Archives de la catégorie 'Harar'

Les hyènes de Harar que l’on peut nourrir à la tombée de la nuit

par Grégoire Pourtier

Hyène, Harar, Ethiopie, Ethiopia

Ecouter le reportage

A l’extrême ouest de l’Ethiopie, Harar est l’une des plus belles villes du pays, qui avait notamment séduit le poète Arthur Rimbaud. Mais après s’être promené dans le labyrinthe de ruelles colorées, à la tombée de la nuit, les touristes actuels se rendent bien souvent à l’extérieur de la vieille-ville fortifiée. Car là, se déroule une attraction unique au monde : une demi-douzaine de hyènes viennent se faire nourrir, et les visiteurs peuvent même s’approcher et leur donner directement à manger. Alors que ces carnivores effrayants font bien des ravages dans le reste du pays et sont impossibles à dresser, ils font partie de la tradition religieuse d’Harar, qui en a fait un symbole lucratif.

Source : RFI, 26 septembre 2013

Harar : La ville qui murmure à l’oreille des hyènes

par Javier Reverte (El País)

Harar a passé un étrange pacte avec les hyènes qui terrorisent le reste de l’Ethiopie. Entre chien et loup, les bêtes féroces dévorent l’aja, un ragoût préparé par les habitants de la citadelle oubliée.

Une ville fortifiée, grise et ocre, prise dans l’étau d’âpres montagnes qui semblent étouffer le moindre souffle de vie. Quelques minarets pointent derrière les murailles anciennes, et l’on entend, au loin, les appels des muezzins pour la deuxième prière du matin. Nous sommes à Harar, forteresse musulmane enclavée dans l’est de la très chrétienne Ethiopie : cité irréductible, fière de son histoire, éloignée de tout – dans l’espace, mais aussi dans le temps, tant elle semble figée dans une époque irréelle. Ici séjourna l’infortuné Arthur Rimbaud. Le soir, tandis que les étoiles montent dans le ciel, les hyènes descendent des montagnes et encerclent la ville, qui a fermé ses portes. Ces affreux charognards fouillent les poubelles en riant, à la recherche de viande avariée. Et l’on se demande de quoi peuvent bien rire des animaux aussi laids : peut-être d’eux-mêmes et de leur sort. Alors, Ahmed, l’ami des hyènes, sort leur donner à manger.

Le voyageur est immédiatement plongé dans un autre siècle : le “marché chrétien”, installé à l’extérieur de la muraille, près de la porte du Choa, propose une éblouissante variété de légumes, de fruits, d’épices et de fruits secs. Les toilettes chatoyantes des femmes amharas frémissent dans la lumière, tandis que les piétons se fraient un chemin parmi les troupeaux de chèvres, d’ânes et les taxis tirés par de tout petits chevaux, les célèbres gharis.

Harar aurait été fondée au 12ème siècle, mais ce n’est qu’au 16ème siècle qu’elle prend de l’importance. Elle se mue alors en un riche carrefour commercial, grâce au café, excellent dans la région, et au trafic d’esclaves. A cette époque, elle devient également le principal foyer musulman d’Ethiopie, ce qui la conduit à prendre constamment les armes contre les empereurs coptes qui sont à la tête du pays. Harar reste un foyer de rébellion jusqu’en 1887, quand elle est définitivement écrasée par Menelik II, oncle au deuxième degré d’Haïlé Sélassié Ier, le dernier empereur d’Ethiopie.

Lire la suite…

Visite d’Harar

1] La porte d’Harar fut construite dans les années soixante-dix à l’endroit où le rempart fut démoli, quarante ans plus tôt, pour élargir l’accès principal à la ville. Une rue bordée d’échoppes mène à la place Feres Magala.

2] Feres Magala Square (le marché aux chevaux) est une place animée où les autochtones se retrouvent pour une partie de domino, de billard… Ne soyez pas surpris d’entendre les enfants vous interpeller en braillant « Cuba, Cuba ». La jeune génération associe les étrangers aux soldats cubains qui séjournèrent dans la cité au temps du Derg. Des guides entreprenants vous proposeront de vous conduire à travers le labyrinthe des petites ruelles de la cité.

