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Le début de la faim

Véritable plaie du pays dans les années 1970-1980, la famine menace à nouveau quelque 15 millions de personnes.

Dolo Odo, Camp, Ethiopie, Ethiopia

D’ici à 2030, on ne parlera plus de malnutrition en Éthiopie. En tout cas, c’est ce que promet Addis Abeba. Mi-juillet, le gouvernement a même consigné son engagement dans la Déclaration de Sekota, rendue publique dans cette ville du nord du pays, principal foyer de la famine dans les années 1980. « Nous avons pris les dispositions nécessaires pour améliorer la nutrition infantile et les conditions sanitaires dans les zones sensibles », jure un conseiller au ministère de l’Agriculture. Mais silence radio ou presque lorsqu’il s’agit de mesurer l’impact de la menace que fait peser aujourd’hui El Niño sur le pays.

Ce phénomène climatique, causé par le réchauffement de l’océan Pacifique, risque en effet d’accentuer la sécheresse et de provoquer de fortes pluies suivies d’inondations, selon les Nations unies. Mettant notamment en péril les récoltes. « On en est conscients et on y travaille », se contente de lâcher le conseiller. Le sujet dérange, à l’évidence. En 1974, l’empereur Haïlé Selassié était tombé après que la population ait protesté contre son incapacité à lutter contre la famine sévissant dans l’ancienne région de Wollo.

La menace d’une crise alimentaire plane toujours au-dessus du pays, telle une épée de Damoclès

Quatre décennies plus tard, malgré tous les efforts entrepris ces dernières années et un taux de croissance à deux chiffres, la menace d’une crise alimentaire plane toujours au-dessus du pays, telle une épée de Damoclès. À en croire le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), « plus de 3 millions d’enfants dans 198 woredas » sur les quelque 500 districts que compte l’Éthiopie sont déjà victimes d’El Niño.

Dans les régions concernées (Afar et Somali principalement), « les familles ne parviennent plus à subvenir aux besoins alimentaires, et encore moins à envoyer leurs enfants à l’école », rapporte l’Ocha. Des ONG sur place tirent la sonnette d’alarme : 15 millions d’Éthiopiens risquent d’être frappés de famine ! Selon elles, il faudrait au moins 411 millions de dollars pour répondre aux besoins urgents (alimentation, santé, éducation…) dans les six prochains mois.

Source : Jeune Afrique, 19 octobre 2015

En Éthiopie, des services de santé protègent de la malnutrition les enfants touchés par la sécheresse

par Indrias Getachew

Malnutrition, Enfants, Sécheresse, Dispensaires, Ethiopie, EthiopiaDans le village de Korre Rogicha, Shilime Erbo, mère célibataire de deux enfants, est assise à l’extérieur de sa case, réfléchissant à l’avenir de sa famille.

L’économie agricole de Korre Rogicha dépend de deux saisons annuelles de pluies. Les fortes pluies “kiremt” se produisent normalement de juin à septembre et sont à l’origine de l’essentiel des récoltes. Les petites pluies “belg”, de février à avril ou mai, produisent des récoltes plus faibles et aident les agriculteurs pendant la période de soudure.

Mais cette année, les petites pluies sont en retard. La famille de Shilime Erbo espérait que la récolte de maïs les aiderait à attendre les pluies kiremt mais la récolte ne s’est pas produite. Le retard des pluies aggrave leur situation déjà précaire ; la sécheresse de 2011 a laissé leur ménage sans réserve alimentaire. « Il n’y pas eu de récolte l’an dernier », dit-elle. « Nous avons replanté cette année mais les plants sont petits et je ne sais pas s’ils arriveront à maturité ».

Présence vitale des agents sanitaires de proximité

Shilime Erbo essaye de compléter le revenu familial en travaillant comme journalière mais le travail est rare et ses employeurs payent souvent avec retard. Par conséquent, ses enfants ont perdu du poids. Sa fille, Shegitu Tule, 18 mois, a commencé à souffrir de sous-alimentation sévère. « Quand je l’ai vue si malade, je ne savais pas quoi faire. Je pensais qu’elle allait mourir », dit Shilime Erbo.

Elle a amené Shegitu au dispensaire du village où les agents sanitaires de proximité, qui sont formés avec l’appui de l’UNICEF, offrent une alimentation thérapeutique de jour aux enfants malnutris.

