Addis Abeba : Historique et situation générale

En juillet et août, le voyageur qui foule pour la toute première fois le sol de la capitale éthiopienne est surpris par le froid humide, les bourrasques de vent et les cumulus qui déversent des pluies diluviennes. Par contre, à la belle saison, d’octobre à juin, Addis Abeba, perchée à 2 400 m d’altitude au centre de la province du Choa et entourée de collines verdoyantes plantées d’eucalyptus, se découvre sous un ciel bleu de montagne. La température annuelle oscille entre 15°C et 25°C la journée et les nuits y sont fraîches.

En quittant l’aéroport en direction du centre-ville, le voyageur emprunte une large avenue à 4 voies (Bole Road, 6 km environ). Officiellement nommée Afrika Avenue, elle est bordée d’immeubles locatifs et de centres commerciaux. Cette avenue mène au Masqal Square (Place de la Croix).

Ne cherchez pas à apercevoir ne serait-ce qu’un seul vestige de la civilisation abyssine passée ; Addis Abeba est une ville récente, jeune de cent ans à peine (Addis Abeba signifie la “nouvelle fleur” en amharique). Elle vit le jour à la fin du siècle passé sous l’impulsion de l’épouse de l’empereur Ménélik II, l’impératrice Taitu.

Ménélik II, ex-négus de Choa, couronné roi des rois et empereur d’Ethiopie le 3 novembre 1889, était, comme ses prédécesseurs, un chef de guerre itinérant. Ses pérégrinations à travers le pays étaient motivées par des ambitions militaires, politiques et stratégiques – affaiblir ses rivaux, repousser les agressions étrangères et développer l’administration de son empire. Avant d’établir, de 1881 à 1891, son campement au centre du Choa sur les collines d’Entoto, il aménagea ses quartiers généraux à Ankober, sur le bord de l’escarpement de la vallée du Rift, à Leche dans le nord du Choa, à Warra Illu dans le sud du Wollo et sur le mont Wuchacha, non loin d’Addis Abeba.

En novembre 1886, quatre ans seulement après la construction de l’église d’Entoto Maryam où Ménélik II fut courronné empereur et quatre ans après l’édification de l’église octogonale de Saint-Raguel, respectivement à l’est et à l’ouest d’Entoto, l’impératrice Taitu déplaça sa cour sur le plateau de Finfine (ancien nom de l’actuelle Addis Abeba). Elle préférait le climat plus clément du plateau et ses sources d’eau thermale de Filwoha au blizzard des hautes collines d’Entoto. L’empereur, en campagne dans le Harargué, se plia à la volonté de sa femme, d’autant plus que le déboisement des collines était tel que le bois de feu commençait à faire défaut. Ce n’est néanmoins qu’en 1892 que Ménélik II s’installa à Addis Abeba. Il fit construire son palais, le Gebi, sur une des plus hautes collines des lieux et, non loin, l’église de Saint-Georges. Comme de coutume en Ethiopie, la cour, les nobles, les chefs de clan, leurs guerriers, les représentants des différentes régions et ethnies de l’empire se regroupèrent à la périphérie du palais pour jouer de leur influence.

Après la victoire des troupes éthiopiennes à la bataille d’Adwa (1er mars 1896) sur les envahisseurs italiens, le prestige de Ménélik II s’accrut à travers toute l’Europe. Toujours plus nombreuses, les missions diplomatiques et commerciales vinrent prospecter les nouveaux marchés à développer.

