Debré Damo
(Autre nom : Debra Damo)
Debré Damo (14°22′21′′N, 39°17′24′′E) est un monastère isolé qui se situe à 37 km à l’ouest d’Adigrat, à 24 km à l’est d’Enticho et à 6 km à l’ouest de Biset, dans la zone Tigré Centre de la région Tigré.
Il est connu pour son église de pierre datant du 6ème siècle ainsi que pour sa situation exceptionnelle au sommet d’une falaise. Il se trouve en effet sur un amba (montagne de pierre se terminant par un sommet plat et lisse) aux parois abruptes, de 3 000 m de haut et de 0,5 km2 de superficie (1 000 m de long sur 500 m de large), offrant une vue circulaire sur le massif de l’Hazemo, situé en Erythrée, vers le nord et les montagnes d’Adwa à l’est.
Le monastère aurait été fondé au début du 6ème siècle par l’Abuna Za Mikaël, plus connu sous le nom d’Aregawi (l’Ancien), l’un des neuf saints syriens venus d’Egypte. Aregawi aurait appartenu à une riche famille royale. A 14 ans, il devint moine dans une communauté de saint Pacôme, en Egypte. Il quitta ensuite la Thébaïde pour Axoum où il choisit l’amba Damo pour y établir son monastère. La saint laissa sa mère Edna, devenue elle-même nonne, dans une faille rocheuse qu’on appelle encore aujourd’hui Bet Elèm (maison de la mère). Le mystère reste entier sur la façon dont Abba Aregawi parvint au sommet et comment les moines réussirent à y apporter les pierres qui composent l’église principale. La légende raconte qu’il fut hissé, sur ordre de saint Michel, par un énorme serpent. On dit aussi que Tekle Haymanot, un disciple d’Abba Aregawi, vit des ailes lui pousser pour s’échapper lorsque le Diable coupa la corde sur laquelle il était en train de grimper – après cela, il fut capable de voyager régulièrement dans les airs jusqu’à Jérusalem ! On retrouve donc ici le souvenir des cultes naturistes et chtoniens antérieurs à l’arrivée du christianisme.
Debré Damo est devenu l’un des plus grands centres du christianisme et du monarchisme dans le pays. Il rassembla dans le passé plusieurs milliers de moines et quelques deux mille nonnes installées au pied de la falaise. En outre, il fut souvent le refuge des rois pendant les conflits (en 1540, l’empereur Lebna Dengal, en exil après sa défaite face à Ahmed Gragn, mourut et fut enterré à Debré Damo). On dite aussi que le dirigeant axoumite du 6ème siècle, Gebré Meskel, est enterré au monastère. Debré Damo, comme Gishen Maryam ensuite, fut utilisé pendant des siècles comme lieu d’incarcération pour les princes revendiquant le trône impérial. On dit que, lorsque la reine Yodit renversa Axoum, elle massacra tous les princes de Debré Damo, qui étaient plus de 400 selon certains calculs.
Aujourd’hui, la seule façon d’atteindre Debré Damo est d’en escalader la falaise de 15 m à l’aide d’une sangle de cuir tractée depuis le sommet. Ce lien, appelé jendé, symbolise le serpent qui, selon la légende, avait soulevé Aregawi. Le monastère, interdit aux femmes, attire encore une multitude de pèlerins à l’occasion de sa fête célébrée le 24 octobre et conserve une grande influence, bien que la fermeture de la frontière avec l’Erythrée lui ait fait perdre une part non négligeable de ses subsides.
L’amba est occupé par un véritable village de petites habitations où vivent quelques 300 moines. On y trouve aussi plusieurs citernes destinées à récupérer l’eau potable, deux églises ainsi que des pâturages où divague un bétail exclusivement de sexe mâle provenant des dons des pèlerins.