Worke Bati Julati est l’une des deux agents sanitaires de proximité du dispensaire de Korre Rogicha. Elle fait partie des 34 000 agents sanitaires de proximité rétribués par le gouvernement qui ont été déployés dans 15 000 dispensaires de village à travers tout le pays pour apporter un ensemble intégré de prestations en matière de santé, de nutrition, d’assainissement et d’hygiène.

« Shegitu était une enfant très malade quand elle est venue me voir », dit Worke Bati Julati. Shegitu a été placée sous un régime d’aliments thérapeutiques prêts à l’emploi (RUTF). Une semaine après, l’état de la petite fille s’est considérablement amélioré.

Renforcement de la résilience dans les zones rurales

« Avant le démarrage du programme d’alimentation thérapeutique de jour, la malnutrition sévissait à Korre Rogicha et beaucoup d’enfants mouraient », dit Worke Bati Julati. Mais aujourd’hui, les enfants survivent.

« Nous avons commencé à donner des RUTF en 2009 », dit-elle. « Avant cela, les familles devaient aller jusqu’au dispensaire de Fajee Gole [à deux heures à pied d’ici] et beaucoup d’enfants mouraient. Mais après la mise en place du dispensaire, le changement a été énorme ».

Tout cela entre dans le cadre d’une stratégie destinée à renforcer la résilience chez les habitants des zones rurales qui représentent plus de 80 % de la population éthiopienne.

Les femmes bénévoles sélectionnées par la communauté pour assurer le suivi de la santé des familles vivant dans le secteur sont également un élément central de cette stratégie. Elles ont été formées pour dépister les enfants malades et souffrant de malnutrition et les orienter vers le dispensaire pour une évaluation et un traitement. Cela a permis des consultations rapides, prévenant ainsi la malnutrition sévère, le retard de croissance et diverses conséquences indésirables.

« Avant, les enfants étaient dans une très mauvaise condition », dit Worke Bati Julati. « Mais à présent, il y a une forte amélioration. Et la raison est que, chaque semaine, ils reçoivent les RUTF. Ceux-ci sont si efficaces qu’à présent, ils ne meurent plus. Au cours des quatre dernières années, beaucoup de vies d’enfants ont été sauvées ».

Les agents sanitaires de proximité offrent aussi un ensemble intégré de services comprenant la vaccination contre des maladies comme la rougeole et la pneumonie ; le suivi de la croissance pour les enfants de moins de deux ans ; l’administration de suppléments de vitamine A et de comprimés vermifuges. Ils encouragent aussi le lavage des mains avec du savon et l’allaitement exclusif au sein pendant les six premiers mois de la vie.

À pied d’œuvre pour empêcher une catastrophe

Alors qu’une nouvelle sécheresse menace, le nombre d’enfants souffrant de malnutrition modérée est en augmentation à Korre Rogicha. « Je redoute une augmentation du nombre de cas de malnutrition », dit Worke Bati Julati.

Les agents sanitaires, avec le gouvernement et les partenaires, sont à pied d’œuvre pour empêcher ceci d’arriver.

Le nombre de centres offrant des services thérapeutiques de jour est passé de 500, en 2008, à plus de 10 000 aujourd’hui. Cette augmentation de moyens – aux côtés du Programme de filet de sécurité productif (PSNP), le programme du gouvernement vivres/nourriture contre travail pour les districts touchés par l’insécurité alimentaire – assure que les communautés vulnérables pourront surmonter les épreuves.

Le gouvernement et ses partenaires de développement veillent aussi à ce que les agriculteurs soient capables de renouveler leurs semences pour la saison agricole kiremt.

En attendant, Shilime Erbo est soulagée de voir sa fille se rétablir. « Mon souhait est que les enfants survivent et atteignent l’âge adulte », dit-elle.

Voir un reportage sur ce sujet (en anglais) :

Source : UNICEF, 3 juillet 2012

Les faibles précipitations nécessitent une nouvelle aide alimentaire rapide

Les organisations humanitaires demandent de l’aide alimentaire supplémentaire dans les régions du sud et du nord-est de l’Ethiopie où la récolte de mi-février à mai a beaucoup souffert des précipitations irrégulières pendant le Belg (saison des pluies courtes).

« Nous avons une grave pénurie de nourriture dans la plupart des régions qui dépendent de la saison belg, notamment la région Peuples du Sud » a déclaré Mike McDonagh, directeur du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) en Ethiopie.

D’autres zones du nord-est du pays sont concernées, dans les régions Amhara, Oromia et Tigré.

