Archives de la catégorie 'La révolution du Derg'

Maaza Mengiste raconte l’Ethiopie du Derg

par Théo Ananissoh

C’est un premier roman qui est à la hauteur de son sujet : La révolution qui mit fin, en 1974 en Éthiopie, à une monarchie vieille, dit-on, de trois mille ans ! Un changement de régime et d’époque advenu, soulignons-le, par la volonté des hommes certes mais en quelque sorte contre leur propre mentalité, leur propre état d’esprit du moment. Le premier tiers du roman, qui décrit la fin des quelque quarante années de règne de l’empereur Haïlé Selassié, traduit avec une belle sobriété l’effarement de tous et de chacun face à l’événement – effarement que relatait déjà l’écrivain polonais Ryszard Kapuscinski dans son admirable Le Négus. Les officiers révolutionnaires font prisonnier le “Roi des Rois” dans son palais sans oser se dire à eux-mêmes ce qu’ils sont en train de commettre.

Maaza Mengiste

« Il n’avait pas pensé au fait que quelqu’un devrait surveiller l’empereur Haïlé Selassié, marcher devant ces yeux capables de renverser un homme d’un simple battement de cils ».

D’un côté, de « simples mortels », de l’autre, « l’élu de Dieu », le monarque « dont on pouvait remonter la lignée jusqu’au sage roi Salomon de la Bible ».

« Un officier de police tremblant vêtu d’un pantalon râpé trébucha dans sa hâte à se mettre au garde à vous. De la sueur coulait abondamment de ses tempes dans le col de sa chemise mal ajustée. Le plus grand des cinq hommes lui colla un document contre la poitrine et lui ordonna de lire. L’officier prit le papier, l’agrippant si fort que la feuille se replia en formant de vilains plis dans ses mains tremblantes. Un autre soldat lui tint les poignets pour les immobiliser afin que le policier effrayé puisse lire ».

Quoi ? L’annonce que l’empereur Haïlé Selassié Ier est déposé. A qui ? A l’empereur lui-même avant tout qui assiste, impassible, à la scène.

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Clémence pour les complices de Mengistu

Les condamnations à mort prononcées en 2008 par la justice éthiopienne contre 23 anciens responsables du régime de Mengistu Haïlé Mariam ont été commuées en peines d’emprisonnement à vie.

Mengistu Haïlé MariamL’Église orthodoxe éthiopienne est puissante et a encore pu le prouver récemment en obtenant gain de cause dans une affaire très sensible dans le pays, puisque rappelant les massacres commis sous le régime de Mengistu Haïlé Mariam. En effet, une demande de grâce introduite par l’Église auprès du gouvernement éthiopien pour 23 ex-officiels du régime du “Négus rouge” (au pouvoir de 1977 à 1991) a été officiellement acceptée. « Ceux qui demandaient pardon ont purgé près d’une vingtaine d’années de prison. (…) Les détenus concernés ont confessé ce qu’ils ont fait et ont exprimé leurs regrets », explique un communiqué du régime éthiopien. « Il a été décidé de commuer la peine de mort de ces 23 ex-responsables du Derg (conseil militaire à la solde de Mengistu) en emprisonnement à vie », conclut le texte.

Ces détenus avaient été condamnés en 2008, notamment pour « génocide » et « crime contre l’humanité » commis lors de la “Terreur rouge”, perpétrée entre 1977 et 1978. « Tous les accusés sont coupables de génocide, meurtres, confiscations illégales de biens et arrestations illégales d’innocents. En conséquence, ils recevront la punition la plus sévère de la loi éthiopienne », avait déclaré en 2008 le juge Desta, soulignant alors que les massacres n’avaient pas été que le résultat du chaos qui a fait suite au coup d’État mais se sont poursuivis plusieurs années après la prise de pouvoir de Mengistu. Parmi les condamnés figurent le tristement célèbre Legesse Asfaw, plus connu sous le nom de “boucher du Tigré” à cause de massacres perpétrés dans cette région, et l’ancien Premier ministre de Mengistu, Fikresellasié Wogderes.

