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Les stars de l’athlétisme bâtissent leurs empires

Les stars éthiopiennes de l’athlétisme investissent massivement dans l’économie, en particulier dans l’immobilier. Au point que certains érigent de véritables petits empires.

Haïlé Gebreselassié, AwassaHaïlé Gebreselassié, double champion olympique du 10 000 m, possède trois immeubles à Addis Abeba. Deux de plus que Derartu Tulu, la première femme noire africaine à avoir remporté une médaille d’or olympique, en 1992. Quant à Gebregziabher Gebremariam, champion de cross-country, il est en train de faire construire le sien. Dans la capitale éthiopienne, les bâtiments poussent au fil des succès remportés par les enfants du pays qui, avec leurs rivaux kényans, dominent la course de fond mondiale depuis plus de vingt ans. Il est vrai qu’une seule victoire dans l’un des grands marathons mondiaux, avec des gains qui peuvent aller jusqu’à 200 000 dollars (environ 150 000 euros) à Dubaï, permet de se constituer une petite fortune à faire fructifier. Surtout dans un pays où 30 % des habitants vivent encore avec moins de 0,60 dollar par jour.

Pour ces sportifs souvent issus de milieux très modestes, le bâtiment reste le secteur le plus sûr pour placer des revenus aléatoires, et la vigueur du marché de l’immobilier dans la capitale leur promet de jolies plus-values. Leurs investissements ne sont cependant pas toujours guidés par la stricte rationalité économique. Ainsi la ville d’Asela, qui a vu naître nombre de grands athlètes, compte aujourd’hui presque autant d’hôtels que de champions – Derartu Tulu et Haïlé Gebreselassié en possèdent notamment un chacun. « Il y a très peu de touristes dans la région. Ces établissements servent plus à inviter leurs amis, faire plaisir à leur famille et contribuer au développement de la région qu’à être rentables », constate Sileshi Bisrat, directeur de la communication de la Fédération éthiopienne d’athlétisme. « Contrairement à ce qui se passe ailleurs, poursuit-il, nos athlètes placent leur argent au pays plutôt qu’à l’étranger. Même Maryam Yusuf Jamal, une coureuse bahreïnie d’origine éthiopienne, a choisi de faire construire à Addis Abeba. »

Secrets abyssins

La longévité de certaines carrières a en revanche donné naissance à des entreprises rentables. Ainsi le triple médaillé d’or olympique et recordman du 5 000 m et du 10 000 m Kenenisa Bekele fait construire un hôtel international à proximité de l’aéroport d’Addis Abeba. À Sululta, le lieu d’entraînement traditionnel des athlètes, sur les hauteurs de la capitale, il possède en outre un centre d’entraînement privé, avec piste d’athlétisme aux normes et chambres d’hôtel. Il cible une clientèle internationale intriguée par les secrets des coureurs abyssins.

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JO 2012 : Tariku et Kenenisa Bekele, les frères fondeurs

Kenenisa et Tariku Bekele, deux frères sur qui repose tout les espoirs éthiopiens de médailles au JO de Londres.

Kenenisa Bekele, Tariku Bekele

Courir en Ethiopie, c’est un peu comme jouer au football au Brésil, au rugby en Nouvelle-Zélande ou au cricket en Inde. Depuis les Jeux olympiques (JO) de Rome en 1960 et la première médaille d’or d’un coureur éthiopien, Abebe Bikila, ce pays de la Corne de l’Afrique squatte les sommets, chez les hommes comme chez les femmes. À Londres, les principaux espoirs des Ethiopiens reposeront sur un nom et deux athlètes, les frères Bekele : Kenenisa et Tariku. Après une immense déception : l’échec de Haïlé Gebreselassié à se qualifier pour ces Jeux, où il espérait effectuer son dernier tour de piste olympique. Il avait déjà quelque peu amorcé son déclin en arrivant sixième du 10 000 m aux JO de 2008 et en mai dernier, lors d’une ultime tentative pour se qualifier aux Jeux de Londres, il n’était arrivé que septième du 10 000 m de Hengelo (Pays-Bas), loin derrière Tariku Bekele, 25 ans, vainqueur de la compétition.