La récolte belg, qui représente jusqu’à 40 % de la production alimentaire annuelle dans certaines régions, devrait diminuer en 2012. Ceci est dû au retard des précipitations entre mi-février et mai. Ces pluies sont tombées avec deux à huit semaines de retard et sont restées en dessous des prévisions.

« La situation est préoccupante et surveillée de près » a indiqué Judith Schuler, porte-parole du Programme alimentaire mondial (PAM) en Ethiopie, ajoutant que le nombre de personnes touchées par l’insécurité alimentaire pourrait augmenter.

Actuellement, il y aurait 3,2 millions de personnes touchées par l’insécurité alimentaire en Ethiopie, soit moins que le pic de 4,5 millions atteint lors de la sécheresse de la Corne de l’Afrique en 2011. Ces chiffres doivent être actualisés à la mi-juillet.

Le PAM a besoin de 183 millions de dollars d’ici à la fin 2012 pour secourir 2,5 millions des 3,2 millions de personnes nécessitant une aide alimentaire d’urgence.

La situation dans la région Peuples du Sud, frontalière du Kenya et du Soudan du Sud, est particulièrement préoccupante.

La récolte belg représente dans cette région 35 à 40 % de la production. Les cultures racines, principalement des patates douces, représentent à elles seules 50 % de la récolte dans certains secteurs. Or, selon les dernières analyses (en mai) d’alerte précoce et de réponse du gouvernement, cette longue période de sécheresse a eu des conséquences désastreuses sur les récoltes et a également touché d’autres cultures comme les haricots, les pommes de terre et le maïs qui devaient combler le déficit alimentaire entre mars et juin.

Les organisations humanitaires ont déclaré qu’une période de récupération insuffisante après la sécheresse de 2011 pourrait aggraver la situation des ménages vulnérables dont les avoirs et autres stratégies de survie se révèlent insuffisants.

Augmentation de la malnutrition

« Le nombre de personnes atteintes de malnutrition est déjà en train d’augmenter », a indiqué M. McDonagh (OCHA).

Selon OCHA, pour la seule région Peuples du Sud, près de 90 000 enfants, femmes enceintes ou allaitant leur enfant sont relativement malnutris à présent, et ce chiffre augmente.

« Le mois de mars a été pire que février, avril a été pire que mars et nous prévoyons que mai sera pire qu’avril », a déclaré M. McDonagh. « Cela empire pendant un certain temps et ensuite, peut-être vers juillet août… cela pourrait diminuer de nouveau ».

« Nous avons besoin de rations alimentaires générales, ce que nous appelons des secours alimentaires. Nous avons besoin de plus de compléments alimentaires, ainsi que de nourriture thérapeutique. Nous avons également besoin d’autres éléments tels que des semences. »

Selon l’Unité de coordination de nutrition d’urgence du ministère de l’agriculture, il y a une augmentation du nombre d’enfants atteints de malnutrition sévère au sein des programmes d’alimentation thérapeutique, cette augmentation étant plus forte et plus avancée qu’en 2011.

Ainsi, les admissions à ces programmes ont augmenté de 15,3 % de janvier à février, et de 27 % de plus de février à mars. Les chiffres de mars à avril ne sont pas disponibles.

Selon Mitiku Kassa, ministre d’état de l’Agriculture, les ministères de l’agriculture et de la santé suivent la situation de près en matière d’insécurité alimentaire.

« L’irrégularité des saisons des pluies résultant [de] problèmes de [ce] type n’est pas quelque chose de nouveau pour nous », a ajouté Mitiku. « Nous avons connu la même situation l’année dernière et l’année d’avant et, jusqu’à présent, nous arrivons à gérer le problème… Le pays dispose de suffisamment de ressources et de mécanismes sur place pour faire face cette fois, cependant. »

Source : IRIN, 31 mai 2012

Reforestation dans la région Oromia

par Gaëlle Laleix

Ecouter le reportage

Comme le reste de la Corne de l’Afrique, l’Ethiopie affronte la sécheresse. La petite saison des pluies du mois d’avril n’a pratiquement pas existé et même les pluies de la grande ne suffisent pas à sauver les cultures. Les régions les plus touchées se trouvent au sud et à l’est du pays, notamment dans la région Oromia. Mais les mauvaises pluies ne sont pas les seules responsables, la déforestation et l’érosion des sols jouent aussi leur rôle dans la sécheresse.

