Le peuple Afar (Texte 1)

Le mot Afar désigne une population d’un peu plus d’un million de personnes qui forment une même communauté, bien que partagée en différents clans antagonistes. Ils occupent le territoire dit “afar”, un triangle d’environ 150 000 km2 dont la pointe sud est constituée par la ville d’Awash, la pointe est par la ville de Djibouti et la pointe nord-est par les îles Dahlak en Erythrée. Le triangle est délimité à l’ouest par les contreforts du plateau éthiopien. La partie du territoire qui se trouve en Ethiopie forme aujourd’hui un Etat qui fait partie de la Fédération éthiopienne, désigné sous le nom de Etat Afar. Il compte un million d’habitants, 80 % du total de la population afar, les autres 20 % étant partagés entre l’Erythrée et Djibouti. L’Etat Afar est divisé en cinq zones. La capitale, Assaïta, est située à une soixantaine de kilomètres au sud de Serdo dans la zone 1, à proximité de la frontière avec Djibouti. La route qui relie Awash à Djibouti parcourt d’abord la zone 3, de Awash à Adaytu, et ensuite la zone 1, jusqu’à la frontière. Les zones 4 et 5 occupent la plus grande partie de l’escarpement et du piémont, jusqu’à la latitude de l’amba Alage. La zone 2 pourrait être assimilée à la région du Danakil avec, en plus, une partie de l’escarpement jusqu’à l’altitude de 1 600 m, entre l’amba Alage et la frontière érythréenne.

Le climat de cette région est aride, avec des températures très élevées atteignant 50°C et plus dans la région qui va du lac Afdera à la chaîne volcanique de l’Erta Ale et aux plaines salées du Dallol.

La zone la plus favorable pour l’élevage est située sur les contreforts des hauts plateaux où la végétation est caractérisée par de grands acacias parasol. Dans les zones plus arides pousse l’Acacia Sénégal qui donne la gomme arabique.

L’année est partagée en quatre saisons qui se remettent difficilement du dernier phénomène du Nino qui boulversa le climat de l’Afrique de l’Est :
– Karma : Saison des pluies, de juillet à septembre (1 000 mm dans les années favorables)
– Kahira : Saison sèche, de septembre à novembre
– Gilal : Saison sèche ou de petites, qui correspond à l’hiver, de décembre à mars
– Sugun : Petite saison des pluies, de mars à avril

Les Afar parlent le Afar-Af, langue d’origine couchitique et professent la religion islamique. Ils respectent la pratique des cinq prières et du Ramadan et se conforment au code sunnite. Ils portent des amulettes avec des extraits du Coran tout en croyant aux démons et aux esprits maléfiques et gardant une certaine liberté par rapport aux préceptes religieux. Avant l’islamisation, les Afar croyaient apparemment déjà en un Dieu unique qui ne pouvait pas avoir de représentation matérielle.

L’histoire des populations Afar se perd dans les brumes des temps. Elles apparaissent au 13ème siècle dans les écrits du géographe arabe Ibn Saïd sous le nom de Dankal et sont réunies sous le royaume d’Adal. Au 16ème siècle, le royaume subit la pression expansionniste des Oromo, populations conquérantes venues du Sud.

Depuis l’Antiquité, la population afar est partagée en deux branches, ayant chacune sa généalogie propre : les Asohimera, dont est issue la famille du Sultan d’Aoussa, qui jouissaient dans un passé encore récent d’un pouvoir et d’un prestige plus grands et occupent la partie la plus basse du triangle, et les Adohimera, qui occupent quant à eux les parties les plus élevées du piémont et de l’escarpement.

LA VIE SOCIALE DES AFAR

L’organisation sociale est fondée sur le système des clans (kedo), clans nobles et clans roturiers. On en dénombre une centaine, dominés par un chef appelé Kedo Abba kedo. Les différents clans étaient réunis sous l’autorité de sultans, dont les plus importants étaient au nombre de quatre : Tajoura et Raheito à Djibouti, Aoussa et Biru en Ethiopie.