Le fantôme de l’ex-dictateur a bien sûr plané ces derniers jours à Addis Abeba. Le Négus rouge qui vit en exil au Zimbabwe depuis le renversement de son régime en 1991 avait été lui aussi condamné à la peine de mort par contumace en mai 2008 pour crime de génocide et crime contre l’humanité commis pendant la terreur rouge.

Source : Marchés tropicaux et méditerranéens, 7 juin 2011

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Grâce accordée à d’anciens membres de la junte militaire

Grâce accordée à d’anciens membres de la junte militaire

par Gaëlle Laleix

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« “L’Ethiopie en a fini avec son passé”. C’est ce qu’a déclaré le porte-parole du gouvernement, Shimeles Kemal. Ces hauts fonctionnaires de l’ancien régime communiste échappent donc à l’échafaud, en échange d’une peine de prison à vie. »

En Ethiopie, le gouvernement a décidé, mercredi 1er juin 2011, de gracier 23 anciens membres du gouvernement du Derg, de la peine de mort. Le Derg c’est la junte militaire qui, menée par Mengistu Haïlé Mariam, a pris le pouvoir en 1974 après avoir renversé l’empereur Haïlé Selassié. Jusqu’à 1991, le Derg a instauré un régime dictatorial communiste très répressif. Par ce geste le gouvernement de Meles Zenawi, veut tourner la page.

Source : RFI, 2 juin 2011

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Clémence pour les complices de Mengistu

Les religieux demandent pardon pour les ex-dirigeants militaires

Les représentants des principales religions en Ethiopie ont demandé samedi au pouvoir actuel de pardonner les anciens dirigeants militaires du Derg, chassés du pouvoir en 1991 après des années de terreur.

Le conseil militaire du Derg avait renversé l’empereur Haïlé Selassié en 1974 puis, sous la direction de Mengistu Haïlé Mariam, il avait instauré un régime de répression (la Terreur Rouge, 1977-1978) marqué par plusieurs milliers d’assassinats.

Les anciens responsables du Derg, aujourd’hui emprisonnés, « regrettent leurs actes et ils ont demandé pardon au gouvernement ainsi qu’à la population », indiquent les représentants des religions orthodoxe, musulmane, catholique et protestante dans un communiqué.

« Lorsque nous demandons à la population de pardonner à ces gens, nous n’oublions pas les graves conséquences des atrocités qu’ils ont perpétrées. Nous avons tous été victimes de cette période noire », poursuivent les dignitaires religieux.

Ces mêmes chefs religieux ajoutent que, d’ici deux semaines, une rencontre devrait avoir lieu entre les anciens dirigeants du Derg et des familles de victimes.

La Cour suprême éthiopienne avait condamné à mort pour génocide en mai 2008 Mengistu Haïlé Mariam, réfugié en exil au Zimbabwe depuis la chute de son régime, et 17 de ses anciens collaborateurs. Ces peines n’ont cependant pas été exécutées, et une dizaine d’anciens dirigeants devraient avoir purgé leur peine de prison dans les semaines ou les mois à venir.

Source : AFP, 18 décembre 2010

Terreur rouge à Addis Abeba

3 février 1978
par Jean-Claude Guillebaud

Folie ? Démence rouge, déjà “cambodgienne”? Qui reconnaît l’Ethiopie ? « En six mois, le pays a davantage changé qu’en cinquante ans », murmurent les habitués de l’ancien empire abyssin, qu’indignaient jadis les injustices féodales : « La révolution va de l’avant », proclament les manchettes de la presse officielle. Une chose surtout est allée “de l’avant” au cours des six derniers mois : la “terreur rouge”, désormais officiellement assumée, revendiquée même par le régime. Il paraît bien loin le temps où les massacres d’étudiants (celui du 29 avril 1977, par exemple), étaient attribués par les militaires à une « campagne de propagande de l’impérialisme ».

Aujourd’hui, la “terreur rouge”, censée répondre à la “terreur blanche”, est devenue le mot d’ordre officiel. Le maire d’Addis Abeba, M. Alemu Abebe, recevant les journalistes, se félicite ouvertement de la liquidation des “contre-révolutionnaires”. « La terreur révolutionnaire rougeoie », répètent à l’infini les slogans d’un régime qui applaudit chaque jour au nombre des “liquidations”.