Source : RFI, 18 août 2011

Le sud de l’Ethiopie touché par la “sécheresse verte”

par Gaëlle Laleix

Ecouter le reportage

« Les pluies existent, mais sont capricieuses. C’est la sécheresse verte. »

En Ethiopie, la crise alimentaire se poursuit. Près de 4,5 millions de personnes ont désormais besoin d’assistance. Dans une région du sud éthiopien, l’une des neuf du pays, la saisons des pluies, irrégulière ou décalée dans le temps a perturbé les récoltes ou fortement endommagé les cultures. Les lieux, très peuplés, font face à une paradoxale “sécheresse verte” : alors que le paysage y est vert et luxuriant, il n’y a quasiment pas de récolte. Une répétition de la crise de 2008 dans cette partie de l’Ethiopie.

Source : RFI, 14 août 2011

Voir aussi :

Dans le sud de l’Ethiopie, la malédiction de la “sécheresse verte”

Dans le sud de l’Ethiopie, la malédiction de la “sécheresse verte”

par Jenny Vaughan

Enfants, Children, Malnutrition, Shebedino, Ethiopie, EthiopiaShundure Tekamo est confrontée à un insupportable dilemme : rester avec son nourrisson souffrant de malnutrition dans ce centre de santé du sud de l’Ethiopie ou retourner chez elle pour trouver de quoi nourrir ces cinq autres enfants.

« Je n’arrive pas à réfléchir ; tout ce que je veux c’est sauver mon enfant », explique cette jeune mère, debout aux côtés de son fils Berhanu, alité. « Mais en même temps, je m’inquiète parce que j’ai laissé mes autres enfants » chez moi, ajoute-t-elle désemparée.

C’est la seconde fois depuis décembre que Berhanu est admis dans ce centre de santé de Shebedino, à 225 km au sud de la capitale Addis Abeba, son état se détériorant en raison du manque chronique de nourriture.

Dans la région Peuples du Sud, une des neuf régions administratives du pays, une succession de saisons des pluies irrégulières ou décalées a entraîné de très faibles récoltes ou endommagé les cultures, provoquant de très graves pénuries alimentaires.

Cette région, densément peuplée, fait face à une “sécheresse verte” : tandis que le paysage y apparaît vert et luxuriant, les récoltes sont quasi-inexistantes. Une répétition de 2008 dans cette partie du pays.

Plus de 250 000 personnes ont besoin d’une aide humanitaire d’urgence dans cette partie du sud de l’Ethiopie selon le gouvernement, un nombre sûrement trois fois supérieur selon les organisations humanitaires présentes sur place.

« Les principales causes d’insécurité alimentaire sont la sécheresse récurrente, la pression démographique et la dégradation des sols », explique à l’AFP le coordinateur de la région pour la sécurité alimentaire, Getachew Lemma.

Selon les Nations unies, quelque 4,5 millions d’Ethiopiens nécessitent une assistance humanitaire en raison de cette sécheresse qui affecte environ 12 millions de personnes en Afrique de l’Est. A Shebedino, leur nombre ne cesse de progresser.

Malnutrition, Shebedino, Ethiopie, Ethiopia« Le taux de malnutrition augmente », assure Daniel Legisso, qui travaille pour le gouvernement sur la sécurité alimentaire dans le sud de l’Ethiopie. Selon lui, le taux de malnutrition des enfants a progressé de 5 % depuis mai. « La situation actuelle est très tendue par rapport aux années précédentes », ajoute-t-il.

Melcamu Tilahun, modeste agriculteur, ne saurait le contredire : son maïs a séché sur pied en raison de faibles précipitations et trois de ses quatre enfants souffrent de malnutrition. « Cette année, je n’ai même pas de quoi nourrir ma famille pour trois semaines », déplore-t-il.

Ce père de famille envisage même d’abandonner l’agriculture pour ouvrir un petit commerce. « Si je peux obtenir un prêt et changer de boulot, je pourrai nourrir ma famille », espère-t-il.

Le gouvernement a lancé un programme pour apprendre aux mères de famille à reconnaître les symptômes de la malnutrition.

De son côté, le Programme alimentaire mondial (PAM) est engagé dans une opération de plus longue haleine (cinq ans), où les bénéficiaires reçoivent de l’argent et de la nourriture en échange de leur labeur dans les champs. Un des responsables de ce programme du PAM, Yohannes Desta, met toutefois en avant la nécessité d’investir dans des projets d’irrigation et dans un meilleur accès aux engrais pour aider durablement les fermiers locaux.