Malgré ce revers, Gebreselassié a toujours envie de courir (mais uniquement des marathons) et envisage de se lancer dans la politique. Détenteur de 27 records du monde (sur 5 000 m, 10 000 m, en semi-marathon et marathon) et double champion olympique sur 10 000 m (1996 et 2000), avec 39 ans au compteur et des jambes qui le portent un peu moins qu’avant, il arbore en tout cas, à l’aube de sa deuxième vie, autant de médailles qu’un général ougandais à la retraite.

Trois médailles d’or d’affilée ?

Les frères Bekele espèrent donc s’inscrire dans les pas de leur aîné. Pour Kenenisa, 30 ans, déjà triple champion olympique (sur 10 000 m en 2004, 5 000 m et 10 000 m en 2008) et plusieurs fois champion d’Afrique et du monde, l’objectif se rapproche. Même le Britannique d’origine somalienne Mohammed Farah, actuel détenteur du record d’Europe du 10 000 m, ne semble pas pouvoir rivaliser avec l’aîné des Bekele, dont l’ambition est de réussir l’exploit de remporter à Londres une troisième médaille d’or olympique d’affilée sur 10 000 m.

Tariku, de cinq ans son cadet, est encore loin du compte, même si ses résultats épousent une courbe ascendante. Champion du monde en salle du 3 000 m en 2008, sixième du 5 000 m aux JO de Pékin en 2008, il est régulièrement cité parmi les favoris des Jeux londoniens. À son âge, Gébrésélassié était déjà champion olympique.

Source : Jeune Afrique, 26 juillet 2012

Marathon : L’Ethiopie aurait fait ses choix pour les Jeux olympiques

Ayele Abshero, Dino Sefer et Getu Feleke représenteront l’Ethiopie en marathon lors des Jeux olympiques, d’après la sélection publiée par l’IAAF. Haïlé Gebreselassié est donc définitivement hors-jeu, puisque les réservistes se nomment Markos Geneti et Tadesse Tola.

Chez les dames, Tiki Gelana, Asselefech Mergia et Mare Dibaba ont été sélectionnées (Bezunesk Bekele et Tirfi Beyene Tsegaye sont réservistes).

Source : Sports.fr, 18 mai 2012

L’athlète Haïlé Gebreselassié,
prix “Prince des Asturies” des sports 2011

L’athlète éthiopien Haïlé Gebreselassié, détenteur du record du monde du marathon (2h03:59), a remporté le prix “Prince des Asturies” des sports 2011, a annoncé vendredi le jury de cette importante distinction espagnole.

Haïlé Gebreselassié

La Fondation “Prince des Asturies”, patronnée par Felipe de Bourbon, héritier du trône d’Espagne, décerne chaque année huit prix (Communication et Humanités, Recherche scientifique et technique, Sciences sociales, Arts, Lettres, Coopération internationale, Concorde, et Sports), chacun doté de 50 000 euros. Tous ces prix sont ensuite remis lors d’une cérémonie organisée en octobre à Oviedo.

La légende éthiopienne est le « meilleur coureur de longue distance de tous les temps », a souligné dans un communiqué le jury, qui explique avoir voulu récompenser son « excellence, à la fois sportive et humaine ».

« C’est un athlète qui est de plus engagé dans l’humanitaire et joue un rôle de médiateur dans les multiples conflits qui touchent l’Ethiopie depuis des années », a-t-il poursuivi.

Gebreselassié, 38 ans, détenteur de deux titres olympiques (1996, 2000) et quatre titres mondiaux (1993, 1995, 1997, 1999) sur 10 000 mètres, avait annoncé sa retraite sportive début novembre 2010 à la suite d’une blessure à un genou, avant de revenir sur sa décision. Lors de son retour à la compétition en avril, il a remporté le semi-marathon de Vienne. Il rêve aujourd’hui de décrocher en 2012 la médaille d’or du marathon aux Jeux Olympiques de Londres.

Gebreselassié était notamment en compétition pour le prix “Prince des Asturies” des sports 2011 avec l’ex-star du Real Madrid Raul. L’an dernier, c’est la sélection espagnole de football, championne du monde, qui avait été récompensée.

