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Le début de la faim

Véritable plaie du pays dans les années 1970-1980, la famine menace à nouveau quelque 15 millions de personnes.

Dolo Odo, Camp, Ethiopie, Ethiopia

D’ici à 2030, on ne parlera plus de malnutrition en Éthiopie. En tout cas, c’est ce que promet Addis Abeba. Mi-juillet, le gouvernement a même consigné son engagement dans la Déclaration de Sekota, rendue publique dans cette ville du nord du pays, principal foyer de la famine dans les années 1980. « Nous avons pris les dispositions nécessaires pour améliorer la nutrition infantile et les conditions sanitaires dans les zones sensibles », jure un conseiller au ministère de l’Agriculture. Mais silence radio ou presque lorsqu’il s’agit de mesurer l’impact de la menace que fait peser aujourd’hui El Niño sur le pays.

Ce phénomène climatique, causé par le réchauffement de l’océan Pacifique, risque en effet d’accentuer la sécheresse et de provoquer de fortes pluies suivies d’inondations, selon les Nations unies. Mettant notamment en péril les récoltes. « On en est conscients et on y travaille », se contente de lâcher le conseiller. Le sujet dérange, à l’évidence. En 1974, l’empereur Haïlé Selassié était tombé après que la population ait protesté contre son incapacité à lutter contre la famine sévissant dans l’ancienne région de Wollo.

La menace d’une crise alimentaire plane toujours au-dessus du pays, telle une épée de Damoclès

Quatre décennies plus tard, malgré tous les efforts entrepris ces dernières années et un taux de croissance à deux chiffres, la menace d’une crise alimentaire plane toujours au-dessus du pays, telle une épée de Damoclès. À en croire le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), « plus de 3 millions d’enfants dans 198 woredas » sur les quelque 500 districts que compte l’Éthiopie sont déjà victimes d’El Niño.

Dans les régions concernées (Afar et Somali principalement), « les familles ne parviennent plus à subvenir aux besoins alimentaires, et encore moins à envoyer leurs enfants à l’école », rapporte l’Ocha. Des ONG sur place tirent la sonnette d’alarme : 15 millions d’Éthiopiens risquent d’être frappés de famine ! Selon elles, il faudrait au moins 411 millions de dollars pour répondre aux besoins urgents (alimentation, santé, éducation…) dans les six prochains mois.

Source : Jeune Afrique, 19 octobre 2015

Les faibles précipitations nécessitent une nouvelle aide alimentaire rapide

Les organisations humanitaires demandent de l’aide alimentaire supplémentaire dans les régions du sud et du nord-est de l’Ethiopie où la récolte de mi-février à mai a beaucoup souffert des précipitations irrégulières pendant le Belg (saison des pluies courtes).

« Nous avons une grave pénurie de nourriture dans la plupart des régions qui dépendent de la saison belg, notamment la région Peuples du Sud » a déclaré Mike McDonagh, directeur du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) en Ethiopie.

D’autres zones du nord-est du pays sont concernées, dans les régions Amhara, Oromia et Tigré.

La récolte belg, qui représente jusqu’à 40 % de la production alimentaire annuelle dans certaines régions, devrait diminuer en 2012. Ceci est dû au retard des précipitations entre mi-février et mai. Ces pluies sont tombées avec deux à huit semaines de retard et sont restées en dessous des prévisions.

« La situation est préoccupante et surveillée de près » a indiqué Judith Schuler, porte-parole du Programme alimentaire mondial (PAM) en Ethiopie, ajoutant que le nombre de personnes touchées par l’insécurité alimentaire pourrait augmenter.

Actuellement, il y aurait 3,2 millions de personnes touchées par l’insécurité alimentaire en Ethiopie, soit moins que le pic de 4,5 millions atteint lors de la sécheresse de la Corne de l’Afrique en 2011. Ces chiffres doivent être actualisés à la mi-juillet.

Le PAM a besoin de 183 millions de dollars d’ici à la fin 2012 pour secourir 2,5 millions des 3,2 millions de personnes nécessitant une aide alimentaire d’urgence.

La situation dans la région Peuples du Sud, frontalière du Kenya et du Soudan du Sud, est particulièrement préoccupante.