Mais pour ceux dont la survie est en jeu actuellement, à l’image de Shundure et de son bébé, l’aide humanitaire d’urgence demeure la priorité. « Je n’ai pas de nourriture pour mes enfants chez moi. Je n’ai même pas de lait à leur offrir », se désole-t-elle.

Source : AFP, 10 août 2011

Voir aussi :

Le sud de l’Ethiopie touché par la “sécheresse verte”

Pourquoi la sécheresse sévit sur la Corne de l’Afrique

Réchauffement climatique et conséquence d’un courant marin sont les deux principales raisons avancées par les scientifiques pour expliquer le phénomène.

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Une sécheresse frappe 12 millions de personnes dans la Corne de l’Afrique, la pire depuis 60 ans selon les Nations unies. En Somalie deux régions du sud ont été déclarées en état de famine. Les scientifiques ne savent pas encore exactement quelles sont les causes exactes de cette sécheresse, mais avancent deux éléments d’explication.

El Niño assèche la corne de l’Afrique depuis 10 ans

La Corne de l’Afrique est une zone aride et sèche naturellement. La température ne descend pas en dessous de 23 degrés la nuit et peut monter au delà de 40 degrés. D’avril à août, les terres sont habituellement irriguées par la saison des pluies. « Depuis 10 ans, explique Pascal Scaviner, responsable de la prospective à Météo Consult, ces pluies sont de moins en moins importantes, le sol retient donc moins l’humidité et les nappes phréatiques se remplissent moins chaque année ».

Pascal Scaviner estime que cet assèchement est en partie du à El Niño, un courant chaud venu de l’océan Indien. El Niño possède une double influence sur la Corne de l’Afrique. Dans un premier temps, il réchauffe l’océan Indien, et « plus l’océan est chaud, moins il y a d’évaporation, poursuit le météorologue. Moins d’évaporation signifie moins de pluie. »

Dans un second temps, El Niño réchauffe anormalement l’océan Pacifique d’avril à juin. « Le climat est un jeu de pousse-pousse, explique Hervé le Treut, climatologue au CNRS. Ce courant d’air chaud bouleverse le mouvement naturel des masses d’air. Tout bouleversement des masses d’air est un risque de dérèglement pour les zones sensibles comme la Corne de l’Afrique ». Ici, ce dérèglement se traduit par une absence de précipitation.

Le réchauffement climatique se fait sentir

Pour Hervé le Treut, le réchauffement climatique peut contribuer a modifier le climat dans cette région. « Depuis 20 ans, la température des océans augmente, et les océans ont une forte influence sur les climats tropicaux », explique le chercheur. « Nous savons que, de manière générale, si nous produisons des gaz à effet de serre les risques de sécheresse augmentent dans les zones semi-arides comme la corne de l’Afrique », poursuit-il. Pour les scientifiques, la Corne de l’Afrique est un terrain d’observation complexe : très peu de données sont collectées par des laboratoires locaux. Une chose est sûre cependant : « Si nous ne pouvons pas savoir à 100 % si la sécheresse est due au réchauffement climatique, nous savons que ce type de sécheresse est un exemple de situations qui deviendront plus fréquentes si le réchauffement se poursuit. »

La pluie va-t-elle revenir ?

« La tendance est favorable à l’arrivée des pluies, note le prévisionniste de Meteo Consult. C’est normalement la saison ». Ces pluies, orageuses pour la plupart , devraient surtout concerner l’Éthiopie et le Kenya. En Somalie, de très faibles pluies sont attendues au sud du pays.

Source : Le Figaro, 29 juillet 2011

Mobilisez-vous
pour les enfants de la Corne de l’Afrique !

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La zone Borena se prépare à nouveau au manque de pluies

En octobre dernier, les anciens de la zone Borena, située dans la région Oromia, au sud de l’Éthiopie, ont prédit que les grandes pluies ne seraient pas suffisantes, mais certaines personnes ne les ont pas pris au sérieux. La même chose s’est produite en février.

« Certains les croyaient et ont vendu leur bétail, acheté des chèvres et mis de l’argent de côté », a indiqué Uka Dida, le chef du kebele de Dembi. « Je ne les ai pas crus et j’ai perdu la totalité de mon bétail – cette leçon m’a coûté cher ».

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Aujourd’hui, les anciens annoncent que les secondes pluies seront également insuffisantes en octobre. Leurs calculs sont basés sur les phases de la lune et la position des étoiles. Cette fois, les responsables locaux accordent du crédit à ces prévisions.

