La corne de l’Afrique affamée par la sécheresse

« Catastrophe humanitaire », « sécheresse historique », « situation sans précédent »… Les qualificatifs ne manquent pas pour décrire l’horreur qui se déroule dans la Corne de l’Afrique, en proie à une sévère sécheresse depuis plusieurs mois. Au total, près de 12 millions de personnes manquent de nourriture et sont dans « une situation critique », selon l’ONG britannique Oxfam, qui a lancé la semaine dernière un appel à l’aide internationale.

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Le Kenya, la Somalie, l’Erythrée, l’Ouganda, l’Ethiopie, Djibouti… Toute l’Afrique de l’Est est concernée. « C’est une situation sans précédent, signale John Agbor, responsable santé, qui coordonne l’aide à la Somalie pour l’Unicef. On sait bien que nous sommes dans une zone à risques, cycliquement touchée par la sécheresse, mais ce qui choque ici c’est la sévérité et l’ampleur du phénomène. » De tous les pays concernés, la Somalie apparaît comme la zone la plus durement atteinte, par la sécheresse actuelle mais aussi par des années de guerre civile. Le pays compte plus de 900 000 déplacés internes, dont 500 000 enfants de moins de cinq ans. Près de 400 000 personnes sont massées aux portes de la capitale, Mogadiscio. Des milliers d’autres rejoignent quotidiennement les camps frontaliers djiboutiens, éthiopiens ou kenyans.

Abris de fortune

Les plus robustes passent les frontières : rien qu’en juin, 54 000 Somaliens ont rejoint le Kenya, Djibouti ou l’Ethiopie, selon le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR). C’est le Kenya qui accueille l’essentiel des réfugiés, notamment dans les trois camps déjà saturés de Dadaab (nord-est). « Les camps continuent à recevoir un nombre important de nouveaux arrivants qui sont souvent très fatigués et épuisés, après avoir voyagé, parfois à pied, sur plus de 1 000 kilomètres, depuis Mogadiscio », a déclaré le porte-parole du HCR au Kenya, Emmanuel Nyabera. Mais cette traversée ne garantit pas une prise en charge correcte, prévient Médecins sans frontières. « Les nouveaux arrivants doivent s’installer dans des abris de fortune à la périphérie du camp surpeuplé », déplore l’ONG. « Nous savons déjà que les taux de malnutrition aiguë, ainsi que les taux de mortalité, seront très élevés », souligne John Agbor. Toutes les ONG sur place tentent d’augmenter leurs capacités d’accueil et d’endiguer la propagation des maladies dans ces camps saturés.

Comme souvent pour cette région du monde, ce sont d’abord les conditions climatiques qui sont en cause. « Les deux précédentes saisons des pluies ont été très mauvaises », explique Elise Ford, chargée de campagne chez Oxfam. Les familles n’ont donc pas pu constituer de stock alimentaire. « Il faudra attendre les prochaines pluies, en octobre dans le meilleur des cas ! Autant dire que les familles ne peuvent pas rester sur place. » Dans la région, seulement 3,8 % des terres arables sont irriguées. Et, sur ces quelques parcelles, les récoltes n’ont quasiment rien donné cette année. Même dans les zones les plus riches de Somalie, « la récolte est inférieure de 50 % à la moyenne », raconte Action contre la faim. De fait, l’accès à l’eau est de plus en plus difficile. Si le climat est à la source de cette famine, la situation de guerre civile qui sévit depuis des années n’a rien arrangé. En l’espace d’un an, le prix des denrées alimentaires a grimpé de 40 %, selon le dernier rapport de la FAO (Organisation pour l’agriculture et l’alimentation des Nations unies). En Somalie, les prix ont augmenté de 270 % en un an, rendant tout aliment de base « inabordable pour les Somaliens », selon John Agbor. Autour de Mogadiscio, un sac de maïs se monnaie 40 euros, contre 5 habituellement.

Urgence

Alertée par les ONG, la communauté internationale commence à réagir. En visite en Afrique du Sud, le Premier ministre britannique, David Cameron, a jugé hier la sécheresse comme étant « la plus catastrophique » depuis une génération. Londres a promis de débloquer 59 millions d’euros pour aider les populations. L’Allemagne rajoute 5 millions d’euros à son programme d’aide (environ 35 millions d’euros par an pour le Kenya et 20 millions pour l’Ethiopie), mais ce sera loin d’être suffisant : pour la seule Somalie, la FAO estime les besoins à 50 millions, et le Programme alimentaire mondial à 135 millions d’euros. Une réunion est prévue à Rome lundi pour débloquer les millions d’euros nécessaires aux ONG. Insuffisamment dotées face à l’urgence, elles regrettent de ne pas être « en mesure de fournir une aide suffisante à tout le monde », selon Jens Oppermann, le directeur d’Action contre la faim.

Source : Libération, 19 juillet 2011

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