Les églises de Lalibela

Les églises de Lalibela sont taillées dans différents types de tuf, tous compacts et durcis au cours des siècles par l’action de l’air et de la pluie. Cette roche est toutefois suffisamment tendre pour être travaillée relativement facilement, bien que les résultats soient parfois quelque peu imprécis. Les lignes horizontales et verticales, ainsi que les surfaces ne sont pas toujours droites, de même que l’épaisseur des murs n’est pas toujours constante, ceci étant aussi dû au fait que les artisans ont parfois dû s’adapter à la forme du rocher qu’ils travaillent.

Ce long travail, qui commence souvent par le creusement de tranchées qui isolent le bloc dans lequel est taillé l’église, permet de faire sortir le monument du rocher, comme s’il avait de tout temps existé dans la masse, de manière invisible. Les outils qui ont servi à ces réalisations ont été de différentes tailles et formes mais nous pouvons présumer que des pioches furent utilisées pour le creusement des tranchées et des leviers pour le déplacement des blocs importants.

Les églises construites en bois dans la région de Lalibela montrent des charpentes dont les poutres ont de toute évidence été travaillées à la hache. On peut supposer que cet outil fut adapté pour le travail de la pierre et qu’il a servi lors de la taille de l’ensemble de ces églises. Un instrument ressemblant à un pic est aujourd’hui encore conservé dans le trésor de l’église de l’Abuna Aaron et le même outil apparaît dans les miniatures qui montrent les anges occupés à la taille des églises. De fines traces régulières, typiques de l’utilisation du ciseau, sont facilement reconnaissables dans tous ces monuments.

La taille du monument s’est effectuée de haut en bas. Le bloc dégrossi a ensuite fait l’objet de finitions soignées qui ont fait apparaître parois, pilastres, corniches et fenêtres. Le percement des fenêtres a permis de pénétrer à l’intérieur du roc et de procéder à la taille des plafonds, coupoles, nefs, croix, piliers, arcs, chapiteaux, marches et tombeaux, créant ainsi les volumes intérieurs d’une église de forme basilicale. Les plans de la taille de ces monuments ont certainement été établis à l’avance. Ils prévoyaient avec précision les dimensions extérieures et intérieures du monument, l’orientation, le niveau des pentes, des cours, des tranchées et, parfois, du pavement des églises. Le choix de l’endroit où seraient taillées ces église dépendait de la qualité de la roche mais a également été fait en fonction de la possibilité de maîtriser l’écoulement des eaux pluviales et l’évacuation des alluvions. Dans une période de crise politique ou économique qui aurait amené à l’abandon du site, l’ensemble de ces monuments, par manque d’entretien, aurait pu être complètement enseveli par l’accumulation des alluvions.

Une tradition locale nous dit que le site aurait été abandonné trois fois et en partie enseveli au cours de son histoire et trois fois dégagé. Un manuscrit qui porte le nom de Senkessar (Synaxaire), conservé dans l’église de Bieta Mariam à Lalibela nous dit qu’en l’an 717, avec l’autorisation de l’empereur Bakkafa, les églises de Lalibela furent dégagées une dernière fois des alluvions accumulées, sur ordre de Zena Gabriel, responsable des églises de la région du Lasta. Malgré les dernières interventions dues à la mission archéologique dirigée par Monsieur Angelini, dans les années 1950, qui ont permis de terminer le dégagement du groupe monumental de la partie sud, nous pouvons raisonnablement nous demander si une fouille systématique du site ne nous réserverait pas de surprises importantes.

Nous ignorons pour le moment si tous ces monuments étaient à l’origine recouverts d’un revêtement ou laissés tels que nous pouvons les observer aujourd’hui, la roche à nu. Il existe toutefois des exemples (l’église de Wouker Debré Salam Masqala Krestos, à Sokota) où, sur les parois externes des monuments, on trouve des traces d’un revêtement en chaux et gypse.