La récolte belg représente dans cette région 35 à 40 % de la production. Les cultures racines, principalement des patates douces, représentent à elles seules 50 % de la récolte dans certains secteurs. Or, selon les dernières analyses (en mai) d’alerte précoce et de réponse du gouvernement, cette longue période de sécheresse a eu des conséquences désastreuses sur les récoltes et a également touché d’autres cultures comme les haricots, les pommes de terre et le maïs qui devaient combler le déficit alimentaire entre mars et juin.

Les organisations humanitaires ont déclaré qu’une période de récupération insuffisante après la sécheresse de 2011 pourrait aggraver la situation des ménages vulnérables dont les avoirs et autres stratégies de survie se révèlent insuffisants.

Augmentation de la malnutrition

« Le nombre de personnes atteintes de malnutrition est déjà en train d’augmenter », a indiqué M. McDonagh (OCHA).

Selon OCHA, pour la seule région Peuples du Sud, près de 90 000 enfants, femmes enceintes ou allaitant leur enfant sont relativement malnutris à présent, et ce chiffre augmente.

« Le mois de mars a été pire que février, avril a été pire que mars et nous prévoyons que mai sera pire qu’avril », a déclaré M. McDonagh. « Cela empire pendant un certain temps et ensuite, peut-être vers juillet août… cela pourrait diminuer de nouveau ».

« Nous avons besoin de rations alimentaires générales, ce que nous appelons des secours alimentaires. Nous avons besoin de plus de compléments alimentaires, ainsi que de nourriture thérapeutique. Nous avons également besoin d’autres éléments tels que des semences. »

Selon l’Unité de coordination de nutrition d’urgence du ministère de l’agriculture, il y a une augmentation du nombre d’enfants atteints de malnutrition sévère au sein des programmes d’alimentation thérapeutique, cette augmentation étant plus forte et plus avancée qu’en 2011.

Ainsi, les admissions à ces programmes ont augmenté de 15,3 % de janvier à février, et de 27 % de plus de février à mars. Les chiffres de mars à avril ne sont pas disponibles.

Selon Mitiku Kassa, ministre d’état de l’Agriculture, les ministères de l’agriculture et de la santé suivent la situation de près en matière d’insécurité alimentaire.

« L’irrégularité des saisons des pluies résultant [de] problèmes de [ce] type n’est pas quelque chose de nouveau pour nous », a ajouté Mitiku. « Nous avons connu la même situation l’année dernière et l’année d’avant et, jusqu’à présent, nous arrivons à gérer le problème… Le pays dispose de suffisamment de ressources et de mécanismes sur place pour faire face cette fois, cependant. »

Source : IRIN, 31 mai 2012

Un collectif d’artistes se mobilise
pour la Corne de l’Afrique !

Plus de 60 artistes de la scène française et internationale enregistrent un single au profit de la lutte contre la crise nutritionnelle et alimentaire dramatique qui frappe 4 pays de la Corne de l’Afrique (Somalie, Ethiopie, Kenya, Djibouti), et dont les premières victimes sont les enfants… “Paris-Africa : à l’unisson pour les enfants !”

Le sort des enfants dans plusieurs régions de la Corne de l’Afrique n’a pas laissé indifférent Roberto Ciurleo, ancien directeur des programmes de NRJ et actuel patron du réseau Goom Radio sur internet : à son initiative, et en partenariat avec France Télévisions sous la responsabilité de Nathalie André (Directrice de l’Unité Jeux et Divertissements de France 2), une chanson a été proposée à plus d’une soixantaine d’artistes… Ils ont répondu présent pour exprimer symboliquement leur solidarité.

« Je veux pas l’aumône. Je veux pas déranger. Mais juste un peu d’eau. Pour faire des ricochets, pour faire des ricochets, pour faire des ricochets »… C’est le refrain de la chanson “Des Ricochets”, écrite par Lionel Florence, Patrice Guirao et Frédéric Chateau, est en cours d’enregistrement, depuis le début du mois de septembre à Paris, par les artistes qui collaborent à ce single qui sortira en octobre, et dont les bénéfices seront entièrement reversés à l’Unicef, pour ses programmes d’aide aux enfants en Somalie, en Ethiopie, au Kenya et à Djibouti.

Une deuxième phase d’enregistrement

D’autres artistes se sont joints à cette mobilisation, en enregistrant leurs voix pour le single mi-septembre à Paris.