Cependant, les ressources forestières du plateau d’Addis Abeba s’épuisant, l’empereur décida au début du siècle de déplacer à nouveau sa capitale. L’emplacement choisi pour la nouvelle capitale était un village situé à 70 km à l’ouest d’Addis Abeba, Addis Alem (littéralement le “nouveau monde”). Les travaux pour la construction du palais commencèrent bon train, au plus grand désarroi des délégations étrangères qui avaient investi des sommes importantes pour la construction d’infrastructures à Addis Abeba. Par chance, l’empereur Ménélik II fut mis au courant des grandes capacités de régénération de l’eucalyptus, originellement importé d’Australie. En effet, l’eucalyptus atteint plus de 12 m de haut en 5 ans et entre 15 et 20 m en 12 ans. La capacité de régénération de ses taillis et sa production en bois de feu et bois de construction est phénoménale. Séduit par cet arbre providentiel, l’empereur ordonna l’importation de graines et organisa leur plantation. Les alentours de la capitale furent massivement reboisés, à tel point que nombre de hauts dignitaires voulaient que la capitale adopte le nom de Eucalyptopolis. L’ébauche du palais en construction d’Addis Alem fut convertie en église.

Lorsque les étrangers arrivaient à Addis Abeba, ils étaient reçus par le Zurichois Alfred Ilg, fidèle conseiller, puis ministre des Affaires étrangères de Ménélik II. Ilg prit une part importante dans le développement de la capitale et contribua au rayonnement du pays à l’étranger. Le début du siècle fut particulièrement heureux ; la construction de la voie ferrée qui relie Addis Abeba à la petite république portuaire de Djibouti (ancien Territoire français des Afar et des Issa, indépendant depuis 1977), enfin terminée en 1917, ancra définitivement la capitale au centre du Choa et la projeta dans une ère nouvelle. En 1963, sous l’égide d’Hailé Sélassié I, les chefs d’Etat africains se réunirent à Addis Abeba pour la première assemblée de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA). Ils établirent le siège de l’organisation dans la capitale éthiopienne.

Une fois au pouvoir, le Derg (1974) fractionna la ville en districts eux-mêmes divisés en kébélé (quartiers). De nos jours, conformément au nouveau découpage territorial institué par le gouvernement provisoire de transition, Addis Abeba est une ville autonome – la région 14 – fragmentée en 5 zones, 28 districts et plus de 300 kébélé.

L’Addis Abeba des étrangers se réduit à un périmètre encastré entre quelques grandes avenues plantées d’arbres et jalonnées de grands bâtiments lugubres et décrépis et à quelques quartiers résidentiels où seuls vivent les membres des organisations internationales, le corps diplomatique et les hauts dignitaires. L’Addis Abeba des Ethiopiens est bien différente. Elle est misérable ; les quartiers populaires qui regroupent la quasi-totalité des 4 millions d’habitants de la capitale sont un amalgame de maisonnettes aux murs et aux toits de tôle ondulée ou en pisé recouvert de chaume. Chaque lot de terre est une ferme à la ville. Entourées d’une palissade de bois, les habitations sont contenues dans une courette où les chèvres paissent, les poules picorent et où les femmes cultivent tant bien que mal quelques pousses de tef. Une fois les cahiers d’école refermés, les enfants conduisent la vache familiale et les chèvres brouter sur les terrains vagues et sur les esplanades défraîchies du centre-ville. A la saison des pluies, les habitations accrochées sur les versants pentus des collines d’Entoto sont envahies par les torrents de boue qui déferlent des collines. Chaque année, plusieurs d’entre elles et leurs occupants sont emportés par les flots. Les quartiers résidentiels construits dans des zones protégées sont épargnés par les déluges.

Trois catégories de véhicules sillonnent les routes de la capitale : d’une part, les robustes 4X4 immatriculées au nom d’organismes internationaux, les voitures officielles et autres voitures privées qui appartiennent à la petite minorité de nouveaux riches ; d’autre part, les mini-bus taxis et les taxis bleus (tous des modèles Fiat) d’une vétusté incomparable, qui circulent à tombeau ouvert.

La nuit, les trottoirs des grands axes, faiblement éclairés, sont arpentés par des jeunes femmes qui aguichent les clients de l’amour à bon marché.

Source : Ethiopie : Au fabuleux pays du Prêtre Jean (Edition 2003)

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