Le type d’autorité détenu par le chef du sultanat d’Aoussa est celle se rapprochant le plus de notre conception actuelle de celle d’un chef d’Etat. Le clan se subdivise en communautés locales ou abbabagu, partagées en familles, dans l’acception la plus large du terme (kadda buramara), elles-mêmes placées sous l’autorité d’un grand-père. Le foyer (bura) constitue le noyau familial dont les différents membres s’appellent Abba (père), Ina (mère), Anna (tante), Abu (grand-père) et Aboya (grand-mère). Les membres du clan sont solidaires et donc tenus, en fonction de leurs revenus, à faire face aux éventuelles situations de crise ou autres (famines, mariages, décès, etc…) pouvant survenir dans le clan.

Les territoires tribaux sont circonscrits par des frontières naturelles telles que oueds, collines et rochers.

Le pouvoir judiciaire est exercé par le Dinto, institution dont le but est de maintenir la paix intérieure, sur la base du droit appelé Mad’a, transmis oralement. Tous les problèmes pouvant surgir dans la vie quotidienne sont résolus en principe au niveau du clan. Le Dinto règle donc, entre autres, les mariages, l’utilisation des pâturages et des points d’eau, ainsi que les problèmes relatifs aux actes délictueux et criminels. La loi du talion est appliquée. Un homme libre assassiné doit être vengé par ses frères, mais le meurtre peut être racheté par le paiement d’une compensation qui correspond à 100 chameaux. La perte d’un oeil sera compensée par 50 chameaux, un bras ou une jambe cassés par 50 vaches. Si la victime est une femme, la compensation sera réduite de moitié. Tous les dix ans, les anciens des différentes tribus se réunissent pour procéder à la liquidation de toutes les dettes de sang.

Les rites qui régissent la vie sociale sont nombreux et mériteraient tous d’être évoqués. Nous nous contenterons ici de décrire celui de la circoncision. A l’âge de 15 ans, les garçons sont circoncis en public par la main d’un guerrier valeureux, sous les yeux des anciens et des braves, qui se tiennent à cheval. Tous les membres de la tribu se pressent autour du jeune garçon, à l’affût du moindre gémissement de douleur. Après l’opération, les garçons doivent appeler, à haute et intelligible voix, autant de noms de vaches que possible, pour prouver leur résistance à la douleur. Toutes les vaches qu’ils arrivent à nommer – rarement plus de deux ou trois – deviennent leur propriété. Meurtris et sanguinolents, ils doivent ensuite chasser et tuer un animal, même s’il ne s’agit que d’un oiseau ou d’un lézard, et le ramener.

Pour les jeunes filles, le rite est encore plus douloureux : une vieille femme (alutina) pratique sur elles l’excision (ambiya) et l’infibulation (kentera), pour garantir leur virginité jusqu’au mariage.

Le mariage, possible dès 13 ans pour les jeunes filles et 15 ans pour les jeunes garçons, est régi par des conventions très rigides : dans les clans du sud, chaque garçon prend comme première épouse sa cousine (fille de sa tante paternelle). Toute fille est en effet réservée de droit au fils de l’oncle matenrel et, en cas de refus, elle peut être condamnée à la mort. Ce mariage ne nécessite pas le paiement d’une dot. Pour les trois autres épouses (la loi coranique en autorisant quatre au maximum) issues de communautés différentes, la dot est nécessaire.

Un homme peut demander la divorce en cas de stérilité de son épouse. Une femme peut aussi le demander, par exemple, lorsqu’elle juge que son mari n’a pas suffisamment de vaches à traire. Si une femme désire divorcer de son mari pour contracter une autre union, son futur mari doit payer douze vaches pour la libérer de son premier engagement. Dans ce cas, tous les enfants restent avec le père, excepté ceux en bas-âge, qui demeurent avec leur mère.

Dans la famille afar, la femme occupe une position subalterne et ses droits sont limités. C’est l’homme qui décide de l’endroit propice à l’implantation de la hutte, du moment le plus opportun pour le transfert du campement, de l’achat ou de la vente des animaux, etc… Les enfants gardent les troupeaux et l’absence de scolarisation maintient le taux d’analphabétisme (proche de 98 %) de la population dans les zones rurales.

Dans la vie quotidienne, les tâches sont partagées de manière claire entre les hommes et les femmes. Ainsi l’homme est responsable de la sécurité de la famille, participe aux décisions de son groupe, garde les troupeaux de boeufs et de dromadaires, trait les chamelles, construit l’enclos, tue les animaux et les dépouille.