Source : 20 minutes, 2 septembre 2011

Voyage au cœur de l’athlétisme éthiopien (4° partie)

Haïlé Gebreselassié, du champion à l’icône nationale

par Hélène Bekmezian et Imanol Corcostegui

Le Monde.fr est allé à la découverte du miracle de l’athlétisme éthiopien et vous propose, en quatre épisodes, de suivre la foulée des champions venus d’Abyssinie. Pour ce dernier volet, un portrait d’Haïlé Gebreselassié, la plus grande vedette de l’histoire de la course de fond et personnalité la plus renommée de toute l’Ethiopie.

Haïlé Gebreselassié, Jeux Olympiques, Pékin

Devant un avion de la compagnie Ethiopian Airlines pourfendant un ciel azur, la silhouette fluette d’Haïlé Gebreselassié lancée dans une course en apesanteur. Imprimée sur un gigantesque panneau publicitaire, l’image trône sur Meskel Square, la place la plus fréquentée d’Addis Abeba. Là où d’autres métropoles auraient opté pour une construction monumentale ou pour la statue d’un personnage historique, la capitale de l’Ethiopie a choisi de mettre en avant la vedette la plus célèbre du pays et tout ce qu’elle incarne.

Sportif légendaire, entrepreneur à succès investissant dans l’économie locale (lire “Les rois du marathon, poumons du développement économique éthiopien”) et symbole d’une nation qui gagne. La pancarte est aussi un clin d’œil de l’histoire. Il y a vingt ans, bien avant ses deux médailles olympiques et ses 27 records du monde, c’est un projet financé par la compagnie aérienne nationale qui a permis au plus grand champion de l’histoire de la course de fond de lancer sa carrière.

En 1991, Haïlé, n’est qu’un sportif en herbe de 17 ans, vivant à Asela, à 200 km au sud d’Addis, lorsqu’il est sélectionné par la Fédération d’athlétisme pour profiter du matériel d’entraînement et des coaches payés par Ethiopian Airlines. Le futur double médaillé d’or du 10 000 m (à Atlanta en 1996 et à Sydney en 2000) réside alors avec ses quatre frères et ses cinq sœurs dans la minuscule ferme familiale. « Une maison de 10 m², avec un seul lit, racontait-il à CNN en 2007. Le secret de ma réussite vient de mon milieu d’origine : je ne voulais surtout pas vivre dans les mêmes conditions que lorsque j’étais enfant. »

“UNE INTELLIGENCE REMARQUABLE”

Brutalement devenu veuf, son père voit d’un très mauvais œil l’amour immodéré que le gamin nourrit pour la course, craignant que cette passion écrase l’entrain d’Haïlé à étudier et à remplir les tâches domestiques. Mais l’enfant n’en fait qu’à sa tête. La légende est bien connue : c’est à toute allure que le garçon parcourt la quinzaine de kilomètres qui sépare l’école de la maison familiale.

Expliquer les succès sportifs à venir du champion par ses seuls entraînement juvéniles est pourtant un raccourci facile. La pauvreté de l’Afrique rurale aurait au moins le mérite de produire des champions et de donner naissance à de belles histoires… Une telle analyse forcément tronquée. Coach au centre Tirunesh Dibaba d’Asela, Abiyot corrige : « Des sportifs comme Haïlé ou Bikila avant lui n’ont pas réussi uniquement parce qu’ils courent de longues distances depuis qu’ils sont petits. Il y a des entraîneurs et des clubs derrière tout ça. Et leur réussite tient surtout à leur personnalité. »

Haïlé Gebreselassié, Marathon, Berlin

Lorsqu’à 19 ans, Haïlé est envoyé à Addis Abeba par la fédération d’athlétisme, il découvre la modernité bruyante de la capitale, ainsi que de nouvelles techniques d’entraînement, que Yilma Berta, aujourd’hui coach en chef de la Fédé, se charge de lui montrer. « Il était d’une intelligence remarquable, se souvient ce dernier. Il avait la capacité, indispensable pour vite progresser, de vraiment tirer profit de chaque entraînement. Tout ce qu’on lui donnait, il le prenait. Et puis, il était très discipliné et extrêmement ambitieux. »

SOURIRE PERMANENT, GENTILLESSE IMPERTURBABLE

En 1992, à tout juste 18 ans, l’Ethiopien remporte une première médaille internationale aux championnats de cross-country de Boston. Celui que l’athlétisme mondial surnomme “Gebre” alors que, paradoxalement, toute l’Ethiopie l’appelle par son prénom, triomphe, au fil des années, sur toutes les pistes les plus prestigieuses de la planète. Au-delà des médailles et des records, la longévité de sa réussite – vainqueur des 10 km de Manchester le 16 mai dernier, Haïlé entend briller aux J.O. de Londres – fait de lui un sportif d’exception, autant que sa capacité à passer du 1500 m au marathon tout en maintenant son niveau de performance.