3] Sur cette place se dresse l’église orthodoxe Medhane Alem. Elle fut construite en 1887 par l’empereur Menelik II sur l’emplacement de la grande mosquée qu’il fit démolir lors de la prise de la ville par ses troupes.

4] Au coin de la rue qui descend en direction de la porte de Fallana se situe un hôtel qui abritait autrefois les entrepôts de l’agence commerciale Bardey, pour laquelle travaillait Rimbaud.

Lire la suite…

Conférence internationale pour la promotion du tourisme à Harar

Une conférence internationale pour la promotion du tourisme dans la région d’Harar a ouvert ses travaux mardi dans cette ville, en présence de professionnels du secteur venus des Etats-Unis, d’Europe et de pays arabes.

Cette rencontre de deux jours, organisée à l’occasion de la célébration du 1 000ème anniversaire de la fondation d’Harar, vise à promouvoir la destination touristique d’Harar et à informer sur les atouts patrimoniaux et civilisationnels de cette cité, inscrite sur la liste des sites culturels et naturels protégés par l’UNESCO.

Connue comme la 4ème ville sacrée musulmane, la ville d’Harar est située dans la partie orientale du pays, sur un plateau encerclé par le désert et la savane et entaillé par de profondes gorges. Les murs ceignant cette ville sacrée musulmane ont été construits entre le 13ème et le 16ème siècles.

Harar compte 82 mosquées, dont trois datent du 10ème siècle, et 102 sanctuaires.

Les Harari sont connus pour la qualité de leur artisanat, notamment le tissage, la vannerie et la reliure. Mais l’aspect le plus spectaculaire du patrimoine culturel réside dans la maison harari traditionnelle avec son exceptionnelle conception intérieure.

Lire la suite…

Album photo : Harar

album-harar.jpg

Harar (Texte 1)

Harar est une curiosité culturelle, un cas unique, qui n’a cessé d’exercer son attrait sur les voyageurs. Renseignés par les premiers récits de voyage sur Harar, les érudits qui vinrent par la suite ne cessèrent de dépeindre Harar comme un ilôt culturel urbain isolé et unique, resté indépendant et indifférent aux influences extérieures. C’est un des rares exemples de ville préindustrielle demeurée intacte.

Harar est située à 523 km à l’est d’Addis Abeba et à 360 km de Djibouti. Juchée stratégiquement à 1855 m d’altitude à 1 855 m d’altitude sur une colline de granit dans l’escarpement oriental de la vallée du Rift, elle domine la grande plaine désertique du Danakil au nord et les plaines des Somali au sud.

Point de rencontre entre différentes cultures et important carrefour commercial, Harar s’entoura, au 16ème siècle, d’un rempart de pierre de 4 mètres de haut pour se protéger des raids incessants des peuplades voisines. Sa forme est souvent comparée à celle d’une poire. Les maisons bordées de murs élevés, derrière lesquels on devine de petites cours ombragées de vigne, sont bâties en pierre ou en tuf rempli de végétaux fossilisés.

Bien que le rempart ait été conçu avant tout comme un ouvrage défensif, il est difficile de dissocier sa fonction politique de sa fonction religieuse, économique et sociale. Fermées à clef du crépuscule à l’aurore, les cinq portes de la ville percées à des endroits stratégiques ont contrôlé le flux des commerçants au cours de l’histoire.

Les limites que le mur d’enceinte a imposées à l’extension de la cité ont conduit au développement d’une nouvelle ville extra muros, aujourd’hui bien plus peuplée que l’ancienne (nombre total d’habitants : 130 000).

