Archives de la catégorie 'Le Moyen Âge éthiopien'

La tête qui fume de l’église de Narga Selassié :
Histoire des mœurs et histoire politique du royaume d’Éthiopie du 16ème au 20ème siècle

par Claire Bosc-Tiessé

Dans l’église de Narga Selassié, construite dans les années 1738-1750, une sculpture très inhabituelle montre un homme qui fume. Cette représentation est d’autant plus surprenante que nous pensons généralement que le fait de fumer était fortement condamné dans la société chrétienne, comme en témoignent les textes qui prolifèrent à la fin du 19ème siècle. Mais les images et l’archéologie donnent des informations contradictoires sur cette pratique, ce qui nous conduit à reconsidérer l’histoire des textes. Du 16ème au 20ème siècle, fumer a été stigmatisé comme une activité païenne pour montrer du doigt l’étranger, et par conséquent, affirmer la domination de l’État chrétien sur la région du Choa méridional. Enfin, la position de la sculpture de Narga Selassié au sein de l’église, en relation avec la liturgie, montre que l’image du “roi arrogant” a été utilisée pour créer une représentation religieuse du mal.

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Source : Afriques, n°1 (printemps 2010)

La mixité religieuse comme stratégie politique :
La dynastie des Māmmadoč du Wollo, du milieu du 18ème siècle au début du 20ème siècle

par Éloi Ficquet

La région du Wollo, en Éthiopie centrale, fut dominée entre la fin du 18ème siècle et le début du 20ème siècle par une dynastie de chefs musulmans, portant le titre d’imām et appelés Māmmadoč. Ils se distinguèrent par leurs faits d’armes dans les conflits entre les pouvoirs régionaux caractéristiques de la période désignée comme “Ére des princes” (fin 18ème-mi-19ème). Les rares sources historiques publiées relatives à cette période décrivent les imām Māmmadoč comme des musulmans fanatiques orientés vers la destruction des souverainetés chrétiennes voisines. Cependant, ces représentations peuvent être mises en perspective par des données inédites recueillies dans les années 1840 par le voyageur Arnauld d’Abbadie, auprès d’un informateur du Wollo qui semble avoir vécu dans l’entourage de ces imām. L’histoire de cette dynastie, telle qu’elle est relatée par les notes de d’Abbadie, révèle que ces imām ont entretenu des relations très ambivalentes entre les appartenances religieuses. À chaque génération, ou presque, on observe en effet que ces potentats musulmans qui étaient très fortement engagés dans la défense et dans la diffusion de leur foi, entretenaient des liens étroits avec la religion chrétienne, souvent concrétisés par des alliances matrimoniales. La plupart de ces imām étaient de mère chrétienne et vécurent parmi leurs collatéraux une enfance chrétienne, avant de retourner à l’islam et d’avoir à leur tour des épouses chrétiennes. Ce schéma d’alliances interreligieuses est unique par le fait de sa répétition sur plusieurs générations. De cette façon, les imām Māmmadoč semblent avoir été les précurseurs de pratiques de mixité matrimoniale et de conversion réversible qui sont plus tard devenus la norme au Wollo.

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Source : Afriques, n°1 (printemps 2010)

La circoncision et l’excision en Éthiopie du 15ème au 18ème siècle : Lectures d’un rituel

par Marie-Laure Derat

À partir de l’extrait du Maṣḥāfa Berhān écrit sous la supervision du roi Zar’a Yā‘eqob (1434-1468) qui décrit la manière dont l’excision des jeunes filles doit être effectuée conformément à la loi de l’Ancien Testament, cet article analyse la manière dont l’excision et la circoncision étaient liées à l’Église éthiopienne au 15ème siècle. Mais, au 17ème siècle, les jésuites ont essayé de convertir le royaume éthiopien au catholicisme : ils ont considéré la circoncision comme une pratique juive et l’excision comme une coutume païenne. Pour répondre à cette condamnation, les Éthiopiens ont tenté de se justifier en gardant le lien entre la circoncision et l’excision et en les considérant comme des coutumes plutôt que des rites chrétiens. Cet exemple montre comment un rite a pu être considéré de différentes manières selon les enjeux du moment.

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Source : Afriques, n°1 (printemps 2010)

Les Oromo à la conquête du trône du roi des rois (16ème-18ème siècle)

par Dimitri Toubkis

Selon les textes historiques royaux, l’opposition souvent décrite entre les Oromo et la cour éthiopienne, est loin d’être évidente. L’étude des sources montre que, entre la fin du 16ème siècle et la fin du 18ème siècle, les relations entre les Oromo et le milieu de la cour ont été construites sur des liens familiaux et des alliances. Ainsi, les Oromo n’étaient pas du tout considérés comme un groupe ethnique, mais plutôt comme groupe politique influent. À ce titre, ils ont pris part au jeu politique du royaume éthiopien. Surtout, ils ne représentaient pas un parti oromo qui luttait pour le pouvoir contre d’autres groupes. Ils ont constitué des forces politiques impliquées dans les différents partis de cour.