Quelques chiffres, volontairement choisis parmi les plus prudents, fixeront les idées. Diplomates occidentaux, fonctionnaires internationaux et responsables de l’opposition clandestine s’accordent à peu près pour estimer que de 50 à 100 personnes sont liquidées chaque nuit dans la seule capitale. Les nouvelles prisons installées dans chacune des 294 kébélés (comités de quartier créés en juillet 1975) abritent en moyenne 100 à 150 détenus politiques, soit un total proche des quarante mille prisonniers, non compris les deux ou trois grandes prisons “centrales”: la caserne de la quatrième division, la prison d’Akaki et l’ancien palais impérial.

Si la situation dans les campagnes paraît beaucoup moins grave -dans le sud par exemple la réforme agraire est progressivement mise en œuvre dans des conditions parfois bonnes- les grandes villes de province sont touchées, elles aussi, par la terreur rouge : Diré Dawa, Gondar, Dessié, Jimma… Au total, le chiffre de quatre-vingts à cent mille prisonniers politiques dans toute l’Ethiopie constitue probablement déjà une sous-estimation.

Les massacres et les assassinats politiques qui ensanglantent Addis Abeba ne sont pas, il est vrai, à sens unique. L’initiative de la guérilla urbaine revient historiquement au Parti révolutionnaire du peuple éthiopien (PRPE), qui à l’automne 1976 décida de déclencher la lutte armée et lança une campagne de meurtre “programmée” contre les intellectuels, les syndicalistes ou les responsables de kébélés favorables au régime ou au parti révolutionnaire MEISON (Mouvement socialiste pan-éthiopien). Depuis cette date, selon le maire d’Addis Abeba, 150 “camarades” auraient été assassinés par l’opposition clandestine.

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La chute d’Haïlé Selassié

Emission “La marche du monde” par Valérie Nivelon

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Figure mythique de l’histoire de l’Afrique et du monde, Haïlé Selassié est déposé le 12 Septembre 1974 par la junte militaire dont fait parti Mengistu. C’est la fin d’une époque pour l’Ethiopie, berceau de l’organisation de l’unité africaine, l’OUA, symbole de la lutte contre le fascisme, le colonialisme et l’apartheid. La chute d’Haïlé Selassié, est-ce la chute d’un despote démagogue ou d’un monarque éclairé ?

Avec le témoignage de Beide Mariam Mekonnem, petit-fils de l’empereur. Des sons d’archives d’Haïlé Selassié ainsi que l’analyse de Gérard Prunier, chercheur au CNRS, historien et politologue, qui a dirigé entre 2001 et 2006 le Centre français d’études éthiopiennes à Addis Abeba.

Source : RFI, 12 septembre 2008

Les modifications coercitives du peuplement en Éthiopie : Staline et Pol Pot en Afrique ?

par Alain Gascon

Plus qu’une copie africaine du Goulag, les mouvements coercitifs de peuplement, ordonnés par la Révolution éthiopienne, furent la continuation, par des moyens modernes, de la politique traditionnelle de peuplement de l’État éthiopien. Pour les besoins de son expansion ou de sa défense, il a, depuis des siècles, provoqué et organisé des modifications de peuplement.

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Source : L’Information géographique, volume 71 (2007)

Sur les traces de Mengistu

Emission “La marche du monde” par Valérie Nivelon

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La marche du monde en reportage en Ethiopie sur les traces de l’ex-dictateur Mengistu renversé en 1991. Mengistu Hailé Mariam et les responsables de son régime sont les maîtres d’œuvre de la terreur rouge. Ils sont accusés d’avoir tué et fait disparaître quelque 100 000 éthiopiens entre 1977 et 1978.

Reportage de Laurent Correau et Valérie Nivelon à Addis Abeba et à Nazreth au sud de la capitale éthiopienne, avec Gérard Prunier, chercheur, et les témoignages du petit-fils de l’empereur Haïlé Sélassié et de l’ambassadrice d’Ethiopie à Paris.