Autres clés de son immense popularité : son sourire permanent et sa gentillesse imperturbable, qualités que décrivent spontanément tous ceux qui ont croisé sa route. « Malgré les difficultés, il restait toujours souriant. Et il ne refusait jamais de s’entraîner. Ce champion est vraiment quelqu’un d’unique », insiste Yilma Berta. Celui qui court 42 km en 2 h 03 min 59 s – le record du monde du marathon – est devenu un modèle cité à tout bout de champ par les entraîneurs et les athlètes éthiopiens.

Championne du monde sur 1 500 m en 2008, Gelete Burka, 25 ans, avoue s’inspirer de son glorieux aîné : « Je le connais bien. C’est un grand travailleur, d’une force incroyable. Il est un exemple pour nous tous. » Une anecdote unique dans l’histoire de l’athlétisme le prouve : en 2004, aux Jeux Olympiques d’Athènes, le héros national souffre d’une blessure au tendon d’Achille. En plein milieu du 10 000 m, le champion peine à poursuivre sa course : ses compatriotes Kenenisa Bekele et Sileshi Sihine, en tête de la course, lèvent le pied pour l’attendre. Avant de repartir de plus belle en voyant les Kényans rattraper leur retard. Mais le geste prouve le respect que provoque l’icône souriante. Et a même inspiré une chanson à la plus grande star de la chanson éthiopienne, Teddy Afro.

PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE ? “POURQUOI PAS”

Derrière l’aura lumineuse d’Haïlé Gebreselassié, se cache toutefois une profonde lassitude. Celle de porter un corps poids plume (1,61 m pour 53 kg) trop souvent abîmé par les blessures. Le marathonien, 38 ans, court à la manière d’un sprinteur, sur la pointe des pieds, et ses muscles et ses tendons en font les frais. Lassitude aussi de devoir assumer l’étiquette de légende vivante et les attentes d’un peuple entier, inhérentes à son statut.

Haïlé Gebreselassié, Usain Bolt

En novembre 2010, après son abandon au marathon de New York, la champion fatigué annonce la fin de sa carrière. Et il fallut tout le pouvoir de conviction du Néerlandais Jos Hermens, son agent de toujours, pour qu’il revienne sur sa décision. A une condition : « Je lui ai garanti qu’il n’y aurait plus de stupides conférences de presse, plus de sollicitations inutiles, plus d’interviews », expliquait M. Hermens au journal allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung. D’ailleurs, malgré plusieurs tentatives, la porte du bureau d’Haïlé nous est restée fermée.

Les J.O. de Londres devraient être le dernier défi sportif de l’enfant d’Asela. Ensuite, le champion, dont l’idole absolue n’est autre que Nelson Mandela, n’exclut pas de mettre sa popularité au service de la politique. Et pourquoi pas, carrément, au sommet de l’Etat. « Si c’est possible, je ne l’exclus pas, déclarait-il au Times en février 2003. Je veux aider mon pays et j’ai l’expérience des voyages. Mais laissez-moi finir ma carrière et peut-être, si je le souhaite, apprendre les choses de la politique. » Après plus de trente ans de courses effrénées, Haïlé a désormais bien le droit de prendre son temps.

Source : Le Monde, 25 juin 2011

Voir aussi :

Voyage au cœur de l’athlétisme éthiopien (1° partie)
Voyage au cœur de l’athlétisme éthiopien (2° partie)
Voyage au cœur de l’athlétisme éthiopien (3° partie)

Voyage au cœur de l’athlétisme éthiopien (2° partie)

Les rois du marathon,
poumons du développement économique éthiopien

par Hélène Bekmezian et Imanol Corcostegui

Le Monde.fr est allé à la découverte du miracle de l’athlétisme éthiopien et vous propose, en quatre épisodes, de suivre la foulée des champions venus d’Abyssinie. Après un premier épisode sur la tradition du marathon, ce deuxième volet est consacré aux répercussions économiques de la machine à gagner éthiopienne.