La cité ancienne est congestionnée, ce qui rend difficile le développement d’infrastructures modernes comme les canalisations d’eau et l’accès aux véhicules. Traditionnellement, alors que les portes de la ville étaient fermées, l’écoulement des eaux se faisait par des trous percés à travers les murs. Ces trous étaient assez étroits pour interdire le passage à tout intrus, à l’exception des hyènes, d’où le nom de waraba nudule ou “trous d’hyène” qui leur a été donné.

Lire la suite…

Harar (Texte 2)

Harar est reliée à Diré Dawa par une route de 54 km depuis 1903. La ville se situe dans les monts Ahmar, sur le plateau de l’Hararghé, à 1 600-1 800 m d’altitude, côté oriental du Rift. Elle domine le désert Danakil au nord, les savanes au sud et les terres fertiles de l’ouest.

HISTOIRE D’HARAR

De nombreuses peintures rupestres, vieilles de 20 000 ans, attestent de la présence ancienne de l’homme dans cette région. Fondée entre le 7ème et le 9ème siècle, sa population, de langue sémite, développe les systèmes d’irrigation. Convertie à l’islam vers le 13ème siècle par Cheikh Abadir, venu du Hedjaz, elle tisse de profonds liens culturels avec le monde musulman. Le commerce complète l’agriculture : à mi-chemin entre la mer Rouge et l’intérieur des terres, la cité devient un important centre caravanier et, forte de cette puissance, frappe sa propre monnaie à partir du Moyen Age.

Au début du 16ème siècle, le bourg est très développé mais le sultan, trop conciliant envers les infidèles, est assassiné par le Gragn, qui prend le titre d’émir. De 1526 à 1543, elle sert de base à ce dernier, lors du Jihad contre l’Ethiopie. A la mort du Gragn, la ville s’affaiblit et subit les attaques oromo. Pour s’en protéger, Nur ibn Mujahid (1551-1568), neveu du Gaucher, encercle les habitations d’un mur défensif. Appelée “Jugal”, l’enceinte mesure 3,342 km de circonférence et fut percée, à l’origine, de 5 portes. Ces entrées furent déterminées en fonction de la stratégie défensive, des passages caravaniers et de la proximité des points d’eau.

Cinq quartiers, correspondant aux cinq portes, étaient gérés par les représentants de l’émir, collecteurs d’impôts et gardiens des clés de la ville. Percée de trous, la muraille permettait l’écoulement des eaux et l’arrivée des hyènes, véritable service de nettoyage des rues.

Dirigée par une dynastie locale à partir de 1647, la cité est, ensuite, occupée par les Egyptiens en 1875. Ceux-ci réparent la fortification, l’élevant jusqu’à 5 m du sol. Ils seront chassés avec l’aide des Anglais en 1885.

La présence égyptienne ouvre Harar au monde. Seul Européen connu, Richard Burton, célèbre explorateur, pénètre dans la ville vers 1850, déguisé en marchand de livres. La voie libre, les négociants de tous pays accourent. En proie à des difficultés financières et sous la pression anglaise, l’Egypte abandonne l’agglomération à l’émir Abdullali qui, désirant refermer la région, chasse les marchands étrangers. Ménélik II s’insurge et conquiert la cité à la bataille de Chelenqo en 1887. En signe de victoire, la mosquée principale est rasée et remplacée par l’église de Medhané Alem. Les transactions, surtout celles concernant les armes, s’intensifient au profit de l’empereur. Ras Makonen, père de Ras Tafari (futur Haïlé Sélassié), est nommé gouverneur. Poste, télégraphe, téléphone, école, banque, se développent. Indiens, Arméniens, Arabes et Grecs se réinstallent.

Le chemin de fer arrive à Diré Dawa en 1902. Prévu jusqu’à Harar, il s’arrête dans la plaine ; l’obstacle de la montagne tuant définitivement la vocation commerciale de la ville.