L’église principale du monastère porte le nom d’Abba Aregawi. La légende veut qu’elle ait été édifiée par l’empereur Gebré Meskal (6ème siècle), au nord-est de l’amba, du vivant de son fondateur. En réalité, elle semble être de quelques siècles postérieure (10ème ou 11ème siècle) mais reste toutefois considérée comme la plus vieille église non-troglodyte d’Ethiopie. Longue de 20 m et large de 9 m, elle comporte deux étages et représente un magnifique exemple d’architecture axoumite en pierre, argile et bois, à “tête de singe” que l’on retrouve dans les grandes stèles d’Axoum. Précédée d’un vestibule qui occupe toute la largeur de l’édifice, provenant certainement d’un adjonction tardive, l’église est dotée d’un narthex divisé par trois colonnes de pierre qui soutiennent un splendide plafond en bois, à caissons sculptés, représentant des figures géométriques et des végétaux stylisés, ainsi que des animaux parfois monstrueux, ouvrage unique en Ethiopie. A l’intérieur de l’église, trois nefs sont séparées par six colonnes monolithes, probables témoins d’un ancien temple. De très intéressants motifs géométriques en bois décorent leur plafond. Elle fut peut-être légèrement agrandie au moment de la construction du tombeau du roi Lebna Dengal. Le Saint des Saints est surmonté d’une coupole en bois d’environ 2 m de diamètre, recouverte de portraits peints. L’église a été rénovée dans les années 50 sous la direction de David Buxton, un des plus grands connaisseurs de l’architecture axoumite. Aujourd’hui, seul le portail et le narthex sont accessibles au public.
Une petite église plus récente est bâtie sur le flanc est du plateau. Elle dissimule l’entrée d’une ancienne grotte, lieu de l’ermitage d’Aregawi. C’est là qu’il disparut un 24 octobre : en effet, tout comme le prophète Elie, il ne serait pas mort mais, soustrait aux regards des humains, il attendrait l’heure de la résurrection à l’intérieur du Saint des Saints. Près de cette église, on peut voir un certain nombre de tombes troglodytes. Sur la principale falaise, se trouvent plusieurs étroites grottes d’ermites, qui se nourrissent de pain et d’eau descendus depuis le monastère à l’aide de cordes.
TRANSPORTS
Sur la route entre Adigrat et Adwa, au km 42, une piste sur la droite indique (assez mal) la direction de Debré Damo. Continuer sur cette piste durant environ 11 km et, après avoir franchi le torrent Na Hayoug, remonter en direction de la falaise sur le côté est de l’amba. On gare son véhicule à proximité de maisonnettes situées non loin de la falaise, qui constituent un monastère (réservé aux femmes).
En véhicule privé, le monastère peut être aisément visité en une excursion d’une journée au départ d’Axoum, Adwa ou Adigrat, ou sur le chemin entre Axoum et Adigrat. Si vous comptez louer un véhicule dans le but de vous rendre au monastère, mieux vaut le faire à partir d’Adigrat : comptez environ 300 birr pour un 4×4 ou un minibus, alors que, depuis Axoum ou Adwa, cela vous coutera environ 900 birr.
Il n’existe pas de transports en commun officiels pour se rendre à Debré Damo. Vous pouvez cependant prendre le bus entre Adigrat et Adwa, demander à être déposé à l’embranchement et faire du stop jusqu’au monastère. Il y a de grandes chances que vous trouviez quelqu’un pour vous déposer mais ce n’est pas garanti. Alors préparez vous pour une marche de 11 km en plein soleil : prévoyez beaucoup d’eau, de la crème solaire, un chapeau et peut-être un peu de nourriture. Si vous avez besoin, vous pouvez dormir au monastère mais il n’y a pas de nourriture disponible, l’eau potable est assez douteuse et il y a beaucoup d’insectes.
Pour pouvoir grimper jusqu’au monastère, vous devrez payer le prêtre qui tient la corde. Le prix officiel est de 50 birr mais un pourboire est également attendu. Les femmes sont interdites au monastère et les hommes sont susceptibles d’être interrogés sur leur foi avant d’être autorisé à le visiter.
Source : Bradt Travel Guide Ethiopia (Edition 2005)
Ethiopie : Au fabuleux pays du Prêtre Jean (Edition 2003)
Le Petit Futé : Ethiopie (Edition 2005/2006)
Voir aussi :
Ethiopie, les sommets de la foi : Pèlerinage à Debré Damo
Album photo de Debré Damo
Vidéos de Debré Damo
La région Tigré
La zone Tigré Centre
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