Sileshi Sihine, Kenenisa Bekele, Haïlé Gebreselassié

Un salaire mensuel de 100 euros par habitant, une espérance de vie d’à peine 50 ans, une 169ème place sur 177 pays à l’indicateur de développement humain de l’ONU… L’Ethiopie est bien l’une des nations les plus pauvres du monde. Mais après vingt années de guerres civiles (1974-1991), une famine meurtrière (1984), et un conflit avec l’Érythrée (1998-2000), le pays amorce depuis quelques années un redressement significatif.

La population ne cesse de croître (d’ici à 2050, elle devrait passer de 90 à 170 millions) et, en 2011, la croissance devrait s’élever à 10 %, la deuxième plus forte d’Afrique. L’industrie du bâtiment connaît par exemple un essor certain et Addis Abeba, la capitale, est saturée d’immeubles en construction ; les chauffeurs de taxi aiment à répéter qu’il y a cinq ans à peine, on ne voyait pas un seul échafaudage dans les rues. Les infrastructures font également peau neuve, avec le concours des Chinois qui, comme presque partout sur le continent africain, construisent des routes à tour de bras.

Et si de nombreux secteurs du tissu économique profitent de ce nouveau rythme, il en est un, traditionnel, qui s’est déjà affirmé comme un pilier de ce développement : l’athlétisme. Depuis les années 1960, l’Éthiopie domine cette discipline en course de fond grâce à des athlètes peu nombreux mais meilleurs que tous les autres. Haïlé Gebreselassié, Kenenisa Bekele ou encore Derartu Tulu ; tous sont multimédaillés, multirecordmen, mais aussi, et peut-être surtout, multimillionnaires.

“C’EST DE VOTRE BUSINESS DONT IL S’AGIT”

Car une médaille olympique, au-delà de l’exploit sportif qu’elle représente, c’est également un jackpot qui se traduit en prime de dizaines de milliers d’euros. Sans compter les contrats publicitaires – Haïlé fait par exemple la promotion d’une grande marque de whisky –, les meetings, les sponsors…

Haïlé Gebreselassié, Argent, Money

Les entraîneurs de la fédération le savent bien. « C’est de votre business dont il s’agit », rabâche souvent Charles Yendork à ses athlètes. Sur la piste du stade miteux de la capitale, l’entraîneur du sprint capte l’attention de ses dissipés coureurs quand il leur parle gros sous. « Si vous avez un boulot classique en Éthiopie, vous gagnerez combien ? 1 000 birrs par mois, 3 000 maximum ? [entre 50 et 150 euros]. Alors que si vous gagnez une seule compétition d’athlétisme en Europe, vous pouvez remporter jusqu’à 3 000 ou 5 000 euros en une seule fois, ce que vous n’arriverez pas à gagner en un an ! », insiste le technicien.

Certes, dans les villages, les gamins revêtent des maillots de foot trop larges et tapent dans des ballons. Mais si vous leur posez la question, ils vous diront que, plus grands, ils veulent être athlètes, « comme Haïlé ». « Pour avoir une vie meilleure, subvenir aux besoins de ma famille », poursuit Yemane, un coureur de demi-fond de 19 ans qui a la chance d’avoir déjà été recruté par un centre de formation.

ATTENTION AUX RECRUTEURS VÉREUX

Alors, ils courent. S’ils sont bons, ils seront repérés par des sponsors, participeront à des concours et rejoindront peut-être l’équipe nationale. Mais gare à l’appât du gain. « Je dis toujours à mes athlètes de faire attention avant de s’engager », reprend M. Yendork. « Des agents étrangers viennent les voir pour leur faire signer des contrats. Or la plupart des sportifs ne parlent ni ne lisent l’anglais. Alors, il arrive qu’ils se fassent avoir ou qu’ils trahissent leur contrat sans le vouloir car ils ne comprennent pas toutes les clauses et il se retrouvent sans être payés du tout ! » D’ailleurs, si la fédération est si méfiante envers les journalistes et si elle pinaille tant sur les autorisations de reportages, c’est, nous dira-t-on, pour protéger les coureurs d’éventuels investisseurs véreux.

