empereur d’Ethiopie considéré comme le “dirigeant légal de la Terre” par le mouvement Rastafari, Haïlé Selassié a marqué l’histoire de son pays mais aussi de l’Afrique en œuvrant à la mise en place de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) en 1963. Renversé par un coup d’Etat en 1974, il meurt en prison l’année suivante.

Source : RFI actualité, 21 septembre 2007

Haïlé Selassié, le roi des rois

par Pierre Prier

Le président éthiopien ne veut pas habiter le palais de l’empereur. Girma Woldé, aimable vieux monsieur francophone, se contente de quelques pièces dans l’aile gauche. « C’est trop grand pour moi, et puis je n’aimais pas tout ce luxe », assure le chef d’État en chandail, qui reçoit sans façon devant un whisky-soda, dans son petit bureau orné d’un Christ saint-sulpicien. Sous l’empereur, Girma Woldé dirigeait un Parlement sans pouvoir. Aujourd’hui, il respecte la demeure d’Hailé Selassié, ultime roi des rois, élu de Dieu, Lion de Juda. Le temps s’est arrêté il y a trente-deux ans dans les 200 pièces du bâtiment aux faux airs de Buckingham dessiné par l’architecte suisse Pierret. Rien n’a bougé. Comme si l’empereur était parti il y a une heure, et non le 12 septembre 1974, le jour où il fut emmené par des jeunes militaires du comité révolutionnaire, le Derg, dans une Volkswagen Coccinelle. Le spectre d’Hailé Selassié hante les enfilades de salons dorés remplis de meubles Louis XV et de paravents japonais. Dans la pénombre, des lions semblent dormir, alanguis sur des pianos dans une odeur d’encens. C’étaient les animaux de compagnie de l’empereur. Une lionne est installée sur un tapis. Elle est morte récemment, explique le guide. Elle a aussitôt été naturalisée, comme les autres félins. Les descendants des lions du Négus continuent de rejoindre leurs parents pour régner sur ce palais fantôme. Une sorte de crainte sacrée semble avoir arrêté les assassins du roi des rois. Le colonel Mengistu, surnommé le Négus rouge, a probablement fait étouffer Hailé Selassié entre deux matelas, un an après son éviction. Le chef révolutionnaire avait fait enterrer le corps du dernier empereur sous son propre bureau, comme pour le surveiller encore. Mais il n’a jamais osé prendre sa place, ni détruire le cadre de la vie de l’ancien monarque. Trois mille ans d’histoire ne s’effacent pas d’un coup. Le gouvernement actuel, qui a renversé le Derg en 1991, est lui aussi resté à la porte du palais. Il hésite encore sur le destin des lieux. « Peut-être un musée et une maison pour les hôtes de marque », dit le président. En attendant la décision, 300 employés font la chasse au moindre grain de poussière. « Nous avons fait en sorte de tout conserver », dit fièrement le général Fresenbet Amdé, ancien aide de camp de l’empereur, aujourd’hui administrateur officiel de la demeure. Pas un bouton de porte, pas un verre, pas une petite cuiller, pas un sous-main en cuir ne manque dans les chambres, les bureaux et les salons, surveillés par une armée de femmes de chambre en uniforme beige.

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L’obélisque d’Axoum restitué par l’Italie

par Elio Comarin

Le premier élément de l’obélisque d’Axoum, dérobé par les troupes mussoliniennes en 1937, est arrivé à Axoum par avion ce mardi.

Le gardien de la plaine des obélisques d’Axoum, Atobrhane Gebrewaad, espère que le retour de la stèle attirera de nombreux touristes.

Après soixante ans de vaines promesses italiennes et de longues querelles diplomatiques, le fameux obélisque d’Axoum quitte enfin Rome pour rentrer en Ethiopie et retrouver ainsi la place qu’il n’aurait jamais du quitter. En 1937, le dictateur italien Benito Mussolini avait voulu célébrer à sa manière le quinzième anniversaire de la “marche sur Rome” des chemises noires fascistes, par le vol du principal symbole de l’histoire et de l’identité du royaume pré-chrétien d’Axoum, qu’il a fait placer devant le ministère des Colonies (devenu ensuite le siège de la FAO), et célébrer ainsi son éphémère “empire africain”.

La stèle haute de 25 mètres a dû être coupée en trois morceaux, pour pouvoir être transportée par avion jusqu’à Axoum. Le premier segment a quitté lundi soir Rome, à bord d’un avion cargo Antonov (An-124) – loué en Ukraine – pour atterrir tôt le lendemain matin sur le petit terrain d’aviation d’Axoum, qui ne dispose même pas d’une couverture radar. Ainsi le plus grand avion du monde – il mesure 69,1 m, peut transporter jusqu’à 120 tonnes et dispose d’une autonomie d’environ 5 000 km – a pu effectuer la première rotation Rome-Axoum, apparemment sans encombre. Dans l’indifférence totale des Italiens mais pour la plus grande satisfaction des Éthiopiens, à commencer par le Premier ministre Meles Zenawi, lui-même originaire de la ville voisine d’Adua, symbole de la plus grande victoire remportée en 1896 par une armée africaine contre les envahisseurs italiens.

« L’obélisque appartient à notre héritage, il fait partie de nous », a expliqué la semaine dernière Ledtu Ayalew, porte-parole d’un mouvement d’opposition, la Coalition pour l’unité et la démocratie (CUD). Quant au gouverneur de la région Tigré, il a fait savoir il y a quelques jours que des milliers de personnes se dirigeaient déjà vers Axoum, la capitale historique du royaume, afin d’accueillir dignement la stèle enfin restituée. Avant même que le premier élément de l’obélisque n’ait quitté Rome. Une façon de forcer quelque peu la main au gouvernement de Silvio Berlusconi, qui récemment s’est montré très réticent à restituer une stèle que ses prédécesseurs ont mille fois promis de remettre à son légitime propriétaire ?

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La stèle éthiopienne de Rome : Objet d’un conflit de mémoires

par Éloi Ficquet

En mars 1937, un an après la conquête de l’Éthiopie par l’Italie, les forces d’occupation fascistes décidaient de prendre comme trophée de guerre une des stèles géantes d’Axoum, le plus haut lieu de l’Éthiopie antique. Ce monument haut de 24 mètres fut installé à Rome, parmi les obélisques témoignant de la grandeur de l’Empire romain, avec laquelle le régime de Mussolini voulait renouer. Après-guerre, le traité de paix signé par l’Italie prévoyait au chapitre des réparations de guerre que les pièces du patrimoine éthiopien qui avaient été pillées fussent rendues. Jusqu’à aujourd’hui la stèle a fait l’objet d’un contentieux entre les deux pays. Le processus de restitution n’a véritablement pris forme que depuis quelques années, sous la pression d’intellectuels ayant donné un puissant écho médiatique à cette revendication dans le sentiment national éthiopien. Après quelques tergiversations, la stèle éthiopienne de Rome a récemment été démontée, et attend encore que les problèmes de transport soient résolus avant de pouvoir retrouver son site d’origine. Pour examiner ce cas de restitution et discuter des limites de son extrapolation dans la jurisprudence sur les biens culturels illégalement acquis, cet article s’applique à situer ce monument dans une histoire longue des usages politiques du patrimoine archéologique et des références à l’Antiquité qui structurent fortement les mémoires nationales, tant en Italie qu’en Éthiopie.

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Source : Cahiers d’études africaines, n°173-174 (2004)

Les structures d’enseignement et leur rôle dans l’histoire de l’Ethiopie impériale

par Alain Verhaagen

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Source : Civilisations, 1993

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