La femme, quant à elle, éduque les enfants, construit la tente, collecte le bois, est chargée de la corvée de l’eau, garde les troupeaux de chèvres et de moutons, s’occupe des agneaux et des chevreaux, baratte le lait dans les outres de peau.

L’économie de la région est essentiellement pastorale. Les Afar sont des pasteurs semi-nomades, ils possèdent en effet des campements fixes, où ils reviennent toujours après la transhumance. Le lait aigre et l’avoine constituent l’essentiel de leur nourriture, la viande est consommée uniquement lors des festivités. Le campement est contitué de tentes, faites d’arceaux en bois et de nattes végétales, et d’enclos pour les animaux. Les anclos des veaux et des chevreaux sont entourés de branchages d’épineux ou de murets de pierres. Les vaches et les dromadaires passent la nuit dehors, gardés par les bergers. Les vaches, récemment croisées avec des zébus venus d’Asie, appartiennent à une très ancienne race, peut-être même celle des Ankole qui vivaient au Sahara il y a plus de 4 000 ans, reconnaissables dans certaines peintures d’époque préhistorique. Les moutons sont à queue grasse. Une vache peut donner trois litres de lait par jour, une chamelle six, une chèvre et une brebis un gobelet. Ce qui justifie que, lors des échanges, une chamelle vaille deux vaches et une vache vingt chèvres.

Les ressources tirées directement du troupeau sont insuffisantes à la survie du groupe. Pour y pallier, les Afar se rendent, entre autres, aux marchés de Bati et de Senbété où ils vendent du beurre, des chèvres, des moutons et des barres de sel et achètent aux paysans oromo des légumes, du tabac, des épices, du grain, des ustensiles de cuisine en aluminium et des vêtements. Ils trouvent aussi des ressources complémentaires dans l’artisanat, la coupe du bois, la production de charbon de bois, l’exploitation de salines et le transport du sel. Les populations afar vivant souvent en dessous de la limite considérée comme le minimum vital, sont facilement victimes de la famine notamment en cas de sécheresse affectant les troupeaux. On estime à 300 000 le nombre de personnes mortes, en 1973, en raison du manque de nourriture et d’eau, alors que plus de la moitié de la population afar, soit 800 000 personnes environ, ont péri misérablement lors de la grande famine de 1984.

Source : Ethiopie : Au fabuleux pays du Prêtre Jean (Edition 2003)

Voir aussi :

Le peuple Afar (Texte 2)
Album photo du peuple Afar
Vidéos du peuple Afar
Affiches du peuple Afar
Chants traditionnels Afar
Abay, jeune femme Afar

6 commentaires pour “Le peuple Afar (Texte 1)”

  1. said on 16 Mar 2008 at 8:31

    Qafar ani hay

    Long life to Afar people in anywhere there are……

  2. abdourahman on 10 Feb 2011 at 23:27

    salut,je m’appelle Abdourahman et je suis un AFAR et si vous me permettez je veux vous aider un petit peu sur l’article. l’équivalent du grand pere en AFAR n’est pas
    (ABU) comme vous l’avez noté mais plutôt (kaddaba).
    le mot (abu) s’applique pour nommer l’oncle maternelle
    et merci…

  3. ali on 25 Dec 2012 at 19:00

    qafar anihay.vive les afars

  4. Mohamed abdallah on 08 Oct 2015 at 15:15

    Bonjour je m’appelle mohamed et je vous remerci pour toute cette recherche et que vous a fait une tel découvert de grand peuple afar .
    qafar anihay

  5. alis on 04 May 2016 at 16:09

    Bonjour pouvez vous l’expliquer comment les afar entretiennent leur cheveux? voici ce que j’ai trouver sur google:

    ayant laissé pousser cheveux, QAS XAGO, les macère une première avec un shampoing naturel tiré d’une plante appelée RUGAAGE LAGDA afin de les rendre soyeux et tombant. Il enduit ensuite sa tète graisse appelée XAYTA qui augment la douceur des cheveux tout en protégeant de la chaleur durant la journée.

    peut on trouvez ces produit en europe? Merci

  6. Amin Hamadou on 18 Oct 2016 at 15:48

    Salut je m’appel amin hamadou je suis afar cet article est vraiment super et enfin je vs remerci pour faire une tel rechercher sur notre communaute
    et encore merci

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