Désormais, les athlètes veulent faire fructifier cet argent, passer dans le monde des affaires. « Je vois là l’hôtel d’Haïlé (Gebreselassié) avec son nom dessus », dit encore le coach Yendork à ses coureurs en pointant du doigt un immeuble derrière les gradins. « Je veux que, un jour, vous puissiez me montrer votre hôtel à vous ! » Né dans une famille de douze enfants dans la province pauvre d’Arsi (200 km au sud d’Addis), celui qui courait pieds nus sur les sentiers de terre est devenu un prince. Aujourd’hui, s’il continue de courir (il a remporté un 10 000 m à Manchester le 15 mai), Haïlé Gebreselassié, 38 ans, est le premier à s’être aussi imposé comme un entrepreneur.

HAÏLÉ : “JE VEUX CHANGER LA VIE DU PEUPLE ÉTHIOPIEN”

L’homme, dont l’empire est estimé à 20 millions d’euros, possède des concessions automobiles et deux immeubles de bureaux à Addis, dans lesquels on trouve un comptoir d’Ethiopian Airlines, une filiale du service postal UPS, un café, une salle de gym et une entreprise de bâtiment. Avec cette dernière, Haïlé a fait construire deux écoles, un autre immeuble de bureaux, un théâtre et un hôtel de luxe à une centaine de kilomètres au sud de la capitale. « J’investis beaucoup dans mon pays et je continuerai à le faire tant que je continuerai à gagner de l’argent », disait le champion dans un entretien accordé à CNN fin 2007.

Haïlé Gebreselassié, Derartu Tulu, Hôtel

« Je veux changer la vie de ma famille et la vie du peuple éthiopien. Je ne veux pas être égoïste avec mon argent. Je veux donner du travail aux autres, je veux faire ma part du boulot ! », expliquait-il alors. Plutôt que donner à des œuvres de charité, le champion a préféré investir dans le pays et, aujourd’hui, entre 750 et 1 000 Ethiopiens travaillent directement pour lui.

Depuis, d’autres athlètes lui ont emboîté le pas. Kenenisa Bekele, double champion olympique 5 000 et 10 000 m en 2008, possède un hôtel quatre étoiles à Addis, des immeubles de bureaux et devrait bientôt financer un complexe sportif près de la capitale. Plus modestement, la championne olympique du 10 000 m (2000) Derartu Tulu a investi dans un hôtel à Asela. Selon des chiffres de 2009, les athlètes éthiopiens injecteraient plus de 10 millions d’euros par an dans le pays, incités par l’Etat, qui leur octroie d’importantes facilités, notamment des baisses fiscales.

DONNER UNE NOUVELLE IMAGE AU PAYS

Le succès de ces champions contribue à redorer la réputation de cette nation autrefois si glorieuse. La famine, la guerre et la sécheresse sont des stigmates qui collent encore à la peau du pays. Alors, quand le visage d’Haïlé s’affiche sur des campagnes de publicité internationales, c’est une figure de vainqueur que montre l’Ethiopie. « Nous avons un problème d’image publique, expliquait, en 2010, l’ambassadeur du pays auprès des Nations unies. Les médias ne parlent de nous que pour citer nos problèmes, or nous sommes aujourd’hui un des leaders d’Afrique. Avec Haïlé, nous voulons reconstruire l’image de l’Ethiopie. »

« Haïlé a montré la voie aux autres », confirme Abel Seyoum, patron de l’agence de voyage Buska Tours à Addis. Comme beaucoup d’Ethiopiens, il approuve le passage aux affaires du champion : « Il a montré quoi faire avec tout cet argent, comment le transformer au bénéfice du pays. Et nous lui en sommes reconnaissants. »

Demain, lors du troisième épisode de notre mini-série, découvrez comment l’Ethiopie aspire à se diversifier dans l’athlétisme pour rivaliser avec les plus grands sprinteurs de la planète.