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Source : Afriques, n°1 (printemps 2010)

Dynamiques générationnelles et expansion des Oromo en Éthiopie au 16ème siècle

par Eloi Ficquet

L’histoire de l’expansion des Oromo en Éthiopie méridionale, commencée au milieu du 16ème siècle, a de longue date été pensée au moyen des mécanismes générationnels complexes qui organisent cette société. Dès 1593, le moine éthiopien Bahrey avait décrit les avancées et les segmentations des conquérants oromo en se référant au rythme de la succession des classes de guerriers. Suivant cette démarche, d’autres clefs anthropologiques peuvent être proposées pour élucider les facteurs initiaux de cette conquête. La constitution de groupes générationnels homogènes implique des procédures de régulation démographique qui déclassent des individus nés hors des cadres de procréation légitime. On peut supposer que ces exclus furent rejetés dans les marges écologiques, dans les terres les plus incultes, où ils formèrent une société de frontière cherchant à obtenir dignité et prospérité par la conquête.

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Source : L’Homme, n°167-168 (2003)

L’Ethiopie à l’époque de la dynastie salomonienne

par Marie-Laure Derat, chercheur au CNRS

En 1270, le royaume chrétien d’Éthiopie traverse une crise politique. Un homme, Yekouno Amlak, originaire d’une région périphérique du royaume appelée l’Amhara, s’empare du trône et renverse la dynastie des Zagwé, au pouvoir depuis deux siècles environ. Yekouno Amlak (1270-1285) est le fondateur de la dynastie dite salomonienne qui réunifia le royaume sous son autorité et, pour contrôler les routes commerciales, conduisit des guerres récurrentes contre les sultanats musulmans. Marie-Laure Derat retrace pour nous l’histoire de cette dynastie qui affirmait appartenir à la famille – prestigieuse et mythique – née de l’union du roi hébreu Salomon et de la reine de Saba, identifiée à une reine éthiopienne.

L’AVÈNEMENT DES SALOMONIENS : TRANSFERT DU POUVOIR ET QUÊTE DE SOUTIENS

La dynastie Zagwé, détrônée par les Salomoniens, avait établi le cœur de son pouvoir dans une région septentrionale du royaume, le Lasta, notamment autour des églises de Lalibela, fondées par le roi homonyme au tournant des 12ème et 13ème siècles. Plus au nord, elle exerçait aussi son autorité sur le Tigré, berceau de la civilisation aksoumite et du premier royaume chrétien d’Éthiopie. Lorsque Yekouno Amlak s’empara du pouvoir avec l’aide de quelques troupes, il offrit alors un nouveau destin à l’Amhara, jusqu’alors région périphérique et méridionale du royaume. Par ce coup d’état, il ne se substituait pourtant pas à l’ancien pouvoir. Comme l’atteste la titulature employée par la chancellerie égyptienne dans sa correspondance avec l’Éthiopie, il ne fut d’abord reconnu que comme roi d’Amhara. Quant aux autres provinces du royaume, elles contestaient le nouveau pouvoir. Ainsi, dans la partie nord-est du Tigré, un ancien gouverneur se proclama roi ; il reçut le soutien d’une partie du clergé et en particulier des moines d’une communauté, Debré Libanos – le mont du Liban – étroitement associée à la dynastie Zagwé.

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L’Ethiopie médiévale : Etat des lieux et nouveaux éclairages

par Bertrand Hirsch et François-Xavier Fauvelle-Aymar

L’histoire de l’Éthiopie entre le 7ème et le 13ème siècle est mal connue. Des recherches historiques et archéologiques récentes sur des sites du Mänz, du Gedem et de l’Ifat, ainsi que de nouvelles datations au Carbone 14, ont permis notamment de révéler l’existence d’une nouvelle culture sur le haut plateau, caractérisée par la richesse du mobilier importé. Elles permettent aussi de repenser l’arrière-plan historique des processus de christianisation et d’islamisation de ces régions, de saisir ces phénomènes de façon synchronique, et de remettre en question le modèle migratoire dominant dans l’historiographie.

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Source : Cahiers d’etudes africaines, n°166 (2002)

Le banquet à la cour du roi d’Éthiopie au 15ème siècle : Dons forcés et contreparties

par Marie-Laure Derat

Au 15ème siècle, dans le royaume chrétien d’Ethiopie, un banquet royal est périodiquement organisé. Il a lieu chaque année au début du mois de septembre, le jour des fêtes de Moïse et de Jérémie, qui coïncide avec le début de l’année du calendrier éthiopien, et la fin de la saison des pluies. Il se tient là où se trouve le camp royal, camp intinérant en fonction des saisons et des zones à contrôler, et se déroule sur deux jours.

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Source : Hypothèses, 2001

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