Les athlètes éthiopiens attirés par les médailles et l’or

Sur Meskel Square, la grande place d’Addis Abeba, une armée d’athlètes en devenir s’échauffent de bon matin en courant sur les gradins avant l’arrivée de leurs entraîneurs tout en espérant un jour décrocher la médaille et l’or qui va avec.

Sur un écran géant qui domine la place, on peut régulièrement voir les exploits des coureurs éthiopiens, comme le doublé olympique historique de Kenenisa Bekele et Tirunesh Dibaba, l’année dernière.

« Plus vous vous levez tôt, mieux c’est », confie à l’AFP Tirusew Wolde, 17 ans, pour qui l’image du rictus de Dibaba, drapée dans le drapeau éthiopien au moment de sa victoire à Pékin, est plus qu’une motivation, un idéal à atteindre. Parce qu’au-delà de l’exploit sportif admiré, il y a les millions que tous ces jeunes espèrent aussi gagner un jour.

« Bien sûr que j’en ai envie », explique à l’AFP Dissassa Jifar, quand on lui parle des gains de ses aînés. « Regardez-les : ils n’ont pas seulement réussi sur la piste. Ils vivent très confortablement », dit-il embrassant d’un geste large la capitale éthiopienne où ces dix dernières années, les constructions modernes se multiplient.

Les stars de l’athlétisme éthiopien, comme Haïlé Gebreselassié, Kenenisa Bekele ou Tirunesh Dibaba, ne sont pas les derniers à avoir investi avant même d’avoir raccroché. Tous issus de la pauvre campagne éthiopienne, ces champions se transforment en businessmen.

A quelques rues de Meskel Square où s’entraîne Dissassa, Haïlé Gebreselassié, véritable légende ici, a changé l’horizon d’un quartier auparavant décrépis : à 36 ans, il est l’exemple de ces success-story de la course à pied éthiopienne.

Né dans la zone pauvre d’Arsi (région Oromia), celui que l’on surnomme “le petit Prince”, est connu pour ne jamais regarder derrière lui. Au contraire comme sur le stade, il va de l’avant, difficile à suivre ! Son empire, qui s’étend du marketing sportif au cinéma, en passant par l’hôtellerie, est aujourd’hui estimé à 500 millions de birr (38 millions d’euros).

Son “dauphin”, Bekele qui détient le record mondial des 5 000 et 10 000 mètres, s’est lancé dans le même couloir. En plus d’un hôtel quatre étoiles à Addis Abeba, et de nombreux immeubles de bureaux, à 27 ans, ce dieu du stade a annoncé qu’il va financer un complexe sportif dernier cri pour héberger des compétitions internationales non loin de la capitale. Investissement : 10 millions de dollars.

« Ils sont exemplaires. En dépit de tous leurs succès, ils n’ont pas oublié leur pays », souligne Adam Tadesse, secrétaire général de la Fédération éthiopienne d’athlétisme. Selon des chiffres récents, les athlètes éthiopiens injectent plus de 15 millions de dollars par an dans ce pays pauvre de la Corne de l’Afrique, où le revenu moyen annuel par habitant est de 200 dollars. Des investissements favorisés par le gouvernement qui octroie d’importantes facilités et baisses fiscales aux sportifs de haut niveau.

Pour les aspirants à la gloire comme Dissassa et Tirusew, le tremplin pour le succès existe, mais ils devront dépasser leurs aînés. « Ils ont suffisament d’inspiration, ce qui participe au succès. Mais il y aura toujours une difficile compétition en Ethiopie », averti Elshadai Negash, responsable de l’Association internationale de la Fédération d’athlétisme.

A 25 ans, Dissassa espère toujours accéder au podium : « Je ferai de mon mieux pour ça. On ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve ».

Source : Jeune Afrique, 22 mars 2009

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