Source : Le Monde, 23 juin 2011

Voir aussi :

Voyage au cœur de l’athlétisme éthiopien (1° partie)
Voyage au cœur de l’athlétisme éthiopien (3° partie)
Voyage au cœur de l’athlétisme éthiopien (4° partie)

Les supporters de l’athlète éthiopien Haïlé Gebreselassié déçus par son spot publicitaire

Les critiques du public sportif éthiopien ont fusé de partout contre le célèbre recordman mondial Haïlé Gebreselassié qui a signé un contrat de publicité avec la marque d’alcool Johnnie Walker, la plus grande fabrique de whisky écossais dans le monde.

Haïlé Gebreselassié a signé la semaine dernière un contrat d’un an estimé à 100 000 USD pour prêter son image à la marque, et devient ainsi la première célébrité africaine à nouer un partenariat avec la fabrique d’alcool.

« Je ne suis pas d’avis que Haïlé fasse la publicité d’une marque d’alcool. Personnellement, je fustige son choix quand bien même je ne suis qu’un simple fan », s’est indigné Tariku Mulatu, un fan éthiopien.

L’engagement de Gebreselassié avec Johnnie Walker a défrayé la chronique d’autant que la nouvelle a été relayée par les stations radio FM locales ayant recueilli les témoignages d’auditeurs qui ont appelé pour exprimer leur déception.

Le milieu sportif en Ethiopie n’a pas manqué de dénoncer le choix de Haïlé susceptible d’influencer de manière négative la jeunesse du pays qui voyait en lui un modèle grâce à son riche palmarès.

« Je crains que les jeunes de ce pays ne soient tentés de découvrir la liqueur en question. Je ne comprends pas les raisons qui ont poussé Haïlé à accepter une telle proposition », a regretté Selamawit Belihu, un autre fan.

Cependant, la star éthiopienne a ignoré ces critiques en soutenant que les jeunes âgés de moins de 18 ans ne sont pas autorisés à consommer l’alcool, qu’il fasse une publicité pour Johnnie Walker ou pas.

« Je ne suis pas responsable si les gens abusent de l’alcool. Cela leur incombe », a-t-il répliqué.

Haïlé Gebreselassié est actuellement le détenteur du record mondial de marathon. Il a battu plus d’une vingtaine de records par le passé, notamment sur les distances de 3 000, 5 000 et 10 000 mètres.

Source : Agence de Presse Africaine, 19 décembre 2010

Voir le spot publicitaire en question :

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Haïlé Gebreselassié ne prend plus sa retraite

A 37 ans, Haïlé Gebreselassié n’en a pas fini avec la compétition. Alors qu’il avait annoncé il y a huit jours vouloir prendre sa retraite après avoir abandonné lors du marathon de New-York, l’Ethiopien, recordman du monde du marathon et double champion olympique du 10 000 mètres, a finalement décidé de poursuivre sa carrière et ce jusqu’aux J.O. de Londres 2012.

La légende d’Haïlé Gebreselassié n’est pas encore complètement finie. Celui qui est considéré par beaucoup comme le plus grand coureur de fond de tous les temps a en effet décidé de sortir de sa retraite, huit jours seulement après l’avoir annoncé. Contraint d’abandonner au vingt-cinquième kilomètre du marathon de New-York, le 7 novembre dernier, en raison d’une douleur persistante au genou droit, l’Ethiopien de 37 ans avait décidé de raccrocher. « Je me retire. Il est temps de prendre du recul et de laisser leur chance aux jeunes », avait-il confié en conférence de presse, au bord des larmes.

Mais l’appel de la compétition était trop fort et son entraîneur Woldemeskel Kostre a annoncé la nouvelle par téléphone ce lundi à l’agence Reuters : « Samedi, il s’est rendu à Wollega (Ethiopie) où se disputait une course, et il a déclaré que tant qu’il aurait la santé il continuerait à courir ». Une information confirmée par la télévision éthiopienne qui a précisé que Gebreselassié entendait continuer au moins jusqu’aux J.O. de Londres en 2012.