Quant à lui, Youssou N’dour, ambassadeur de l’Unicef, s’est rendu dernièrement dans un camp de réfugiés somaliens au Kenya, le chanteur a appelé à une mobilisation massive en faveur des enfants de la Corne de l’Afrique. « Je trouve cela inacceptable que des enfants soient confrontés à une telle tragédie », a-t-il témoigné sur place. « Chacun de nous a un rôle à jouer dans la réponse à cette urgence, nous devons faire le maximum pour que ce drame ne se reproduise pas. Je suis certain que les agences humanitaires font tout ce qu’elles peuvent pour venir en aide rapidement aux enfants dans le besoin. Nous devons faire tout notre possible pour que chaque enfant dans le besoin bénéficie de l’aide et de la protection nécessaires ».

Un single, puis un double-album et un clip…

La chanson “Les Ricochets” sera complétée fin octobre par un double-album, compilation de morceaux des différents artistes baptisée “Paris-Africa, à l’unisson pour les enfants”, ainsi que par un clip.

>>Téléchargez le single “Des Ricochets”<<

Voir aussi :

Les stars unies contre cette “Putain de Famine”

Les stars unies contre cette “Putain de Famine”

“Putain de Famine”, c’est le cri que lancent les stars pour alerter sur la famine qui s’abat sur la Corne de l’Afrique.

La famine continue encore et toujours de ravager la Corne de l’Afrique. La Somalie, L’Ethiopie, le Kenya et Djibouti sont touchés par une sécheresse sans précédent qui entraîne maladie, famine et une crise humanitaire abominable.

Depuis plusieurs semaines, les stars se sont mobilisées et 50 Cent par exemple a proposé une solution en lançant une boisson énergétique. Mais ce n’est pas suffisant !

Il est du devoir de chacun d’agir, et c’est le message qu’essaie de faire passer ONE, une organisation non gouvernementale co-fondée par Bono, qui compte 2,5 millions de membres et dont le but est d’éveiller les consciences sur la situation en Afrique.

Pour toucher le plus grand nombre, ONE a lancé une campagne publicitaire réunissant des stars internationales et des stars françaises, qui dénoncent la situation. “The F Word : Famine is the Real Obscenity” ou “Putain de Famine” sont les deux spots qui tournent en boucle sur la toile.

Ils réunissent Bono, Colin Farrell, Jessica Alba, Joe Jonas, Annie Lennox, Clive Owen ou encore Kristin Davis.

Dans la version française on retrouve Vincent Cassel, Sophie Marceau, Yvan Attal, Frédéric Diefenthal, le chanteur Féfé, Yann Arthus-Bertrand et même les marionnettes de PPD et de Chirac de chez Les Guignols. Mais aussi des artistes internationaux qui s’expriment en français comme Youssou N’Dour, Annie Lennox, Ewan McGregor pour dire stop à la famine.

Ces images ont été volontairement mises sur la toile précisément un mois avant la réunion du G20, qui se tiendra à Cannes les 3 et 4 novembre prochains. L’association ONE entend ainsi mobiliser l’opinion publique afin de pousser les dirigeants, qui se rencontrent bientôt sur la côte d’Azur, à agir d’urgence ! Pour cela il est possible de signer la pétition, car comme le précise la fin du spot “Nous ne demandons pas votre argent mais votre voix”.

Visionner le spot en français :

Visionner le spot en anglais :

>>> Signer la pétition <<<

Crise alimentaire et surpopulation

par Gaëlle Laleix

Ecouter le reportage

L’Ethiopie affronte en ce moment une grave crise alimentaire, comme le reste de la Corne de l’Afrique. Près de 4,5 millions de personnes auraient besoin d’assistance selon le gouvernement. Les autorités locales et les ONG s’organisent pour distribuer de la nourriture dans le sud et l’est du pays, notamment en dans les régions Somali et Oromia, qui sont les plus touchées. Mais cela soigne les symptômes sans soigner la maladie, dont l’une des causes est notamment la surpopulation. Le taux de natalité éthiopien est d’environ six enfants par femme, c’est trop.

Source : RFI, 29 août 2011

Le sud de l’Ethiopie touché par la “sécheresse verte”

par Gaëlle Laleix

Ecouter le reportage

« Les pluies existent, mais sont capricieuses. C’est la sécheresse verte. »

En Ethiopie, la crise alimentaire se poursuit. Près de 4,5 millions de personnes ont désormais besoin d’assistance. Dans une région du sud éthiopien, l’une des neuf du pays, la saisons des pluies, irrégulière ou décalée dans le temps a perturbé les récoltes ou fortement endommagé les cultures. Les lieux, très peuplés, font face à une paradoxale “sécheresse verte” : alors que le paysage y est vert et luxuriant, il n’y a quasiment pas de récolte. Une répétition de la crise de 2008 dans cette partie de l’Ethiopie.

