Kenenisa Bekele, pour l’histoire

L’Éthiopien, sur 10  000 m, peut doubler Zatopek et les plus grands.

Kenenisa Bekele

Des champions de légende, l’Éthiopie en a produit un certain nombre, dont le dernier grand s’appelait Haïlé Gebreselassié, champion aux pieds nus. À 39 ans, ayant échoué dans sa qualification pour le marathon des Jeux, le grand homme des hauts plateaux a endossé le rôle de parrain des jeunes coureurs de fond. Mais, de l’équipe d’Éthiopie, il en est un avec qui les rapports n’ont jamais été au beau fixe, Kenenisa Bekele. À 29 ans, le petit homme à l’éternel sourire discret est une légende. Rien à voir avec le charisme du géant Usain Bolt. Et pourtant, lui aussi, à Londres, peut entrer au panthéon de l’athlétisme, en décrochant samedi soir un troisième titre olympique sur 10 000 m.

«  Je ne cesse pas d’y penser  »

« Entrer dans l’histoire tient une grande place dans mon cœur », avait-il confié à Paris, il y a deux mois. « Ce n’est pas facile de décrocher trois titres aux Jeux. Si j’y parvenais, ce serait grand. Je ne cesse pas d’y penser. » Détenteur du record du monde sur 5 000 m et du 10 000 m, triple champion olympique et quintuple champion du monde sur ces deux distances, Kenenisa Bekele va tenter de reléguer dans le passé éternel quatre immenses figures de ce sport, Paavo Nurmi, Emile Zatopek, Lasse Viren et… son compatriote Haïlé Gebreselassié, qu’il avait égalées à Pékin.

La première fois qu’il battit son aîné sur 10 000 m, ce fut aux Mondiaux de Paris en 2003. Depuis, Kenenisa Bekele n’a pas perdu une seule course jusqu’en 2011. L’an passé, il a dû déclarer forfait pour les Mondiaux de Daegu en raison de blessures qui ne l’ont pas laissé en paix depuis 2009. D’aucuns le voyaient arrêter sa carrière. Il est reparti aussi fort qu’avant, claquant à Bruxelles un chrono (26’43”16) proche de son record mondial (26’17”53) : « Ce fut une course importante pour me donner confiance et la force de continuer. » Et de reconnaître qu’il avait à plusieurs reprises pensé à raccrocher : « Je reprenais parfois l’entraînement et je ressentais tellement de souffrance que je n’y croyais plus. J’étais au plus bas. Ce fut des moments très durs. »

Après Londres, quoi qu’il arrive, Bekele a « un dernier rêve », se mettre à la route, sur le marathon. Pour tenter là aussi de battre le record du monde, comme l’avait fait en son temps son aîné Haïlé Gebreselassié. « Tout le monde attendra de moi que je tente de battre ce record », détenu aujourd’hui par le Kenyan Patrick Makau Musyoki (2 h 03’38”). « J’ai toujours voulu courir plus vite que les autres. C’est mon objectif, ça l’a toujours été. »

Source : Le Figaro, 3 août 2012

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