Source : RFI actualité, 13 avril 2007

Mengistu Haïlé Mariam

Tous les regards sont rivés sur l’échéance du 28 décembre prochain. Ce jour-là, la Haute Cour fédérale d’Addis Abeba prononcera une peine contre Mengistu Haïlé Mariam, le “Négus rouge” qui ensanglanta et affama l’Éthiopie de 1974 à 1991. Si elle a peu de chances d’être appliquée, cette sanction – la prison ou la mort – aura une très forte charge symbolique. Et une valeur thérapeutique certaine pour les centaines de milliers de victimes de la “Terreur rouge”, du nom de cette période de sinistre mémoire dans l’histoire du pays.

L’ancien dictateur, qui a fui vers le Zimbabwe au lendemain de sa chute en 1991, a été jugé par contumace. Son hôte, Robert Mugabe, n’a nulle intention de l’extrader. Et s’est empressé de le faire savoir dès ce 12 décembre où l’exilé devenu son conseiller a été reconnu coupable de « génocide » par la Haute Cour fédérale. « Le camarade Mengistu a demandé l’asile et l’asile lui a été accordé. Cette position ne changera pas », a tranché le ministre zimbabwéen de l’Information, Paul Mangwana.

La culpabilité du “Négus rouge” et de ses proches a été établie à l’issue d’un procès-fleuve dont les chiffres n’ont d’égal que l’atrocité des faits jugés. Sa durée – douze ans – en fait l’un des plus longs de l’Histoire. Ouvert le 13 décembre 1994 sur la base d’un acte d’accusation visant 106 personnes (parmi lesquelles 73 hauts responsables, dont Mengistu, et 25 autres jugés par contumace), il a passé au crible 211 chefs d’inculpation (torture, assassinat de l’empereur Haïlé Sélassié, séquestration, spoliation, exécutions sommaires…). Pour les besoins de l’enquête, qui s’est étendue sur trois ans, 730 personnes ont été interrogées et 3 000 documents étudiés. Parmi les preuves retenues contre l’ex-dictateur et les membres de sa junte, des centaines de milliers de pages de documents gouvernementaux, des vidéos de séances de torture, des fosses communes…

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La saga sanglante du “Négus rouge”

par Jean-Philippe Rémy

Après plus de dix ans de procès, le dictateur éthiopien Mengistu Haïlé Mariam devait être condamné par contumace le 23 mai. Réfugié au Zimbabwe, il est responsable de dizaines de milliers de morts de 1974 à 1991.

En quinze ans d’exil, Mengistu Haïlé Mariam, le “Négus rouge”, n’a rien renié, rien regretté, rien admis. Pas plus ses erreurs que ses crimes, du temps où il était le maître de l’Ethiopie, de 1974 à 1991. Dans l’intervalle, l’ex-empire abyssin s’est transformé en République démocratique populaire, et les morts s’y sont accumulés en tant de vagues, que nul ne s’accorde sur leur nombre. 50 000 ? 150 000 ? 350 000 ? Le procès du régime et de ses crimes, commencé fin 1994, touche à son terme et le verdict de ce qui devait être un “Nuremberg africain” devait être prononcé mardi 23 mai à Addis Abeba.

Mengistu Haïlé Mariam ne sera pas à l’audience de la Haute Cour fédérale. Soixante-treize responsables de la dictature communiste doivent y répondre de crimes contre l’humanité, crimes de guerre ou participation à un génocide, 26 sont jugés par contumace, dont lui-même. Juste avant l’effondrement du régime, le Négus (“l’empereur”) rouge s’est enfui au Zimbabwe, chez son ami Robert Mugabe. En Ethiopie, les seconds couteaux du régime attendent aussi leur jugement dans deux autres séries de procès.

Parallèlement au procès des responsables du régime, ils sont en effet plus de 5 200 à avoir été inculpés en 1994. Mais des jugements ont déjà été rendus, une dizaine d’accusés sont morts pendant la procédure, d’autres ont été réintégrés dans l’armée pour faire la guerre à l’Erythrée. Mengistu, grand architecte de la répression, risque la mort. Mais les assassinats à grande échelle d’opposants, les campagnes de “villagisation” si meurtrières, méritent-ils d’être qualifiés de génocide ?

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