Source : RFI, 14 août 2011

Voir aussi :

Dans le sud de l’Ethiopie, la malédiction de la “sécheresse verte”

Dans le sud de l’Ethiopie, la malédiction de la “sécheresse verte”

par Jenny Vaughan

Enfants, Children, Malnutrition, Shebedino, Ethiopie, EthiopiaShundure Tekamo est confrontée à un insupportable dilemme : rester avec son nourrisson souffrant de malnutrition dans ce centre de santé du sud de l’Ethiopie ou retourner chez elle pour trouver de quoi nourrir ces cinq autres enfants.

« Je n’arrive pas à réfléchir ; tout ce que je veux c’est sauver mon enfant », explique cette jeune mère, debout aux côtés de son fils Berhanu, alité. « Mais en même temps, je m’inquiète parce que j’ai laissé mes autres enfants » chez moi, ajoute-t-elle désemparée.

C’est la seconde fois depuis décembre que Berhanu est admis dans ce centre de santé de Shebedino, à 225 km au sud de la capitale Addis Abeba, son état se détériorant en raison du manque chronique de nourriture.

Dans la région Peuples du Sud, une des neuf régions administratives du pays, une succession de saisons des pluies irrégulières ou décalées a entraîné de très faibles récoltes ou endommagé les cultures, provoquant de très graves pénuries alimentaires.

Cette région, densément peuplée, fait face à une “sécheresse verte” : tandis que le paysage y apparaît vert et luxuriant, les récoltes sont quasi-inexistantes. Une répétition de 2008 dans cette partie du pays.

Plus de 250 000 personnes ont besoin d’une aide humanitaire d’urgence dans cette partie du sud de l’Ethiopie selon le gouvernement, un nombre sûrement trois fois supérieur selon les organisations humanitaires présentes sur place.

« Les principales causes d’insécurité alimentaire sont la sécheresse récurrente, la pression démographique et la dégradation des sols », explique à l’AFP le coordinateur de la région pour la sécurité alimentaire, Getachew Lemma.

Selon les Nations unies, quelque 4,5 millions d’Ethiopiens nécessitent une assistance humanitaire en raison de cette sécheresse qui affecte environ 12 millions de personnes en Afrique de l’Est. A Shebedino, leur nombre ne cesse de progresser.

Malnutrition, Shebedino, Ethiopie, Ethiopia« Le taux de malnutrition augmente », assure Daniel Legisso, qui travaille pour le gouvernement sur la sécurité alimentaire dans le sud de l’Ethiopie. Selon lui, le taux de malnutrition des enfants a progressé de 5 % depuis mai. « La situation actuelle est très tendue par rapport aux années précédentes », ajoute-t-il.

Melcamu Tilahun, modeste agriculteur, ne saurait le contredire : son maïs a séché sur pied en raison de faibles précipitations et trois de ses quatre enfants souffrent de malnutrition. « Cette année, je n’ai même pas de quoi nourrir ma famille pour trois semaines », déplore-t-il.

Ce père de famille envisage même d’abandonner l’agriculture pour ouvrir un petit commerce. « Si je peux obtenir un prêt et changer de boulot, je pourrai nourrir ma famille », espère-t-il.

Le gouvernement a lancé un programme pour apprendre aux mères de famille à reconnaître les symptômes de la malnutrition.

De son côté, le Programme alimentaire mondial (PAM) est engagé dans une opération de plus longue haleine (cinq ans), où les bénéficiaires reçoivent de l’argent et de la nourriture en échange de leur labeur dans les champs. Un des responsables de ce programme du PAM, Yohannes Desta, met toutefois en avant la nécessité d’investir dans des projets d’irrigation et dans un meilleur accès aux engrais pour aider durablement les fermiers locaux.

Mais pour ceux dont la survie est en jeu actuellement, à l’image de Shundure et de son bébé, l’aide humanitaire d’urgence demeure la priorité. « Je n’ai pas de nourriture pour mes enfants chez moi. Je n’ai même pas de lait à leur offrir », se désole-t-elle.

