Al Amoudi se donne cinq ans pour tirer l’Ethiopie de la pauvreté

par Hance Guèye

43ème fortune mondiale, évaluée à 9 milliards de dollars, Mohammed Hussein Al Amoudi veut tirer son pays natal, l’Ethiopie, de la pauvreté dans les cinq ans.

Le 4 décembre 2009 à Shekiso Wareda, en Ethiopie, des étudiants ont manifesté dans la rue pour protester contre la décision de l’entreprise Midroc de déplacer son exploitation aurifère de Lega Dembi au site de Sakaro. En douze ans d’opérations dans la zone, Midroc n’a construit ni routes, ni écoles, ni ponts, ni cliniques, déploraient les manifestants. Le 7 décembre, le relais était pris par les étudiants de l’Université d’Addis Abeba, qui se sont plaints auprès du bureau de l’Organisation démocratique du peuple, membre du Front populaire révolutionnaire démocratique éthiopien, EPRDF, au pouvoir. Les étudiants ont également soulevé le problème de l’indemnisation de deux mille paysans déplacés pour les besoins de l’exploitation aurifère.

Le représentant du parti au pouvoir n’a pas partagé l’avis des étudiants. Sans se prononcer sur la question de l’indemnisation, il a soutenu, au contraire, que Midroc mérite plutôt leur gratitude pour être l’un des plus gros investisseurs d’Ethiopie.

Ailleurs, une telle manifestation relèverait du simple fait divers, normal dans la vie d’une grande entreprise qui entend se désengager d’une région pour une autre. Mais le fait se déroule en Ethiopie, pays sous contrôle strict du pouvoir. Le chef de l’opposition, Birtukan Mideksa, y purge, depuis décembre 2008, une condamnation à perpétuité. Le 22 décembre 2009, de nouvelles lourdes peines ont été prononcées. Cinq condamnations à mort et trente-trois autres à la prison à perpétuité contre des opposants ou de simples manifestants.

Volontariste ou démagogique ?

Lui-même, choisissant plutôt la sobriété, a répondu : « Travaillons ensemble pour tirer ce pays de la pauvreté dans les cinq prochaines années. »

L’Ethiopie a beau se vouloir révolutionnaire, le tapis rouge n’est pas de trop pour le premier investisseur du pays qui y compte 1 400 employés rien que pour la compagnie aurifère Midroc Gold. Depuis 1998, l’entreprise a extrait 34 tonnes d’or pour des gains évalués à 466 millions de dollars. Pour s’approprier la mine, il a payé au gouvernement, à travers l’Agence fédérale de privatisation, 172 millions de dollars. Le 24 novembre 2009, un nouveau contrat pour l’extraction de 20 483 tonnes d’or pendant douze ans lui a été signé. Il lui faudra investir dans la mine de Sakaro, dans la région Oromia, plus de 37 millions de dollars rien que pour les travaux d’aménagement du site. Cette deuxième mine devrait doubler les revenus des exportations éthiopiennes d’or, qui sont actuellement de 105 millions de dollars. Midroc payera 130 millions de dollars de royalties et de taxes au gouvernement qui a annoncé récemment disposer de près de 40 tonnes d’or d’une valeur estimée à plus de deux milliards de dollars.

Muhammad Hussein Al Amoudi ne se contente pas d’investir dans l’or dans son Ethiopie natale qui l’a vu naître en 1946 à Dessié. Il y a investi au total plus de deux milliards de dollars sous la bannière du consortium Midroc, plus connu dans l’or dont il produit annuellement six tonnes qui devraient doubler cette année. Il y possède également des hôtels, le luxueux Sheraton d’Addis Abeba et, en construction dans l’enceinte du siège de l’Union africaine, un autre palace cinq étoiles, des hôpitaux, des centres commerciaux. Une de ses succursales, Elfora, produit de la viande, de la volaille et des produits agricoles qu’elle exporte vers l’Arabie saoudite, Dubaï, le Yémen, Djibouti, l’Egypte, la Côte d’Ivoire et le Congo.

Voile de mystère

Un voile de mystère plane sur sa vie. A commencer par sa nationalité. Il a acquis la nationalité du royaume saoudien, où il a grandi en 1965, mais se réclame toujours de l’Ethiopie et vit entre les deux pays.

