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« Impossible de pomper l’eau, faute de matériel » | Toi qui viens d'Ethiopie...

« Impossible de pomper l’eau, faute de matériel »


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Interview de Jean Ziegler, des Nations unies. Il dénonce la spéculation et le manque d’infrastructures.

Jean ZieglerJean Ziegler a été rapporteur spécial de la Commission des droits de l’homme de l’ONU pour le droit à l’alimentation. Il est aujourd’hui vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme des Nations unies.

En quoi cette situation de crise alimentaire est-elle différente des autres ?

Nous sommes dans une région où les périodes de sécheresse sont de plus en plus rapprochées. Autrefois, c’était tous les dix ou quinze ans. Depuis peu, c’est tous les deux, trois ans. Cela dit, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Ces pays souffrent du manque d’infrastructures.

La sécheresse n’est qu’une partie de la cause ?

C’est le dernier coup qui anéantit les populations. Il y a de l’eau dans les nappes phréatiques, mais ces nappes sont à 50 mètres, ou plus, de profondeur. Impossible à pomper, faute de matériel. En Ethiopie, par exemple, le manque d’infrastructures s’illustre de façon navrante. Ainsi, il est arrivé plus d’une fois, y compris pendant les périodes de famine, que le teff, la céréale de base, pourrisse dans des dépôts de Gondar, dans l’ouest du pays, alors que des dizaines de milliers de personnes mourraient de faim dans l’est, à 600 km de là…

Pourquoi ?

Par manque de routes, de chemins de fer. Et, là, l’aide internationale devient absurde. Ainsi, le blé américain et les autres céréales arrivent par le canal de Suez, puis sont déchargés à Djibouti. De là, ils sont mis sur un train en direction d’Addis Abeba, avant de repartir sur camions vers le nord de l’Ethiopie. Tout ceci, alors qu’il y a du teff dans le pays. C’est une folie ! Au fil des années, ces pays connaissent un allongement des temps de soudure. En clair, entre la dernière denrée produite et consommée sur place et la prochaine récolte, la soudure peut atteindre quatre mois. Quatre mois pendant lesquels il faut importer du riz ou du blé.

Quelles sont les responsabilités ?

Il y en a plusieurs. Celle des Etats locaux, comme celui de l’Ethiopie. Il consacre 40 % de son budget à l’armée. Il y a aussi les hedge funds qui, ayant perdu des sommes astronomiques au moment de la crise de 2007, se sont littéralement jetés sur la spéculation des matières premières agricoles. Avec à la clé des hausses de cours tellement importantes qu’elles empêchent les Etats les plus faibles d’importer ces matières premières. Sans parler des coupes dans le budget du Programme alimentaire mondial (PAM) : il est passé de 6 milliards de dollars en 2008 à 3,2 milliards [2,27 milliards d’euros, ndlr] aujourd’hui. Par contre, ce sont 1 700 milliards d’euros qui ont été trouvés pour sauver les banques. Cherchez l’erreur.

Source : Libération, 19 juillet 2011

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