Les églises de Lalibela sont ordonnées en deux groupes séparés par un canal artificiel creusé dans la roche, le Yordanos (Jourdain). Au milieu de son cours, le plus souvent asséché, une croix monolithe symbolise le lieu de baptême du Christ.

LES ÉGLISES DE LA PARTIE NORD

Il s’agit d’un ensemble comprenant six églises et quelques monuments taillés dans un rocher de très bonne qualité, légèrement en pente. Les toits, les cours, les cheminements suivent le niveau de la pente naturelle de la montagne. Ceci facilite également l’écoulement des eaux de l’est et du nord, en direction du sud et de l’ouest.

La visite commence souvent par le portail qui ouvre sur une cour où se trouve actuellement l’entrée de l’église Bieta Medhane Alem où les prêtres encaissent les droits d’entrée et où l’on peut aussi engager des porteurs ou des aides pour la visite des églises. Bien que ce parcours soit acceptable pour des raisons de commodité car il permet la visite des églises en suivant la pente descendante, le parcours originel des premiers pèlerins se faisait d’ouest en est, du péché au salut, de la mort (l’ouest) à la lumière, de l’esclavage à la Terre Promise, jusqu’à l’église Medhane Alem. Sur ce parcours, on cheminait donc vers l’est, ce qui pourrait suggérer l’idée d’un site entièrement orienté comme une église, avec la porte à l’ouest et le Christ Sauveur, lumière du monde, à l’est. Ce groupe d’églises, le véritable sanctuaire de Lalibela, nous semble avoir été conçu dans son ensemble comme une représentation de la rédemption par la croix plantée sur le tombeau d’Adam, au sommet du Golgotha. Un véritable traité théologique du Salut sculpté dans la pierre. En l’absence de documents de référence qui pourraient provenir de fouilles archéologiques menées par des spécialistes, on peut en effet penser que l’élaboration d’un tel ensemble d’églises rupestres résulte d’un projet unique, conçu par le génie d’un seul homme et réalisé dans un temps relativement court, qui pourrait effectivement correspondre à la période de vingt-quatre années dont nous parle la tradition orale.

Bieta Medhane Alem, l’église du Sauveur du Monde

Bieta Mariam, l’église de Marie

Bieta Meskal, l’église de la Croix

Bieta Denaghel, l’église des Vierges

Bieta Debré Sina (ou Bieta Mikael), l’église du mont Sinaï

Bieta Golgotha, l’église du Golgotha

La chapelle Selassié

Le tombeau d’Adam

Bieta Ghiorghis, l’église de Saint Georges

LES ÉGLISES DE LA PARTIE SUD

Ce groupe est constitué de deux églises conçues dès l’origine comme telles, les autres ont vraisemblablement eu, au temps des Zagwé, des fonctions profanes, si l’on considère leur structure fortifiée percée de tunnels. Sans doute ont-elles abrité à leur origine les appartements du roi et de sa suite. Dans les siècles qui ont suivi la chute de cette dynastie, Lalibela devint un centre exclusivement religieux et toutes les salles furent transformées en églises et aménagées pour le service divin. Une partie de ces monuments pourrait être considéré comme antérieure au sanctuaire de la partie nord. L’apparition d’un projet colossal et extrêmement coûteux comme la taille des églises et du sanctuaire de la partie nord présuppose en effet un site parfaitement sécurisé.

Bieta Gabriel et Rafael

Bieta Mercurios

Le Bethléem

Bieta Amanuel

Bieta Abba Libanos

Sources : Ethiopie : Au fabuleux pays du Prêtre Jean (Edition 2003)
Le Petit Futé : Ethiopie (Edition 2005/2006)

Voir aussi :

Lalibela
Album photo de Lalibela
Photo satellite de Lalibela
Vidéos de Lalibela
Affiches de Lalibela
Lalibela : La nouvelle Jérusalem
Lalibela : Pèlerinage dans la “Jérusalem noire”
Les festivités de la nativité à Lalibela

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