Source : AFP, 10 août 2011

Voir aussi :

Le sud de l’Ethiopie touché par la “sécheresse verte”

Les agences de l’ONU mettent en garde contre l’aggravation de la malnutrition

Les agences humanitaires internationales ont averti que la malnutrition aiguë pourrait s’aggraver dans les régions de l’Ethiopie à cause du manque de fonds pour nourrir quelque 2,5 millions de personnes dont les rations alimentaires ont été réduites de moitié.

Le déficit d’approvisionnement alimentaire a affecté la distribution d’aide alimentaire dans diverses parties de l’Ethiopie et devrait toucher les allocations futures de la moitié de tous les bénéficiaires.

La ration alimentaire complète de 4,5 kg de mélange maïs-soja, qui a été attribuée à 2,3 millions de personnes, a été réduite à 2,5 kg. Ceux qui sont couverts par le Programme alimentaire mondial (PAM), soit 1,2 million de personnes, recevront 3 kg de mélange maïs-soja.

« Comme la filière alimentaire continue d’être sous-financée, la prochaine série d’aide alimentaire risque d’être distribuée sous forme de rations réduites, ce qui peut entraîner une aggravation de la malnutrition dans les zones touchées par la sécheresse », a indiqué le Bureau des Nations unies pour les affaires humanitaires (OCHA) .

Dans son bulletin hebdomadaire, cet organisme des Nations unies a appelé à plus d’engagements de la part des donateurs pour rétablir l’approvisionnement alimentaire.

L’Ethiopie fait face à une grave sécheresse, avec 4,5 millions de personnes qui ont besoin d’une aide alimentaire.

Les agences d’aide ont également dénoncé le manque de fonds pour mener à bien des études sur les flambées de maladies et les soins ambulatoires.

Source : Afrique en ligne, 3 août 2011

En Ethiopie, des terres cultivables sont revendues pour la production d’agrocarburants

Dans la Corne de l’Afrique, près de douze millions de personnes sont aujourd’hui menacées de famine. La sécheresse frappe la région de plein fouet, décimant aussi des cheptels entiers de bovins, et la situation est suffisamment dramatique pour que l’Ethiopie et certaines zones voisines aient été placées par les Nations Unies en situation d’urgence humanitaire. Les terres cultivables allouées à la culture vivrière, elles, sont de plus en plus rares, et dans le contexte actuel le fait qu’Addis Abeba les revendent à des entreprises occidentales pour la production d’agrocarburants est d’autant moins acceptable.

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Plus de 250 000 hectares de terrain auraient été cédés dans la vallée de l’Omo, l’une des régions les plus fertiles du pays et qui joue un rôle prépondérant dans l’approvisionnement en eau. Désireuses de répondre à la demande croissante des pays industrialisés en biocarburants, certaines entreprises y ont bâti un empire florissant sur le dos de populations dont la survie est plus que jamais menacée. « L’entreprise d’Etat Kuraz Sugar Project détient 150 000 hectares dans la vallée de l’Omo et a commencé depuis le mois dernier à y planter de la canne à sucre », a précisé Sophie Baillon, chargée de communication de l’ONG Survival International, à nos confrères de 20 Minutes. « Une autre société italienne spécialisée dans les agro-carburants, Fir-El Green, opère quant à elle au sud de l’Omo, près du Lac Turkana, et possède au moins 30 000 hectares de palmiers à huile », a-t-elle ajouté. Les intéressées, elles, utiliseraient toujours le même système de défense : « leur argument principal est d’apporter le développement dans cette région », rapporte Mme Baillon.

Acculés, des Ethiopiens ont même rejoint ces plantations destinées à la production d’essences alternatives… mais dont l’empreinte environnementale est au bout du compte plus élevée que celle des combustibles thermiques. Une aubaine pour les exploitants, qui rémunèrent leurs salariés soixante-dix centimes d’euros par jour. Pour faciliter l’irrigation de leurs terres et augmenter substantiellement leurs rendements, deux barrages ont également été installés sur le fleuve Omo. Un troisième, en cours de construction depuis plus de cinq ans, pourrait devenir la structure hydroélectrique la plus importante du continent noir. Son électricité produite serait d’abord destinée à l’exportation, principalement vers le Soudan, et donc une nouvelle fois au détriment des populations locales, qui aux dires de Mme Baillon seraient aujourd’hui sous la menace d’une expulsion de leurs propres terres…

D’après l’OCHA (Office for the Coordination of Humanitarian Affairs), qui coordonne les affaires humanitaires des Nations Unies, il faudrait débloquer 2 milliards de dollars (1,4 milliards d’euros) pour aider les pays de la Corne de l’Afrique. On n’en serait pour l’heure qu’à la moitié. Surtout il est clair que si des cultures vivrières continuent d’être affectées à la production d’agrocarburants, le pays, qui doit déjà batailler pour atténuer les effets du changement climatique, aura bien du mal à s’en sortir.