Dès l’annonce du champion, son agent Jos Hermens avait d’ailleurs fait part de son scepticisme. « Je ne peux pas croire ça, comme ça. C’est juste un être humain sous le coup d‘une extrême déception. On verra ce qu’il en dit après une bonne nuit de sommeil. Mais Haïlé est évidemment libre d’arrêter quand il le veut, et on sait que chacune de ses courses peut être sa dernière. Il n’a plus rien à prouver et c’est un homme d’affaire à succès », pouvait-on lire dans les colonnes de L’Equipe.

Ce n’est pas la première fois que le double champion olympique du 10 000 mètres à Atlanta en 1996 et à Sydney en 2000 annonce sa retraite, avant de se rétracter. Déjà en 2004, alors qu’il visait le triplé olympique à Athènes, l’Ethiopien, gêné par une blessure au tendon d’Achille, n’avait pu décrocher que la cinquième place sur sa distance fétiche. Très déçu, il avait déclaré vouloir tout arrêter, avant de changer rapidement d’avis et de se consacrer exclusivement au marathon, distance sur laquelle il avait fait ses débuts dès 2002.

Ce n’est qu’en 2007 à Berlin qu’il devient le roi de l’épreuve reine en établissant un nouveau record du monde (2h03’59”). Il reste encore aujourd’hui le seul homme à avoir parcouru 42 kilomètres en moins de 2h04′. Gebre est-il encore en mesure d’améliorer cette marque ? S’il n’a plus ses jambes de vingt ans, le négus (roi en éthiopien) a déjà prouvé à de nombreuses reprises qu’il était un homme de défi.

Source : Sports.fr, 15 novembre 2010

L’Ethiopie, vedette du Marathon de New York

Gebre Gebremariam a signé un coup de maître en remportant le marathon de New York dès sa première tentative sur cette distance tandis que son illustre compatriote Haïlé Gebreselassié a annoncé sa retraite.

L’Ethiopien Gebre Gebremariam a signé un coup de maître en remportant dimanche 7 novembre le marathon de New York dès de sa première tentative sur cette distance, une épreuve marquée par l’annonce de la retraite de son illustre compatriote Haïlé Gebreselassié.

Haïlé Gebreselassié, le détenteur du record du monde de la spécialité, a dû renoncer au 25ème kilomètre en raison d’une douleur à un genou et a annoncé dans la foulée qu’il mettait un terme à sa carrière. Gebre Gebremariam, 26 ans, s’est détaché à mi-course et a devancé les Kényans Emmanuel Mutai et Moses Kigen Kipkosgei en bouclant les 42,195 km en 2 h 08 min 14 sec. L’Ethiopien, champion du monde de cross-country 2009, est le premier coureur depuis 1983 à s’imposer dès sa première tentative sur la distance.

« New York c’est New York, c’est déjà si spécial pour moi de réussir à terminer la course », s’est étonné Gebre Gebremariam. Le vainqueur de l’an passé l’Américain Meb Keflezighi a pris la sixième place.

Chez les dames, la victoire est revenue à la Kényane Edna Kiplagat, 31 ans, en 2 h 28 min 20 sec devant l’Américaine Shalane Flanagan et une autre Kényane Mary Keitany. Cette édition du marathon comptait parmi les 45 000 participants, Edison Pena, un des 33 mineurs chiliens sauvés après avoir passé deux mois sous terre, invité par les organisateurs. Pena avait raconté qu’il courait dans les galeries sombres de la mine pour se maintenir en forme.

Source : Le Nouvel Obs, 8 novembre 2010

Victoire de Gebreselassié au semi-marathon en Angleterre

L’éthiopien Haïlé Gebreselassié a remporté en 59 minutes 33 secondes le Great North Run, un semi-marathon couru dimanche à Gateshead (nord-est de l’Angleterre).

Le double champion olympique du 10 000 m s’est illustré devant le Kenyan Kiplimo Kimutai qui a couru la distance en 1h 01’23”, soit un écart d’1 minute 50 secondes.

Le Marocain Jaouad Gharib complète le trio de tête africain en arrachant la troisième place avec un chrono de 1h 02mn tandis que son compatriote Abderrahime Bouramdane est arrivé cinquième en 1h 02’40”.

Chez les Dames, l’éthiopienne de 37 ans, Berane Adere a remporté la course en 1h 08’49” et offre ainsi un doublé à son pays.

Source : Agence de Presse Africaine, 20 septembre 2010

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