Lire la suite…

Histoire d’Harar

D’où provient la population distincte d’Harar ? Quelle est son origine ? Les ge usu’ répondent que leur berceau est ge, la ville, que c’est elle qui définit leur unicité. Mais le fait qu’ils parlent une langue sémitique prouve qu’il faut chercher ailleurs leur origine. La légende qui entoure Au Abadir (littéralement Père Abadir), le saint patron d’Harar, laisse supposer que ce cheikh musulman est venu dans la région d’Harar depuis l’Arabie vers 940-950 après J.-C. Il passe pour avoir unifié et converti à l’islam une grande partie des tribus établies autour d’Harar.

Harar devint bientôt un centre puissant et révéré d’enseignement et de pouvoir islamique. Pendant des siècles, les missionnaires musulmans d’Harar rayonnèrent sur une vaste région qui s’étendait jusqu’aux royaumes situés au-delà du fleuve Gibe.

Pendant deux siècles, soucieux de s’assurer le contrôle des réseaux commerciaux lucratifs entre les ports de la mer Rouge et les terres fertiles du sud, chrétiens et musulmans s’étaient livré bataille. Cependant, si les rois chrétiens finirent par vaincre les sultans d’Adal à Aoussa dans le désert afar, ils ne purent jamais s’emparer d’Harar.

Au cours de la période suivante, de 1529 à 1543, les musulmans continuèrent à affirmer leur présence et leur puissance. C’est d’Harar que fut lancé, au 16ème siècle, le jihad historique conduit par Ahmed ibn-Ibrahim al Ghazi, plus connu sous le nom du Gragn. Soldat autoproclamé imam, le Gragn prit le pouvoir après avoir assassiné le sultan, et se lança dans une brutale campagne de conversion à l’islam par la force. Celle-ci fut si efficace que le jihad menaça pendant quinze ans la survie même du royaume chrétien abyssin. La campagne prit fin de façon dramatique en 1543, lorsque le Gragn fut tué et son armée repoussée dans Harar, puis dans le désert.

Le successeur du Gragn, son neveu l’émir Nur ibn-Mujahid (1551-1568) est le bâtisseur de la fameuse muraille érigée pour défendre la ville contre les attaques des ethnies rivales. Avec l’établissement de sa propre dynastie locale en 1647, Harar fut libérée des liens qui la rattachaient au sultanat d’Aoussa et devint indépendante jusqu’à l’occupation égyptienne en 1875. La position géographique avantageuse et l’importance politique d’Harar en tant qu’ancienne cité-Etat favorisèrent son développement. Elle retrouva son prestige politique, sa qualité d'”entrepôt” essentiel situé entre les ports de la mer Rouge et l’intérieur du continent.

Lire la suite…

Harar veut devenir un centre touristique moderne

Pendant mille ans, la cité d’Harar, en Ethiopie, a été un haut lieu de la foi islamique dans la Corne de l’Afrique. Désormais, les responsables de la municipalité souhaitent que la ville devienne aussi un centre touristique de premier plan.

« L’avenir de Harar, c’est le tourisme », a affirmé récemment Mourad Abdoulhadi, président de la région.

Avec un mur de quatre mètres entourant ses mosquées antiques et ses petites ruelles, Harar, située sur une colline, est devenue l’an dernier un nouveau site inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, rejoignant notamment le Grand Canyon aux Etats-Unis, la Grande Muraille de Chine et l’Acropole en Grèce.

C’est aussi la quatrième ville la plus sainte de l’Islam, après La Mecque, Médine et Jérusalem. Et certains considèrent Harar comme le berceau du café, dont on peut sentir les arômes dans la cité.

Certaines des attractions d’Harar sont particulièrement insolites, comme un vieil homme qui nourrit à la main une cinquantaine de hyènes chaque nuit, les traitant comme des chatons obéissants.

Mais dans cette ville, qui se trouve à environ 400 km de la capitale, Addis Abeba, il manque le confort moderne et il y a une pénurie chronique d’eau. On ne compte qu’une poignée d’hôtels et l’aéroport le plus proche se trouve à plus d’une heure de route. Le plan de modernisation de la ville est donc très ambitieux.

Lire la suite…

Vidéo : Harar – Le repas des hyènes (1)

Suivant »

web development