Source : Zegreenweb, 28 juillet 2011

Des pistes pour éliminer la famine dans la Corne de l’Afrique

par Audrey Garric

Des enfants décharnés, des files de réfugiés en quête de vivres sur des terres désespérément arides : ce sont les stigmates de la situation humanitaire dramatique que traverse la Corne de l’Afrique, en proie à une sécheresse sans précédent. Une crise pire aujourd’hui qu’il y a quelques années, et qui pourrait encore s’aggraver dans les mois à venir, alors que la prochaine saison des pluies n’est attendue qu’en octobre. D’ici-là, près de 12 millions de personnes risquent une malnutrition aiguë.

Insécurité alimentaire, Famine, Camp de réfugiés, Somalie

Mercredi 27 juillet, le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) devait réunir les ambassadeurs des pays donateurs pour faire le point sur la situation en Somalie, pays qui subit de plein fouet la sécheresse et où deux régions ont été déclarées par l’ONU en situation de famine. L’objectif : mettre sur pied des plans d’urgence, mais aussi dessiner des solutions à long terme pour résorber la crise.

S’ADAPTER AU CHANGEMENT CLIMATIQUE

Si les remèdes tardent à voir le jour, les causes du mal, elles, sont connues depuis un moment : la sécheresse extrême donc, la pire depuis un demi-siècle, liée aux faibles précipitations qui ont caractérisé les deux dernières saisons des pluies ; la flambée des cours des principales denrées alimentaires ; et les conflits et guerres civiles qui émaillent le quotidien de ces pays.

Sur le plan climatique, il n’y a pas grand chose que les populations et organisations humanitaires puissent faire. S’il n’est pas encore avéré que les sécheresses des étés 2010 et 2011 soient directement imputables au réchauffement de la planète, ce dernier va, selon les scientifiques, multiplier l’occurrence de phénomènes climatiques extrêmes. La Corne de l’Afrique, touchée tous les cinq ou six ans par le phénomène de la Niña, va ainsi subir des sécheresses plus régulières, espacées d’un ou deux ans.

A défaut d’influer sur le changement climatique, s’y adapter est donc essentiel. « La principale solution passe par le soutien aux petits exploitants agricoles, car ce sont eux qui nourrissent la majorité des populations dans les pays du Sud. Ils développent à leur niveau des techniques agricoles résilientes au changement climatique », assure Isabelle Brachet, chargée de mission pour l’ONG Peuples solidaires-ActionAid.

AUGMENTER LA QUANTITÉ ET LA QUALITÉ DE LA PRODUCTION

Comment permettre concrètement de maintenir voire d’augmenter la production ? En assurant l’accès à la terre, à l’eau, aux semences et à la formation des agriculteurs, et en particulier des femmes, ce qui est loin d’être une réalité actuellement, répondent les ONG. Quant aux éleveurs, plus durement touchés par la sécheresse mais aussi davantage laissés pour compte par les gouvernements, il s’agit de leur fournir du fourrage, de l’eau et des médicaments pour éviter que des épidémies ne déciment leurs troupeaux. « Dans les zones critiques, on devrait par exemple négocier l’accès du bétail aux pâturages des parcs nationaux et des ranches privés », avance Isabelle Brachet.

Au-delà de l’aspect quantitatif, l’augmentation de la valeur ajoutée est également nécessaire. « Il s’agit de réorienter la recherche vers les pratiques des paysans pour les améliorer, ainsi que d’investir dans des infrastructures de stockage et de transport afin de leur permettre d’écouler leur marchandise facilement », explique Jean-Cyril Dagorn, chargé des questions alimentaires et agricoles à Oxfam. Aujourd’hui, entre 30 et 60 % de la production agricole est perdue entre la ferme et le marché, selon la FAO.