Les origines de cette fortune ne sont pas bien connues. Il ne s’agit pas d’un héritage en tous les cas. Sa fortune attire d’autant plus les curiosités qu’elle recèle la part d’ombre des fortunes miraculeuses qui nourrissent tous les fantasmes. Parce qu’Al Amoudi a commencé plutôt petit, dans la vente de matériel de construction en Arabie saoudite, avant de se lancer dans l’énergie. De mère éthiopienne et de père yéménite, sa fortune se compose aujourd’hui d’actifs dans le BTP, l’immobilier, les hydrocarbures, les mines. Elle s’est bâtie à travers le groupe Mohamed International Development Research and Organisation Company (Midroc), qu’il a créé en 1991, et Corral Group, dont le portefeuille est surtout implanté en Europe et au Moyen-Orient avec Preem Petroleum, la plus grande compagnie intégrée de pétrole en Suède, composée de plusieurs entreprises, Svenska Petroleum & Exploration, SAMIR, Naft Services Company (Arabie Saoudite) and Fortuna Holdings (Liban). Il a commencé ses investissements suédois en 1974. Le roi de Suède Carl XVI l’a décoré de l’Ordre royal suédois.

Honneurs présidentiels et royaux

Sa fortune est aujourd’hui diverse par sa nature comme par son implantation. Outre Djibouti et l’Ethiopie, Al Amoudi est au Maroc, en Suède, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis… Au total, il compte 40 000 employés.

Au Maroc, il est le président du groupe Corral Petroleum International et du conseil d’administration de la SAMIR, société de raffinage dont il a visité le 3 août 2009 le chantier de modernisation. Il est également très présent à Djibouti où il a les honneurs de la présidence de la République. Le milliardaire y envisage la construction d’une nouvelle ligne de chemin de fer pour relier la capitale djiboutienne à Addis Abeba.

Des sources libanaises attribuent sa fortune à la famille royale saoudienne, à laquelle il est visiblement très lié. Jusqu’en 1994, Al Amoudi dirigeait le Saudi Amoudi Group avec Ibrahim Ben Ali Ben Mussalam, connu pour être l’un des principaux gestionnaires de la fortune du roi Fahd.

L’ombre de Ben Laden

Al Amoudi possédait aussi une banque américaine, la Capital Trust Bank de New York, qui a pu être impliquée dans des transferts de fonds des pays du Golfe vers la mouvance Oussama Ben Laden.

Autre ombre, son association avec Khaled Ben Mahfouz et Salah Idriss, les propriétaires de l’usine Al-Shiffa, au Soudan, bombardée par l’armée américaine en riposte aux attentats contre les ambassades américaines de Nairobi et Dar es-Salam. Khaled Ben Mahfouz a une réputation plutôt sulfureuse. Il était le président de la Banque de crédit et de commerce international (BCCI), réunissant capitaux arabes et pakistanais et mise en faillite après avoir été accusée de corruption et de blanchiment d’argent, affaires dans lesquelles la famille royale saoudienne aurait été impliquée.

La crise financière a affecté la fortune du milliardaire. La baisse de 30 % de valeur de la bourse entre août et décembre 2008 et la chute des cours du pétrole n’ont pas été sans dommages pour lui.

Malgré tout, sa fortune demeure solide. FORBES l’évalue à neuf milliards de dollars, ce qui le situe au 43ème rang du classement de novembre 2009, entre Jack Taylor et sa famille et Anne Cox Chambersy.

Le magazine, toujours très prudent, qualifie sobrement sa fortune de “personnelle”. Son origine, le pétrole. Il ne lui est pas connu d’études universitaires. Marié, il a huit enfants. La présumée princesse saoudienne Sarah Mohammed Al Amoudi, âgée de vingt ans, menacée de lapidation dans son pays et qui aurait bénéficié secrètement d’un asile en Grande-Bretagne, selon un article du journal Ethiopian Review mis en ligne le 27 janvier dernier, n’en ferait pas partie. Le cabinet d’avocats américain DLA Piper, basé à Washington, agissant pour le compte du magnat, a menacé de poursuites judiciaires le directeur de la publication Elias Kifle, qui n’a pas pour l’heure publié ni démenti ni excuses, comme l’y somme le cabinet.

Source : Les Afriques, 4 mars 2010

1 commentaire pour “Al Amoudi se donne cinq ans pour tirer l’Ethiopie de la pauvreté”

  1. ismail ibrahim ali on 08 Nov 2010 at 20:39

    hello je suis un jeune medecin generaliste ,gradue en 2008,a CUBA,je travaille dans la sante publique , mais on a beaucoup de difficulte , je voudrais specialiser en chirurgie pour aider ma patrie

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