« Nous ne disposons pas de services météorologiques efficaces ici – les anciens font leurs propres calculs et leurs résultats ne sont pas encourageants », a dit Ephrem Ombosho, le directeur de l’un des bureaux de l’Agence de préparation et de prévention des catastrophes de Borena. Lui et son équipe procèdent à une évaluation des besoins locaux.

Comme d’autres éleveurs de la région, ceux de Borena disposent d’un éventail de techniques qui leur permettent d’anticiper et même de prévoir la sécheresse ; certaines de ces techniques sont basées sur l’observation de phénomènes naturels, comme la croissance des pousses de certaines plantes à des périodes précises de l’année. Leur système de calendrier, qui est fondé sur l’observation de la lune et des étoiles, et dont l’utilisation remonterait à 200 ans avant J.C. selon les chercheurs, inclut une forme d’astrologie et des prévisions météorologiques.

A la recherche de pâturages

Selon les Nations Unies, la zone Borena, située au sud du pays, tout comme d’autres régions de la Corne de l’Afrique, se trouve dans une situation proche de la famine, sur une échelle de cinq points.

« Nous réfléchissons à la possibilité de créer des coopératives afin de mettre notre argent en commun et de pouvoir faire face aux situations difficiles comme celle que nous traversons actuellement », a dit M. Uka. « Nous conseillons également aux populations d’acheter des chèvres, qui sont plus résistantes en cas de sécheresse, et peut-être de se séparer de leur bétail maintenant ».

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« Impossible de pomper l’eau, faute de matériel »

Interview de Jean Ziegler, des Nations unies. Il dénonce la spéculation et le manque d’infrastructures.

Jean ZieglerJean Ziegler a été rapporteur spécial de la Commission des droits de l’homme de l’ONU pour le droit à l’alimentation. Il est aujourd’hui vice-président du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme des Nations unies.

En quoi cette situation de crise alimentaire est-elle différente des autres ?

Nous sommes dans une région où les périodes de sécheresse sont de plus en plus rapprochées. Autrefois, c’était tous les dix ou quinze ans. Depuis peu, c’est tous les deux, trois ans. Cela dit, les mêmes causes produisent les mêmes effets. Ces pays souffrent du manque d’infrastructures.

La sécheresse n’est qu’une partie de la cause ?

C’est le dernier coup qui anéantit les populations. Il y a de l’eau dans les nappes phréatiques, mais ces nappes sont à 50 mètres, ou plus, de profondeur. Impossible à pomper, faute de matériel. En Ethiopie, par exemple, le manque d’infrastructures s’illustre de façon navrante. Ainsi, il est arrivé plus d’une fois, y compris pendant les périodes de famine, que le teff, la céréale de base, pourrisse dans des dépôts de Gondar, dans l’ouest du pays, alors que des dizaines de milliers de personnes mourraient de faim dans l’est, à 600 km de là…

Pourquoi ?

Par manque de routes, de chemins de fer. Et, là, l’aide internationale devient absurde. Ainsi, le blé américain et les autres céréales arrivent par le canal de Suez, puis sont déchargés à Djibouti. De là, ils sont mis sur un train en direction d’Addis Abeba, avant de repartir sur camions vers le nord de l’Ethiopie. Tout ceci, alors qu’il y a du teff dans le pays. C’est une folie ! Au fil des années, ces pays connaissent un allongement des temps de soudure. En clair, entre la dernière denrée produite et consommée sur place et la prochaine récolte, la soudure peut atteindre quatre mois. Quatre mois pendant lesquels il faut importer du riz ou du blé.

Quelles sont les responsabilités ?

Il y en a plusieurs. Celle des Etats locaux, comme celui de l’Ethiopie. Il consacre 40 % de son budget à l’armée. Il y a aussi les hedge funds qui, ayant perdu des sommes astronomiques au moment de la crise de 2007, se sont littéralement jetés sur la spéculation des matières premières agricoles. Avec à la clé des hausses de cours tellement importantes qu’elles empêchent les Etats les plus faibles d’importer ces matières premières. Sans parler des coupes dans le budget du Programme alimentaire mondial (PAM) : il est passé de 6 milliards de dollars en 2008 à 3,2 milliards [2,27 milliards d’euros, ndlr] aujourd’hui. Par contre, ce sont 1 700 milliards d’euros qui ont été trouvés pour sauver les banques. Cherchez l’erreur.

Source : Libération, 19 juillet 2011

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