Enfin, la question des réserves alimentaires d’urgence, mais aussi sur le long terme, s’avère cruciale pour stopper la volatilité des prix des denrées alimentaires. « Il ne faut plus attendre que la crise survienne pour faire des stocks, estime Isabelle Brachet. Lorsque les quantités sont suffisantes, ce qui a par exemple été le cas au Kenya il y a quelques années, les gouvernements doivent constituer des réserves, tant au niveau national que régional, qui permettront de juguler la flambée des prix agricoles en cas de faibles récoltes. » Car, selon l’ONU, la raréfaction de l’offre a provoqué une flambée des prix de 30 à 80 % dans les zones touchées par la sécheresse au Kenya, et de 270 % en Somalie.

Toutes ces mesures, il n’y a pas de miracle, demandent des fonds. L’ONU a estimé à 1,8 milliard de dollars le montant de l’aide humanitaire nécessaire en Afrique de l’Est en 2011. « On est loin du compte : il manque encore 800 millions et les besoins vont augmenter d’ici la fin de l’été, prévient Jean-Cyril Dagorn. En France, en particulier, l’effort est largement insuffisant : depuis juillet, l’Hexagone s’est seulement engagé sur 5 millions de dollars, contre 29 millions en Allemagne ou 66 en Australie. » Surtout, pour Oxfam, il y a urgence à augmenter la part de l’aide publique au développement consacrée à l’agriculture, qui ne dépassait pas, de 2005 à 2009, 7 % au Kenya et en Ethiopie, et 1 % en Somalie.

RÉSORBER LES CONFLITS

Surtout, aucune de ces mesures n’est réalisable sans une amélioration de la situation géopolitique de la région. « La question alimentaire constitue un enjeu stratégique de pouvoir pour certains groupes ou pays. La résolution de la crise alimentaire passe donc par la résolution des conflits », assure Philippe Hugon, directeur de recherches, spécialiste de l’Afrique à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).

A Mogadiscio, la crise alimentaire est « absolument liée aux destructions causées par la crise somalienne », déclarait mardi dernier Donald Kaberuka, le président de la Banque africaine de développement. En cause : les vingt années de chaos politique qui ont suivi l’effondrement de l’Etat somalien, empêchant régulièrement, du fait de l’insécurité, les paysans de cultiver leurs terres et d’acheminer leur production. La prise de contrôle d’une partie du territoire par les shebab a par ailleurs aggravé la situation : ces groupes islamistes radicaux ont interdit la distribution de l’aide par le Programme alimentaire mondial, considérant les ONG comme “anti-islamistes”. Devant l’aggravement de la crise, les shebab ont cependant changé d’avis la semaine dernière et autorisé les agences humanitaires à revenir.

« Il faut maintenant permettre à l’aide alimentaire d’être délivrée de manière pérenne. C’est tout un travail de terrain qui consiste à sécuriser les routes en négociant avec les shebab », explique Philippe Hugon. Mais certains pays, comme les Etats-Unis, ne cachent pas leur opposition à un dialogue, par peur de voir se renforcer, sur le long terme, l’influence des groupes islamistes liés à Al-Qaida. « Les puissances occidentales cherchent autant à aider les populations locales qu’à éviter que la Somalie ne devienne le terreau du djihadisme islamique. Elle veulent également sécuriser les routes maritimes qui font l’objet d’actes de piraterie fréquents », ajoute-t-il.

Pour le chercheur, une solution pourrait être trouvée en se tournant vers les factions les plus modérées des shebab : « La communauté internationale doit négocier, par le biais d’interlocuteurs comme l’Union africaine, la Ligue arabe ou l’Organisation de la confédération islamique, avec des franges modérées des shebab, qui pourraient accepter d’assurer la sécurité alimentaire des populations pour gagner une certaine légitimité et asseoir leur pouvoir. »

Des actions diplomatiques seraient aussi nécessaires dans d’autres pays de la Corne de l’Afrique. Les Etats-Unis, par exemple, qui aident militairement l’Ethiopie ou le Kenya, pourraient aussi, selon Philippe Hugon, intervenir et faire pression sur les gouvernements locaux pour qu’ils aident davantage les zones déshéritées qu’ils ont délaissées, afin d’affaiblir les revendications autonomistes de certains groupes rebelles.

Source : Le Monde, 27 juillet 2011

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