Yohannes IV (1837-1889) est un militaire et un homme politique éthiopien, empereur de 1872 à 1889. Né Kassa Mercha (ካሳ መርቻ), il est également connu sous son nom de cavalier Abba Bezbez (አባ በዝብዝ).

S’il a été un unificateur moins impressionnant que Téwodros, sa politique n’a pas eu pour autant moins d’effet. Son règne a permis de préparer et faciliter la lutte de Menelik contre la nouvelle offensive coloniale italienne. Aux yeux des Éthiopiens, Yohannes demeure un souverain dévoué à sa religion et à sa patrie, pour laquelle il a su donner sa vie.

JEUNESSE ET DÉBUTS POLITIQUES

NAISSANCE, FAMILLE ET ÉDUCATION

Kassa Mercha est né le 12 juillet 1837 à Mai Beha, dans la province de Tembien de l’ancienne région Tigré, dans le Nord de l’Empire éthiopien. Son père, Mercha, est le Shum (gouverneur) de son district natal et sa mère est Woyzero Selass Demtsou. Né dans une famille de la noblesse tigréenne, Yohannes compte parmi ses parents, Ras Mikaël Sehul, Dejazmatch Sabadagis ou encore Ras Welde Selassie, des grands seigneurs du Zemene Mesafent. Son ascendance familiale lui assure donc une légitimité politique régionale. Yohannes a un frère, Gougsa Mercha, et une sœur, Denqnesh Mercha, tous deux plus âgés que lui. Sa sœur épousera plus tard Wagshum Gobezé, futur Negus Negest Tekle Giyorgis II et rival de Yohannes lors de sa montée au pouvoir.

Vers la moitié du 19ème, une prophétie annonce la venue d’un jeune Kassa, censé devenir souverain de l’Empire. La prophétie s’est diffusée dans les régions de Gondar et du Tigré ; ainsi, les parents de Yohannes ont vu en leur fils le Negus Negest qu’il est devenu. D’ailleurs, durant la jeunesse de Yohannes, un autre Kassa fait parler de lui dans la province de Begemder, il s’agit de Téwodros II, Negus Negest de 1855 à 1868. Le père de Yohannes s’occupe de l’éducation de son fils. Il l’envoie dans une école religieuse locale, lui apprend l’étiquette royale et assure sa formation militaire. En parallèle, sa mère souhaitant élever un jeune homme fort et courageux, aurait ajouté des herbes amères et de l’aloès aux plats de son fils.

DÉBUTS EN POLITIQUE

En 1855, Téwodros II arrive au pouvoir et compte réunifier l’Empire éthiopien en centralisant les pouvoirs des seigneurs locaux. Le Tigré perd progressivement son autonomie mais reste aux mains de Yohannes, membre de la dynastie en place durant le Zemene Mesafent. Vers 1860, Yohannes s’allie avec Téwodros afin de pacifier le Tigré, en rébellion. En retour, il est nommé, en 1864, Balambaras, rang le plus bas des titres aristocratiques éthiopiens. Or, il apprend l’élévation de Menelik II, qui grandit à la cour de Téwodros, à la dignité de Dejazmatch alors que le jeune garçon est à peine âgé de douze ans. À ce sentiment d’injustice s’ajoutent des facteurs plus politiques. Yohannes est choqué par les mesures d’expropriation des terres de l’Église par Téwodros II. Homme pieux, il ne peut contenir sa colère lorsqu’il apprend l’emprisonnement par le Negus Negest de l’Abuna Selama à Maqdala. Enfin, face aux multiples révoltes régionales que connaît l’Empire, il est persuadé qu’un nouveau souverain doit remplacer Téwodros. Il partage avec ses parents, Ras Welde Selassié et Dejazmatch Sabagadis, le rêve d’une Éthiopie chrétienne et unie, dirigée depuis le Tigré.

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