La jeunesse éthiopienne peut donner à la nation un air différent

Un cliché de la jeunesse éthiopienne à un moment donné en dit long sur les exploits qu’elle ne cesse de réaliser sur les pistes internationales.

De temps à autre, les titres des journaux y reviennent: “Un Ethiopien pulvérise le record du monde”, “…Reçoit les honneurs comme marathonien”, “… Désigné athlète de l’Année”, mais dans les rues d’Addis Abeba, la capitale éthiopienne, la réalité est toute autre.

Sauf une couverture occasionnelle dans la presse locale, les compétitions sportives ne donnent que peu de visibilité à la jeunesse de ce pays, qui court plutôt après sa survie.

Contrairement aux stars de la piste, la plupart des jeunes Ethiopiens sont marginalisés par la presse, simplement parce qu’ils font souvent un mauvais départ dans le contexte d’une pauvreté extrême.

Avec 40 % de sa population de près de 80 millions d’habitants composée de jeunes de moins de 15 ans, l’Ethiopie est confrontée à une multitude de problèmes sociaux, économiques et même politiques. La Banque mondiale estime que 47 % de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté.

Selon le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP), 30 % des jeunes Ethiopiennes urbaines de 10 à 14 ans ne vivent pas avec leurs parents.

Il ne s’agit pas d’un choix personnel de vivre seule, mais la pauvreté, les conflits au sein de la famille, la violence, la négligence, l’alcoolisme ou la toxicomanie dans leurs foyers font partie des facteurs qui poussent les adolescentes à la marginalisation, où les choses peuvent mal tourner pour le restant de leur vie.

Une enquête récente dans la région Amhara (nord-ouest) indique que la moitié des filles y ont été mariées avant leur quinzième anniversaire, généralement à des hommes beaucoup plus âgés. Elles ont été forcées d’avoir des relations sexuelles, souvent avant leur première menstruation.

Ces filles s’enfuient souvent vers les zones urbaines pour échapper à un mariage précoce. La plupart d’entre elles finissent dans les taudis d’Addis Abeba à la recherche d’un travail, d’une éducation ou tout simplement de la liberté.

« Le plus souvent, ces filles finissent prises dans le filet de la pauvreté des taudis urbains », souligne le FNUAP dans son Rapport sur la situation de la Population mondiale en 2007.

Le FNUAP suggère que les urbanistes, les dirigeants politiques, les employeurs et les organisations de la Société civile ont un intérêt commun à soutenir l’ingéniosité et la créativité des jeunes et à créer un environnement urbain débarrassé de la pauvreté et de la violence.

Les autorités d’Addis Abeba prennent ces réalités sociales à cœur. Avec le début de la nouvelle année scolaire (à partir de septembre), l’administration de la ville s’est engagée à prendre à bras le corps les questions qui préoccupent les citoyens à propos de l’éducation des jeunes.

Les boutiques de khat et autres commerces dans les environs des écoles qui ont un impact négatif sur la croissance saine des élèves, garçons et filles, vont devoir fermer, a annoncé ce week-end le Bureau de l’éducation.

Produite dans tout le pays, le khat est une importante culture de rente en Ethiopie, où il se classe deuxième derrière le café en termes de recettes annuelles d’exportation. Le café et le khat sont tout aussi populaires en zone urbaine que rurale pour leur effet stimulant léger.

Bien que le gouvernement ait interdit la vente de khat et d’alcool aux abords des écoles, les intervenants à la réunion organisée dimanche à l’Ecole de formation des enseignants de Kotebe à Addis Abeba dans le cadre de la Journée des étudiants se sont plaints que ces activités aient repris en force.

Ni les responsables de l’Education ni ceux de la Santé n’ont parlé des problèmes de santé publique pouvant être causés par la consommation de khat.

En apparence, le problème le plus évident est le nombre croissant de jeunes qui se tournent vers l’alcool et la drogue parce qu’ils n’ont pas été suffisamment préparés à faire face aux difficultés de l’existence depuis l’enfance.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), on assiste à une augmentation des cas de dépression et des troubles psychotiques aigus chez les adolescents en Afrique en raison de la pauvreté qui est exacerbée par des conditions socioéconomiques difficiles.

Puisque les pays africains n’ont pas suffisamment de ressources financières et humaines pour prendre en charge de manière adéquate le fardeau des troubles mentaux, la prévention reste la meilleure solution.

Malgré le fait que des thérapies efficaces existent pour presque tous ces troubles, l’OMS souligne que la plupart des individus souffrant de problèmes mentaux en Afrique ne reçoivent pas de traitement médical du tout, tandis que ceux qui essaient d’y accéder sont rebutés par son coût.

Le Directeur de l’éducation de la municipalité d’Addis Abeba, Hagos Hailu, a annoncé qu’une vaste campagne sera bientôt lancée pour démolir les points de vente du khat et des autres stimulants légers vendus autour des écoles.

Par ailleurs, des représentants de certaines associations de jeunes du pays ont cité la toxicomanie et le mariage précoce comme étant les problèmes les plus critiques pour la jeune génération éthiopienne.

S’exprimant dimanche au cours d’une réunion avec le Premier ministre Meles Zenawi, les jeunes ont également mentionné le chômage, la marginalisation des jeunes filles et les comportements socialement déviants comme constituant des obstacles aux efforts nationaux pour permettre aux jeunes de jouir de leurs droits.

Dans sa réponse, M. Zenawi a déclaré que son gouvernement allait assurer une place aux jeunes dans les domaines politique, économique et social tout en cherchant les moyens de résoudre les problèmes auxquels la jeune génération est confrontée.

Le Premier ministre a également souligné l’importance du rôle des parents et des enseignants dans le développement des jeunes, afin que ces derniers puissent jouer pleinement leur rôle dans la vie politique du pays une fois parvenus à l’âge adulte.

Mais surtout, la jeunesse éthiopienne doit donner de son pays une meilleure image qui parle plus de développement, au-delà des performances sur une piste d’athlétisme.

Source : JeuneAfrique, 24 septembre 2007

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